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  • Chronique d'un régime

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    Cela intéressera-t-il sur Agoravox celles et ceux qui ont des kilos à perdre ?

    Parler d'un régime n'est pas facile, parler d'une expérience c'est prendre le risque d'être accusé de raconter simplement une anecdote sans intérêt. Pourtant, je suis persuadé que l'histoire ci-dessous a quand même une certaine valeur d'exemple.

    regime-1-.gifIl y a trois mois, il était énorme, il tournait montgolfière, à moins que ce ne soit Zeppelin, dont la forme évoquait celle de son ventre. Il faisait de l'obésité morbide, il mangeait de trop et se tuait à petit feu. Et puis, un de ses proches l'ayant secoué efficacement, lui ayant donné un bon coup de pied -moral- dans le fondement, il avait décidé de reprendre son équilibre alimentaire en main, ainsi que sa santé et sa vie tout court. Il comprit aussi que jusque là au bout du compte, il avait tout simplement peur de vivre. La dérision dont il faisait preuve lui faisait office de cuirasse, pour se protéger de ses sentiments que lui vivait beaucoup plus que les autres. Cela faisait bien une décade que ne voulant plus souffrir, il ne voulait plus ressentir, il ne voulait plus supporter les mensonges, les faux-semblants.

    Pour cela, il avait fait le vide autour de lui.

    Il fallait bien une compensation, lui il se vengeait sur la nourriture comme d'autres se rabattent sur l'alcool, la drogue, ou d'autres addictions comme déverser sa haine et son ressentiment sur Internet, ce qui était maintenant la grande mode. Cela n'aurait rien résolu car finalement, se défouler sur le réseau attise un peu plus la colère et les frustrations que l'on veut éteindre.

    Au départ, comme tous les gros, il était certain que sa perte de poids allait tout changer, que les autres allaient le considérer autrement. Il pensait naïvement que l'apparence conditionnant toujours le jugement, cela allait aller beaucoup mieux quant au manque de considération et de respect qu'il subissait jusque là. Dans les premiers temps, comme sa fonte n'était pas si spectaculaire, il n'y eut pas de transformation probante de comportement des personnes qu'il croisait.

    Quand il disait qu'il maigrissait, on lui répondait en riant sous cape ou tout à fait franchement : « Mais oui, bien sûr », plusieurs croyant bon de rajouter : « Pour l'instant, ça se voit pas trop ».

    Puis, progressivement, des personnes qui ne lui disaient plus bonjour depuis des années se remirent à le reconnaître et le saluer, ce qui était ironique, plus sa silhouette redevenait discrète, moins sa personne l'était. Il s'offrit quelques douces petites vengeances en appuyant sur le fait qu'il n'avait pas changé, c'était toujours lui.

    Les gens gênés détournaient alors le regard. Plutôt que d'être moins caustique, moins sarcastique, sa perte de poids accentuait son sens de la dérision, car il s'apercevait qu'il devenait plus lucide et aussi plus libre. Il comprit que ce qui gênait tant chez lui, ce n'était pas son obésité finalement, celle-ci ayant un avantage finalement dans ses rapports aux autres, elle le maintenait dans un état de faiblesse psychologique qui donnait un ascendant sur lui à tous ceux qu'il croisait, car il manquait aussi totalement de confiance en lui et dans ses qualités.

    Il était très vulnérable, les conseilleurs de tout poil s'en donnaient à coeur joie, il comprit que s'il y en avait de bonne volonté, il y en avait aussi qui étaient tout simplement jaloux de ses qualités qu'ils voyaient mieux que lui, et qui se disaient, il n'est pas mieux que moi car il est gros, et gros c'est pire que d'être envieux du monde entier.

    Un matin, il réalisa qu'il n'avait plus aucune angoisse, il s'était libéré de sa peur, la peur d'être lui-même, la peur de se confronter au monde et aux autres. Il comprit que son sens de la dérision n'était pas un handicap, bien au contraire, celui lui permettait de voir tout de suite les impostures des bons apôtres, de ceux qui prétendaient l'aimer. Il ne réussisait pas à leur en vouloir tout à fait non plus, car lui aussi les aimait bien mal, ce qui était normal, ne s'aimant pas lui-même. L'important ce n'était pas la méthode de régime employée, l'important était là, apprendre à s'aimer.

    Les gros sont pratiques pour les gens dans notre société, ce sont des boucs émissaires commodes. Leur rapport incontrôlée à la nourriture fait d'eux des alibis faciles pour tous ceux qui ne contrôlent pas leurs frustrations ou leurs complexes sociaux ou personnels, ils peuvent alors se dire que ceux-ci ne sont pas si graves, et qu'un gros qui bouffe pour ne pas vivre sa vie c'est bien pire.

    Contrôler son corps jusqu'à l'extrème donne l'impression de contrôler sa vie, mais finalement cela revient strictement au même, l'on y perd le goût de vivre et de ressentir de la même manière, anorexie et boulimie à l'extrême sont les deux facettes de la même souffrance. Les gros sont les boucs émissaires du consumérisme et de la société d'abondance, ceux vers qui il est facile de transfèrer le sentiment de culpabilité ressenti en voyant des enfants du Sahel mourir de faim.

    On raille les gros, mais on n'en fait pas plus pour ces gosses, ainsi la machine continuer de tourner.

    Ci-dessous une chanteuse qui connait le problème...

  • Faut-il des catholiques en phase avec le monde ?

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    Cet article provoquera-t-il une discussion sur Agoravox ?

    « Dieu vomit les tièdes »

    Georges Bernanos, extrait du « Dialogue des Carmélites »

    Le texte ci-dessous concerne le Pape mais finalement il peut s'appliquer à ce que l'on demande en ce moment à tous les catholiques, on veut des catholiques en phase.

    « Il nous faut un Pape en phase » (Philippe Muray -mai 2005.)

    « Un pape à la botte, au pied, aux ordres, aux mots d’ordre, un pape qui file doux et qui respecte les nouveaux règlements. Les nôtres. Un pape qui lâche ses bondieuseries pour notre eau bénite et ses patenôtres transcendantes pour nos homélies multiculturelles.

    priere1.jpgUn pape qui, cessant de bêtement parler des “errances de la modernité”, nous rejoigne dans nos divagations divines.

    Un pape à roulettes et en culottes courtes.

    Un pape citoyen.

    Un pape qui sorte du Saint-Siège, une bonne fois, en poussant le cri primal, pour n’y plus jamais revenir. »

    La suite ici

    La citation ci-dessous parle de la définition de l'amour, mais elle peut s'appliquer à la Foi, à l'amour pour Dieu.

    « Le véritable amour est exigeant, violent, exclusif, méchant, avec des moments de ressentiment. Le plus grand amour peut comporter une part de détestation. L'affection est un sentiment fade, c'est l'amour des gens tièdes. »

    Journal littéraire (1893-1956) - Citation de Paul Léautaud

    *

    Dans ma chambre, il y a un crucifix sur un des murs, un crucifix de bois tout simple, sans fioritures, auquel je tiens particulièrement car il a été façonné par un monsieur pour lequel j'ai beaucoup d'affection. Ancien menuisier, il a de l'or dans les mains, et il est capable d'attention délicate comme celle-là comme toutes ces personnes simples de ce monde qui a disparu depuis quelques années, un monde un peu plus vrai.

    Il l'avait fait à mon intention.

    Il m'a suivi partout où je suis allé. Il est pour moi excessivement précieux.

    Et je le préfère à quantité d'objets religieux tous plus pompeux et sulpiciens les uns que les autres, ou larmoyants.

    Je n'y voyais pas malice jusqu'au jour où des amis visitant ma maison ont trouvé que ce crucifix ça faisait vraiment trop « catholique traditionnel ». Je n'ai pas compris vraiment cette opinion car je ne suis pas un admirateur des messes en ancien ordo selon le rituel dit de « Saint Pie V », quoi que parfois, comme à Notre Dame des Armées à Versailles, j'apprécie la jeunesse de l'assistance que l'on trouve de temps en temps à ce genre de célébrations. Jeunesse qui contredit les préjugés communs qui veulent que ce genre de liturgie ne plaise qu'à des nostalgiques de Vichy et du pétainisme vieux et cacochymes.

    Dernièrement, sur un forum Internet, un des intervenants était surpris qu'un catholique affirmé comme moi puisse lire Rabelais, pour lui c'était inconcevable, ou alors c'était que ma foi était vacillante. Tout cela témoigne finalement d'une vision binaire du monde, il faut entrer dans un cadre, être dans le camp des bons ou des méchants, ceux du moins reconnus comme tels par le troupeau bêêlant, le pape faisant en ce moment partie quoi qu'il dise ou fasse, des méchants.

    Sur un autre je lis dans le commentaire d'un autre intervenant que lui n'a pas attendu l'autorisation du Pape pour utiliser des préservatifs, et qu'il a déjà couché avec des filles, ou des hommes, ça il ne le précise pas, avant le mariage. Cet intervenant me fait largement penser au catho de service dans les groupes d’étudiants, ou de jeunes, ou d'adultes, qui n’ose pas trop aller à contre-courant par peur finalement de la solitude et qui finit toujours par y perdre son identité quitte à passer pour un tiède. Il pense comme le commun que en gros un bon catho c’est un catho qui pense comme tout le monde.

    Alors ce n'est donc plus un catholique.

    Finalement, c'est ce que veut le troupeau bêlant, à commencer par le bétail docile et consumériste, c'est que le catholicisme disparaisse car il s'oppose à la dynamique du désir sans fin ni fond, ce qui fait qu'il n'y en a plus vraiment, à l'utopie de l'émancipation sans fin rêvée par le monde moderne, qui n'est en somme qu'un désir de retour en arrière, à l'animalité, aux pulsions primaires. C'est ce que souligne fort bien Paul Thibaud dans l'avant-dernier numéro de « Marianne » dans son article consacré à la polémique autour des déclarations du Pape.

    Je ne veux surtout pas, quant à moi, être un catholique en phase, un catholique qui organise des cercles de silence, qui ne parle pas trop des chrétiens persécutés, pour ne pas choquer son entourage, qui ne cherche pas à choquer et provoquer des réactions chez ses interlocuteurs, un catholique bien sage qui ne fait pas de bruit et reste dans son coin, qui ne boit pas, ne fume pas, ne fait jamais l'amour et surtout qui se cache sans jamais ouvrir sa gueule.Il ne s'agit pas de se lancer dans de nouvelles croisades, c'est la grande peur semble-t-il de certains évêques, raison pour laquelle ils ne parlent pas de ce qui pourrait sembler provoquant. De toutes façons, l'existence même du catholicisme paraît provocante pour ce monde libéral-libertaire.

    Bien sûr, si on considère les catholiques comme une survivance, une clique superstitieuse, on se demande toujours pourquoi tout ce que dit le Pape gêne à ce point là ?

    Des catholiques chinois de "l'église des catacombes" en illustration, encore une persécution dont on ne parle jamais.

  • Le jour où les ordinateurs se sont éteints

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    Cette courte nouvelle sur Agoravox

    "Soudain, je ne sais comment, le cas fut subi, je n'eus loisir de le considérer, Panurge, sans autre chose dire, jette en pleine mer son mouton criant et bêlant. Tous les autres moutons, criant et bêlant en pareille intonation, commencèrent à se jeter et à sauter en mer après, à la file. La foule était à qui le premier y sauterait après leur compagnon. Il n'était pas possible de les en empêcher, comme vous savez du mouton le naturel, toujours suivre le premier, quelque part qu'il aille".

    Rabelais, Pantagruel: Le Quart Livre, chapitre VIII.

    *

    MoutonsDePanurge.jpgCe matin là de 2060, en essayant d'allumer leur ordinateur, les yeux rivés sur leur écran, les habitants du pays qui était autrefois la France, maintenant c'était l'Euroland de l'Ouest, eurent une désagréable surprise. Rien ne fonctionnait, il semblait bien qu'ils ne pourraient pas se connecter au grand réseau mondial qui occupait maintenant le temps de 99,9% des gens, excepté quelques originaux, qui, les fous, lisaient encore des livres qu'ils trouvaient dans les décharges gigantesques encombrant les abords des villes, ce qui était doublement embêtant quant développement durable.

    On ne sortait plus de chez soi, l'air était devenu quasiment irrespirable.

    Tout était livré à domicile, gràce à un système complexe. Les poignées de portes étaient devenues une relique, de toutes manières les scans optiques étaient bien plus sûrs et bien plus pratiques. On ne se rendait plus visite, on jouait aux jeux du réseau ludique mondial en s'interconnectant, les jeux ne nécessitaient même plus l'emploi des antiques combinaisons à retour de force.

    Devant leur écran qui restait désespérément noir, d'un noir grisâtre angoissant, les adultes qui travaillaient en ligne, les personnes âgées qui voulaient consulter leur courrier, les enfants qui apprenaient leurs leçons gràce au tutorat électronique de l'enseignement à distance dispensé par « Google Inc » déjà depuis 2025, tous restaient immobiles, leur esprit de plus en plus troublé.

    Ils commençaient à s'agiter nerveusement, à secouer leur machine, à appuyer fébrilement sur le bouton on/off.

    Mais plus rien ne fonctionnait. Il était clair qu'il n'y avait plus d'électricité.

    Personne ne savait pourquoi.

    Peut-être que les dirigeants des pays du Sud de la planète avaient-ils fini par envoyer les missiles nucléaires dont le Nord leur avait fait cadeau, mais pour se massacrer entre eux, sur les centrales géantes qui assuraient la production d'énergie pour les peuples du Nord 2.0 comme on les appelait maintenant. Dans le nord 2.0 on n'était plus vraiment humains, tout le monde avait un port USB dans la tempe droite, excepté quelques excentriques qui refusaient à tout crin l'informatisation.

    Ceux qui étaient le plus en avance dans les mises à jour de leur bio-matériel pouvaient recevoir leurs mails directement dans leur cerveau. Et le dernier qu'ils avaient reçu n'était pas complet, c'était « ...commencèrent à se jeter et à sauter... ». Il manquait le début et la fin de la phrase.

    Personne ne les connaissait, car en 2060, il y a bien longtemps que l'on avait oublié jusqu'au nom de Rabelais, auteur proscrit non seulement pour son point de vue individualiste très arrogant, mais aussi pour l'exaltation qu'il faisait de nourritures et de boissons hautement toxiques pour l'organisme, à commencer par le vin.

    Comme il n'y avait plus d'électricité, les gens commençaient à sortir dans les rues, très timidement, n'osant pas regarder le voisin dans les yeux. Ceux qui avaient reçu le mail tronqué en parlaient à tous ceux qu'ils rencontraient, le réseau ayant toujours raison, cela devait bien avoir une signification.

    On ne sait pas de qui vint l'idée qui déclencha tout.

    La foule entama une migration gigantesque vers les mers et les océans, excepté les rares personnes qui n'étaient pas reliées au réseau. Du haut des falaises, des jetées d'embarquement, tous se jetaient dans les océans, car il avait été décidé que c'était ça le but du dernier mail reçu, il fallait, pour une raison inconnue, que tout le monde se jette à l'eau.

    Pour renaitre ?

    Pour mourir ?

    Dans le cadre d'une pub virale ?

    On ne savait pas. Mais ça n'avait pas d'importance, au fond l'être humain était devenu une sorte de lemming, ce petit mammifère terrien disparu depuis longtemps en 2060.

    Ce fut l'histoire que les quelques indigènes qui restaient sur cette planète nous racontèrent quand mon expédition débarqua sur terre il y a deux ans.

    Ils nous apprirent leur langage, leur alphabet, d'autres nous montrèrent comment faire du vin. Nous aimons ce petit peuple, comme nous voulions continuer à vivre parmi eux, nous avons détruit notre vaisseau juste après avoir envoyé un message pour indiquer que nous ne reviendrons pas.

    Un moment de Tommy de Ken Russel et des Who en illustration.

  • Bernanos et les médiocres

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    Si j'aime beaucoup ce que Pierre Cormary écrit habituellement, là il exagère...

    Bernanos dit ceci dans "le Soleil de Satan", cité par Yves Bernanos à la fin de cet excellent article que je me permets de relayer car il remet certaines choses au point concernant entre autres la médiocrité assumée de notre époque : "La jeunesse décimée, qui vit Péguy couché dans les chaumes, à la face de Dieu, s’éloigne avec dégoût du divan où la supercritique polit ses ongles. Elle laisse à Narcisse le soin de raffiner encore sur sa délicate impuissance. Mais elle hait déjà, de toutes les forces de son génie, les plus robustes et les mieux venus du troupeau qui briguent la succession du mauvais maître, distillent en grimaçant leurs petits livres compliqués, grincent au nez des plus grands, et n’ont d’autre espoir en ce monde que de pousser leur crotte aigre et difficile au bord de toutes les sources spirituelles où les malheureux vont boire."

    Il est qualifié de "planqué" par l'auteur que son descendant cite.

    Rappelons que le "planqué" a cru bon de dire la vérité sur la guerre d'Espagne dans "les Grands Cimetières sous la lune", quitte à quitter ce pays sous le feu des phalanges et à perdre tous ses amis ainsi que sa situation.

    Il aurait pu fermer la bouche et ne rien dire, et s'assurer une rente confortable.

    Rappelons que le "planqué" s'est tout de suite engagé avec force et détermination pour la liberté de son pays en 40.

    Rappelons enfin que "le planqué" ne s'est jamais rallié à un camp en acceptant des compromis abjects.

    En 2010, il manque des voix aussi puissantes, libres et indépendantes que celle de ce "planqué".

    Mais hélas, l'époque est à la médiocrité assumée, revendiquée, à la banalité portée en étendard.

  • Y-aura-t-il un jour un manuel de savoir-vivre sur Internet ?

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    Les cloportes osent pour certains répondre à cet article sur Agoravox

    « Elle est sale, elle est glauque et grise, insidieuse et sournoise, d'autant plus meurtrière qu'elle est impalpable. On ne peut pas l'étrangler. Elle glisse entre les doigts comme la muqueuse immonde autour de l'anguille morte. Elle sent. Elle pue. Elle souille. C'est la rumeur. Répondez-moi franchement: Est-ce que, oui ou non, j'ai l'air contagieux ? »

    rumeur2.jpgLa rumeur très bien définie par Pierre Desproges, telle qu'elle se pratique et se répand sur Internet (par là un article de référence)

    La suite de ce texte par ici

    Comment aborder les sujets importants sur Internet ?

    Quels sont les sujets à aborder sur le réseau ?

    Que faire en cas de polémique ?

    Comment parler des rumeurs ? Et coetera...

    Il me semblait qu'il manquait un guide de savoir-vivre sur Internet, cet article est une sorte d'initiative civique finalement. Mais je ne suis pas sûr d'être décoré pour autant.

    Ce qui fait le beuzz en ce moment sur le Net, c'est « Arthur a-t-il ou non pompé son émission sur un « comique » américain ? On parle aussi beaucoup de l'infidélité de Tony Parker envers Eva Longoria, sa femme (« mais en fait sépavré, il a seulement envoyé un SMS à l'autre fille...etc »). Ce sont les sujets les plus importants ou la vidéo du chihuahua qui boit l'eau des toilettes d'un fast-food américain, ça ça marche. C'est important. Ainsi que l'a dit un ancien jeune, crétin décomplexé, ignare et fier de l'être, dans une émission de NRJ 12, la chaîne de télévision pour djeuns, la plus décérébrée du PAF, « Que Houellebecq ait eu le Goncourt, on s'en fout, nous les jeûûnes ». En quelques années, que de progrès accomplis, il y a quinze ans, le type inculte avait encore un peu de honte à dire qu'il s'en foutait de ne jamais ouvrir de livres de sa vie, maintenant grâce au web, il le dit sans retenue.

    Par contre parler de la biographie de la Barbie rechappée de partout qui présente un jeu avec Dechavanne, ça c'est important, savoir combien elle était malheureuse étant plus jeune et pourquoi elle a été obligée, forcée, contrainte, le couteau presque sous la gorge, de se faire refaire les seins (10 secondes de silence pour elle, car c'est important).

    Il est bien vu d'aborder certains sujets d'actualité sur un ton extrêmement polémique, ce qui permet aux commentateurs qui n'y connaissent rien, qui de toutes façons ne lisent pas les articles, d'y répondre de la manière la plus caricaturale qui soit, non pas sur le fond lui-même, mais sur la personne de l'auteur, qu'il est plus facile d'attaquer, plutôt que de lancer une vraie réflexion sur le débat lancé par l'article.

    Il est de bon ton de ne surtout pas remettre en question l'anonymat des commentateurs qui espèrent ainsi continuer à insulter, injurier, le tout au mépris des lois qui régissent tout cela en toute impunité. Oubliés tous les efforts du législateur contre la xénophobie, toutes les phobies d'ailleurs, envolés tout cela ! Le tout au nom de la liberté. Et si d'aventure on coince quand même l'insulteur, pour lui ce n'est pas de sa faute, il a cru sentir une agression contre ses certitudes, cela justifie l'abjection avec laquelle il se sent obligé ensuite de répondre, car finalement ce genre de cloporte est aussi infantile et surtout, encore une fois, abject.

    Les cloportes y reprennent les bonnes vieilles habitudes des épistoliers modestes qui inondaient les «kommandantur » de courrier non signé pendant l'Occupation, ceci afin de se soulager qui d'une frustration, qui d'un complexe, un autre encore du tout, d'exprimer leur rancœur contre les profs, qui n'ont pas sur reconnaître leur génie quand ils étaient à l'école, les z-étrangers, les juifs, les arabes, les africains, les asiatiques, les blancs, les catholiques, les petits, les grands, les gros, les minces, les homosexuels, les hétérosexuels et j'en passe.

    Le tout c'est d'aller le plus loin possible dans l'expression du ressentiment. Sans tabous ni limites.

    La rumeur que l'on ne vérifie jamais, surtout pas, devient un fait avéré, ce qui amène certains entre autres à prétendre que le SIDA n'existe pas, que c'est une invention de la propagande américaine (ou soviétique, ou arabe, ou juive, le Mossad fait beaucoup de choses clandestinement sur le réseau (etc...) Tout dépend de la compulsion obsessionnelle personnelle de celui qui exprime ce genre de sottises). La rumeur, même électronique, même informatisée, reste bien entendu, un phénomène totalement répugnant. On croit déconsidérer quelqu'un en abordant ses travers personnels, ses addictions, ses aventures sexuelles éventuelles ou fantasmées, ses vices cachés, au lieu de discuter sereinement et humainement sur le sujet, la tentation est tellement grande de le faire, pour se venger d'une mauvaise humeur passagère, d'une déception amoureuse.

    Et de le faire sans risques, de laisser tomber le vernis de bonne éducation que l'on se donne. L'employé de bureau croit pouvoir se venger d'une chef de service, le chef de service humilier un peu plus ses subordonnés, le minable s'imagine pouvoir faire payer ceux dont il est jaloux, pour des raisons innombrables, de la réussite sociale et financière à la culture en passant par le physique, le caractère et j'en passe. La civilisation va finir par se craqueler complètement, par s'auto-détruire, car la haine engendrée par tout ce ressentiment maintenant largement exprimée est comme un torrent dévastateur, un feu de forêt qui brûle tout sur son passage. On parle encore du nazisme, du fascisme, du stalinisme, mais au bout du compte, tout cela prépare à une soumission à un arbitraire encore pire que les trois sus-cités, qui est celui du troupeau des sur-consommateurs, une soumission librement consentie, la pire, ceci afin de pouvoir continuer à consommer les objets totémiques imposés par le système. Et ce qui est finalement assez drôle c'est qu'au fond, de l'intervenant se posant comme politiquement incorrect au troll qui est là pour emmerder le monde, sans toujours assumer, les commentateurs du net sont au fond très réactionnaires quand on gratte un peu.

    Il ne s'agit pas de moraliser outre mesure le réseau, de jouer « les pères la pudeur », de prendre cela comme prétexte afin de museler un médium qui a permis l'expression libre des commentateurs habituels qui ne sont de toutes façons pas encore descendus de leur tour d'ivoire, ni sortis de leur milieu consanguin. Même quand ils interviennent sur le réseau, ils se lisent entre eux, se commentent entre eux, se répondent l'un l'autre, se congratulent dans un processus cyclique sans fin, une sorte de ruban de Moebius de la vacuité et de la vanité intellectuelle.

  • Ballard et les fins du monde

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    Cet article sur Agoravox

    Ballard sur le consumérisme en introduction de cette note

    ballard_cokliss1.jpg« Le consumérisme est optimiste, tourné vers l'avenir. Bien sûr il nous demande de nous plier à la volonté de la majorité. C'est une forme de politique de masse. Très théâtrale, mais tout le monde aime ça. (dans « Que notre règne arrive ») « 

    Les éditions Tristram poursuivent et achèvent l'édition de l'intégrale des nouvelles de Ballard, avec la publication il y a quelques semaines du troisième tome. Pour cet auteur s'il n'y avait pas de romans parfaits, il pouvait y avoir des nouvelles parfaites. On le classe vite dans la rubrique Science-Fiction, dans les auteurs de genre, ce qui en France relativise rapidement le talent d'un écrivain. Pour les salonnards, écrire du genre c'est se déshonorer, ce n'est pas de la littérature, et ce malgré le snobisme en ce moment autour de quelques auteurs de polars, entre autres. Or les histoires de cet écrivain ne sont plus de la SF dite explicite au sens strict. Chez Ballard, il n'y a même plus de voitures volantes ou de pistolets laser, il n'y en a plus besoin au bout d'un moment, on remarque cette évolution progressive dés le premier volume de l'intégrale de ses nouvelles. Ballard reste dans le champ du genre mais il lui donne un éventail infinie de possibilités, le champ de possibles est partout, ici, maintenant, ailleurs, plus tard, plus tôt, dans d’autres univers. Peu importe que l’anticipation technique ne soit pas pertinente, ainsi dans les histoires de « Vermilion Sands », les ordinateurs fonctionnent avec des cartes perforées.

    C'est un peu comme dans les histoires de Philip K. Dick qui fait fonctionner ses androïdes avec des bandes magnétiques, Ballard préconise des techniques sans doute moins performantes qu’une clé USB mais elles sont plus poétiques.

    Il est possible que la fin du monde, la révélation finale, n’intervienne que lorsque nous serons enfin parvenus à l’Age d’or, peut-être a-t-elle déjà eu lieu au moins dans les cœurs et les esprits ainsi que semble le suggérer le gentleman discret et lucide qu’était cet auteur. Pour les esprits éclairés, les derniers temps, c’était déjà il y a deux-mille ans. Pour certains poètes, nous sommes seulement le rêve d’un dieu endormi. Il règne actuellement un tel esprit grégaire, un tel esprit de fourmilière, une telle absence de liberté quand on y réfléchit un tout petit peu. La science-fiction de cet auteur est devenue alors par nécessité de plus en plus intériorisée. Elle se libère des codes habituels et des schémas de narration privilégiant le spectaculaire, le style devient important. La catastrophe, chez Ballard, se perçoit de manière très légère au départ. Ce n'est que peu à peu qu'elle se découvre. Seuls les personnages possédant un minimum de lucidité la préviendront mais il est toujours trop tard. Ce recueil comporte des nouvelles qui font partie de la période déjà sombre de l'auteur avant qu'il ne se lance dans l'anticipation sociale de manière encore plus ambitieuse.

    Il crée avec d'autres dans les années 60 ce que l'éxégète le plus connu des auteurs d'anticipation a appelé la « New Thing », Harlan Ellison, lui-même auteur de nouvelles très réussies. C'est doublement un handicap, écrire du genre et des nouvelles, dont l'écriture nécessite pourtant un vrai talent mais qui restent méprisées par les esthètes auto-proclamées, ceux qui à la littérature imaginative et créative préfèreront toujours les états d'âme narcissiques d'une dinde des quartiers chis ou d'un drogué mondain.

    James Graham Ballard ressemble un peu pour tout amateur de cinéma bis qui se respecte, au croque-mort maléfique de « Phantasm », l'excellent premier film d'épouvante de Don Coscarelli et son meilleur jusqu'à maintenant. Celui-ci imagine que le personnage, un grand échalas joué par Angus Scrimm habillé avec soin à la manière d'un gentleman anglais, comme Ballard, enlève les morts et les transforme en quelque chose d'inommable. Derrière les pavillons coquets ripolinés, derrière chaque non-lieu aseptisé et froid du monde moderne, se cachent des horreurs qui ne semblent étonner personne dont des boules chromées, comme les ornements des voitures largement vantées par la publicité de cette société consumériste, qui tuent les êtres humains horriblement, ceux-ci se voyant mourir atrocement. On ne peut rien cacher à ce croque-mort, de plus lucide et sarcastique, qui sait tout des travers de l'âme humaine.

    L'auteur de « Crash » comme la plupart de ses compatriotes un peu cultivé est au fond un excentrique qui cultive son excentricité avec délices, bien que peu expansif, on sent en lui le sens de l'« understatement », du « non-sense », il y a du Lewis Caroll en lui, de la dérision de ce monde matérialiste hyper-technicisé dans lequel rien ne dure et du dégoût que cela lui inspire. Comme Jonathan Swift deux siècles auparavant.

    Chez Ballard, la société moderne de surconsommation, spectaculaire, cache des ignominies sans nom, et elle est au stade terminal, juste avant la destruction qui, chez cet auteur, est multiple : un vent de plus en plus violent, une chaleur insupportable, le tarissement des ressources, la fin d'un âge d'or spatial, l'infertilité des femmes, la guerre, la perte de leur humanité de l'homme, et la femme, modernes.

    Pour cet écrivain, la Seconde Guerre Mondiale fut d'ailleurs la fin d'un monde déjà, celui de l'enfance, de la famille, de l'insouciance dans la Concession britannique de Shangaï, de l'égoïsme tranquille de ceux qui ne souffrent ni de la faim ni du manque. Dans une nouvelle du recueil, Ballard voit ça comme une sorte de mort au monde. Il s'imagine retrouvant les siens entouré de toutes les victimes de la guerre du Pacifique qui le suivent en un cortège funèbre.

    C'est de la Science-Fiction eschatologique, sans beaucoup d'espoir, ni désespoir d'ailleurs.

    Ce que ne voit pas les faux esthètes et les salonnards, c'est aussi que Ballard ne parle pas du futur, il parle de nous, de notre temps, mieux qu'ils ne le feraient en termes selon eux choisis. Comme le font la plupart des écrivains de SF, il est vrai, qui ne parlent jamais du futur. Ballard n'est pas non plus un dogmatique, un moralisateur, le petit doigt en l'air, il ne fait que décrire les effets possibles de la course à l'abîme que nous menons en ce moment.

    Quand nous étions au collège, nous avions lu "Crash" pour de mauvaises (ou de bonnes) raisons, à savoir pour y chercher les scènes "chaudes" du livre que nous étions certains d'y trouver, comme de bons adolescents boutonneux et inhibés que nous étions, scènes d'ailleurs rares, et qui sont plutôt à y revenir, et à y réfléchir, assez froides, apocalyptiques et désespérées, un roman très bien adapté, donc très bien trahi par Cronenberg. Ce monde où l'être humain devient plus que dépendant d'objets et où une Lincoln continental devient le symbole du monde perdu, c'est le nôtre, une société d'automates qui recherchent leur humanité perdue.

    Plus tard, j'ai mieux compris le propos et j'ai commencé à lire les nouvelles écrites par Ballard dont "le massacre de Pangbourne" est pour moi l'acmé, plutôt une novella d'ailleurs dans laquelle des enfants très sages renversent l'ordre des choses et massacrent leurs parents tellement protecteurs et compréhensifs, car une société utopique mais surveillée est une société de cauchemar. Nous sommes tout prêts d'y entrer avec l'emploi massif de la vidéosurveillance, des scanners optiques mis un peu partout pour notre bien, le tout empiétant progressivement sur la liberté de chacun, avec le consentement de tout le monde ou presque.

    Selon Ballard, dans un monde où la technologie est omniprésente, où les mystères semblent expliqués au fur et à mesure par la science, où certains expliqueront l'amour par une combinaison de phéromones et d'enzymes, il semble impossible de connaître la passion, l'émotion, le vertige des sens, des corps, une sensation. On a peur du goût et des parfums, peur du corps de l'autre, peur de son propre corps.

  • Hommage à la Nouvelle Vague

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    Hommage irrespectueux des anglais et du patron de ce blog à la Nouvelle Vague française

  • La douceur des bêtes de somme humaines : Éloïs et Morlocks en 2010

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    Cet article a provoqué de vives réactions chez certains morlocks sur Agoravox

    « Je vis des arbres croître et changer comme des bouffées de vapeur ; tantôt roux, tantôt verts ; ils croissaient, s'étendaient, se brisaient et disparaissaient. Je vis d'immenses édifices s'élever, vagues et splendides, et passer comme des rêves. »

    extrait du roman d'H.G Welles, « la machine à remonter le temps »

    temps_001.jpgDans son roman célèbre « la machine à remonter le temps », H.G Wells imagine qu'un explorateur du temps de l'ère victorienne, période où ont commencé à se développer les conceptions hyper-libérales qui ont mené à notre si belle société de surconsommation, voyageur temporel croyant fermement dans les vertus du progrès, va 800 000 ans dans le futur en espérant trouver l'âge d'or et tombe en fait sur un monde en pleine dégénérescence où l'humanité est maintenant séparée en deux espèces : les Éloïs, beaux, doux comme des agneaux que l'on mène à l'abattoir, sensuels, moralement libres, mais aussi horriblement grégaires, paresseux et dociles, incapables d'initiatives personnelles et encore moins de réflexion ; et les Morlocks, monstrueux, industrieux, qui chassent et se nourrissent des premiers. Horrifié, il se bat contre les Morlocks, persuadé d'avoir peut-être éveillé quelque chose chez les Éloïs et s'enfuit encore un peu plus avant dans le futur. Il assiste à la fin progressive de la Terre qui se meurt alors que l'être humain a complètement disparu de sa surface.

    L'auteur de ce livre pessimiste, de cette fable lucide largement encore d'actualité on va le voir, s'est ensuite mué en un défenseur du progrès, comme le voyageur du temps au début du livre, apôtre pacifiste d'utopies modernes sympathiques, qu'il décrit dans « Au temps de la comète », il faut quand même une comète pour que l'humanité avance, mais complètement irréalistes, fréquentant les « futuristes » anglais dont l'écrivain Lytton Strachey alias Carrington. On le préfère pessimiste, mais lucide, comme dans également « la Guerre des mondes », autre fable sur l'esprit conquérant de l'hyper-libéralisme de son temps, qui l'est toujours autant en 2010, nous poussant toujours dans une course à l'abîme de plus en plus effrayante.

    On se demande bien pourquoi Wells situe son roman 800 000 ans après la fin du règne de Victoria car nous sommes entrés depuis quelques années dans l'ère des Éloïs et des Morlocks. Les Éloïs que nous devenons adore s'amuser, tout devient ludique, virtuel, sans conséquences apparentes, sans gravité. Nous sombrons dans un esprit positif à tout crin de plus en plus pénible.

    Le troupeau docile des bêtes de somme consuméristes, des Éloïs contemporains ne supporte quasiment plus la critique de son mode de vie, la remise en cause de ses certitudes, persuadé qu'il est d'avoir été libéré de tout ce qui entravait la satisfaction de ses désirs : la philosophie, qu'il trouve ennuyeuse de toute façon, la religion, que les bêtes de somme libérales-libertaires réduisent quand elles sont encore croyantes à des rassemblements grégaires sur-affectifs et un vague humanitarisme très léger qui consiste à aimer tout le monde, donc personne. Tant qu'ils ont leurs objets fétiches à acheter et utiliser, les éloïs sont contents et heureux de vivre, mais leur satisfaction ne dure pas très longtemps car on leur impose de racheter encore et encore les nouveaux objets fétiches. Ils pleurent, chouinent et se lamentent, et parfois, certains, frustrés se laissent aller à la haine la plus violente, au fanatisme en tout genre, celle que permet Internet pour y deverser leur bile et leur colère, se trouvant des boucs émissaires commodes, qui sont un peu les mêmes qu'auparavant, l'antisémitisme obsessionnel et compulsif semblant effectuer un retour en force sur le réseau avec quelques autres détestations qui se fondent toutes en une seule, celle du contradicteur qui remet en question l'allégeance au consumérisme qui génère d'ailleurs sa propre contestation interne : ceux qui réclament des changements cosmétiques du système sans contester au fond l'essentiel.

    Reste alors une question : Sommes nous des éloïs ? Des morlocks ?

    Ou encore des êtres humains ?

    L'adaptation de 1960 du roman, la meilleure pour l'instant.

  • Un communiqué pour les chrétiens d'Orient, est-ce suffisant ?

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    à lire aussi sur Agoravox

    Un communiqué des évêques de France c'est déjà beaucoup pour ceux qui souffrent ?

    Dans certains diocèses c'est ce que l'on semble croire.

    Voir la discussion dont il est question ci-dessous à ce lien sur facebook

    Une intervention étonnante en faveur des chrétiens d'Orient de BHL (je ne suis pas un fanatique du philosophe discount mais je salue son initiative).

    Un article concis et synthétique dans « Marianne »

    Dans un diocèse déjà sinistré, un évêque médiatique y a fait parler de lui (on l'a entendu encore chez Ruquier il y a quelques semaines), on ne parle pas beaucoup des chrétiens d'Irak, et encore moins souvent des chrétiens d'Orient en général. Pourquoi ? Par manque de charité ? Par indifférence ? Je ne puis le croire.

    image_65684895.jpgJe pense en fait qu'il s'agit de la peur de passer pour islamophobe car parlant d'atrocités commises par des musulmans extrémistes, qui donc ne sont pas représentatifs de tous les musulmans (ce qui signifie en passant que ce diocèse de progrès et d'ouverture perçoit les musulmans comme forcément fanatiques et incapables de mesure si l'on comprend bien leur point de vue entre les lignes.

    Pourtant, les chrétiens d'Irak eux-mêmes à travers une lettre des petites sœurs de Bagdad redisent toute leur fraternité avec leurs compatriotes musulmans et ne manifestent aucune haine, ni désir de vengeance envers les terroristes. Sous le joug de la haine, ils continuent à choisir d'aimer Dieu et leurs prochains. On peut comprendre cependant ceux qui partent car ils risquent leur vie et celles de leurs proches, et tout le monde n'est pas fait pour le martyre. Bientôt, c'est Jean-Paul II qui nous en avertissait en 2000, il n'y aura peut-être plus de chrétiens en Terre Sainte qui ne sera plus qu'un champ de ruines spirituel, et rien d'autres qu'un Disneyland pour des pélerins/touristes ignorants de leurs origines, ignorants de l'existence de ces chrétiens orientaux qui célèbrent selon le même rite mais des traditions différentes, ce qui loin de séparer les chrétiens, les enrichit.

    Quand un chrétien dans son enthousiasme un peu naïf a demandé d'organiser une veillée de prière pour les chrétiens d'Irak et d'Orient en général, on lui a répondu, le service communication de son diocèse, qu'un communiqué avait été lu, normalement, (la personne n'en était pas sûre ?) le dimanche 6 Novembre à toutes les messes, ce qui fut loin d'être le cas. Si on était mauvais esprit, on pourrait croire que dans l'esprit de la personne répondant à ce chrétien un communiqué suffisait. Et qu'une veillée de prières ensuite était en l'occurrence de trop.

    A ce chrétien s'étonnant de la réponse, et rappelant qu'un croyant en plus d'entendre un communiqué peut aussi prier, et agir, la personne chargée de la communication répondit avec agacement, du moins, c'est ce qu'un mauvais esprit en aurait pensé.

    Cela non plus, je ne puis le croire bien sûr. Ce n'est pas possible dans mon diocèse qui est un diocèse d'ouverture et d'écoute.

    Il ne s'agit pas non plus pourtant de faire de l'ethnocentrisme et de laisser de côté les souffrances des autres peuples et des croyants d'autres religions, quelles qu'elles soient, mais de parler AUSSI de ces chrétiens qui souffrent et dont on parle trop peu dans nos diocèses et paroisses.

    C'est aussi un peu comme dans une famille, si un chrétien ne s'occupe pas du sort de ses frères et sœurs dans la foi, il sera moins crédible quand il prétendra aider ceux qui n'ont pas la même foi ou pas de foi du tout d'ailleurs. Cette cause nous touche, car ce se passe en Irak a des répercussions en France, quant au dialogue avec l'Islam, quant à la foi des chrétiens, c'est un défi qui nous est lancé quant à nos choix en tant que croyants, mais aussi en tant qu'incroyants : que fait-on pour soulager les souffrances des chrétiens d'Irak ? Et des chrétiens du Proche Orient ? Que fait-on pour les aider à rester chez eux ? C'est aussi une question posé aux musulmans, vont-ils réagir en se félicitant de ce qui arrive ? Du choc des civilisations que beaucoup d'inconscients, également en Occident, appellent de leurs vœux ?

    A la fin de la discussion sur facebook la personne chargée de la com du diocèse de progrès auquel appartient ce chrétien finit par lui envoyer un message lui conseillant de joindre son curé de paroisse pour organiser quoi que ce soit le tout sur un ton très informel, une manière comme une autre d'envoyer une fin de non-recevoir poliment mais clairement, en laissant un lien comme un os que l'on jette à ronger.

    C'est dommage...

    Mais de quoi ces chrétiens ont-ils peur ?

    De s'affirmer ? D'être eux-mêmes ?

  • Des rééditions intergalactiquement talentueuse de Sun Ra

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    On n'a pas tellement parlé de Sun Ra finalement, cet astre du jazz éteint en 1993, enfin éteint c'est ce que l'on croyait car il lance encore quelques feux. Maintenant, ce musicien délicieusement ésotérique et déliro pouèt-pouèt qui jouait les dingues, et faisait de chacun de ses concerts un happening complètement foutraque mais génial. Parfois, la musique se perd dans les arcanes de sa folie douce, mais la plupart du temps, il y a plus d'invention et de créativité que chez la plupart des musiciens actuels. Il ne faut pas croire, c'était un musicien populaire en Amérique, et pas seulement réservé à une élite.

    Si dans le monde de Philip K. Dick il y avait une fanfare, je suis sûr que Sun Ra en serait le chef d'orchestre.

  • Les animaux malades de la bêtise (humaine)

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    Peut-être les défenseurs des animaux m'en voudront-ils sur Agoravox ?

    En France, on dénombre 70 millions d'animaux de compagnie de tout genre. Les français sont fous en particulier de leurs chiens et de leurs chats. Combien de fois croise-t-on sur les routes des chien-de-garde.jpgvoitures avec le clébard à sa maman sur le siège arrière voire celui du passager car c'est plus qu'un enfant parfois, mieux en fait, car avec un chien ou un chat, pas de problèmes d'enfance, pas de puberté difficile, pas de devoirs à vérifier, rien n'est trop beau pour lui de fait. Et comme le dit la formule consacrée, il ne lui manque que la parole. Les propriétaires de chiens, les chats c'est différent, rajoutent souvent ensuite : et « en plussse ils sont plus fidèles que les êtres humains et moins méchants, allez ! ».

    Cela me rappelle cette anecdote vu dans un documentaire animalier : un présentateur tenait à la main un fruit, et observait un orang-outang juste en face dans un bassin en béton. Les yeux perdus dans le vague de sa réflexion, il se lança dans une tirade qu'il croyait très profonde sur la sagesse qu'il croyait lire dans les yeux du quadrumane qui n'avait d'yeux que pour le fruit qu'il finit par lui chiper avant que l'autre ait pu finir son discours. Là où il voyait de la sagesse, il n'y avait surtout que l'envie du singe de s'offrir une petite gâterie gratuite (au second degré, petite gâterie pourrait vouloir dire qu'ils s'offrent autre chose, mais là aussi, ils se l'offrent sans permission, car eux ont la souplesse pour ça qui nous manque).

    On projette finalement tellement de choses sur les animaux, qu'écouter quelqu'un en parler permet de connaître beaucoup de choses de celui qui en discute : son rapport aux autres, ses frustrations, ses complexes.

    Ce n'est pas pour rien que les petits caïds de cités, de lotissements (ce sont souvent alors des caïds retraités, des caïds qui ne deviennent des cadors qu'une fois le gros clebs bavant et grognant au bout de la laisse) ou de centre-villes aiment bien se balader avec au bout de la laisse un chien entre le fauve et le chien des Baskerville. Le chien, qu'ils dressent ou font dresser pour le pousser à l'agressivité, ce qui est plus impressionnant dans leur cervelle de moineau, compense leurs manques ou ce dont ils s'imaginent manquer.

    Il y a toujours une chose qui choque beaucoup, par tous les temps, mais un peu plus en hiver, c'est quand on voit les maîtres de chiens passer l'air indifférent devant des SDF ou des clochards qui dorment dehors la nuit, alors qu'il gèle à pierre fendre, et avoir tout plein d'attentions ensuite pour leur chien, qui n'est certes pas responsable de la sottise de ses maîtres, mais lui ne couchera certainement pas dehors au froid. Si l'on posait la question aux propriétaires de chiens, ils seraient les premiers surpris que l'on puisse se la poser, car ils se fichent comme du premier os en plastique de leur félidé préféré ou de leur canidé adoré des personnes qui dorment dehors.

    Brigitte Bardot prétendait dans les années 70 que ce n'était pas vrai, que souvent les défenseurs des animaux sont aussi d'ardents humanistes, elle a montré par la suite combien elle exagérait un peu en disant cela par ses déclarations et attitudes.

    Parfois les maîtres, et les maîtresses, poussent le ridicule à affubler la pauvre bête d'un tout petit manteau ou imperméable assorti à leurs habits. C'est très « hype » chez des perruches snobs et quelques dindes de haute volée qui quant à elles sont des animaux de compagnie parfaits pour un quinquagénaire qui a du pognon ou même encore un président de la République, des animaux de compagnie très coûteux à entretenir.

    Les animaux de compagnie le sont parfois jusqu'à la mort, on fait enterrer ou incinérer le chien, le chat, ou la tortue, à côté du maître. On me dira, cela permet d'entretenir la dynamique économique des pompes funèbres qui ont trouvé là un nouveau créneau. Si l'on craint de plus en plus la mort, si l'on a de plus en plus peur de la maladie chez l'être humain, on adore s'occuper des funérailles du chienchien à mémère ou du Raminagrobis de l'oncle Alphonse qui l'avait sur ses genoux jusqu'à la fin, ou presque, car le chat a quitté les genoux du bon tonton quand il s'est avéré qu'il avait considérablement refroidi.

    Ci-dessous un extrait de "les chiens" d'Alain Jessua

  • Tous gaullistes ?

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    provoquera des débats sur Agoravox

    Tous gaullistes en 2010 !

    Lisant plusieurs articles, relevant plusieurs commentaires sur divers forums, allant tous dans le même sens, on a pu noter un unanimisme étrange autour du gaullisme, tout le monde est gaulliste, tout le monde se réclame d'une vision gaullienne de la politique.

    churchill_de_gaulle_hu_60057.jpgDepuis quelques jours, on peut constater ce consensus autour de la personne du Général De Gaulle : du « pire » réac au gauchiste le plus radical, des communistes aux souverainistes, on célèbre le grand homme dont la figure est portée aux nues et idéalisée jusqu'à l'absurde, sans aucun lien avec la réalité historique, comme si au bout du compte les français se cherchaient une figure de père, un père bourru et sévère, un père qui fasse les choses à leur place, soit courageux à leur place et voit plus loin que le bout de son nez (que De Gaulle avait long, le nez). On célèbre de Gaulle sur le refrain du « tous pourris maintenant », et finalement ce que l'on distingue en sous-main, c'est la peur de sa propre liberté de réflexion. On ne veut plus réfléchir pour voter, on peut même se demander si beaucoup veulent encore réellement de la démocratie comprise uniquement sur un mode binaire : les « bons » et les « méchants », « eux » et « nous », chaque camp revendiquant De Gaulle pour son propre bénéfice, chaque camp pérégrinant sans honte ni trop de complexes à Colombey.

    Il n'est pas certain qu'il ait reconnu la plupart de ses héritiers affirmés et affichés, fut-ce devant notaire, de l'UMP à « Debout la République » en passant par les communistes.

    De Gaulle nait dans une famille plutôt bourgeoise à Lille en 1890, une famille où l'on a du personnel, et où l'on cultive les traditions. Sa maison natale que l'on peut visiter reflète parfaitement la mentalité de ce milieu à cette époque, relativement étriquée et très conservatrice. Faisant ses études secondaires à Paris, De Gaulle épouse les idées de beaucoup de jeunes de son temps, à savoir celles des ligues naissantes dont celle d'Action Française. Lisant un tract monarchiste de l'époque, rédigé par De Gaulle, on peut même voir en germe les idées qui fonderont la Vème République : un roi au-dessus des partis, un premier ministre qui prend les coups et un parlement disposant seulement du pouvoir législatif. Le jeune De Gaulle part ensuite pour entrer dans « la carrière » (militaire) à Saint Cyr. Il s'illustre ensuite par ses considérations très lucides et en avance sur son temps quant à la pratique de la guerre moderne, celles-ci eussent-elles été appliquées à grande échelle en 1940 que la France eût évité une déculottée sévère.

    Quand il part à Londres après la déculottée justement, il y attend les partisans de l'Action Française, il eut les fous, quelques communistes et des militaires rebelles. Le 18 Juin, la légende dorée du pays veut que tous les français écoutaient l'Appel, religieusement, c'était loin d'être le cas, ils écoutaient plus certainement celui de Pétain. Car De Gaulle est d'abord cela, une figure dé-culpabilisante pour les attentistes et tous ceux qui savent pertinemment qu'ils auraient eu exactement les mêmes réactions.

    A la fin de la guerre Robert Paxton, l'historien le plus pertinent sur la période, évalue le nombre de vrais résistants à 100 000 personnes au grand maximum, éliminant les opportunistes qui se sont découverts une âme de rebelle juste avant la fin, et la même chose pour les vrais collaborateurs, le reste des 44 millions de français étant attentiste. Il y a encore en France une méconnaissance totale de cette période, dans un tract envoyé sur le net par un groupuscule prétendant défendre l'indépendance de la France, j'ai pu lire que les étudiants qui sont allés se recueillir sur la tombe du soldat inconnu le 11 Novembre 1940 étaient gaullistes, non, ils étaient d'Action Française, et Guy Mollet et ses camarades étaient communistes.

    Ce n'est pas une seconde un jugement de valeur sur les français de cette époque, on peut comprendre parfaitement que la prise de risques qu'entrainait la Résistance ait fait reculer des pères de famille, par exemple. D'autres inconscients ne se sont jamais posés de question, comme Hélie de Saint-Marc, dés l'armistice de 1940, il avait pourtant seize ans, ou encore Honoré d'Estienne-d'Orves, tous deux catholiques et d'Action Française. Devant la barbarie, devant la bêtise ahurissante, devant la haine, il n'y a plus de différences, tous se battent ensemble ainsi que le rappelle parfaitement Aragon dans son poème « La Rose et le Réséda ». Il n'y avait plus de « réac » ou de « bolcho », seulement des hommes unis par amour de la liberté, un combat difficile parfaitement illustré par le film de Melville « L'Armée des ombres ».

    Et l'auteur de cet article ne peut évoquer sans frissons le discours de Malraux au Panthéon pour le transfert des cendres de Jean Moulin, un discours qu'il connait par cœur.

    De Gaulle en 1940 était grand, il était grand aussi à la Libération, défendant le programme du CNR, détricoté depuis quelques années par ses héritiers et quelques autres.

    De Gaulle avait de l'ambition, comme toutes les personnes hors normes, il avait aussi beaucoup d'orgueil et se rêvait un destin à la mesure de cet orgueil. Là aussi, ce n'est pas l'orgueil en lui-même qui est critiqué, mais ils sont rares ceux qui peuvent y prétendre sans ridicule ni grotesque. A côté de De Gaulle, la plupart de ceux qui se réclament de son héritage sont des pantins grotesques ou hystériques, agitant les bras, multipliant les moulinets pour essayer de faire oublier leur bassesse. Mais ils ne trompent personne.

    Charles_DeGaulle_JFK_reduced.jpgAprès 1946, malgré quelques aménagements cosmétiques, la République reprend les bonnes vieilles habitudes d'instabilité de la Troisième ce qui est bien sûr catastrophique au moment du bourbier de la guerre d'Algérie dont les premiers soubresauts sont vite réprimés par le ministre de l'Intérieur de l'époque, François Mitterrand. De Gaulle, qui vit une longue traversée du désert depuis douze ans, voit là une carte à jouer pour enfin accomplir son destin. De Gaulle dit bien peu de temps auparavant « que l'on ne fera jamais des français de ces bicots » et pourtant devant la foule qui l'appelle au pouvoir, également dans la crainte d'un putsch, De Gaulle lance « Je vous ai compris », bien que déjà il n'ait nullement l'intention de conserver les deux départements français qui constituaient l'Algérie au sein de la communauté nationale.

    On se demande finalement aussi si les français qui soutinrent De Gaulle vers l'Indépendance le firent vraiment pour des considérations humanistes, et non surtout comptables, les colonies coûtaient cher, et aussi parce que personne ne pouvait envisager que des musulmans soient des citoyens français comme les autres.

    Il trahit aussi ceux qui ont soutenu ce qui n'est rien d'autres qu'une prise de pouvoir avec les apparences de lé démocratie, de Massu à Michel Debré, les « pieds-noirs » qui préfèrent je pense qu'on les appelle « français d'Algérie ». Ceux-ci étaient loin d'être tous les sales colons profiteurs, exploiteurs et massacreurs dont on a parlé ensuite pour justifier leur retour précipité en France (un million et demi de personnes). Il y avait un véritable mélange des religions, des cultures et des origines. Il y avait là une véritable expérience de fraternité et de « vivre ensemble », le tout en plus dans le respect de la laïcité. Il est curieux qu'on ne parle jamais des cimetières de ces « français d'Algérie » profanés par centaines quand ils sont partis. D'où venaient-ils aussi ? Il y avait parmi eux des alsaciens qui n'avaient pas voulu devenir allemands après 1871, déjà déracinés, il y eut aussi des anciens « communards » rêvant d'utopies généreuses. On ne cite que rapidement la fusillade de la rue d'Isly quand des civils désarmés et pacifiques se rassemblèrent une dernière fois, pour un baroud d'honneur qui fût autant écrasé dans le sang que la manifestation de Charonne en 61.

    Et on parle encore plus rarement du sort des « harkis », 220 000 mille massacrés au départ de la France, comme si il y avait des minorités humanitairement plus acceptables que d'autres (certes on voit bien avec les chrétiens d'Orient qu'il y a deux poids deux mesures). Si ils sont restés aussi longtemps loyaux envers la France, c'était pour beaucoup d'entre eux par loyauté envers la personne de De Gaulle.

    Alors, oui, l'Algérie a eu son indépendance, se hâtant de ne pas donner suite à ses promesses de coopération, De Gaulle a eu son destin grandiose, mais à quel prix ?

    Cela les gaullistes de 2010 l'ont oublié, ils retiennent du général une image d'Épinal, un personnage qui n'a jamais existé en réalité, qui leur donne l'impression de se réconcilier avec leur passé qu'ils ont encore peur d'affronter en face. Il serait pourtant grand temps de se confronter vraiment à ce passé idéalisé par confort, car au bout du compte dans la vie politique française c'est comme si nous étions encore en 1945.

  • Éric Brunet est-il vraiment réac ?

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    eric-brunet-2.jpgIl y a quelques temps est apparu sur nos petits écrans un réac que l'on nous présente comme « étant pire que Zemmour », qui ne l'est pas tant que ça, comme réac, un vrai de vrai ; Éric Brunet, ancien journaliste à « France 3 », nid de réactionnaires comme chacun sait.
    Il me fait penser au « réac de service », qui rejoint parfois le « catho de service », dans les groupes d'étudiants, où l'on accepte sa présence tant qu'il n'ouvre pas trop la bouche.
    Il a le look « ad hoc ». « Weston », « Burberry's » et tout le saint frusquin caricatural. On le laisse parler par charité pour mieux faire ensuite son édification.
    On le voit de temps en temps chez Ardisson (ce qui n'est pas forcément réac) ou chez Taddeï, face entre autres au chanteur Raphaèl. Face à ce chanteur on me dira que tout le monde paraît avoir de la personnalité, je m'étais presque laissé prendre à ce moment. Mais entendre Éric Brunet énoncer quelques lieux communs sur le libéralisme et ses bienfaits je n'ai pas trouvé ça très réactionnaire, plutôt conservateur, ce qui ne va pas forcément de pair. Éric Brunet a néanmoins des goûts sympathiques, il aime bien lire Barbey d'Aurevilly, qui n'était pas réac, mais surtout extrêmement indépendant, par exemple, mais je ne suis pas sûr que ce soit exactement par goût que Brunet le lise, ce qui change tout. Peu importe ses opinions personnelles quand on lit les livres de ce « vieux viking au verbe sifflant » ainsi que le décrit Léon Daudet (note didactique : par contre il paraît que c'est très réac de citer Léon Daudet comme source pour une critique littéraire).
    Je pense simplement qu'Éric Brunet est de droite, c'est tout, mais pas réac. Tout part de l'enfance, on n'oublie jamais l'enfant qu'on a été, ni l'adolescent. Venant d'une famille de gôche, je suis sûr que cette posture de Brunet est en somme un prolongement de sa crise d'adolescence, de son besoin de révolte contre PapaMaman, et rien de plus. Ce n'est pas que je rejette tout chez Éric Brunet, j'ai beaucoup aimé sa description du 10 mai 1981 en particulier, quand la France est passée de l'ombre à la lumière. Les professeurs faisaient sortir les élèves dans la cours et leur servaient pendant une bonne heure toute la vulgate exaltée de l'électeur de gôche qui était certain que c'était l'heure de la Révolution et des grands changements, l'avènement de l'utopie gràce à un président tellement de gôche que ça n'était pas possible, j'ai nommé François Mitterrand, ancien d'Action Française, ayant certainement eu des accointances avec les philantropes utopiques de « la Cagoule ».
    Deux ans après, quand on demandait aux mêmes ce qu'ils avaient voté en 1981, on pouvait noter comme une sorte d'amnésie étrange.
    Je n'ai pas vécu le 10 mai de la même manière qu'Éric Brunet, après tout, je viens d'une longue lignée d'anars de droite irrécupérables par la bonne société et le « penser correct ». Je m'en souviens à peine d'ailleurs, j'avais une grippe carabinée, et c'est dans un brouillard cotonneux que j'avais vu émerger le crâne chauve de Mitterrand qui provoqua un second murmure déçu de mes parents, qui ont cru dix secondes que c'était Giscard ce qui provoqua chez eux le premier murmure.
    On parle de réac d'ailleurs sans trop savoir ce que l'on met là-dedans :
    Un réactionnaire c'est un type (ou une femme) qui a du bon sens ? Qui n'a pas envie de souscrire aux pires bêtises en vogue de son temps ? Qui n'a pas envie de suivre le mouvement du troupeau ? Qui n'aime pas la médiocrité de son époque ? Qui n'a pas envie de prêter allégeance aux théories globalisantes ?
    Alors c'est plutôt intéressant d'être réac à mon avis, ça n'a rien de honteux.
    Bien sûr dans l'acception actuelle, être réac c'est :
    capture-d_ecran-2010-07-19-a-12.00.16-94af7.pngNe pas hésiter à se dire catholique (- dix points sur l'échelle du « bien-penser », - vingt pour ceux qui affirment apprécier le Pape actuel, et je ne parle même pas de ceux qui aiment la messe selon la liturgie traditionnelle), au « réac » qui se dit catholique on répondra que « l'on a rien contre sa foi mais que ce qu'on aime pas c'est les intégristes » ,
    souverainiste (- dix points aussi), au « réac » qui n'aime pas l'Europe on prétendra que « quand même l'Europe c'est la paix », on laisse souvent sous-entendre que le souverainiste est une sorte de facho,
    littéraire (-10 points itou), le littéraire fait rire, chacun sait en notre époque brillante et de progrès que la littérature ne sert strictement rien.
    Rien que pour ça j'ai déjà trente points en moins facilement.
    Ne parlons pas du refus de se laisser aller à la « positive attitude »; là on part pour les abîmes de l'échelle de la bien-pensance.
    Critiquer c'est mal, or le réac adore pointer du doigt les travers de son époque. Il voit tout en noir alors que les petits z-oiseaux chantent dans les prés et que c'est tellement bô d'être ému par la joie dans les yeux d'un n'enfant. Pour en revenir à Éric Brunet ce n'est pas tellement sa démarche, il se borne à exprimer les mêmes opinions qu'un « encarté » UMP, ce qui pour les bien-pensants qui n'ont pas beaucoup de culture ou de cervelle suffit pour passer pour un réac. Il est même bien moins à droite que Benjamin Lancar qui écoute Pierre Laval dans son I-pod, ce qui n'est pas très réac mais simplement un peu sot.
    On peut enfin se demander si être réac c'est forcément être de droite, et de cela je ne suis pas tout à fait sûr, après tout on peut être réac et de gauche. Et la gauche est parfois extrêmement réactionnaire, et parfois même à juste titre.

    Sur Agoravox, on se pose des questions aussi sur Éric Brunet

  • La ségrégation dans les têtes et les coeurs

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    Ce matin en prenant le car (en province il y a des coins où on prend le car pour aller au boulot, chers amis parisiens qui me lisez, c'est une coutume rurale, à cause de l'absence de ligne de trains entre deux villes pourtant distantes de 30 kilomètres), j'ai remarqué encore une fois quelque chose d'assez étrange mais certes peu étonnant : en effet, les personnes d'origine africaine vont toutes s'asseoir au fond du car, tandis que les européens restent devant.

    rosa_parks_on_bus_2.jpgLe tout en toute liberté et avec leur consentement, sans que rien ne les y force. Sans qu'il n'y ait eu de remarques racistes des uns ou des autres. Sans animosité non plus, d'un côté comme de l'autre ce sont de grands sourires, mais on ne se mélange pas, raison pour laquelle je suppose certains sourires d'être de circonstance ou « diplomatiques » somme toute. Rosa Parks n'aurait même pas l'idée de venir s'asseoir devant le car en nos cieux éclairés, passés de l'ombre à la lumière comme le sait depuis maintenant 29 ans, et tellement progressistes.

    Comme si nous vivions encore au temps de la ségrégation raciale aux États Unis (ségrégation qui n'a jamais existé en France). C'est tout à fait regrettable mais aussi absolument pas étonnant si l'on connait un peu la nature humaine qui déteste le hors-normes physique ou mental, de la couleur de peau au physique (louque, obésité, minceur extrême aussi, (etc... ); cette obsession du louque étant aussi un puritanisme car finalement il s'agit encore d'asservir le corps à la morale commune, à ce qu'elle considère comme acceptable, même si c'est un puritanisme en quelque sorte à l'envers) en passant par des opinions différentes, enfin des opinions, les lieux communs et les certitudes irrationnelles que beaucoup présentent comme des opinions fréquentables.

    Cela montre aussi que la ségrégation la plus forte est dans les têtes, et que la paix sociale ou la paix entre communautés d'origine différente ne se décrète pas à coup de décret ou de bonnes intentions larmoyantes, que s'il y a une éducation au droit cela entraine nécessairement une éducation aux devoirs, et que s'il devait y avoir une éducation à mettre en place c'est celle de l'ouverture à l'autre, mais sans sensiblerie et d'égal à égal, sans masochisme ni angélisme, et sans haine non plus. Cette ouverture à l'autre passe par le goût de la littérature, fortement négligé en France depuis plusieurs décennies, car les lettres sont loin d'inciter à la docilité aux pires sottises.

    Faisant cette remarque sur un réseau social bien connu, un ami a suggéré que c'était très politiquement incorrecte, et aussi que cela témoignait d'un atavisme familial assez fort à l'anarchisme de droite (terme fourre-tout finalement assez sot désignant tout individu n'ayant pas envie qu'on lui impose la manière qu'il devrait forcément appliquer pour être heureux selon des théories stupides auxquelles il n'a pas envie d'adhérer détestant fondamentalement les dogmatiques, ce n'est pas du tout inconciliable avec la foi catholique, longue parenthèse je sais).

    C'est devenu tout simplement très incorrect de constater de fait une réalité. Il n'y a pas de société multiculturelle en France, ce n'est qu'un mirage de l'esprit de quelques rêveurs sincères et bien-pensants hypocrites ayant sélectivement la larme à l'œil selon la minorité ou la communauté auxquelles appartiennent les victimes pour lesquelles ils consentent de verser une larmichette qu'ils ont constamment à l'œil, ce qui est bien pratique, sous le bandeau qui leur permet également le déni constant des réalités désagréables, qu'ils ne veulent surtout pas voir de près ou de loin.

    La seule société réellement multiraciale que j'ai connu pour le moment, quoique encore très imparfaite, c'est la société israélienne, du moins à Haïfa, Tel Aviv ou Eilat, à savoir dans les villes les plus laïques. Dans les rues de Tel Aviv se côtoyaient toutes les nationalités, ce qui me laisse penser d'ailleurs que c'est Tel Aviv qui était comme une ébauche de la Jérusalem céleste selon le point de vue millénariste, la ville où se mélangent toutes les nations (cette remarque aussi est extrêmement incorrecte soit dit en passant). Curieusement, étonnamment, les mêmes qui parlent de société multiculturelle en France, où elle n'existe pas, refusent de reconnaître la société israélienne comme vraiment diverse, alternant sans honte ni vergogne les comparaisons honteuses avec les clichés les plus abjects, contredisant leur appétence affirmée pour la diversité le plus souvent, n'hésitant pas pour certains à défiler avec des fanatiques. Il semble aussi que l'image qu'ils ont des juifs et de la judéité est la même que celle des propagandistes collabos pendant la Seconde Guerre.

    Tel Aviv reste cependant comme un décor de théâtre, d'une pîèce que les habitants de cette ville se jouent, rejetant le réel à leurs portes (la bande de Gaza toute proche). A Haïfa, non seulement, diverses minorités se côtoient, et s'apprécient en toute sérénité, sans pour cela se croire obligées de souscrire au plus petit dénominateur commune, mais en plus, les habitants israéliens de cette ville ont conscience depuis longtemps des souffrances de leurs voisins.

    Je crois finalement que les bien-pensants et les élites larmoyantes de notre beau pays aiment bien les étrangers, quand ils sont loin, quand ils sont exotiques c'est encore mieux. Ils aiment bien aussi le bon sauvage, le bon bougre qui écoute leurs conseils de petits bourgeois de progrès mais qui ne sort surtout pas de son rôle subalterne. C'est d'eux par exemple que vient le slam, ce rap édulcoré et aseptisé qu'ils peuvent écouter sans risque ni de se poser des questions, ni d'être choqué, voire de réfléchir sur la nature réelle et profonde de leurs convictions anti-racistes affichées. Rappelons que le rap vient du « talk over » inventé par des musiciens de Jazz comme Mingus ou Max Roach, et Abbey Lincoln.

    Encore une fois cet article sera certainement perçu comme incorrect, facho, réac, arrogant, cynique, pour citer les quelques noms d'oiseaux que m'ont décerné quelques adeptes de la pensée progressiste, Pour les AUTRES. De la tolérance, mais pour ceux qui pensent comme EUX.

    Un morceau de Mingus dédié à Rosa Parks en illustration

  • Sophie Pétoncule se bobolise

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    marina-fois-20060108-98673.jpgJ'aimais bien Marina Foïs à l'époque des « Robins des bois », elle avait un sens inné de l'absurde, et elle faisait rire, que ce soit dans « les aventures de Sophie Pétoncule » ou en reine dans « la Cape et l'Épée ».

    Les puristes me diront que ce n'était pas très relevé, pas toujours fins, mais au moins était-ce sans prétentions et drôle. Elle avait le sens de la dérision et ne se prenait pas au sérieux. Elle n'hésitait pas à être ridicule sur scène, à la télévision, dans ses sketches, ou dans ses interviews. Le spectateur un peu averti pouvait sentir sa timidité, sa sensibilité, elle était toute neuve, toute fraîche. Elle ressemblait aussi aux amours perdues, à celles que l'on n'a pas eu quand on était plus jeune, une fille sympathique, capable de rester féminine tout en riant aux blagues à deux sous des garçons, d'être magnanime quand ils boivent trop, compréhensive.

    J'ai eu une première alerte pourtant en la regardant dans l'émission de Fogiel quand Dieudonné y fit son sketch d'un extrême mauvais goût certes, qui fit du bruit depuis. On la voyait avec Isabelle Nanty, comédienne que j'apprécie également, telles deux statues du Commandeur maquillées comme des camions volées, le visage fermé. Il y a des sujets avec lesquels on ne rit pas, contredisant Desproges pour qui ont peut rire de tout, ça dépend avec qui. Il y a des sujets inattaquables. Par contre, sortir plusieurs saloperies sur le Pape, ce que fit un autre « comique » quelques instants plus tard, c'était moins grave et d'une grande drôlerie.

    Pour deux jeunes femmes ayant le sens de la dérision ou croyant l'être, je trouvais ça dommage.

    Je les trouvais déjà beaucoup moins drôles.

    Ensuite il y a eu « un petit jeu sans conséquences » inspiré d'une pièce de Gérald Sybleiras absolument excellente, dans lequel les errements sentimentaux des trentenaires favorisés étaient croqués de manière très juste. Les acteurs du film étaient parfaits dans leurs rôles, ce qui était normal car ils se conduisaient et se conduisent encore de la même façon dans la vie quotidienne : inconstance, incapacité absolue de s'engager sérieusement, consommation des corps, mensonges constants sur soi et les autres, manque de lucidité, vagabondage sexuel et sentimental, narcissisme et j'en passe. Dans le film, un perturbateur excellement joué par Jean-Paul Rouve, tout à fait lucide, lui, et totalement au fait quant aux travers de ses semblables venait se venger des affronts subis par ces petits bourgeois quand il était jeune, en particulier le personnage d'Yvan Attal, et partait avec l'égérie du groupe, et la femme de son ancien bourreau, Cendrine Kiberlain.

    Ce film de Bernard Rapp montrait bien ce que pouvait donner une comédie française réussie, pour adultes, et non pour « adulescents ». C'était plus fin et plus intelligent que les derniers Woody Allen, celui-ci, à une ou deux exceptions, faisant maintenant de l'Alzenheimer cinématographique. Dans ce film Foïs jouait un ancien fleurte d'Yvan Attal, la vieille fille pourtant jolie qui était plus jeune certainement la fille qui lui convenait le mieux, amoureuse du personnage de Jean-Paul Rouve, que personne ne voit et qui finissait seule. Elle était excellente dans le rôle comme dans « Filles perdues, cheveux gras » qui valait surtout pour les scènes où elle apparaissait.

    Et puis, horreur, malheur, elle a joué dans un film de Maïwenn le Besco, qui a la carte depuis longtemps pour ses réalisations outrancières, nombrilistes et infantiles. Elle est apparue aussi dans quelques pièces à réputation flatteuse du côté des élites auto-proclamées décidant à qui donner ou retirer la carte. Elle qui était réputée comédienne « drôle », ce qui en France est une sorte de péché mortel, a fini par obtenir la carte elle aussi. Et depuis qu'elle a la carte, qu'elle a été adoubée par les « z-inrocks » Marina pète un câble dans ses interviews décérébrées pour « l'Homme qui voulait vivre sa vie », où elle étale les pires lieux communs sur l'éducation, la famille, le sexe et la culture, toutes les stupidités déversées à haute dose depuis « Soissantuite » par les bourgeois qui ne changent guère donc au fond. elle est devenue un des personnages d'un « Petit jeu sans conséquences », une bobo sans trop de jugeotte balançant sans trop réfléchir des banalités qui lui tiennent lieu d'opinions.

    C'est dommage Marina, en plus ma propre nostalgie en prend un coup.


    Un petit jeu sans conséquence - Trailer
    envoyé par superyiyi. - Regardez des web séries et des films.

  • L'indifférence envers la souffrance des chrétiens d'Irak

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    Et par ici

    Données statistiques précises sur les chrétientés arabes

    52 chrétiens ont été tués en Irak il y a deux jours, dans une indifférence quasi totale, sauf sur une ou deux radios dont Europe 1 qui consacre une heure à la question lundi soir. Sans honte, un des éditorialistes présents dans cette émission, Serge Askolovitch, ne peut s'empêcher de dire « il e04782be-a6ee-11dc-b28f-32ea10151a2d.jpgy a des morts tous les jours en Irak, des chrétiens, des musulmans ». En gros ce n'est pas très important, cela ne vaut pas la peine de défiler. Que 52 personnes aient été tuées parce que chrétiennes cela ne choque pas. On s'habitue en somme à ses yeux. Il me fait penser à ces commentaires lus sur le net, balançant en gros que les chrétiens ayant très très méchants pendant l'histoire, il était temps qu'ils payent un peu en retour en somme, la loi du talion bien-pensante bien connue.

    Pendant ces deux jours, la plupart des médias ont été plus occupés à parler des pompes à essence au retour des vacances -ça c'est important, hein- des colis piégés envoyés par quelques baltringues grecs (qui commettent des attentats par la poste, ce qui est excessivement dangereux on en conviendra).

    Il n'y a pas qu'eux, dans les paroisses, on n'en parle pas beaucoup non plus, sur la base de deux considérations inavouables, « des bougnoules ça peut pas être chrétiens », « des catholiques ce sont des catholiques romains, chachas, progressouillards ou tradis peu importe mais romains ».

    Ou alors on parle de malheurs exotiques, loin, très loin, de ceux dont on se sent à peine concernés mais qui donnent bonne conscience. On pleurniche à peu de frais sur les chtits n'enfants n'africains ou les chtits n'enfants asiatiques et on s'en tient là. Parce que au moins on en a parlé. Ou enfin, comme excuse on dira que l'on se soucie des problèmes de tous les frères humains, et pas seulement et exclusivement de ceux des chrétiens, ce qui revient à dire gentiment que l'on s'en fout. En effet, si l'on n'est pas capable de se soucier de ceux qui nous sont proches on est incapables de se soucier du reste du monde. On ne voit aucun ecclésiastique télévisuel en parler beaucoup non plus, s'insurger avec passion, conviction et force, après être passé au maquillage.

    Les chrétiens d'Irak, ce n'est pas très vendeur. BHL n'a pas de livre à écrire sur le sujet.

    Les chrétiens dits d'Orient ne souffrent d'ailleurs pas seulement de l'indifférence des chrétiens ou non chrétiens des pays riches, mais sont aussi méprisés par ceux-ci. Méprisés sur place par fois même par les pèlerins, comme en Terre Sainte, par les religieux ou laïcs présents sur place, par les communautés dites nouvelles. Il en est qui sont là-bas depuis des années et ne font pas l'effort une seconde d'apprendre ou la langue, ou de bachoter juste un peu sur les différentes confessions et traditions chrétiennes de la région, catholiques à 40%, orthodoxes à 60%. Ils célèbrent entre eux, prient entre eux, se voient entre eux, ne quittant jamais leur microcosme, s'étonnant ensuite qu'on leur parle d'apostolat, qu'ils n'entreprennent que très modérément. Pour les raisons jamais vraiment évoquées à haute voix invoqués plus haut.

    Les chrétiens d'Irak ont été méprisés par les américains, qui leur ont envoyé des missionnaires pentecôtistes pour les évangéliser, qui les considéraient comme des suppôts de Saddam, qui était un dictateur sanguinaire, ce que personne ne remet en question, mais qui protégeait ces chrétiens. Comme la plupart des régimes baassistes de cette région du monde le font, en Syrie également. Ou le faisaient, car les deux guerres du Golfe, d'une bêtise sans nom, censées rétablir la démocratie alors que l'on sait très bien que c'était juste pour que de gros ploucs américains ou européens continuent de faire du 20 litres au 100 dans leurs voitures, ceci pour compenser leur microcéphalie ou leurs problèmes de micro-génitoires.

    Ces deux guerres ont exacerbé le sentiment anti-occidental et anti-démocratique dans les populations, à commencer par l'Égypte qui était pourtant un pays d'équilib're sur la question, depuis quelques années les frères musulmans y recrutent en masse, mais aussi anti-chrétien, y compris contre les minorités chrétiennes vivant pourtant en bonne intelligence avec l'Islam depuis des lustres, ce que leur reproche finalement les bellicistes, les adeptes du fameux choc des civilisations, les pseudo-z-identitaires et tous ceux qui ignorent tout des bases mêmes de leur culture pour qui les chrétiens d'Orient sont en quelque sorte des collabos des régimes musulmans. Ils sont bien incapables de voir que ces chrétiens étaient et demeurent les parfait médiateurs pour éviter des bains de sang entre Islam et occidentaux, en Irak, entre américains et irakiens, mais aussi entre israéliens et palestiniens.

    mere_enfant_chaldeen_irak.jpgHélas, sachant à quoi s'en tenir sur la lâcheté des occidentaux, qui aiment bien faire la guerre par procuration préfèrent ne pas insister et fuient leurs pays tant qu'ils le peuvent encore se réfugiant en Europe et en Amérique (à noter que je ne suis pas sûr que ces réfugiés soient ravis de servir de prétexte au cynisme de politiques comme Éric Besson). Bientôt, il n'y aura plus du tout de chrétiens des origines en Terre Sainte, pris entre deux feux, les islamistes et les ultra-nationalistes israèliens, et dans tout le Moyen Orient, et l'identité de cette région du monde s'en trouve déjà gravement affectée, cela laisse le champ libre aux fanatiques, à la haine, la violence et la guerre. Rappelant l'équilibre qui existait entre les communautés, la liberté qui dura un temps du fait de la laïcité, « l'immeuble Yacoubian » de Alaa El Aswany explique parfaitement le passage d'une période très douce et heureuse au règne de la haine mieux que bien des pensums.

    Article sur Agoravox où il suscite des réactions prévisibles de quelques bien-pensants.