Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Va pélerin...

    Imprimer Pin it!

    Une très belle prière que j'aime beaucoup...

    COMPOSTELLE%201.jpg"Va, Pèlerin

    Va, pèlerin, poursuis ta quête va ton chemin, que rien ne t'arrête.

    Prends ta part de soleil et ta part de poussière ; le cœur en éveil, oublie l’éphémère.

    Tout est néant :

    Rien n’est vrai que l’amour.

    N’attache pas ton cœur à ce qui passe.

    Ne dis pas : j’ai réussi, je suis payé de ma peine.

    Ne te repose pas dans tes œuvres elles vont te juger.

    Garde en ton cœur la parole : voilà ton trésor."

    Liturgie des heures

    Fête de Saint Antoine

    Tropaire de l'office des lectures

  • La démagogie automobile

    Imprimer Pin it!

    La dernière décision des députés fidèles à Nicolas Sarkozy et son gouvernement nous montre bien que nous ne sommes plus vraiment en République ou en démocratie, nous vivons en bagnolocratie un peu plus chaque jour.

    embouteillage.gifIl suffit de regarder dehors, d'essayer de respirer de l'air pur, sans succès, il n'y a jamais eu autant de voitures en circulation en France, jamais eu autant de pubs pour les voitures, du spot hypocrite qui vante les mérites « verts » des marques qu'il vend à celui qui assume. Encore plus depuis que les boutonneux peuvent conduire avec PapaMaman à côté ou un tonton ou un ami de tata à la place du mort, le boutonneux a alors parfaitement le droit d'emmener deux amis aux places des deux grands brûlés à l'arrière. Le boutonneux fait l'apprentissage de la socialisation consumériste en garant sa voiture au parking du lycée, rarement un tas de boue, il ne voudrait pas qu'on le considère comme un loser, et ce que ce soit le lascar de cités, ou le futur petit bourgeois qui partagent tous deux plus ou moins les mêmes aspirations. Le permis de conduire est le rite de passage ultime vers l'âge adulte, celui qui ne l'a pas est un inadapté chronique aux yeux du troupeau bêlant.

    L'automobile c'est encore drôlement important à notre époque, que ce soit chez les « pipeaules » concernés par l'avenir de la planète, qui conduisent de GROSSES voitures ou se déplacent en hélico comme Angelina Jolie au-dessus de New York derrière les caméras, ou le pékin moyen. Sur un fil internet, j'ai pu suivre cette discussion hallucinante entre un fou de la bagnole et un cycliste, le premier prétendait sans rire que le vélo est plus dangereux que les voitures en ville, le deuxième étant un fan des pistes cyclables.

    Bien sûr, il faut relativiser, on sait bien que les journaleux automobiles et les chauffards parlent exactement le même langage irresponsable. Comment ne pas leur donner raison ? Quand arrive un accident, comment savoir si c'est le pare-choc ou le bébé dans le landau qui est en tort ? Qui ne dit pas que le bébé était provocateur avec le conducteur ?

    Cela me fait penser à la bonne ville d'Evr...ux, je dissimule soigneusement le nom de cette ville, on l'a vu, où les pistes cyclables traversent les routes ou sont au milieu des rues, nous sommes d'ailleurs la première municipalité au monde à avoir inventé la voie « pieds/bus », une voie piétonne où les bus et les voitures circulent. Ces deux trouvailles s'expliquent par le fait que le maire ne veut quand même pas prendre le risque de perdre toutes les voix des fondus du moteur à injection et des pneus que l'on fait crisser.

    Le militant qui veut des pistes cyclables et des petits z-oiseaux au milieu de la ville ne m'est pas forcément antipathique, mais il arrive le plus souvent que ce soit une espèce particulièrement nuisible, hypocrite et sournoise qui n'a pas compris que le problème ce n'est pas de prendre des décisions écologiques et grandiloquentes mais un changement nécessaire de société, la société actuelle étant parfaitement symbolisée par l'importance donnée à ce moyen de transport puant et bruyant qui engendre encore de nombreux fantasmes de toute puissance à tous les individus microcéphales.

    embouteillage_432.jpgL'imbécile moyen veut que sa voiture crache de la fumée, il adorerait même qu'elle vomisse des flammes, il adore également que le moteur fasse du bruit, beaucoup de bruit, un bon « broumm, broumm » qui lui donnent l'impression de se mettre en valeur, et de retrouver une opinion positive de sa propre virilité. D'ailleurs quand il vieillit il compense ses problèmes de prostate par l'achat d'une belle voiture phallique, avec la p...e décolorée à ses côtés (prévoir alors la veste grand reporter avec la panoplie complète, sans oublier l'eau de toilette vulgaire). A défaut de se faire remarquer pour sa culture, son intelligence, son humour, il préfère emmerder le monde en faisant du bruit dans tout le quartier. C'est encore plus jouissif pour lui s'il est dans un quartier qu'il n'aime pas, par exemple, le pékin moyen de banlieue égaré en centre-ville (où selon lui il n'y a que des riches et des bourges) prendra son pied à réveiller tout le monde. Il attend presque fébrilement ensuite la dispute ou l'embrouille qui normalement selon lui devrait suivre et redonner du piquant à sa misérable existence.

    en circulation également sur Agoravox

    Ci-dessous un extrait de "Yo Yo " de Pierre Étaix qui me rendrait les automobilistes presque sympathiques

  • la France blette

    Imprimer Pin it!

    sarkozy-500-jours-imaginons-france-dapres-L-1.jpeg

    Cet article produira peut-être des réactions vengeresses sur Agoravox

    Quand on se balade dans les rues d'une ville de province (ou de Paris, je le précise à l'intention de mes lecteurs ruraux qui pourraient mal le prendre), devenues pour la plupart de plus en plus anonymes depuis quelques décennies, par suite de politiques de la ville débiles et sans tête, on croit retrouver parfois au détour d'un chemin ou d'un monument un peu de la Belle France, par la beauté d'un monument, le charme qui se dégage d'une ancienne maison. Mais ils ne sont pas nombreux à vouloir regarder ce qu'il en reste, de ce qui était et reste encore malgré tout un beau pays. Il y a les gosses le nez vissé sur leur téléphone cellulaire, dans lequel ils mettent toute leur dignité, qui ne regardent jamais autour d'eux, ceux qui rêvent devant les vitrines, les GROSSES voitures, les vieux commèrant à la terrasse des cafés ou en attendant le car, tout le monde s'épiant, s'enviant, se jalousant.

    On veut profiter du gâteau, même pour quelques miettes, profiter du copinage, du clientèlisme, du népotisme, pour gagner beaucoup d'argent en faisant le moins d'efforts possible (effort devenant un mot grossier, encore plus si on l'accole à « intellectuel »).

    On se sent alors un peu triste. On aimerait tellement que tout le monde se sente en paix avec son prochain. On a l'impression que la société devient une société de malveillance. Le sens de l'autre c'est ringard, on ne veut que contempler son nombril, intensément.

    Bien sûr, il reste quelques belles âmes qui sauvent presque toutes les autres, qui se donnent aux autres, qui aident, qui n'ont de cesse d'essayer de faire progresser le monde vers un peu plus d'équité, un peu moins de ce profond égoïsme qui domine en ce moment. « Tout pour moi » ou « Parlez moi de moi y'a que ça qui m'intéresse » semble les devises des consuméristes que les français sont devenus. Les supermarchés sont les nouveaux temples, les caisses, les nouvelles agoras.

    Je ne dirais pas « la France moisie » comme on a pu le lire car il y a une connotation haineuse envers la culture de ce pays, je préfère le terme de « France blette » comme un fruit trop mûr tombé par terre, d'un arbre qui a du mal à fleurir. Quand on l'aime , on a encore plus de mal à observer son état de nos jours. Il n'y a pas une France, mais presque autant qu'il y a de communautés, de groupuscules tous plus sûr les uns que les autres d'avoir la vérité sur les politiques actuelles.

    S'il y a des voix discordantes, c'est un peu comme au théâtre, elles sont là pour être dans leur emploi et s'y tenir, ainsi Zemmour ou Guillon et surtout Didier Porte. Ils sont là pour que le public les huent et scandent ensuite avec ferveur le nom de la pseudo vedette qui les contredit. Ils ont alors rempli leur contrat.

    Au fond, la plupart de ses groupuscules et communautés sont d'accord pour surtout ne pas se remettre en cause une seconde, et encore moins la situation inique actuelle qui les arrange, et puis aussi car ils en profitent, surtout d'ailleurs car ils en profitent également. Il suffit que n'importe quel allumé de n'importe quelle organisation invoquent la liberté d'expression et les droits de l'homme pour justifier son passage dans les médias.

    Et rappelons que gràce aux progrès technique les imbéciles qui ne pouvaient y accéder auparavant peuvent maintenant le faire gràce à Internet, afin d'y balancer leur bile, leurs frustrations, leurs aigreurs. Ils le font en toute impunité, ce qui importe c'est de faire du « bruit médiatique », de créer du « buzz ». Internet est un peu la nouvelle version du « panem et circenses » antique, une manière d'amuser le peuple, de le divertir pour qu'il ne remette pas le pouvoir en cause. Ce qu'il ne veut pas faire, dans les pays riches parce qu'il veut conserver coûte que coûte, contre vents et marées, dût-on pour cela détruire la planète ; dans les pays pauvres, on cherche le plus souvent des boucs émissaires ou l'homme providentiel.

    La faute en incombe aussi à notre société qui n'a comme seule valeur que l'argent, et la célébrité rapide, célébrité qui n'a même plus besoin de justifier d'une quelconque valeur actuellement. Il y a cette trouvaille de la téléréalité, montrer des médiocres à d'autres médiocres pour que ceux-ci soient persuadés que leur médiocrité, leurs bassesses et leur manque total de dignité sont intéressantes. Le médiocre se sent poussé des ailes, enfin on parle de lui pour lui-même sans lui demander pour autant quelque mérite que ce soit et ça ça lui plait car il est toujours d'une grande paresse intellectuelle. Il encore moins envie de s'élever culturellement, il s'en fiche complètement. Il veut que ses connaissances soient utiles pour réussir socialement, son enrichissement spirituel, politique, artistique n'a aucune importance.

    Avant, les sociopathes, les fous, les frustrés, les aigris, les méchants, gardaient tout pour eux, comme en plus il y avait une guerre de temps en temps pour s'entre-tuer, leurs pulsions trouvaient un exutoire. Il y avait un ennemi héréditaire, qui changeait de temps, tous les quatre ou cinq générations, on le chargeait de tous les maux et vogue la galère.

    Il y avait aussi le sport, qui justifiait souvent l'expression de pulsions violentes qui il est vrai n'ont rien à voir avec à la base de la base avec l'esprit sportif.

    Ils partagent tous quelques fortes détestations, un anti-intellectualisme de base (dont les « profs » responsables d'à peu près tous les maux, les fonctionnaires, « tous des fainéants »), et des haines cuites et recuites.

    Et bien sûr la plupart se disent « je le pense donc j'ai raison ».

    2008-01-22T180422Z_01_NOOTR_RTRIDSP_2_OFRTP-FRANCE-BANLIEUES-GAUCHE-20080122.jpgDu tout ressort une chose, le village global n'existe pas, il n'a jamais existé et n'existera sans doute jamais si on tient compte un peu sérieusement de la nature humaine. La société consumériste n'est autre qu'un conglomérat informe d'individualités qui se superposent sans être liées entre elles d'aucune manière car le lien communautaire ou social qui reliaient les personnes est un fardeau quant à la consommation. Tout devient consommation, on consomme la musique, les livres, tous mis au même niveau sans aucune hiérarchisation, la religion, une starlette du porno a autant d'importance qu'un philosophe si tous deux font autant de bruit médiatique, en prenant un peu de ci ou ça dans les rayons, ce qui arrange ou ce qui met en valeur. Surtout ce qui met en valeur.

    Ce qui est quand même plus que paradoxal, c'est que l'anti-intellectualisme, et le rejet de la culture, est lié dans le même temps à une quête éperdue et affolée de reconnaissance pour ses connaissances ou ses capacités, celles-ci fussent-elles d'une extrême minceur, sans pour cela chercher à cultiver ce que l'on sait ou approfondir simplement ces opinions.

    Il y a aussi cette mode consistant à traiter de « bobo » celui qui cherche simplement à nuancer son opinion ou dire quelques vérités. D'autres, pour se mettre bêtement en valeur, passer pour des esprits drôlement affranchis et libres, se sentent obligés de sortir des énormités irréfléchies (on espère qu'elles sont irréfléchies) comme celle-ci : j'ai pu lire par exemple dans un com d'un de mes textes qu'Attali voulait un gouvernement mondial dont le siège serait Jérusalem, on voit parfaitement où l'auteur de ce "commentaire" (entre guillemets avec des pincettes) veut en venir, ce ne sont plus des gros sabots, ce sont des chaussures orthopédiques...

    On en vient toujours à insulter le contradicteur, en meute le plus souvent, car beaucoup d'internautes, même cachés derrière leur écran et un pseudo, ont besoin de sentir l'approbation du troupeau pour injurier celui ou celle qui ose remettre en cause leurs certitudes, qui on le sait, rendent fou.

  • Les complotistes de la vingt-cinquième heure

    Imprimer Pin it!

    Du 11 Septembre à l'alunissage du 22 Juillet 1969

    Cet article énerve déjà quelques fous du complot sur Agoravox

    paranoia.jpgInternet favorise le complotisme, et les complotistes. Si la théorie du complot donnait d'excellents films dans les années 70, comme «  les Trois Jours du Condor » voire « French Connection », ou les films de John Carpenter qui joue tous sur la paranoïa du spectateur, depuis que la parole du débile de base se libère sur Internet, elle donne lieu surtout à des délires absolus et hallucinants qui montrent bien que tous les cinoques ne sont pas enfermés, de celui qui est persuadé qu'il y a une base extra-terrestre sur la lune, preuves bidon à l'appui, à celui qui est à peu près sûr qu'il existe un gouvernement secret à 300 mètres sous la glace de l'Arctique et qu'il rassemble à peu près toutes les minorités que les cinglés ont toujours en horreur en 2010 (le contenu du gouvernement secret change selon la nationalité du complotiste mais il y a des constantes, ce qui revient le plus souvent étant le « complot juif » et le « complot catholique via l'Opus Dei »). Le complotiste lambda ne supporte pas la contradiction, pour lui ou parfois pour elle, on veut le/la faire taire, c'est sûr; On prête au contradicteur de sombres intentions, de noirs desseins.

    Et puis il faut bien qu'il/elle explique sa médiocrité par quelque chose, ça n'est pas possible pour lui/elle que ça ne vienne que de ses carences.

    Sur Internet, mais pas seulement, parfois ça donne ce que l'on ne peut appeler que des bouquins, et non des livres, on peut lire que rien ne s'est passé le onze Septembre et qu'en fait c'est une manipulation à la fois des services secrets américains et israéliens. Quelques millions de new-yorkais ont pourtant clairement vu les deux avions percuter les deux tours, quelques dizaines de milliers d'habitants de Washington ont pourtant clairement vu un avion tomber sur le Pentagone, tout comme à peu près 4 milliards et demis de téléspectateurs qui étaient devant leur télévision. Pour ceux qui l'on vu, je rappellerai d'ailleurs que l'on y croyait à peine, ayant déjà vu cette scène dans de nombreuses fictions au cinéma ou à la télévision. Et pourtant, elle a bien eu lieu. Le plus affreux, et qui montre en même temps la logique grotesque des terroristes, c'est que les victimes des attentats ont été surtout, du moins pour les deux tours, des musulmans « sans-papiers », des travailleurs clandestins, les mêmes que les fanatiques prétendent défendre.

    Je me suis toujours demandé d'où pouvait bien venir ce déni de réalité, ce rejet absolu de la vérité toute crue des faits. Il y a tout simplement le crétin crédule prêt à croire toutes les âneries qu'il lit sur Internet et qui contredisent ce que disent les personnes mieux informées, il s'offre alors une sorte de revanche et de vengeance pour compenser ses propres frustrations : « les z-intellos, y sont pas plus intelligents que moi, moi je sais mieux qu'eux ».

    Et de rejeter jusqu'à l'absurde les faits avérés.

    Il y a la personne de gôche, persuadé que les américains sont le Grand Satan, et/ou, qui ne peut envisager que des populations qui ont été victimes du racisme, de guerres civiles ou de violences ne peuvent devenir violentes à leur tout, et victimes de leur bêtise ou de leur haine, et/ou qui ne peut comprendre que des populations pauvres se comportent avec agressivité, le pauvre étant gentil, beau et sentant bon, et pouvant servir éventuellement de « bon sauvage » lors de rassemblement politique ou en parlant dans des chansons drôlement engagées qui prône l'amour libre, les pistes cyclables et la beauté des petits lapins dans la nature.

    409302471_small.jpgL'alunissage du 22 Juillet 1969 est un autre excellent exemple de la sottise et de l'aveuglement complotiste. Selon une légende tenace, Stanley Kubrick lui-même aurait tourné les « scènes » de l'alunissage dans un studio abandonné quelque part près de Cahuenga Boulevard. Selon les tenants de cette théorie, on voit une caméra dans le casque d'un des astronautes et le drapeau « flotte au vent ». C'est justement les deux détails qui confirme la véracité de l'évènement et la fausseté de la version complotiste. N'importe quel réalisateur, surtout Kubrick, n'aurait jamais laissé passé de pareils « erreurs » de script. Un faussaire a tendance à en rajouter pour faire vrai. Le drapeau « flotte » car les sauts des astronautes sur le sol lunaire en font vibrer le mat, et la caméra est celle des astronautes. En lisant cela, un adepte de la théorie du complot sourira avec condescendance car ses croyances sont comme des dogmes religieux, jamais il ne les remet en doute, ce sont tous les autres qui sont dans l'erreur. Le complotiste vit dans un monde romanesque, une fiction où il peut jouer les héros. Il ne veut pas en surtout, il a trouvé la théorie globalisante qui explique tout.

    ci-dessous un extrait de l'excellent "Invasion Los Angeles" de John Carpenter, fable sur notre société et série B d'un très bon niveau

  • Analysons une chanson débile et énervante dans la joie et la bonne humeur : "Je veux" de Zaz

    Imprimer Pin it!

    ...« Je veux » de Zaz qui casse les oreilles de tout auditeur capable d'un peu de bon goût, et ce depuis le mois de juillet. Alors, certes, un tube de l'été c'est mal écrit, c'est nul mais on aime bien l'écouter parce que ça sent les vacances, mais là, il y a trop de choses qui bloquent.

    On écoute aussi cette ritournelle sur Agoravox

    zaz.jpgJ'ai toujours aimé la chanson parisienne, qu'elle soit « rive gauche » ou « rive droite », sa gouaille, son irrespect, sa bonne humeur et son sens de la dérision, de Barbara à Juliette Gréco ou Fréhel en passant par Gainsbourg ou Philippe Clay, ou encore Dutronc et même Brassens qui était du XIVème. Par contre, avec Zaz, là on nous vend une resucée de la « goualante » des années 30 en affirmant l'actualiser au goût des années 2000 alors qu'au fond, la chanteuse ne fait qu'étaler une tonne et demie, au bas mot, de clichés de pseudo-authenticité qui ne sont pas vraiment populaires mais surtout petit-bourgeois.

    Par exemple, « Donnez moi une suite au Ritz, je n'en veux pas ! Des bijoux de chez CHANEL (en citant la marque on peut espérer des réductions dans les boutiques de la marque, un peu plus que les échantillons minuscules habituels), je n'en veux pas ! Donnez moi une limousine, j'en ferais quoi ? Papalapapapala », dans ces vers elle décrit une conception du confort finalement très commune et assez matérialiste, ça pourrait presque être sympathique si au fond ce n'était une sorte d'antiphrase. Elle en rêve de tout cela donc. Ensuite elle continue dans le même registre :

    « Offrez moi du personnel, j'en ferais quoi ? (de toutes façons on n'est plus servis, il n'y a plus de bons domestiques ma bonne dame) Un manoir a Neufchatel (pourquoi à Neufchatel, et puis celui de Suisse ou celui de Normandie ?), ce n'est pas pour moi. » Moi, je ne sais pas, je connais plein de monde qui s'en contenterait. Ensuite elle nous affirme froidement « Offrez moi la Tour Eiffel, j'en ferais quoi ? Papalapapapala », de toutes façons, à moins de se laisser avoir par un escroc, elle n'est pas à vendre.

    Le refrain est une sorte de sommet, de ponpon, de cerise sur le gâteau, de goutte avant que le vase ne déborde :

    Refrain:

    « Je Veux d'l'amour, d'la joie, de la bonne humeur, ce n'est pas votre argent qui f'ra mon bonheur, moi j'veux crever la main sur le coeur papalapapapala allons ensemble, découvrir ma liberté, oubliez donc tous vos clichés, bienvenue dans ma réalité. »

    Si je comprend bien ce qu'elle veut dire, elle ne veut rien gagner sur cette chanson, et il n'y a que son opinion, et son nombril qui compte, tout ce qui est en dehors n'est pas totalement réel.

    « J'en ai marre de vos bonnes manières, c'est trop pour moi ! », bon là au moins, elle a conscience de ses limites et on l'imagine très bien répondre au producteur du « sinegueule » et aux sponsors du clip en leur faisant un doigt, leur suggérant une toupie à partir de leur fondement, ou bien j'imagine qu'elle leur a craché à la figure. Ensuite elle confirme, elle semble y tenir, qu'elle mange comme un sagouin (comme Sophie Marceau dans « la fille de d'Artagnan ») : « Moi je mange avec les mains et j'suis comme ça ! ».

    La suite est passionnante, elle nous apprend qu'elle parle sans réfléchir, mais ça les paroles de la chanson nous en avaient déjà convaincus : « J'parle fort et je suis franche, excusez moi ! Finie l'hypocrisie moi j'me casse de là ! J'en ai marre des langues de bois ! ». Là, elle fait la confusion commune entre le fait de dire tout ce qui nous passe par la tête et la vraie franchise. Et il est probable qu'elle ne saisisse pas tout à fait le concept de la langue de bois politique.

    Elle termine en beauté : « Regardez moi, toute manière j'vous en veux pas et j'suis comme çaaaaaaa (j'suis comme çaaa) papalapapapala ». Elle ne nous en veut pas, encore heureux, il ne manquerait plus qu'elle morde. Sur la photo, Zaz est habillée avec un fichu/turban vaguement ethnique parce « t'vois on est tous frères, t'vois », on sent bien qu'elle a envie d'aller fumer un bédo ou deux avec des joueurs de djembé à dreadlocks, mais elle reste étonamment sage car le tag est fait à la craie, donc facilement effaçable après la photo. Elle porte un pantalon écossais large style « punk » mais assagi, rentré dans le rang.

  • La culture c'est pas de la confiture...

    Imprimer Pin it!

    Hier, j'entends un conférencier pendant sa péroraison sortir, pour argumenter son discours et détendre l'atmosphère en même temps, le lieu commun habituel sur la culture, qui m'agace énormément, car c'est surtout l'culture%20confiture%20carr%C3%A9%20copyright.jpgexcuse plus que centenaire des cancres ou des ignares pour justifier leur ignorance et leur inappétence au savoir : « la culture c'est comme la confiture, moins on en a plus on l'étale ». C'est parfois vrai, du bobo au simple crétin qui trouve géniââl l'exposition Murakami à Versailles, de l'académicien à particule momifié tout debout par l'utilisation intensive des U.V à l'ancien ministre qui l'appelle « Maîître » sans que l'autre trouve ça grotesque (voir par ici à qui et à quoi je fais allusion). On en trouve dans des appartements Rive-Gauche à mettre bien en vue sur l'étagère de leur bibliothèque « design » les volumes des écrivains à la mode qu'ils n'ont pas lu (l'important de toutes manières c'est savoir ce que l'on doit en dire, à savoir deux ou trois lieux communs qui s'inversent de gôche à droâte mais finalement ça reste toujours des lieux communs). Il paraît que la culture c'est plutôt de droite ou centriste, comme le bon goût, comme je l'ai lu sous la plume de l'éditorialiste de « Charlie Hebdo ». Ce serait plutôt des concepts bourgeois, le prolo ayant donc, si je saisis bien la vulgate marxisante qui sous-tend ce genre d'idées, un goût de chiottes, ce qui est sympathique pour les prolos.

    Maintenant, je ne dis pas, je serais plutôt d'accord, le prolo a effectivement la plupart du temps un goût de chiottes, il trouve que 5000 motos qui pétaradent et défilent pendant cinq heures c'est bô, c'est bien, c'est grand, comme dans ma bonne ville d'Évreux hier. A la télévision, il regarde la téléréalité, quelques crétins décérébrés étalant leur bêtise et leur narcissisme devant tous les passants, ça ne le gêne pas. Le prolo serait d'accord je pense avec Goebbels qui disait : « Quand j'entends le mot culture je sors mon revolver ». Le prolo (mais aussi le petit bourgeois, voire quelques GRANDS bourgeois), et leur progéniture ne brûlent pas les livres, ils trouvent simplement que c'est cher, ne voyant aucune contradiction à dire ça et claquer parfois 200 euros par mois dans une facture de téléphone portable. En parlant de téléphone portable, le prolo qui devient un peu plus cyberautiste chaque jour ne trouve rien à redire à la censure des patrons d'Apple sur le contenu de l'« I-phone », il trouve ça normal. Pour l'instant, c'est surtout sur des applications ludiques et sans grandes conséquences, demain ce sera sur les « e-books ». Aux États-Unis, en avance sur nous de dix ans sur les pires conneries, quelques grands romans ont été déjà largement amputés de nombreux passages sans que personne n'y trouve à redire.

    Mais pendant la période de la « douceur de vivre », il suffit de regarder un petit peu n'importe quelle maison construite pendant ces périodes, fût-elle la plus humnle, on comprend que la beauté était beaucoup plus familière à tout le monde (Ce doit être mon vieux fond royaliste qui s'exprime ici). On creusait une mare non pas seulement pour y élever des poissons mais parce que c'était joli, on élevait des haies pour séparer les champs mais aussi et surtout parce que c'était plus agréable à l'oeil et que cela permettait d'entendre le chant des oiseaux.

    La culture c'est tout à fait ce que définit Alain, philosophe radical-valoisien cité par un de mes enseignants ancienne mode (il nous apprenait à respecter la grammaire et à être exigeant dans nos lectures, lui n'aurait pas fait étudier Daniel Pennac) quand j'étais au collège : c'est bien tout ce qui reste lorsque l'on a tout oublié. C'est aussi savoir que l'on ne sait rien. Il y a bien entendu également une différence majeure entre la culture et l'érudition qui n'est qu'une accumulation de lectures, la boulimie au lieu de la gourmandise en quelque sorte.

    Bien sûr, les contradicteurs, s'il y en a, de cet article, me rétorqueront que si je dis ça, c'est parce que je me juge cultivé, et que je suis un sale connard vaniteux ou une petite barrique prétentieuse bouffie d'orgueil. Attaquer l'autre, ou l'auteur de ce petit texte, ça permettra toujours de ne pas remettre en question son propre comportement quant à la culture.

    Le même article en couleurs sur Agoravox


    Aillagon vs Zemmour & Naulleau Dessins [ITW] Onpc 180910
    envoyé par peanutsie. - Futurs lauréats du Sundance.

  • Le jardinier et la multinationale

    Imprimer Pin it!

    Il était un jardinier et des technocrates ...

    jardinier1.jpgTous les matins, dans le car, je croise un jardinier. Il a une bonne tête de paysan, comme taillée à la serpe, des oreilles un peu décollées, les yeux noirs. Il a la peau tannée par le soleil, il est toujours dehors. Il me donne des conseils souvent, « tu fais du sport, tu verras, ça ira mieux après, tu d'vrais courir ». Depuis déjà quelques temps cependant, il restait dans son coin, il ne parlait pas, il regardait les arbres sans un mot.

    Il y a trois jours, il avait peut-être besoin de parler, de se confier, il nous a dit qu'on allait peut-être le virer, ou l'envoyer à « pétaouschnok », le patron ayant quand même la « délicatesse » de lui avoir dit qu'il allait lui acheter une caravane pour le loger là-bas. Il n'empêche, le jardinier ne dort plus de la nuit. Je ne vais pas faire dans le misérabilisme social, dans le Zola de comptoir, la pleurnicherie hypocrite car...

    ...Ce jardinier n'est pas un ange, il picole un peu trop parfois, il râle sur les « jeunes », les « vieux », les « pédés », les « z-étrangers », les fonctionnaires et les « profs » (« tous des fainéants! », « enfin, sauf toi, hein, rajoute-t-il en se tournant vers moi, « toi t'es sympa »), et il n'a pas inventé la poudre ou le fil à couper le beurre. Il n'est pas très malin. Il le sait d'ailleurs, il le dit souvent : « moi j'étais pas très fort à l'école, comme j'étais pas très malin, ma mère elle m'a trouvé une place de jardinier ». Bien sûr, en disant ça, en faisant preuve de cette humilité, il est bien plus intelligent que la plupart des z-intellectuels qui forment la si brillante élite auto-proclamée qui est la nôtre.

    Il vit avec sa mère, de temps en temps il va voir sa soeur qu'il aime beaucoup à Conches qui de bled rural paumé devient alors à ses yeux un Eldorado : « à Conches y'a une salle de sports, tu verrais !.. », « à Conches, le médecin où que je vais devant le maçon, hé ben, il est gentil au moins »...

    Il se plaît bien dans son boulot, il a même du goût pour choisir les fleurs, les arbustes à planter. Il se fiche de savoir qu'il est exploité par son patron qui le paye avec quelques bouchées de pain beaucoup plus de soixante heures par semaine. Cela fait vingt ans qu'il est dans ce boulot à planter, replanter, arroser. Il aime ça, il a la « main verte », ça se voit. Le magasin, où il travaillait depuis vingt ans, où il se voyait bien jusqu'à la retraite, a été racheté par un grand groupe qui veut faire dans l'efficacité, plus de petit magasin où on pouvait discuter des heures avec les clients, il faut que l'argent rentre à flots. Donc, les têtes pensantes du groupe ont trouvé qu'il serait bien plus rentable de fermer la boutique. Ils ne lui ont pas envoyé de lettre recommandée ou quoi que ce soit, avec lui c'est pas la peine, un type comme ça, pas besoin, « et pis on lui achète une caravane pour qu'y vive dedans quand il est au magasin, de quoi y pourrait se plaindre ? ». On imagine bien la scène, le jardinier convoqué dans le bureau du nouveau patron qui le reçoit avec un autre technocrate quelconque : « Il sera bien hein à D..., il sera bien, il aura une caravane, Y sera comme un coq en pâte ! ».

    C'est bô la modernité !

    Article également sur Agoravox

  • Alain Minc est-il un phare de sagesse ?

    Imprimer Pin it!

    Les propos de cet Everest de la pensée économique, sociale et politique

    Alain-Minc-21.jpgJe me suis demandé si après tout il était bien utile d'en parler, l'Église subissant un tel flot d'injures et de soupçons d'une bêtise crasse que cela ne paraît pas indispensable d'y répondre. Mais après tout les chrétiens n'ont pas à se laisser mener à l'abattoir sans réagir. Je fais allusion ici à la formule que l'on sert à tous les croyants qui osent discuter, « mais les croyants y sont plus charitables que ça d'habitude et pis le christ il a dit qu'il fallait tendre la joue gauche ». On peut lire quelques réactions totalement caractèristiques sur le sujet sur le fil de cet excellent article de Jacques de Guillebon par ici. Je le remercie de ce texte car j'aime bien quand des catholiques croisent enfin le fer, et le font vigoureusement.

    Alain Minc a pondu dans les colonnes du « Monde », le quotidien qui pense (et Alain Minc pense, lui), une ou deux perles sur le Pape que l'on aurait mieux vu dans la bouche d'un pilier de comptoir du « rendez-vous des chasseurs », dans le bouche de monsieur Minc c'est dit avec distinction, élégance et componction mais les mauvais esprits diraient que c'est finalement tout aussi vulgaire même si c'est en complet cravates. Alain Minc est un cynique, au sens phisophique du terme, restons gentils, les méchants affirmeraient qu'il conseille le président et différentes édiles pour s'en mettre plein les poches alors que ce génie des Carpathes, ce puits de culture, cet abîme sans fond de réflexion, qu'est Minc le fait surtout pour le Bien Commun bien sûr. Alain Minc est aussi ultra-libéral, les malfaisants diraient alors que c'est normal alors qu'il soit cynique et se permette de donner des leçons à une des plus hautes autorités morales du monde. La morale diraient les mêmes, les conseilleurs comme Minc ne sont pas les payeurs, mais les payés, voire les grassement payés. Et la morale les libéraux s'en tapent au bout du compte tant que les apparences se maintiennent c'est tout ce qui compte.

    La première erreur de Minc est d'affirmer que le Pape n'a pas le droit de parler seulement des roms, rappelons lui donc qu'il a évoqué tous les peuples, et ne s'est pas borné à prendre position comme un vulgaire éditorialiste mercenaire, il a rappelé les principes de vie qu'impliquent la foi chrétienne en général et catholique en particulier, ce qui s'applique aux roms. La deuxième erreur de Minc est de dire sans rire en bref que tous les allemands ont été des nazis donc que tous les allemands maintenant c'est rien que des nazis encore, un peu comme « les italiens sont tous des voleurs », « les africains c'est que des grands enfants » (etc... ). Il aurait dit la même chose d'un autre dignitaire religieux, cela eût soulevé en France une réprobation unanime et un rien hypocrite, on eût défilé par milliers dans les rues pour combattre les propos qui rappellent les Heures Les Plus Sombres De Notre Histoire (tm) d'Alain Minc. Le maire de Paris eût affiché en grand sur la place de l'Hotel de Ville la photo du religieux insulté et Carla Bruni eût chanté avec d'autres vedettes con-cernées une chanson douce drôlement engagée.

    Mais Benoît XVI est catholique.

    Et ça ça coince pour beaucoup.

    Car le catho est méchant, le catho est un facho, le catho est un illuminé, on ne peut pas discuter et j'en passe et des bien pires. Finalement, cela se résume en une ou deux phrases : « un bon catho est un catho mort » ou un catho qui se planque pour prier ou aller à la messe et ne gêne pas trop son entourage avec sa foi, un catho discret qui vous laisser consommer et appliquer la méthode des trois « B » en paix (baiser, bouffer, boire).

    Donc ce qui est curieux c'est que l'on va assister un peu partout à une défense d'Alain Minc l'ultra-libéral par des anti-cathos plutôt de gôche, qui habituellement se disent plutôt anti-libéraux. Voilà qui montre la réelle profondeur des convictions de ce qu'il est bien convenu d'appeler des clowns. De plus, autre bizarrerie -à première vue- car c'est logique au bout du compte, les croyants, qui cloisonnent et qui soutiennent sans férir la politique de la Sarkozie, pour qui la foi s'arrête au seuil de l'église, mais en dehors on s'en fiche, rejoignent ceux qu'ils détestent le plus dans la détestation du Pape qui a « seulement » rappelé dans son texte de l'Angélus du dimanche il y a quinze jours ce qu'implique la foi chrétienne quant à l'amour du prochain, celui-ci fût-il extrêmement différent.

    Voilà donc le bobo qui s'allie au bobeauf !

    On peut donc mettre ce premier miracle à l'actif du Pape !

    Déjà des réactions sur Agoravox

  • Hommage à Chabrol - Chabrol au Paradis, Gegauff en Enfer

    Imprimer Pin it!

    Également sur Agoravox

    Ou les deux au Purgatoire ?

    chabrol7qa.jpg« Ils allèrent, ils dansèrent, ils trouvèrent en Erika une compagne d’un enjouement exquis qui fit dire à Georges :

    Elle est comme elles sont de moins en moins : parfaitement comme il faut. »

    extrait d'une nouvelle de Gegauff.

    On se dit que le « ils » c'est Gegauff et Chabrol, couple d'amis qui ont besoin l'un de l'autre même si l'un effraie l'autre, les contraires s'attirant.

    Chabrol est mort. Gegauff aussi, depuis 1984. Les deux personnages, le réalisateur, et le scénariste, avaient tous les deux une relation faite de fascination, légèrement sadienne, surtout de Chabrol envers Gegauff, lui même étant attiré par la personnalité du cinéaste. On retrouve ces deux catégories de personnages dans tous les films de Chabrol, ceux qui se moquent du monde, agissent de manière totalement amorale et s'en contrefichent, à la manière du Don Juan de Molière, prêts à aller aux enfers avec la statue du Commandeur, comme Gegauff, ceux qui voudraient bien agir de même mais ont encore des scrupules, comme Chabrol qui reste au fond un moraliste. Les personnages qui ressemblent à Chabrol ont en fait envie de faire l'amour avec les personnages qui ressemblent à Gegauff. On le voit dans « les cousins », dans « les godelureaux » et même dans « Que la bête meurt » ou le père que joue Michel Duchaussoy est comme prise au piège par celui joué par Jean Yanne, qui est infiniment plus fort. Parfois, comme dans « la Cérémonie », les forts ne sont pas où on les attendrait, les bourgeois, ouverts mais pas trop, tolérants sauf pour ce qu'ils possèdent, et finalement dédaigneux, sont insignifiants, les personnages de Bonnaire et Huppert finalement bien plus adaptés au monde, à sa violence, à sa bêtise crasse toute-puissante.

    Et vous, êtes-vous plutôt du côté de Chabrol ou de celui de Gegauff ? La réponse peut surprendre et décevoir.

    Gegauff, lui, baise, boit s'enivre et s'en fout, quitte à provoquer chez sa femme une telle passion qu'elle finit par le tuer de plusieurs coups de couteau. Pour lui l'absolu n'existe pas, il n'y a aucune transcendance, donc quitte à vivre autant le faire sans obéir à quoi que ce soit. Chabrol boit, mange, et fait l'amour, mais il a encore en lui un goût d'absolu. Il voudrait bien y croire, et surtout il conchie la médiocrité et peint les femmes comme Montherlant. Chabrol est certainement très proche de l'inspecteur Lavardin, mon flic cinématographique préféré, faussement cynique, ne respectant surtout pas l'argent, la fausse honorabilité et les conventions hypocrites de la bourgeoisie provinciale, ou parisienne (je le précise à l'intention de mes lecteurs provinciaux qui pourraient se sentir visés et insultées) : les maris qui baguenaudent et maintiennent les apparences, les femmes abandonnées et seules, les enfants qui essaient de se distraire, et adoptent très vite les préjugés des adultes, les lieux communs qui leur tiennent lieu d'esprit. Les bourgeois n'aiment pas du tout les moralistes caustiques comme Chabrol, ils n'aiment être lucides sur eux-mêmes de toutes manières. Je suis sûr que certains vont se sentir rassurés et lui tresser des couronnes hypocrites en se disant "enfin ils nous foutra la paix".

    J'aime beaucoup le cinéma de Chabrol, son honnêteté face à ce qui reste quand même, quel que soit le film, une attraction foraine. Chabrol loupait de temps un film ou deux mais ce n'était pas trop grave car ses films ratés valent bien un ou deux Depleschins voire « le jour et la nuit » de BHL, qui selon le philosophe « discount » serait devenu un film culte. Le cinéma de Chabrol est un cinéma qui ressemble beaucoup aux romans de Simenon, dont il est à mon avis le meilleur adaptateur. Certains romanciers à la mode, comme Michel Houellebecq, décrivent les travers de l'âme humaine sans humanité, chez Simenon ou Chabrol, l'homme est partout, avec tout ce que cela implique, de sa bêtise à sa capacité à se réjouir avec ceux qu'il aime. C'est toute la différence. Chabrol aimerait bien croire dans une rédemption possible mais il a du mal à la trouver. Il cherche un sens à la sottise humaine, aux errances des pitoyables primates que l'on trouve à la surface de cette planète. Selon Gegauff, il ne comprend pas qu'il n'y a pas à chercher un sens, il n'y en a pas. Dans les deux cas, cela mène au nihilisme et au désespoir.

    ci-dessous un extrait d'"Inspecteur Lavardin"

  • La routine ronronnante de la rentrée littéraire

    Imprimer Pin it!

    J'essaye à chaque fois, sans trop me forcer non plus il est vrai, craignant l'embolie intellectuelle, de m'intéresser à la rentrée littéraire, mais j'ai toujours autant de mal, et c'est souvent en vain, car on a à chaque fois l'impression de regarder un encéphalogramme plat ou d'écouter une chanson de Céline Dion. Incidemment, j'ai lu deux, trois articles sur la rentrée des écrivains, ceux qui vendent et qui font du bruit médiatique, dont Michel Houellebecq, du dossier enamouré des « z-Inrocks », qui m'a fait rire, malgré l'auteur de l'article, très sérieux, très grave, compassé moderne, qui ne semble pas percevoir le grotesque de la scène à laquelle il participe, entre autres parlons de l'épisode où Michel qui picole un peu trop, s'endort sur la table comme un clodo qui cuve, à l'interview vidéo de ce site, savante, policée et intelligente (ceci dit sans ironie aucune) mais je ne trouve aucune ampleur, et peu de résonnance, dans les propos de Houellebecq.

    houellebecq.jpgCertes, il a du talent, il aurait même une certaine humilité quant à l'écriture (ou du moins il a eu cette humilité). Certes il eut peut-être des fulgurances, mais un auteur qui ressemble à un employé de bureau dépressif, baladant son ennui, de plus en plus absent au monde qui pour lui va à sa perte, aux autres, à l'humanité. D'ailleurs il a un physique de plus en plus fragile, de plus en plus léger comme s'il disparaissait progressivement de ce plan d'existence, effacé au fur et à mesure. Il joue son rôle, sa partition, et les phrases définitives qu'il écrit, qu'il voudrait que l'on prenne pour des formules, comme celle-ci : « Pendant la première partie de sa vie, on ne se rend compte du bonheur qu'après l'avoir perdu », on les trouve aussi dans des cahiers d'adolescentes en fleur, tout comme celle-ci : « Et si je n'ai pas compris l'amour, à quoi me sert d'avoir compris le reste ? ».

    Tout cela ne m'enthousiasme guère.

    Je préfère un écrivain qui vit, ressent, pleure, rit, s'enthousiasme, flamboie, se trompe même, qui se soucie du monde. La littérature engage tout le corps et l'esprit, le cerveau, les entrailles, la sensualité. Houellebecq est pour moi tout sec. J'ai lu de lui « Extension du domaine de la lutte » et « les Particules élémentaires », qui ressemblent un peu à du Don DeLillo sous prozac, et ses livres n'ont pas la même portée universelle que les livres de l'auteur américain. Et à « la possibilité d'une île », je préfère largement les romans de Philip K. Dick qui explorent exactement les mêmes thèmes avec infiniment plus de talent et plus de style. L'excès inverse consistant à charger Michel Houellebecq de tous les fardeaux pesant sur la littérature actuelle française me paraît également disproportionné, et tout aussi commercial. Les « provocations » de l'écrivain me semblent bien dérisoires, de sa phrase sur l'Islam en passant par sa considération sur Jean-Pierre Pernaut, une sorte de génie, le truc dit pour emmerder un ou deux bobos mais ça n'ira pas plus loin, et on n'est pas très loin du café du commerce. Houellebecq ne remet rien en cause, il ne fait que prendre des notes, aligner ce qui ressemble beaucoup à des lieux communs de boutonneux mal dans sa peau, qui rêve de profiter de ce qu'il dénonce vaguement mais n'y arrive pas.

    Certains parlent de lui comme du dernier dandy mais je ne suis pas certain qu'ils savent ce que c'est exactement, un dandy, ou l'Art en général. Il me rappelle cette citation d'Avita Ronnell : « Nous risquons de devenir tous et partout des bêtes à concours sans espoir et, comme disait Nietzche, sans joie. Ce type de rapport à la vie pourrait amener à un sérieux appauvrissement de l'existence. Les évaluations impliquent un monde déjà en place et connaissable. Un monde dont l'incertitude inhérente à l'avenir est bannie »

    (Avita Ronell dans un entretien paru dans « Marianne » du 13 au 19 juin 2009, page 80-82).

    Et Houellebecq manque au fond de courage, car finalement il n'y a jamais de véritable transgression, encore moins de subversion contre les sottises sans nom qui fondent notre société. Il a trouvé sonc créneau, il l'exploite.

    Jusqu'au trognon.

    Il y a un tout autre courage à écrire sur l'époque comme Fabrice Hadjaj ou Alexandre Jollien qui embelissent la vie et lui redonnent de la joie quant à eux. Il y aurait aussi encore pire que Houellebecq ce sont les « vieux routiers » de la littérature, les pensionnaires les plus âgés, comme Jean d'Ormesson. Sur lui, je ne vais pas dire que je me réjouis de la gifle qu'il a flanqué à Sébastien Lapaque, qui avait eu l'outrecuidance d'écrire que ses livres ne « resteraient pas », mais elle révèle le personnage tel qu'il est, triste Trissotin réincarné, vieux courtisan poudré, perruqué et parfumé, vieux libertin nostalgique des plaisirs passés qui compense ses problèmes de prostate en se tressant constamment des couronnes à lui-même sans remords ni scrupules.

    Comme tout le monde, de même que les cinéastes chics, comme Wong Kar Waï, qui réalise un ou deux chefs d'oeuvre, « In the mood for love », puis se perd ensuite pour cause de ce que l'on ne peut qu'appeler un pétage de plombs carabiné. Ce qui est assez intéressant, et ironique, est que les critiques qui encensent Houellebecq se permettent de parler de Brett Easton Ellis comme d'un auteur surfait n'est-ce pas, dont le talent est exagéré n'est-pas, qui écrit quand même des bons livres, n'est-ce pas, « maisbon » (à prononcer très vite d'un air désabusé, en accompagnant ce vocable d'un geste, comme lorsqu'on manifeste son impuissance).

    amelie-nothomb-10541.jpgAmélie Nothomb a un côté plus flamboyant certes, ou dirons-nous clinquant, avec tout le folklore lié à son personnage : la pourriture qu'elle aimerait manger, ses chapeaux loufoques et son maquillage de gothique qui aurait beaucoup pleuré au dernier concert de « Death Metal » où elle s'est rendue, ses problèmes psys de petite fille sage et gâtée, les promenades dans les cimetières.

    Je me souviens de sa première apparition télévisée, dans « Nulle Part ailleurs », pour « Hygiène de l'assassin », une interview qui m'avait donné envie de lire son livre car elle était naturelle, donnant l'impression à l'époque de se moquer radicalement de l'impression qu'elle laisserait, les deux mains crispées sur les accoudoirs de son fauteuil, par nervosité ou timidité, ou les deux. Et puis elle a pris de la bouteille, et a fini par devenir « une bonne gagneuse » qui vend chaque année un roman que l'on devine écrit au fil de la plume, ce qui semble normal en France et n'étonne personne à part deux ou trois écrivains qui ne le sont pas pour de rire. Elle sort les cahiers au fur et à mesure d'un tiroir de son bureau. Ce qu'elle écrit n'a même plus beaucoup d'importance, ses lecteurs s'identifient à elle et la lisent seulement du fait de cette identification, ressentant étrangement les critiques adressées à Amélie Nothomb comme autant de critiques contre eux et leurs choix de vie, comme des fans post-pubertaires de « Tokyo Hotel » avec qui ils partagent le même goût pour les sourcils charbonneux et les mèches en pointes. Tous spécialistes du nihilisme de Prisunic pour jeunes personnes mal dans leur peau, comme cette phrase extraite de « Mercure », « Pourquoi est-il impossible de faire du bien à quelqu’un sans lui faire de mal ? Pourquoi est-il impossible d’aimer quelqu’un sans le détruire ?» , le tout prononcé d'un air pénétré le petit doigt sur le menton, penser à terminer par « hein ? » ou « n'est-ce pas ? » tout comme cette sentence sur l'orthographe et la grammaire : « Seuls les grammairiens sont assez naïfs pour penser que l’exception confirme la règle. »

    Ce n'est pas comme Sagan qui dit tranquillement un jour à un jounaliste que les critiques de certains ne l'impressionnaient guère puisqu'elle n'écrivait finalement que pour trois ou quatre personnes qu'elle aimait et qui l'aimaient, l'argent gagné gràce à son succès utilisé surtout pour faire plaisir à qu'elle appelait son « phalanstère ». Sans être vulgaire, on dira que ça avait quand même une autre gueule, une allure tout à fait différente. De toutes façons, les médias ont trouvé plus « trash » qu'Amélie Nothomb, plus « sexe » aussi, Virginie Despentes, qui a le mérite également d'être féministe donc admissible par la bien-pensance, et comme en plus elle parle souvent de cul, elle a le mérite d'être une bonne cliente des « Tôlque chauds » et autres émissions à la parole réputée libérée. Il semble que cela ait toujours existé, mais les médias amplifient encore peu plus la médiocrité des écriveurs qui polluent la littérature sans l'élever.

    Article également sur Agoravox

  • « Les Bidochon » opus 20 - « Les Bidochons n'arrêtent pas le progrès »

    Imprimer Pin it!

    bidochon_20_1.jpg

    Gràce à moi les Bidochons sont aussi sur Agoravox

    Je vais une nouvelle fois étaler mon immense culture et ma gigantesque érudition, que je montre volontiers à tous les passants, en faisant ici même la critique du dernier tome des fantastiques aventures du couple vedette de « Fluide Glaciale ». Je pourrais parler du dernier roman écrit sous neuroleptiques de Michel Houellebecq, qui a un style aussi vif que celui d'un informaticien dépressif, sans l'avoir lu comme le font la plupart des critiques, on me dira, mais je préfère « les Bidochons » : Robert et Raymonde, on est tous un peu Robert sur les bords, nous les z-hômmes, et les femmes sont toutes un peu des Raymondes au milieu voire un peu partout. Robert et Raymonde se sont mariés tardivement, ils auraient aimé avoir des gosses mais ce n'était plus possible car Robert a des problèmes de tuyauterie. Ils trompent leur ennui à deux, Raymonde et lui, en s'occupant avec les dernières conn...trouvailles disponibles : dans les deux derniers albums, ils surfaient sur Internet et se passionnaient pour l'astrologie et autres sciences occultes, et c'était un peu moins drôle, on sentait la lassitude de Binet pour la série. Dans celui-là il est beaucoup plus en forme, comme ses héros. Il n'empêche, mon préféré reste le 15 : "Bidochon Mère". La "môman" de Robert s'est retourné un ongle, elle en profite pour faire venir son fils en lui faisant croire qu'elle souffre le martyr, et tenter de le "récupérer", celui-ci tombant dans le panneau, la croyant mourrante. Raymonde supporte beaucoup de choses et elle finit par sauver in extremis son mariage..

    On croit que c'est du mépris, du dédain, de la condescendance, mais Binet sait bien qu'il est ses créatures, et moi je sais que l'on est toujours le Bidochon, ou le plouc, d'un autre. Moi-même j'apprécie des plaisirs tout à fait ploucs comme grignoter un cornet de frites à Lille devant la gare, manger des moules face au port de Barneville en les accompagnant d'un petit muscadet, écouter des chansons à la con, le dernier tube pour midinette ou regarder un film que les cinéphiles distingués n'évoquent qu'en se bouchant le nez. D'ailleurs, ce n'est pas forcément un comportement plouc que tout cela, mais peut-être encore plus snob que de se pâmer devant la denière oeuvre coûteuse et absconse d'un créateur de "projets" ou d'"happennings" à la mode (on ne parle plus d'artiste, çà c'est plouc). Le plouc est en fait un médiocre qui aime sa médiocrité et son esclavage, souvent il se vante d'être bien vu de son patron ou de sa crémière. Le plouc n'aime pas que l'on connaisse un peu plus de choses que lui dans certains domaines, il se sent alors attaqué dans ce qu'il croit être sa virilité. Le plouc n'est pas automatiquement un franchouillard ou un "beauf", ce peut être un bobo, car une autre caractéristique du plouc est que son univers s'arrête à son nombril.

    Dans cet alboume, Robert, qui est né de la dernière pluie, se laisse avoir par un catalogue d'objets complètement inutiles mais modernes, comme le « cooler » qui tient les bières au froid et permet de conserver la chaleur des steacks cuits sur le barbecue, le « poivrier lumineux » qui éclaire l'assiette gràce une dynamo incorporée, les sacs d'« engrais biodégradables » qui se délitent tous seuls quand il pleut, le « cric gonflable » qui évite de se pencher pour changer une roue, le « pincitoasts » qui permet de ne pas se lever de table pour prendre les tartines dans le grille-pains, le « pouce-bouchons » qui permet de déboucher une bouteille de vin sans effort musculaire, l'« évaluateur » qui mesure n'importe quelle distance avec un laser incorporé, le « parasol bronzant » qui laisse passer les UV, les larves de coccinelles que l'on place au pinceau sur les plantes du jardin (là c'est Raymonde qui trouve ça génial, tout comme les raquettes de potager, inadaptées quand le téléphone sonne, le « simulateur de présence », qui fait peur aux voleurs quand on est absent, le « purificateur-ioniseur » qui ventile les pièces et les ionise, ce qui change tout, le « foret sans perceuses », un peu dur à utiliser celui-là, il faut pousser dessus avec un marteau pendant que votre assistant tourne la vis...

    Le site officiel du couple star est à ce lien

    Ci-dessous, au théâtre

  • Physiologie de « l'anar de droite »

    Imprimer Pin it!

    celine_1_louis-ferdinand-celine-gen-paul-pierre-labric-1942.jpg

    Article débarassé de ses allusions personnelles.

    Je l'jure monsieur le juge...

    "Ca tient, les options politiques, l'engagement dans un sens, dans l'autre, parfois du hasard. On était tel jour, tel endroit... On a rencontré celui-là plutôt que celui-ci, et tout est joué."
    Les combattants du petit bonheur (1977) Alphonse Boudard

    Suite à la lecture d'un article concernant les « anars de droite ». J'ai donc eu envie n'écoutant que mon bon coeur de faire un rappel pédagogique, (étant toujours prêt à participer à l'édification du peuple ou de la bourgeoisie ). Et je rappelle à toutes fins utiles que pour eux les anars syndiqués et les révolutionnaires en charentaises sont surtout pour eux de beaux sujets de pendule, ainsi que Michel Audiard le fait dire à Gabin dans "Archimède le clochard".

    ADG était un « anar de droite », tout comme Antoine Blondin, qui a eu plusieurs héritiers affirmés mais qu'il n'aurait jamais reconnu, fût-ce devant notaire, Marcel Aymé, qui est celui que j'aime le plus, Michel Audiard, Alphonse Boudard et quelques autres. Certains y mettent parfois Desproges qui n'avait pas vraiment le profil selon moi. Ce qu'ils partagent, Desproges aussi d'ailleurs, c'est finalement une indulgence réelle et de tous les instants envers leurs semblables auxquels ils pardonnent leurs travers quand même, ce qui n'empêche pas de tourner ces défauts en dérision et d'être féroces.

    36.jpgC'est un patronage dangereux car les deux premiers auteurs, pour ne citer qu'eux, ont des textes absolument immondes et illisibles, quant aux étrangers, maintenant, le premier écrivait une chronique dans « Minute » (Rien n'étant simple, on ne saurait le qualifier de raciste, ADG décrivant avec affection la vie des aborigènes d'Australie, où il vécut quelques temps, dans un de ses derniers livres « Kangouroad movie »), le deuxième dans « le Crapouillot » voire parfois bien pire. Peut-être l'écriture de ces articles naissait-elle de leur envie de faire suer les bien-pensants et d'emmerder le monde un bon coup ? Peut-être n'étaient-ils pas si sincères ? Ce ne sera pas à moi d'en juger. On note que les « anars de droite » sont pour la plupart des autodidactes, suffisamment intelligents pour penser tous seuls sans avoir besoin pour cela d'une béquille dogmatique. Ils riraient à mon avis de ces rebelles de salon qui parlent toujours de leurs diplômes de la même manière, ce n'est pas très important, on s'en amuse mais on les montre quand même, et gare à celui ou celle que cela fait sourire. Il y eut aussi de toute façon des « anars de droite » diplômés, comme Antoine Blondin, élève brillant, et Thierry Maulnier qui rentre peu ou prou dans la définition, si définition il peut vraiment y avoir. Les « anars de droite », les vrais, savent que ce n'est pas le diplôme ou le statut qui fait de toutes manières l'homme ou la culture, mais sa propension à l'indocilité à la sottise toute-puissante du troupeau ou d'une élite auto-proclamée, ou d'un homme providentiel.

    ANTOINE-BLONDIN-copie-1.jpgIl n'empêche que les « anars de droite » fascinent encore, en particulier les jeunes gens bien sages et bien propres sur eux qui rêveraient de passer pour des mauvais garçons, des mauvais sujets, pour plaire aux filles, ce qui est somme toute légitime, alors que leur éducation, leurs études et leurs choix de vie les incitent plutôt à bien rester sagement dans les rails, à commencer par ceux de la pensée la plus politiquement correcte au bout du compte. Il suffit souvent de gratter juste un tout petit peu et on retrouve le petit bourgeois dédaigneux, ou la petite bourgeoise derrière des pétarades consistant surtout à balancer des horreurs entre la poire et le fromage alors qu'être « anar de droite » c'est tout autre chose. Un petit bourgeois a beau se déguiser en « bobo » ou en « bobeauf » par réaction, il restera soucieux de son honorabilité, d'être bien vu de sa crémière et de faire bonne impression dans un costume de bonne coupe. Cela ne consiste pas à se biturer ou dire des gros mots devant les dames et parler de ses exploits sexuels réels ou supposés, cela c'est à la portée du premier commercial en goguette, et chemisette orange (avec le stylo dépassant de la poche poitrinaire).

    Et c'est bien entendu un terme tout à fait dérisoire car comment un anarchiste pourrait-il être de droite ? Ce sont des critiques de gauche qui ont trouvé ce vocable pour désigner un auteur refusant de vendre la bonne parole d'une idéologie globalisante dans ses livres, et se fichant d'être dans l'air du temps, soucieux surtout de littérature dans leurs romans. C'est un peu comme celui de « hussard » inventé au départ, par Bernard Frank, d'ailleurs également excellent écrivain dont j'aime beaucoup le livre sur ses promenades parisiennes, pour dénigrer les écrivains faisant partie de ce mouvement, si l'on peut dire car ce n'en était pas, d'auteurs joyeusement « désengagés » et persuadés que tout ce qui paraît futile aux beaux esprits était largement plus important que les pensums indigestes qu'ils continuent à produire encore en 2010, que ce soit les « durassiens » qui pensent, les « polardeux » qui pensent itou et ont les solutions pour amener le peuple au bonheur, que celui-ci soit d'accord ou non, les adeptes de l'autofiction qui pensent encore plus et qui font leur thérapie devant tout les passants dans leurs bouquins (on n'ose appeler ça des livres).

    maulnier.jpgIl faut avouer que l'esprit de sérieux est hélas en progression constante dans la littérature française, à cause de la vision utilitariste de la littérature. A gôche, mais aussi à droâte, on pense consciemment ou inconsciemment que les livres doivent absolument avoir une utilité sociale ou économique, que la littérature doit être perfomante. Alors que ce qui en fait sa beauté, c'est justement son inutilité foncière, sa gratuité. Et « c'est bien plus beau parce que c'est inutile » comme dit Cyrano qui lui aussi aurait pu être classé dans la catégorie des « anars de droite » car il se fichait complètement de plaire, prenant même plaisir à déplaire, tant que c'est bien sûr aux imbéciles et aux prétentieux et surtout aux salonnards, ces bureaucrates de la littérature.

    Amaury Watremez

    Cet article sur Agoravox

    Photos : Gen Paul et Céline, Alphonse Boudard, Antoine Blondin et Thierry Maulnier

  • Ce handicap que personne ne veut voir

    Imprimer Pin it!

    Hier, par faiblesse, ou par paresse, j'ai  regardé l'émission pas du tout racoleuse et encore moins cynique d'Ardisson. Comme toujours j'étais plus ou moins nauséeux, france_d__couvre_handicap.gifjusqu'à l'interview de Régine Salvat. Celle-ci, mère de Rémy qui écrivit en 2008 à Nicolas Sarkozy pour demander l'autorisation de l'euthanasie, enfant polyhandicapé, raconte les souffrances de son fils, les siennes, et surtout l'incompréhension totale de ses amis et relations. Un jour de grande lassitude, de colère, de révolte, elle a failli tuer son fils qui s'est finalement suicidé. Pour elle, comme pour son fils, la réponse était claire, il fallait autoriser l'euthanasie, je ne dirais rien sur cette réponse qu'ils voulaient apporter et n'émettraient aucun jugement de valeur là-dessus, du fait du martyr de cette mère et son garçon.

    Il apparaît cependant que cette histoire est symptomatique d'une grave question de notre époque et d'une constatation toute simple, mais terrible et terrifiante : dans notre société, les handicapés n'ont pas de place, ils sont considérés comme des poids morts, des bouches inutiles, des fardeaux. On aménage de temps en temps un « bateau » sur les trottoirs, une rampe d'accès dans les bus, qui fera râler les autres usagers des transports en commun (« Y n'ont qu'à prendre des bus adaptés, quoi ! »).

    Et je ne parle même pas des proches de personnes handicapées qui essaient de se confier, on ne veut surtout pas les écouter, et surtout pas les secourir ou les soutenir car le handicap fait terriblement peur.

    Il y en a qui n'osent pas le dire encore de manière trop franche, trop directe parce qu'il y a encore la comédie sociale du bon samaritain à jouer, il y a ceux qui assument comme ces gougnafiers qui se garent sans trop de scrupules sur les places handicapées en ville (faire trois mètres de plus pour poster une lettre, comme à la poste d'Évreux où les deux places handicapées sont toujours occupées, par des valides, c'est tellement fatigant il faut dire) ou qui empruntent dans les magasins les files des caisses dites prioritaires; J'en ai vu, hier au « Cora » de ma bonne ville, réclamer comme des boutures de miliciens qu'une dame visiblement ayant beaucoup de mal à marcher montre sa carte d'invalide ou d'allocataire de la COTOREP.

    Quand quelqu'un émet une objection à leur comportement, certains parmi eux ont trouvé la réponse qu'ils estiment imparables, on est forcément bien-pensant ou « bobo ». Il y aussi tous ceux pour qui l'handicapé n'est pas vraiment un être humain mais une victime programmée pour susciter la compassion hypocrite qui permet en pleurnichant de se débarrasser des questions plus gênantes que le handicap pose, une pauvre créature que l'on aime plaindre pour mieux se défausser de sa responsabilité ensuite. La réalité psychologique du handicap, et l'humanité des personnes qui le subissent, est très bien montrée dans un film mettant en vedette Olivier Gourmet qui joue un handicapé pas du tout présentable, râleur et imbuvable qui veut absolument faire l'amour une fois dans sa vie avec une femme (voir la bande-annonce par ici).

    L'Église Catholique en France, excepté quelques instances officielles et associations, est hélas encore souvent contaminée par l'esprit actuel. Il est très rare par exemple que les prêtres et les laïcs visitent les personnes handicapées isolées. Je me souviens aussi de ce jeune ecclésiastique, à Paray le Monial, suggérant que le handicap des personnes diminuées présentes à un grand rassemblement était dû à leurs péchés. Cela n'empêche pas les mêmes et le reste du troupeau de pleurer à chaudes larmes sur le sort des handicapés lors de grands rassemblement grégaires et affectifs comme par exemple le Téléthon où l'on exhibe quelques heures des petits myopathes en attendant de les ressortir de la naphtaline un an après.

    Je suis même sûr que l'on trouve dans le troupeau des pleureurs les jeunes péronnelles ou apprenties-pouffiasses dont parlent Alexandre Jollien dans son dernier livre qui se moquent effrontément de son état dans un bus.

    Mais le handicap le plus rejeté et le plus invisible, le moins compris, c'est le handicap mental ou psychologique. Il horrifie et terrifie encore un peu plus. On ne veut pas en entendre parler. Il est d'ailleurs terrible qu'alors qu'il y aurait besoin de beaucoup plus de structures, les établissements accueillant ces personnes handicapées soient de plus en plus négligés voire fermés.

    Texte également sur Agoravox

  • « Le 4 et le 7 Septembre : journées nationales des baby-boomers concernés ».

    Imprimer Pin it!

    Article sur Agoravox où il va sans doute provoquer quelques réactions

    Le Père Fouettard en remet une couche.

    GRBJ0590.gifOn nous parle d'une rentrée socialement très chaude et agitée, dangereuse pour le gouvernement, et on nous dit que l'on va voir ce que l'on va voir, attention. On se dit qu'on aimerait bien que soit remises en cause l'hyper-consumérisme et la politique de rigueur ce que n'a pas fait François Hollande il y a quelques jours, en affirmant qu'il faudra bien augmenter les impôts en 2012.

    Ce matin déjà, Régine et Jane Birkin sont allées chanter sous les fenêtres d'Éric Besson, qui n'en doutons pas, a eu très peur. On pouvait voir aussi à leurs côtés des artistes engagés et compassionnés que l'on avait déjà pu apercevoir, pour un grand nombre, aux côtés du ministre de la culture pour défendre la loi Hadopi, et leurs droits d'auteur. Et même Carla B. s'est ému d'un plan Gabon d'un ministre (attention un contrepet se cache dans cette phrase sauras-tu le retrouver ?). Certains esprits chagrins s'étonneraient également du fait que les hommes et femmes de progrès aient attendu la rentrée pour dénoncer le sort des 1000 Roms expulsés entre temps, mais ils méditaient leur réponse, c'est évident, comme Cécile Duflot par exemple. Pourquoi la pauvre femme aurait-elle dû être culpabilisée et rentrer de vacances trop tôt ?

    Bertrand Blier dans une interview à un journal qui pense, lui aussi c'est un mauvais sujet, le disait plus clairement, « en France les artistes sont de gauche quant à la politique, et de droite quant au portefeuille ».

    Régine est une habituée des combats contre la discrimination, elle laisse entrer tout le monde chez « Castel », je suis sûr qu'il n'y a pas de physionomiste, comme par exemple, Steevy, bien sûr à condition que l'on puisse payer les consommations, ce ne sera pas possible de demander seulement un verre d'eau gratis. Quant à Jane Birkin, il y a très longtemps qu'elle fait partie des « sans-voix » ce qui lui donne une légitimité, bien entendu. Je suis un mauvais sujet doublé d'un mauvais esprit, mais je serais curieux de voir comment ça se passerait si des roms s'installaient rue de Verneuil ou devant « Castel ».

    Peut-être qu'il arriverait ce qui est arrivé aux tentes des « enfants de Don Quichotte », pendant une semaine, les « bobos » riverains du Canal Saint Martin trouvaient cela tellement sympâââ et tellement authentique, pensez donc, des pouilleux que l'on n'a même pas besoin d'aller chercher à l'autre bout du monde pour se sentir concerné et équitable, voilà que ceux-ci s'amassaient sous leurs fenêtres, ce qui faisait l'économie d'un billet d'avion pour l'Inde ou le Pakistan sans compter les soucis de santé et de fatigue dus au décalage horaire. Au bout de trois semaines, les « bobos » riverains trouvaient cela beaucoup moins sympâââ et ont demandé l'intervention de la maréchaussée à cause du bruit et de l'odeur. Et puis les pouilleux ça se fiche de savoir si Marie N'Dyaye est une bonne écrivaine ou pas, et un symbole d'une société multicul' en devenir (une société multicul a une très bonne assise de par son coté multiple pense-t-on souvent).

    La question ce n'est pas de se faire plaisir en balançant quelques lieux communs entre la poire et le fromage, ne serait-ce pas de proposer de complètement changer les structures d'une société entièrement basée sur le fric et l'apparence et l'iniquité sociale ? Curieusement, personne ne semble ne se soucier des discriminations au physique ou au louque dans notre beau pays, mais je le répète je suis un mauvais sujet et un mauvais esprit, c'est pour cela que j'aime poser les questions qui fâchent.

    Le 7, mardi, on devrait voir ce qu'on va voir également, Nicolas Sarkozy n'en dort pas, et il est à peu près certain qu'il a convoqué les chefs des armées pour défendre sa place mardi soir, quand la foule marchera sur l'Élysée. Bien sûr, je suis assez étonné que pour le moment, dans les tracts annonçant ce grand mouvement, on ne trouve quasiment aucune trace de l'inquiétude réelle, j'en suis sûr, de tous ces hommes et femmes de progrès, concernant les « précaires » de la fonction publique, contractuels et vacataires, qui ont perdu leur emploi pour cause d'économies des ministères. Pour l'instant il n'y a pas un mot les concernant. Mais je suis persuadé que les hommes et femmes de progrès qui réfléchissent pour changer la société mûrissent leurs phrases et qu'elles vont bientôt nous éclabousser de leur sagesse définitive.

    baby-boomer-health-1.jpgJe n'ai vu de traces nulle part également de quelconque analyse concernant la Crise que nous serions en train de vivre, subie surtout par les classes moyennes et les classes les plus défavorisées qui se doivent, j'en conviens, d'être éduquées à plus de solidarité, on n'éduque jamais assez le peuple. Étrangement les plus riches ne subissent pas la crise. Le clientélisme a toujours existé, tout comme le népotisme, mais là aussi je m'étonne de voir que personne ne semble s'étonner qu'il atteigne à ces jour des niveaux encore insoupçonnés à d'autres époques, des petites mairies de villages, où la secrétaire est souvent la copine de la femme du maire qui elle-même est chargée des activités pour les jeûnes et de la culture, aux antichambres feutrées ou non des ministères en passant même parfois par les syndicats dont certains ont encore le sens de la famille intact, pendant que Papa et Maman débattent et réfléchissent, le neveu et la nièce trient les tracts et collent les timbres mais pas à la cave (dans cette phrase se cache une allusion graveleuse, sauras-tu la retrouver ?).

    Enfin, last but not liste, personne ne s'inquiète de la responsabilité des « baby boomers » qui ont joui le plus possible de la société de consommation jeunes sans penser une seconde au futur, sans faire de gosses, ce qui permet de plus consommer, et qui entendent bien continuer à jouir le plus longtemps possible encore de ce monde spectaculaire et consumériste. Il faut quand même leur reconnaître qu'ils sont écologiquement des plus responsables, c'est surtout pour la sécurité on le sait qu'ils achètent des 4X4 ou autres voitures solides qui dépensent très peu en essence, tout le monde le sait, et cela est prouvé par une étude de Claude Allègre. Les générations qui viennent après, ils n'en ont rien à carrer, diront les mauvais sujets comme moi. Heureusement que certains parmi eux sont réalistes et pragmatiques et ont proposé intelligemment que le gouvernement français taxe les produits de la bourse, ce qui on le sait est tout à fait réalisable et envisageable car comme chacun sait le système financier est encore national et pas du tout mondialisé.

     

    Signé : Le Père Fouettard

  • Brett Easton Ellis - « Suites impériales »

    Imprimer Pin it!

    Article sur Agoravox

    La littérature c'est comme la gastronomie, certaines fois on a envie de petits plats cuisinés fins et délicats, d'autres on aura me-and-bret.jpgle ventre qui se réjouira beaucoup mieux avec de la cuisine plus prolétaire, plus épicée ou plus rustique. Quand on est raffiné, selon l'opinion répandue un peu partout, on se doit de lire le dernier Michel H. (comme Hache) ou le dernier rapport psy concernant Christine A. (comme pas grand-chose). Les amateurs de nouvelle cuisine font la fine bouche devant les plats de cuisine dite bourgeois, ils froncent le nez à cause des odeurs un peu fortes qui en émanent. Les amateurs de littérature chic agissent pareillement, rigoureusement. Ils veulent bien parfois faire rentrer des livres qui semblent un peu exotiques dans les rayons de leur bibliothèque, quand l'auteur a la carte, un peu comme Brett Easton Ellis qui écrit finalement des romans noirs ou d'épouvante qui ne sont rien d'autres que du Stephen King, un cran au-dessus littérairement quand même, quoique que King ait beaucoup de talent en la matière, un talent certes inégal. J'ai personnellement tendance à apprécier certains romans de Richard Bachman, dont « les Régulateurs ». La part des ténèbres de l'écrivain d'horreur le plus vendu écrit dans un style outrancier qui montre à merveille l'horreur et le grotesque de notre société.

    On reconnaît tout de suite le style d'Ellis, satire sociale et sexuelle comprise, que l'on trouve déjà dans les « EC-Comics » des années 50 (« Tales from the Crypt », « The Vault Keeper » ou « Stories from the sorcerer »), des « pulps » méconnus d'épouvante et de fantastique, qui recèlent déjà en eux exactement les mêmes contenus, à commencer par une narration ironique et une chute grinçante à l'humour caustique mais sophistiqué, des histoires moralistes sans être moralisatrices.

    On se dit qu'on a eu tort d'acheter son dernier roman, « Suites impériales », qui est la suite de « Moins que zéro » et puis, saisi par l'histoire on a envie d'aller jusqu'au bout, on est accro, comme ses personnages sont accros à la coke ou d'autres substances, des gamins des années 80 s'étourdissant dans un délire sexuel et alcoolisé pendant leurs études, en attendant de travailler à Hollywood ou de faire fructifier les « stock options » de l'entreprise de Papa et Maman. Comme pendant le « Spring Break » californien qui sert à canaliser toutes les frustrations accumulées auparavant, juste avant de se soumettre définitivement au système économique, au consumérisme, avant de devenir un esclave de l'hyper-consommation. Tout l'inverse des révoltes parfois brouillonnes des époques précédentes, les personnages du roman étaient déjà des esclaves dans « Moins que zéro », ils le demeurent. Ils ne voient pas de mal à claquer leur fric, à jeter le pognon par les fenêtres, à en mettre plein la vue au reste du monde. Comme dit le refrain d'une chanson icônique des années 80 : « C'est comme ça lalalala ».

    Pas de questions à se poser, c'est comme ça, les pauvres, les riches, les beaux, les moches peu importe.

    Dans les deux livres, les personnages se prennent pour des forts, des surhommes qui ont tous les droits, ils ne sont pas tout à fait comme tout le monde. L'argent leur ouvrant toutes les portes, même s'ils sont complètement dingues comme le narrateur de « Glamorama » qui s'imagine vivre dans un film mis en scène comme un clip de David La Chapelle. Ils sont persuadés de ne jamais vieillir, n'hésitant pas pour cela à recourir aux « miracles » de la médecine moderne : botox au litre, cachet pour se réveiller, comprimé pour dormir, pillule pour se croire heureux, minceur extrème à coups d'amphétamines conçue comme la norme, chirurgie esthétique à haute dose (la rhinoplastie ridicule, consistant à se faire fabriquer un nez pointu, est toujours extrêmement tendance) quitte à nier son identité et corporelle et sexuelle comme cet acteur de films « pour adultes » au corps d'homme et au sexe de femme, obligé de se soigner à vie, dépendant de diverses drogues qu'il doit s'injecter pour maintenir son apparence à laquelle il/elle tient envers et contre tout. Comme les personnages d'Ellis, comme beaucoup trop de personnes ados pendant les années 80, il croit que ce qui fait sa personnalité c'est son reflet dans le miroir. Dans la caverne de Platon, il serait complètement aveugle, perdu dans l'obscurité, se rêvant libre.

    L'artificialité est au coeur des romans d'Ellis, qu'est-ce qui est réel ?

    Qu'est-ce qui compte dans un monde qui n'aime que le virtuel et les sentiments fabriqués. De temps en temps, on va pleurnicher pour telle ou telle bonne oeuvre. On montre son visage ruisselant de larmes, on s'engage pour telle ou cause en levant le point rageusement et en montrant ses dents blanches éclatantes soigneusement poncées par un homme de l'art, de la playmate qui refuse une mosquée à « Ground Zero », c'est toujours plus élégant de faire parler de soi de cette manière plutôt qu'en organisant le lâchage en pâture d'une « sextape » que l'on jurera être pirate sur Internet. Internet n'arrange pas les choses quant au nombrilisme et à l'individualisme forcené, c'est même de pire en pire. Le réseau encourage aussi l'égocentrisme et le narcissisme des personnages d'Ellis qui peuvent même revivre des relations amoureuses qu'ils avaient dans les années 80 sur les réseaux dits sociaux ou dans un « deuxième » ou « troisième » monde où l'ont peut braver la mort et la morale sans risques tout en se perdant un peu plus dans les méandres d'une thérapie personnelle que l'on fait durer à plaisir parce que l'essentiel c'est de se centrer sur son nombril et de parler de soi encore et encore.

    Pendant ce temps, le gardien de la crypte est toujours là à compter les points et attendre son heure en attendant notre visite qui finit toujours par se faire que l'on soit beau ou laid, jeune ou vieux, puissant ou misérable.

    On aurait pu aussi parler du dernier livre d'Ellis et de ses romans comme il est de mise en ce moment, en démolissant le point de vue d'un critique à la mode pour mettre en valeur le sien ce qui tient du même nombrilisme décrit plus haut.

    Quel intérêt ?