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La censure, Céline et Maurice Sachs

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Moins connu que Noah mais on en parle aussi sur Agoravox

Le ministre de la culture et Serge Klarsfeld ne connaissent pas visiblement l'histoire de Maurice Sachs, dont ils n'ont pas dû à mon sens lire le journal, « Au temps du boeuf sur le toit ». L'auteur de cet ouvrage opte pour une attitude très ambiguë pendant la Seconde Guerre, car il collabore et fait du marché noir à grande échelle, même s'il meurt d'une balle dans la nuque tirée par un SS (ci-contre la cellule où il est mis "au secret" en 1945), (Il fascinera et fascine toujours Patrick Modiano pour qui il est une figure paternelle idéale).

louis-ferdinand-celine-a-meudon.jpgAu passage, le cas de Maurice Sachs, d'origine juive, converti au protestantisme en 1937, attiré un temps par le communisme, montre toute la complexité des êtres humains pendant l'Occupation et que ni l'héroïsme, ni la saloperie ne sont solubles dans de grandes et creuses formules.

Il n'est pas plus amoral que d'autres somme toute.

Je ne suis pourtant pas vraiment un admirateur de Céline.

Pourtant à certains moments de la vie d'un littéraire, cela fait bien de porter aux nues cet auteur qui sent un peu le souffre, du fait justement de ses pamphlets antisémites.

Les adolescents boutonneux mal dans leur peau et un peu cultivés lisent « le Voyage au bout de la nuit » pour rester confortablement au chaud dans le cocon de leurs névroses post-pubères, se fichant finalement du style de Céline. J'aime beaucoup « le Voyage », j'aime beaucoup également « Normance » ou encore « Guignol's Band », mais à Céline je préfère largement Marcel Aymé ou encore Vialatte.

Passé vingt ans on réfléchit un peu plus sur les auteurs que l'on aime, c'est une éducation du goût progressive, au début on aime bien les plats épicés qui arrachent le palais et puis ensuite, on apprend à retrouver les saveurs réelles de ce que l'on déguste.

Ce qui sauve Céline, c'est sa sensibilité à fleur de peau, son émotivité face à la laideur et à la sottise florissantes dans ce monde qui célèbre un peu plus la « machinisation » de l'être humain tous les jours.

Il y a quelques temps, on a pu lire la correspondance de jeunesse de Céline et celle-ci explique beaucoup de choses. On y découvre un jeune homme torturé par le désir de plaire et qui n'y arrive pas. Timide et fluet, il voudrait être comme les costauds de la bande, les hommes forts et sûrs d'eux, virils et affirmés. Il veut monter à cheval mais s'aperçoit que non seulement il a peur de l'équidé qu'on lui confie à l'armée et qu'il déteste être sur son dos.

On oublie également que si Céline était le « médecin des pauvres » à Drancy et qu'il oubliait deux fois sur trois, au grand désespoir de sa femme, de faire payer ses patients.

Le ministre de la Culture a donc décidé de ne pas célébrer le cinquantenaire de la mort de Céline, du fait de l'antisémitisme du père de Ferdinand Bardamu et à la demande du CRIF et particulièrement de Serge Klarsfeld. Cette décision infantilise donc les lecteurs de Céline qu'elle prend pour des grands enfants incapables de faire la part des choses.

Cela n'empêchera pas ceux qui lisent Céline parce qu'il est antisémite de continuer à le faire...

A la rigueur, que les institutions célèbrent ou non un écrivain on s'en fiche un peu, cela n'empêchera pas de le lire, cela ne m'empêchera pas de le relire, tout comme je relirai Bernanos, Anouilh, Antoine Blondin, Jacques Perret et Roger Nimier, ou Jacques Laurent, tous au purgatoire car ils n'ont pas fait les bons choix idéologiques et moraux pendant la dernière guerre ou au moment de la décolonisation.

Si on doit censurer tous les livres qui contreviennent à la morale publique ou ne plaisent pas à telle ou telle communauté, je suggère aussi de retirer des rayons des librairies ces auto-biographies de quinquagénaires aisés qui racontent sans vergogne leurs bonnes fortunes adolescentes en Thaïlande.

Je ne parle même pas de Drieu, mis d'office en enfer, ou de Chardonne, fabuleux écrivain du couple, qui lui tient compagnie en ce lieu où l'on ne retrouve jamais par contre tous les salonnards qui ont soutenu Mao ou Pol Pot, ou encore Staline.

Entendons-nous bien, quant à l'appréciation littéraire de leurs oeuvres on peut complètement se ficher qu'Aragon soit resté stalinien jusqu'à la fin de sa vie ou que l'exquis Roger Vailland ait cotisé au PCF également. Beaucoup de maoïstes, anciens ou pas, ont pourtant encore pignon sur rue, y compris ceux qui ont viré « néo-con ».

La décision de Frédéric Miterrand de ne pas célébrer Céline officiellement cette année rappelle tout le poids des préjugés et lieux communs énoncés chaque jour par des petits marquis des lettres, (non poudrés et frisotés, aujourd'hui ils ont plutôt tendance à avoir la mèche tombante), au sujet de tous les écrivains qui n'ont pas « la carte », dont par exemple les Hussards comme j'ai pu le lire sur un forum il y a quelques jours concernant un article rendant hommage à Jean Dutourd.

La « fausse littérature simili hussardienne » comme disait l’autre sur le fil de commentaires liés à ce texte témoigne de l’opinion de quelqu’un qui ne l’a pas lu ou mal, pour qui la littérature doit avoir un intérêt quantitatif ou engagé, ou con-cerné, une utilité sociale.

Je rappelle qu’il y a des hussards de gauche, comme l’exquis Roger Vailland voire d'ailleurs Jacques Laurent.

Les « hussards » écrivent sur ce qui parait futile, en sachant bien que c’est justement ce qui parait futile aux gens qui est justement fondamental, ceux-ci souffrant d’un esprit de sérieux trop bien implanté mais aussi d'une tendance à la réduction « ad hitlerum » « ad nauseam ».

Les « hussards « sont encore mal vus parce que ne se souciant pas le moins du monde de répandre une quelconque vulgate idéologique, mais se souciant surtout de la beauté du monde, de la difficulté d’être léger dans un monde pris dans la gangue de sa pseudo-gravité, sous le joug du tout quantifiable aliénant.

Rectificatif quant à l’article :
Je me suis emmêlé les pinceaux dans ma phrase concernant Bernanos qui n’a rien à voir avec Céline quant à l’antisémitisme ou humainement d'ailleurs.

Il disait ceci de Céline en 1932 (Le Figaro, décembre 1932)
"Pour nous la question n’est pas de savoir si la peinture de M.  Céline est atroce, nous demandons si elle est vraie. Elle l’est. Et plus vrai encore que la peinture , ce langage inouï, comble du naturel et de l’artifice, inventé, créé de toutes pièces à l’exemple de la tragédie , aussi loin que possible d’une reproduction servile du langage des misérables, mais fait justement pour exprimer ce que le langage des misérables ne saura jamais exprimer, la sombre enfance des misérables."

Il admirait son écriture et ne le suivait pas une seconde sur le reste.
Ci-dessous une chanson de Céline interprétée par lui-même


A noeud coulant - Louis Ferdinand Céline
envoyé par alcyon12. - Regardez plus de clips, en HD !

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