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  • les matamores de l'islamophobie

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    Petit coup de sang...

    1010475445.jpgEn ce moment, sur nombre de forums, de sites, de blogs, on trouve beaucoup de vociférations sur l'Islam, et ses manifestations, comme le port du voile intégral, en France. On donnerait presque raison aux vociférateurs car leur colère peut paraître bien souvent fondée, on ne compte pas les attaques intégristes contre la dignité des femmes, la judéophobie grandissante dans beaucoup de nos banlieues, sans parler du non-respect des droits de l'homme ou des valeurs de la République bafouées sans aucun complexe. Curieusement, cependant, ces vociférateurs, quand il s'agit de soutenir solidement Taslima Nasreen, Ayan Hirsii Ali, ou Lila A. prof à Saint Denis, entre autres, on ne les entend plus, il n'y a plus personne pour agir concrètement. Et, j'en ai souvent parlé : quand il faut aider de manière tangible les chrétiens d'Orient, ou les populations d'Irak, c'est là aussi le grand silence, le grand désert. L'un d'eux me l'a dit un jour, c'est « quand même que des histoires entres bougnoules », c'est d'ailleurs ce que pensent tous les matamores du Net ou d'ailleurs.

    Les uns sont obsédés par l'islamisation jusqu'à la monomanie (que n'attendent-ils pour revenir aux chiffres romains ?) : ils tapent à bras raccourcis sur l'Éducation Nationale, applaudissent quand on annonce une diminution du nombre de professeurs, la diminution des crédits à des associations qui font du bon travail, il y en a quand même une ou deux. Les autres sombrent dans l'angélisme, ne veulent rien voir se laissant aller au masochisme national de mise depuis quelques décennies, abandonnant le drapeau, l'hymne national et la devise du pays aux lepènistes, encourageant par sottise les manquements à la laïcité. D'autres encore prônent des lois quasiment d'exception et se réjouissent presque de la guerre civile que leur bêtise et leur soif de violences pourrait entraîner. Et il y a aussi ces français de deuxième ou troisième génération qui réécrivent parfois abusivement l'histoire, ainsi les « indigènes de la République ».

    Sans réfléchir beaucoup.

    Mais, quand une jeune fille proche de leur maison, de leur immeuble, a besoin d'aide, quand elle se fait maltraiter par ses frères et les autres hommes du quartier, personne ne tente quoi que ce soit, personne n'a rien vu, rien entendu. C'est d'ailleurs une constante, quand des parents tapent leurs enfants, ou se tapent dessus, quand une mère tue ses gosses, quand des gosses subissent des violences sexuelles, les voisins, dans notre beaux pays sont sourds, aveugles, et muets, et lâches.

    Et surtout lâches.

    On remarque surtout, enfin, l'ignorance totale de ce qu'est l'Islam, de ce qu'est la civilisation arabe. On subit également les conséquences de l'infantilisme encore largement enraciné dans notre société par la génération des baby-boomers, incapables de passer à l'âge adulte, celui des responsabilités. Cette génération a été incapable de prendre ses responsabilités concernant l'immigration et l'intégration, la plupart des politiques à ce sujet depuis cinquante ans ayant été d'une nullité incomparable quelle que soit l'étiquette des gouvernants au pouvoir.

    Quelques uns parmi eux ont le culot de nous faire croire qu'ils ont appelé de leurs vœux l'indépendance de l'Algérie par grandeur d'âme, alors que c'était tout simplement parce que la plupart étaient incapables d'admettre que des musulmans puissent être français et qu'ils ne le souhaitaient pas. Leurs descendants ont quant à eux moins de mal à l'avouer.

  • « Inception » – Christopher Nolan

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    Qu'est-ce qui reste du réel ?

    inception-poster-2.jpegBeaucoup d'écrivains se sont déjà demandé ce qui est vraiment réel dans ce monde. La réponse n'est pas si évidente que cela, et nous vivons dans un monde où la réalité s'effiloche progressivement. L'un d'eux en est presque devenu fou, Philip K. Dick mais a approché plus que les autres les simulacres que l'on nous présente comme des certitudes bien tangibles, le pouvoir entre autres. Pour Dick, c'était lié aussi à la mort de sa sœur jumelle, pour lui il était mort et sa sœur vivait, ou l'inverse, ou alors il était le seul être vivant au monde et tout les autres étaient morts, ou des projections de son esprit, c'est un peu l'idée de « Requiem pour Philip K. Dick », excellent roman qui rend hommage à l'écrivain et ouvre des perspectives fabuleuses. Philip K. Dick avait déjà largement développé sa réflexion sur le sujet dans « Ubik ».

    « Inception » ressemble beaucoup à ses livres, du concept complètement dingue du film jusqu'à la narration à plusieurs niveaux. C'est aussi un « blockbuster » de l'été, un film d'action pour brouteurs de pop-corn, mais un film d'action cérébral et pervers, une sorte de méta-jeu vidéo où le joueur jouerait tous les niveaux en même temps, un film quantique en somme. J'en ai vu quelques uns parmi les brouteurs qui sont sortis en plein milieu du film car « c'était trop dur à comprendre » et que le réalisateur avait « fumé des trucs » car imaginer ou rêver, se hisser au dessus de la norme est devenu en 2010 pour le troupeau aveugle une forme d'aliénation mentale.

    Le deuxième thème du film est également passionnant, qu'est-ce qui se passe quand on a rencontré la femme de sa vie, celle que l'on attendait depuis longtemps et qu'on l'a perdue ? Qu'est-ce qui reste du réel quand l'absence de l'être aimé détruit la réalité ? Le passé, les souvenirs, les rêves, les fantasmes, deviennent la seule trame du quotidien et plus rien ne compte sauf le désespoir qui pousse aux remords et à l'auto-destruction.

    Dom Cobb, joué par Léonardo Di Caprio, est un extracteur, un voleur de secrets industriels qui entre dans les rêves des gens pour leur voler leurs idées. Il est aidé de Nash, l'architecte des pseudos-rêves qui permettent les larcins, et d'Arthur, qui s'occupe de la cohésion de ces pseudo-songes, le tout par la technique des « rêves partagés », dont on apprend au cours du film que c'est également devenu comme une drogue pour de nombreuses personnes dans le monde entier.

    Pour Philip K. Dick justement, l'amour était la seule réalité comme pour l'auteur inconnu de l'histoire d'Orphée et Eurydice. Combien d'hommes ou de femmes sont prêts à aller jusqu'aux enfers pour retrouver la femme,l'homme qu'ils aiment ?

    Les imbéciles, tant pis pour eux, s'arrêteront à l'image de stars pour midinettes de Léo, image bien écornée depuis « Shutter Island » entre autres, et ne se rappelleront que des niaiseries tournées en France par Marion Cotillard. Ici, bien dirigée, elle joue parfaitement son rôle. Dommage pour les imbéciles qui manqueront un film aux images proprement époustouflantes.

    Attention spoilers...

    Au début du film, le personnage de Léonardo Di Caprio essaie de violer l'esprit d'un certain Saito, Ken Watanabe, qui s'en aperçoit grâce à l'aide d'une mystérieuse femme qui n'est autre que la femme de Cobb, Mall, jouée par Mario Cotillard. Saito arrive à faire s'écrouler le rêve, Arthur et Cobb sont obligés de se réveiller dans un autre endroit, une chambre d'hôtel dans un pays africain en pleine guerre civile, Saito croit avoir piégé Cobb mais il réalise que c'est encore un rêve. Celui-ci, impressionné, propose alors un travail ultime à Cobb, lui promettant de l'aider à rentrer aux États Unis, où il risque une lourde peine de prison, et de revoir ses enfants. Cobb accepte et recrute une nouvelle équipe dont Ariane, Ellen Page, et Yusuf, expert en sédatifs. Il s'agit cette fois de créer un rêve dans le rêve dans le rêve afin d'implanter une idée dans le cerveau de Robert Fisher, joué par Cillian Murphy, le poussant à démanteler l'empire industriel de son père et ainsi aider Saito à devenir le numéro un. Cobb a cependant a cependant oublié de signaler à son équipe qu'il est hanté par la mort de sa femme, qui s'est suicidée, pensant ainsi revenir au réel, mais peut-être n'avait-elle pas tort, qui intervient dans tous ses rêves partagés, ainsi que par le visage de ses enfants. Mall, à chacune de ses « apparitions », lui affirme qu'il n'est toujours pas revenu dans le monde réel. Pour lui c'est qu'elle est perdue dans les « limbes » des rêves, incapable de distinguer rêve et réalité, seule dans le monde qu'ils s'étaient créés, un univers rien que pour eux.

    La fin du film semble montrer que Mall disait bel et bien la vérité...

  • Greil Marcus et le troupeau aveugle

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    A propos de Greil Marcus - « Lipstick Traces »

    en Folio

    article également sur Agoravox

    « Oh Dear

    Be a man

    Kill a man

    Be someone

    Kill someone

    Be a man

    Kill yourself »

    paroles de « Belsen » des « Sex Pistols »

    En France, on chercherait vainement les écrivains de la trempe de Greil Marcus, ou Don DeLillo, ou Brett Easton Ellis, malheureusement les trois quart et demies du temps, on a surtout le droit à la prose douteuse de ronds de cuir de la littérature qui n'ont pas grand-chose à dire, ne se soucient pas de leur époque, cherchant vainement une identité que jamais ils ne trouveront car ils n'en ont pas à l'origine. Ils jouent les terreurs politiques, ils aimeraient bien se comporter en voyous, en mauvais garçons, ou mauvaises filles, mais au fond d'eux, ils restent des petits garçons ou des petites filles bien sages et bien proprets à leur PapaMaman. C'est le problème. Ils passent de temps en temps à la télé, à la radio, en profitant alors pour clamer qu'on les bâillonne, qu'on les empêche de s'exprimer. Aucun ne semble alors s'étonner du paradoxe contenu dans ce qu'ils affirment, car leurs opinions sont plutôt répandues, et de plus en plus décomplexées, quant à les bâillonner, parfois, oui, on aimerait bien. Quand un talent original émerge malgré tout de l'anonymat, la meute de ces petits fonctionnaires de la littérature se jette sur lui. Ainsi, j'ai quand même du mal à comprendre que l'on critique autant Houellebecq qui ne se borne pas à raconter sa vie drôlement sympa ou drôlement triste. Bien sûr, cela, le génie méconnu, genre qui pullule sur le net, ne pourra en convenir. S'il/elle reste méconnu, c'est à cause d'une conspiration, forcément. Il/elle a tendance à jouer la modestie, l'humilité, la simplicité des « vrégens », alors qu'avouons le, balancer sa prose en ligne est quand même le signe d'un égo largement développé.

    100122104500910_14_000_apx_470_.jpgLe paragraphe qui précède n'est pas forcément une digression comme on pourrait le croire car Greil Marcus évoque justement la pauvreté de l'inspiration littéraire, et de la création, en France, mais surtout dans la plupart des pays consuméristes, et riches, et le besoin de célébrité instantané de la plupart des personnes, ceci afin de combler un vide laissé par la nécessaire destruction des traditions, des communautés, de l'art de la convivialité et de l'histoire, ceci afin que le consommateur ne vive plus que dans un perpétuel présent et consomme encore plus. L'auteur a lu Debord, mais pas seulement, il en fait aussi la critique car finalement le situationnisme échoue à provoquer des changements, ou du moins les changements provoqués accélèrent-ils la chute et la destruction du monde ancien et de tout ce qui maintenait un semblant d'altérité. L'autre est le mal, le mal absolu, car il gêne la satisfaction immédiate des désirs, l'autre n'est là que pour jouer le rôle que l'on lui indique, il n'a pas le droit au chapitre, encore moins au libre-arbitre. La réflexion de l'auteur montre également que le semblant de libération des mœurs, de révolution, de mise à bas de l'ordre traditionnel ne fait que participer au développement de la mainmise du tout-économique sur les mœurs, les âmes, les cœurs.

    Ce qui est fabuleux est que, contrairement à nombre d'auteurs français ou francophones, perclus de certitudes, d'idéologies, de droâte ou de gôche, menant des réflexions somme toutes virtuelles, Greil Marcus s'appuie sur des considérations concernant la « pop culture », en particulier le mouvement punk, qui est bien « la plus grande escroquerie du Rock and Roll », avec ses pires ou ses meilleurs représentants dont Sid Vicious ou John Lydon, qui ont des aspirations qui sont finalement celles des petits bourgeois de leur époque, se laisser aller à leurs pulsions, se foutre du passé clairement, par des chansons souvent tout simplement dégueulasses et non politiquement incorrectes. Le crétin lambda en frétille, quand il les voit s'affubler de croix gammées, et faire le salut nazi sur scène car finalement pour lui tout ça n'avait pas si grande importance, il en est persuadé dans son for intérieur et n'osait cependant pas trop le dire avant Internet, comme maintenant il peut le faire anonymement planqué en toute quiétude derrière son écran, il est ravi, il en a presque une érection.

    pistols.jpgQuand Sid Vicious braille « Be Someone », il dit exactement la même chose que les demeurés décérébrés qui peuplent les lofts télévisuels. Le troupeau aveugle préfère vivre dans un perpétuel présent qu'on lui impose sans trop de difficultés, un présent virtuel, qui l'est de plus en plus, et de moins en moins tourné vers l'intime et la connaissance de soi et des autres.

    Au Japon, par exemple, comme dans d'autres pays, on préfère s'en remettre à des machines qui ont l'avantage de n'avoir aucun état d'âme et qui permettront d'éviter les rapports directs avec d'autres personnes.

    Pour appuyer sa démonstration, Marcus invoque les films mettant en scène le professeur Quatermass dans les années soixante, et particulièrement « Quatermass and the pit » débilement traduit en France par « les monstres de l'espace ». Dans ce film, les martiens auraient envoyé sur terre il y a cinq millions années des explorateurs implanter chez les hommes préhistoriques leurs gènes donc plus d'intelligence, ceci afin de survivre à la destruction de Mars détruite à cause de leurs pulsions de haine et de violence, survivant dans un état de stase afin d'attendre le moment propice pour réveiller chez les êtres humains les mêmes pulsions. Aux esprits sages ou chagrins, l'histoire paraîtra débile mais le film montre grâce au talent du réalisateur que la civilisation n'est qu'un vernis très fragile et que nous espérons sans nous l'avouer sa destruction afin de nous laisser submerger par notre animalité ce qui est bien sûr beaucoup plus confortable, comme de devenir rhinocéros comme dans la pièce de Ionesco un peu hâtivement réduite à la dénonciation des totalitarismes staliniens ou hitlériens. Greil Marcus montre aussi que le troupeau n'aime pas la liberté dont il dispose, il n'aime pas la démocratie au bout du compte car elle suppose des règles à respecter afin de vivre en harmonie avec son entourage, des règles aveuglément perçues comme parfaitement arbitraires car ayant pour conséquences de devoir réfréner ses désirs, ses pulsions non pas libératrices mais totalement aliénantes. Même parmi les croyants, les grands rassemblements grégaires sont considérés comme largement plus importants que le dialogue avec Dieu, ce genre de rassemblements défoulatoires qui permettent d'oublier qui on est.

    71-affiche.gifLe consumérisme spectaculaire réussit là où les utopies globalisantes ont échoué, il impose des conduites, des réactions, des émotions standardisées, toutes copiées sur des participants de jeux débiles télévisuels (pléonasme) ou des personnages de feuilletons de plus en plus sanglants, de plus en plus faussement libérateurs et curieusement de plus en plus ou millénaristes ou apocalyptiques. Il vit du désordre, de l'absence totale de cohésion sociale, annihilée, réduite à néant par les libéraux et les libertaires, les idiots utiles persuadés du progrès inéluctable de l'espèce humaine, et surtout que le progrès des techniques accompagne forcément celui des consciences, tous ceux qui se compromettent sans trop de scrupules aussi, tous ceux qui rêvent de pureté terrestre et ne font que semer la destruction, tous ceux qui veulent imposer un bonheur collectif, qui sera forcément insoutenable. Il en est aux États-Unis pour d'ailleurs préparer un avenir post-humain, hâter la mise au au point d'un surhomme qui serait alors « amélioré » par la génétique ou l'ingénierie électronique, ce qui en ferait derechef un sous-être docile et soumis, un imbécile heureux au sens premier du terme. La société libérale-libertaire est finalement en passe de concrétiser les rêves des totalitarismes du vingtième siècle.

    Amaury Watremez

  • Bernanos à toutes les sauces

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    L'intérêt de quinze jours de vacances, c'est que l'on peut se passer de tout ce qui est finalement complètement futile comme Internet, relire les livres que l'on aime et simplement apprécier la vie qui s'écoule. On peut aussi en profiter pour peaufiner la réponse que l'on a envie de faire à certaines assertions de plus en plus entendues à la radio, à la télévision et lues sur le réseau ou dans les journaux. On y réfléchit sans s'énerver, en regardant la mer étinceler sous le soleil de juillet, et les gosses qui s'amusent dans les rouleaux...

    guerre_miliciens.jpgJ'ai relu pour ma part « les enfants humiliés » de Bernanos, un manuscrit paumé par Bruckberger alors qu'il était militaire dans la Sarre, car celui-ci l'avait prêté à un de ses supérieurs qui l'avait égaré, et heureusement sauvé après la guerre pour paraître peu de temps après la mort de l'écrivain. La lecture de ce livre, comme d'ailleurs de tous les écrits de combats de Bernanos contredit tous les poncifs entendus sur son compte. Comme celui que l'on entend parfois énoncé par les historiens ou les exégètes de l'œuvre « Grand d'Espagne » : il y aurait un Bernanos catholique, traditionaliste monarchiste, anti-démocrate, antisémite, avant la Guerre d'Espagne, un fâchiste d'Action Française et celui d'après, un Bernanos rallié à la gauche, devenu démocrate-chrétien presque et catholique social, main dans la main avec les communistes. Les deux clichés sont deux énormes contresens, Bernanos est d'abord et avant tout un amoureux de la liberté qui déteste les compromis, les manquements à la vérité, les petites malhonnêtetés pour se maintenir à flots, qui se dira anti-démocrate jusqu'à la fin de sa vie ; peu de temps avant qu'il ne meurt, un journaliste américain l'interroge en commençant par « Vous qui êtes maintenant du camp des démocrates... », ce qui fait hurler Bernanos qui clame qu'il est toujours et monarchiste, et catholique et qu'il rejette la démocratie, du moins telle qu'elle se pratiquait à l'époque et se pratique encore maintenant.

    Et il n'est certes pas parfait.

    Mais l'amour de la vérité, et de la liberté sauvent tout chez lui.

    On le voit mal lécher les bottes d'un grand homme, ou inaugurer des statues, celui-ci fût-il un général expatrié, et encore moins trahir ses idéaux de jeunesse. On le voit mal gaulliste, on ne l'imagine pas une seconde adhérer à l'UDR ou au RPF. On a du mal à l'imaginer courbé devant De Gaulle comme Mauriac.

    De plus Bernanos ne pouvait se rallier aux soutiens d'une idéologie foncièrement arbitraire et réductrice, d'où qu'elle vienne, les intentions de cette idéologie fussent-elles généreuses au départ. En tant que chrétien et catholique, il sait tout le poids de sa conversion, que l'on ne peut être à la fois son ancienne enveloppe et le nouvel homme que l'on devient une fois que l'on comprend ce qu'implique la foi à savoir la Croix et la Résurrrection, que dealer avec l'un ou l'autre, modérer ses élans en s'adaptant au langage de la société telle qu'elle est contribuera à faire avancer les hommes vers un peu plus de joie, vers la communion des saints quitte à parfois passer pour un salaud qui ne joue pas le jeu (par exemple, je pense qu'un chrétien ne peut pas rigoler en entendant un/e ami/e raconter ses dernières frasques sexuelles alors que celui-ci est déjà engagé/e et prendre ça à la légère, et pour cet/te ami/e et pour ses conquêtes, et pour la personne avec laquelle il/elle est en couple). Un chrétien se doit de dénoncer l'eugénisme, les avortements en particulier, de se rappeler de la souffrance de la mère qui s'apprête à commettre ce geste, mais aussi de celle du médecin qui pratique l'IVG et des infirmières qui l'assiste, et surtout que chaque histoire est unique et donc irréductible à des slogans ou de grandes déclarations péremptoires ; dans « les enfants humiliés », Bernanos en parle sur quelques pages, prévoyant parfaitement les évolutions actuelles. De même il perçoit parfaitement la naissance de la société spectaculaire qui a besoin de sa dose quotidienne de violences virtuelles, de sexe au kilomètre, de plaisirs devant être immédiatement satisfaits, fussent-ils bestiaux.

    Bernanos est un « fils de la Lumière » au sens où l'entend très bien Fabrice Hadjaj dans son livre, « la Foi des démons », ceux-ci ne sont pas très doués pour les ronds de jambes, l'obséquiosité et la frilosité des sentiments, ils ne savent pas se mettre en valeur et encore moins se comporter comme il faut dans le monde. Ils arrivent avec leurs gros sabots et mettent tout par terre, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, ils révèlent les hypocrisies, les petites mesquineries. Il faut les excuser, ils sont tellement heureux d'échapper à leur condition de primates encore livrés à leur animalité, celle-ci étant entretenue par le consumérisme, et de commencer à être un petit peu plus humains. Ceux qui se complaisent dans les ténèbres ont la nostalgie de la lumière hors de leur grotte platonicienne, ils voudraient bien en sortir mais c'est tellement confortable et puis il suffit parfois de se réclamer de Bernanos, ou Bloy, pour se sentir alors presque absous des petites saloperies que l'on est bien obligé de commettre pour plaire et rester en place ou plaire à au moins une partie du troupeau bêlant qui déteste qu'on mette en cause son confort intellectuel et spirituel mais aime bien faire comme si. Ces petites saloperies paraissent tellement peu importantes que l'on finit par ne plus y prendre garde.

    Ceux-ci ne sont jamais éblouis par les soleils trompeurs, y compris ceux qui jouent les outsiders, les contradicteurs politiquement incorrects de service que l'on entend partout ce qui ne les empêche pas de clamer pour la plupart qu'ils sont censurés, ce qui est faux. Le monde est plein de salauds malgré eux de ce type, persuadés que leur compromission est indispensable à la bonne marche du monde, au progrès, que sais-je. Ceux qui se terrent au fond de leur caverne sont jaloux finalement de leurs congénères qui ont su se rapprocher un peu de la lumière, ils les envient, ils les rejettent, les insultent, les conchient sous différents prétextes, toujours un peu les mêmes. Pour eux, celle ou celui qui ne se compromet pas est un fou, un taré. Heureusement que ces salauds ont un discours finalement souvent inaudible, du café du commerce un peu amélioré à coups d'imparfaits du subjonctif et de considérations nombrilistes foireuses qui appâte le chaland. Ce sont des putes qui font des manières en somme pour causer d'eux et chercher qui dans une cause qui dans la vie du grand homme qu'ils se choisissent une manière de personnalité, ce dont ils sont cruellement dépourvus.

    197_13.jpgBernanos étant un « fils de la Lumière » il n'est sûrement pas un maître à penser comme j'ai pu l'entendre. Bernanos est plutôt un capitaine d'infanterie, de ceux qui s'exposent au feu avec courage, et que l'on suit pour leur courage. J'ai personnellement horreur des maîtres à penser, des directeurs de conscience envahissants, des saints hommes ou réputés tels dans le troupeau qui sont souvent sincères au début de leurs prêches quant à leurs intentions et finissent toujours par poser au gourou et jouir du pouvoir, comme Jean de Leyde il y a longtemps, dont on peut lire l'histoire dans le livre passionnant de Greil Marcus, « Lipistick Traces » dont le propos est très proche de celui des « enfants humiliés » ou bien l'on peut aussi songer à certaines têtes pensantes, qui sont très proches finalement de Jean de Leyde, issues des communautés chrétiennes dites nouvelles actuelles, qui n'hésitent pas en plus à avoir recours à des techniques sectaires pour fidéliser la clientèle. La royauté de Jean de Leyde avait très bien commencé, sous les meilleurs auspices utopiques, bien sûr, elle s'est terminée dans un bain de sang. C'est le cas de toutes les utopies quand celles-ci sont appliquées de force au bon peuple pour le forcer à un bonheur qui ne saurait être qu'artificiel et arbitraire.

  • "Est-ce que t'es du coin ?"

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    Le même article sur Agoravox

    Très longtemps, je me suis demandé pourquoi j'avais tant de mal à apprécier ma bonne ville d'Évreux, j'ai toujours beaucoup de mal, et ses habitants, itou. Je me voyais comme un grand poète perdu au milieu de nulle part, l'albatros de Baudelaire, un inadapté génial à la manière d'Ignatius Reilly. Comme sentiment c'était confortable, flatteur et sympathique, seulement...

    millet-homme-houe.jpgJe n'y étais pas du tout, mais alors pas du tout, je n'étais pas du coin, c'est tout. Et je ne serai jamais du coin, passerais-je encore quarante ans à Évreux. De plus je porte comme un signe de honte à mon front le fait que je suis également un « parisien », un vrai encore en plus puisque je suis né à Paris (à Évreux, « Paris » commence à la sortie de la ville comme je l'ai déjà dit).

    J'ai souvent eu la tentation de généraliser sur la province mais c'était une grosse erreur car dans d'autres régions de France, l'accueil sera beaucoup plus facile, comme dans le Nord par exemple, ou en Touraine, et dans la plupart des villes dans laquelle il y a un brassage de populations. Les petites villes, ou les villes moyennes, coincées entre deux métropoles importantes, complexées à mort par leur situation, sont toutes comme Évreux, repliées sur elle-même, lâchant de temps à autre deux ou trois initiatives bidons pour les « djeuns » les « jeûûnes » en alibi, et se remplissant progressivement d'habitants du coin de plus en plus vieux, avec leurs habitudes bien précises, leurs horaires et leurs préjugés gros comme les Alpes.

    Certains de ces jeunes ont également pris à leur compte la plupart de ces préjugés, certains allant jusqu'à chercher la bagarre de village à village, utilisant Internet pour cela. D'autres en souffrent, ceux qui se font constamment harceler car trop différents, il suffit qu'ils ouvrent un bouquin de temps à autre pour être considéré comme « horsain ».

    Mais si c'est drôle dans « La guerre des boutons », ça l'est moins dans le monde réel...

    On aime bien ces habitudes que l'on s'imagine séculaires et immuables, le café, le restaurant du ouikende, les fêtes « typiques » (qui se limitent dans l'Eure à des « foire à tout » et autres vide-greniers). Je ne serai pas opposé à toutes ces habitudes selon cette définition : Common decency : « sentiment intuitif des choses qui ne doivent pas se faire, non seulement si l'on veut rester digne de sa propre humanité, mais surtout si l'on cherche à maintenir les conditions d'une existence quotidienne véritablement commune », dans l'essai de Jean Claude Michea, Impasse Adam Smith, qui vient d'être réédité en collection de poche chez Champs Flammarion (numéro 713). J'ai emprunté la définition sur ce blog dans cet excellent article.

    Mais bien souvent elles sont maintenues, ce qu'il en reste du moins, pour rejeter l'autre et rester entre « gens du coin ».

    Voilà pourquoi le discours sur le racisme et la xénophobie quand il est surtout empreint de mièvrerie, sur le « Care », les sermons de civisme de Guaino ou Guéant, ou d'autres, sont nuls et non avenus car ils oublient que le lien communautaire a été durablement détruit et que l'étranger c'est toujours celui du village d'à côté, rien n'ayant vraiment changé sur ce point.

    Sur un horsain connu de Normandie, le père Alexandre

    note : Il racontait chaque soir des anecdotes amusantes et douce-amères sur la région sur France 3 il y a déjà quelques années, ses livres sont plus sombres et peut-être un rien désabusés, ce qui gâche leur lecture...

  • Un frustré d'Ancien Régime parlait déjà "des gendelettres"

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    Certainement un gros jaloux encore...

    FranklinVersailles.jpg"Il y a à Clermont en Auvergne une société que l’on appelle société de gens de lettres. Ce sont des voleurs qui écrivent aux particuliers de cette ville, qu’ils doivent porter telle somme à des endroits désignés, ou s’attendre à périr par le feu, le fer ou le poison. On les a épiés, et l’on n’a fait encore que des démarches inutiles pour saisir quelqu’un de ces brigands. "

    Tableaux de la bonne compagnie de Versailles et de Paris.... par M. le ch. de B***. A Paris chez tous les marchands de nouveautés, M/DCCC. LXXXVIII., in-8°, pag.89.

    Études de philologie comparée sur l’argot et sur les idiomes analogues parlés en Europe et en Asie.
    Traduite en vers par Le Francisque Michel
    Firmin Didot frères, fils et cie, 1856
  • A quelques lecteurs de Nabe égarés dans la cour de récréation...

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    Celine+-+Ayme+%C3%A0+Grosrouvre.jpgSur Google, un peu par hasard je tombe là-dessus, le site des lecteurs de Marc-Édouard Nabe, et un article sur mon blog (article dont j'ai fait une copie écran à toutes fins utiles). L'auteur de cette appréciation étant très courageux, un chevalier blanc de la littérature et du politiquement incorrect, il ne signe bien sûr pas son appréciation, et s'est bien gardé de me signaler la mise en ligne de cette appréciation. Pourquoi cette phrase si peu argumentée ? J'ai osé sur un forum attaquer le grand homme, Nabe, et me semble-t-il, le ibouque, que défendent ses lecteurs. On se venge donc comme dans la cour de récréation. Le niveau est élevé. Un point quand même pour le commentateur, il décrit fort bien et sa prose et celle de son grand homme.

    Je l'avoue mes bien chers frères, je n'aime pas Nabe, pas du tout, cette posture politiquement incorrecte et célinienne de Prisunic me fait suer. Nabe ne manquerait pas de talent s'il consentait à arrêter, justement, de soliloquer et de jouer le rôle de "l'outsider" officiel. Et si j'aime bien Céline, surtout pour "le Voyage.." et "Guignol's band", je lui préfère largement Marcel Aymé, ses livres et l'individu lui-même, largement plus intéressant. Céline était un génie du style, mais aussi un fou rongé par la haine et le ressentiment à l'encontre de toute l'humanité, ce qu'il a en commun avec nombre de trolls et commentateurs de la toile. Aymé l'a d'ailleurs défendu contre vents et marées car c'était quand même son ami, je ne suis pas sûr que la réciproque eût été possible.

    Par contre, je hais le principe même de l'ibouque, ceci à l'intention des lecteurs de Marc-Édouard. Le fait qu'ils défendent ce gadget sans intérêt montre d'ailleurs qu'ils sont tous, finalement, ces braves petits, serviles et dociles quant au système, et pas du tout en rupture avec lui.

    Sur Internet, beaucoup, de toutes façons, confondent la posture politiquement incorrecte et le café du commerce. Sortir des horreurs qui font peur au bourgeois, croit-on, alors qu'on entend les mêmes à n'importe quel zinc de la bouche de n'importe quel philosophe de comptoir et qui se résume vite : les problèmes, c'est la faute de tout individu qui n'est pas du village.

  • Le jus de la rue à Paris

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    Une chanson pas très connue de Gainsbourg, avec Dalida, en direct de Paris où je goûte le jus de la rue. Alors, oui, il y a des endroits, c'est plus comme avant, mais c'est encore Paris, où l'on "aime bien visiter" mais où "l'on n'aimerait pas habiter". J'aime cette ville, je sais c'est mâââl, mais c'est ainsi.

  • "gendelettres" et "gendeplumes"

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    Article également présent sur Agoravox

    On va encore dire que je ne suis qu'un sale moraliste, un onaniste de sacristie, un hyper-catho qui fait la leçon, mais les microcosmes que l'on trouve dans certains milieux m'agacent. Certes on les trouve partout, que ce soit à Paris ou en province, le microcosme provincial étant souvent le pire car il se pique de simplicité et de proximité avec les « petites » gens de la France du rez de chaussée.

    Dans « Au-dessous du volcan » de Malcolm Lowry, il y a une excellente description du microcosme consulaire au début du livre, qui comme tout microcosme est coupé du macrocosme en particulier et du réel en général. On vit entre gens du même milieu, on ne se fréquente qu'entre soi, excepté quelques rares « happy few » que l'on invite de temps en temps. Chacun a sa cour de lèche-culs serviles et dociles, prêts à tout pour un regard de leur grand homme ou de leur dulcinée inaccessible. Les femmes ont couché avec tous les hommes et réciproquement car on est libre dans ce milieu de privilégiés, ma chère, on ne baise pas avec n'importe qui. Mais il n'y a jamais de mésunion sociale, on reste toujours dans le même vivier. On ne veut surtout pas voir le monde qui nous entoure. Ou alors on le reconstruit à notre idée ce qui permet de ne pas trop s'impliquer tout en ayant un alibi, on vit dans une fiction de toutes façons. Pour faire tenir cette fiction debout, on picole beaucoup, le brouillard éthylique permettant d'arrondir encore un plus les angles, on est expert en pharmacopéess diverses et variées. J'ai retrouvé cette ambiance lors des « 14 juillet » du Consulat à Jérusalem, quelques dizaines de parasites ayant tous un alibi pour engloutir les petits fours gratuits et boire une ou deux coupes de champagne, la condition étant qu'ils exécutent quelques courbettes auparavant, à force de se courber, certains étaient presque bossus...

    Et on maintient les apparences de haute tenue bourgeoise.

    De même les « gendelettres » et « gendepresses » (ou "gendeplumes", dont ils apprécient les deux sortes) que l'on retrouve déjà fort bien décrit dans le « Journal de Jules Renard » ou les excellents « Souvenirs Littéraires » de Léon Daudet, surtout le passage concernant l'enterrement d'Hugo, où tous ces braves gens férus de justice sociale et d'équité font des pieds et des mains surtout pour se retrouver au premier rang de la tribune des « genskicomptent ». Flaubert décrit bien les archétypes que l'on y trouve dans « l'Éducation Sentimentale », de la demie-mondaine rangée des voitures qui se donne des airs intellectuels au naïf égaré, en passant par le vieux beau prétentieux, la célibattante qui bosse dans le cultureux ou le politique et qui rêve secrètement de finir en ménagère bien popotte (on la reconnaît à ses lunettes carrées et sa voix grave, elle dit « nana » pour femme et « mec » pour homme et le dira passé soixante ans), ou la pédale de salon cancanière et ragoteuse, amère de n'être que ça d'ailleurs (un peu comme Truman Capote qui heureusement pour lui avait du talent), et le chroniqueur mondain blasé et un rien cynique, on peut les dénicher dans « Bel Ami » également, ou même dans un roman de Robert Merle sur « Soissantuite ».

    Ce sont les mêmes, rien n'a changé. Pas un atome.

    Rien depuis aussi Madame Verdurin. Ses petits enfants sont bien sûr plus politiquement corrects, ça les embête quand même de montrer leurs richesses, ils voudraient bien ne pas passer uniquement que pour des privilégiés. Il faut cependant reconnaître une chose à ce milieu, on sait s'y amuser et accueillir l'autre, faire preuve de convivialité, passer quelques moments frivoles que l'on peut presque croire sans conséquences, quoi qu'à force on se sente comme sali voire souillé.

    Je me rappelle quant à moi de rencontres organisées il y a quelques années par un site littéraire maintenant disparu. Nous étions quelques uns à venir à Paris, et l'inventaire des personnes présentes rejoignant celui cité plus haut, avec des variantes plus modernes dira-t-on, une épouse retrouvait sa maîtresse et un meussieur bien mis amenait son giton, une espèce de grand pendard tout maigre et décoloré ricanant comme une dinde de la moindre des saillies de son protecteur. On y rencontrait des ménagères en attente d'adultère, exhibant sous le nez de chaque mâle présent son décolleté parfois ravageur (ce qui n'a pas que des mauvais côtés j'en conviens). Bien sûr, on y parlait peu littérature, on y causait surtout droits d'auteurs, fixe et points retraite comme d'autres « ronds de cuir ». On y échangeait ses bonnes adresses, on parlait un peu des prouesses sexuelles supposées ou non de l'un ou de l'autre.

    Et c'était tout, car ce n'est que ça, un tout petit milieu des plus consanguins.

  • Une pétition pour plus de bagnoles en centre-ville

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    3269772190_bfd2700e20.jpgJe sais bien que ce n'est pas en chantant les petites fleurs, les petits z-oiseaux, les pistes cyclables en ville que l'on fera bouger les lignes mais il y a parfois des pétitions d'une ardente connerie qui me rendent presque gourmand : « Oh, un bon morceau de débilité à se mettre encore sous la dent ».

    Là je suis gâté, il circule dans Évreux une pétition qui réclame encore plus de places de parking dans le centre de la ville alors que celles-ci n'ont jamais été aussi nombreuses tout comme les voitures elles-mêmes, pleurnichant sur les voies piétonnes qui ne sont après tout qu'envisagées sur papier depuis les promesses électorales du projet du maire actuel ; il n'en existe pour l'instant aucune.La place de l'hôtel de ville est "presque" piétonne certes, sur deux minuscules ruellettes de part et d'autres de la fontaine...

    Il faut dire que n'importe quel jeune con-ducteur peut avoir maintenant son nôtomobile dés seize ans pour aller au lycée, et que de plus en plus, on préfère marcher le moins possible et prendre la bagnole compensatrice des frustrations réelles ou imaginaires que l'on subit (en cela cette note rejoint la précédente). Il faut dire aussi que le consommateur provincial, il n'y a pas qu'à Évreux, aime bien quand il va consommer ou rêvasser devant les vitrines montrer sa GROSSE voiture à tous les passants. Donc cette pétition réclame plus de voitures encore dans un centre-ville engorgé (des rues d'Évreux sont sans cesse bloquées), plus de fumée puante, plus de bruit, plus de musique à fond balancée des voitures de djeuns ayant pour la plupart parfaitement assimilé le « bling-bling ». Je sais, ce n'est qu'Évreux, mais l'anecdote est intéressante car emblèmatique.

  • Internet, la providence du crétin...

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    ...et de l'ignare

    kamasutra_geek.jpgJ'aime bien le net, même si c'est une émanation du commerce, un grand barnum cybernétique et libéral-libertaire, le tout c'est d'ailleurs d'en avoir conscience. Mais Internet, le ouèbe, favorise aussi le crétin ou l'ignare dans la croyance stupide que deux ou trois clics sur un sujet sur Gougueule ou Ouikipédia, ou ailleurs, suffit pour maîtriser un sujet, et les quelques livres qu'il a pu ouvrir dans sa vie. Attention, tout le monde peut se conduire comme un imbécile de temps à autres et pour diverses raisons, le tout là aussi c'est d'en avoir conscience, mais il arrive malgré tout que cette conduite se vérifie.

    L'andouille complexée par des années de vexations plus ou moins imaginaires subies par ceux qui ont un tout petit peu plus lu que lui, ou qu'elle, croira souvent porter la contradiction sur un sujet qu'il ne maîtrise pas une seconde, tout ça parce qu'il l'a lu quelque part, entre deux pubs pour Mitique ou I-baie (où il ira draguer la minette à peine pubère car en plus de sa microcéphalie il a également un problème de micro-génitoires). Car il ou elle a souvent d'énormes complexes sur sa méconnaissance de la littérature (pour lui « tout le monde y sait lire » donc il est doué dans la matière).

    Après, quand il est à bout on a bien sûr le droit aux écrivains et aux lecteurs narcissiques, égocentriques, « prétensssieux » et j'en passe...

    Après avoir balancé son argument qu'il estime massue, il ne comprend pas bien sûr les rires et les moqueries que son texte peut entraîner. Cela le conforte dans ses complexes et sa frustration qu'il essaie de combattre par des commentaires vengeurs un peu partout, le plus souvent planqué derrière un pseudo bidon, et un nimèle itou, sans liens vers quoi que ce soit. Il tient enfin un moyen de montrer que son anonymat et sa médiocrité sont totalement immérités ce dont il est persuadé depuis des lustres.

    Heureusement, parfois, plus rarement, le dialogue peut s'installer quand l'interlocuteur reconnaît que l'on connait mieux un sujet que lui, ou aussi bien. J'en ai pour ma part un peu ras le bol des demeurés, entre autres, qui prétendent ne pas lire Proust « passqu'il y a trop de phrases et qui y a pas d'histoire », j'ai lu ça su un forum, ne voyant pas l'importance du style. D'autres présentent le sensible Marcel comme un militant communautariste qui aurait défilé à la « Gay Pride » avec une plume dans le fondement

    (Nota Bene : cela en dit long, soit dit en passant, sur leurs pulsions homosexuelles latentes).

    De toutes les façons, le crétin internaute en revient toujours et encore à la même rhétorique, aux mêmes lieux communs, qu'il assène comme des mantras : « C'est de la fôte aux z-étrangers et aux pédés tout ce qui arrive, et que je ne sois pas reconnu comme le phénix que je crois être depuis longtemps ». Et finalement il n'a pas compris une chose, Internet n'est qu'un outil, qui ne remplacera jamais la lecture d'un bon livre, le seul moyen de connaitre réellement le style d'un auteur, mais évidemment, ceci demande un effort...

  • Je parle du Grand Meaulnes sur Agoravox

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    Je parle de ce livre qui me tient à coeur sur Agoravox, ce livre qui s'oppose en tout à cette époque cynique et pitoyable consumériste, hyper-libérale et décervelée. Je m'y éloigne de mes tonitruances habituelles.

    Note personnelle :

    Il faut dire, à ma décharge, que j'ai tendance à rajouter des tambours et trompettes quand je lis la prose de certains internautes dont je rejette la camelote idéologique, internet étant également  la providence du crétin et l'ignorant qui s'imagine que deux ou trois clics sur ouiquipédia ou Gougueule lui permettent de maîtriser un sujet.

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  • Dire des idioties sans complexes comme Martin Hirsch

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    Martin Hirsch qui n'est pas la moitié d'un imbécile a dit hier : "La vraie intégration c'est quand des catholiques appellerons leur enfant Mohamed".

    Il y a des idioties prononcées comme ça, qui ne veulent rien dire, ne partent de rien de concret mais permettent de se poser en chevalier blanc afin de défendre la France car on a peur de revenir aux HLPSDNH (TM) (les heures les plus soombres de notre histoire...). Bien sûr, ceux qui prononcent ce genre de phrases collent leurs gosses dans le privé le plus huppé et appellent leurs rejetons de prénoms tout ce qu'il y a de plus traditionnel. Ce genre d'idioties ne fera rien contre le racisme et n'aidera pas un beur ou un français d'origine africaine à s'intégrer, mais ça fait plaisir entre la poire et le fromage. Ce genre de stupidités n'aura strictement aucune incidence contre la xénophobie risquant même de l'attiser. Personne ne semble comprendre que le danger qu'elle représente ne vient pas des skins bas du front ou des fâcîîstes estampillés comme tels mais des brav'gens, des consommateurs de base qui consomment déjà moins et auront bien besoin d'un bouc émissaire pour se consoler.

  • Théologie au rabais et spiritualité « discount »

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    Les réactions à mon texte sur la conférence des Bernardins de Guillebaud et Hadjaj...

    18928095.jpgOn pouvait s'y attendre un peu mais la plupart des commentaires que je lis concernant mon article montrent que le propos des deux intervenants n'est absolument pas compris. Ce qui domine, sans me surprendre, tout en m'effarant malgré tout, c'est la haine de l'humain, l'humanité en général, diffuse derrière les propos se voulant généreux, universalistes et sympathiques. Et l'humanisme est confondu avec l'humanitarisme vague en vogue depuis quelques temps, le tout nimbé de quelques propos hostiles à la philosophie en particulier et la réflexion intellectuelle sur la société en général. La plupart des commentateurs ne savent pas ce qu'est l'humanisme et encore moins ce qu'est l'humanisme chrétien, perçu comme une défaite de la spiritualité par d'autres.

    Et le tout confirme bien les constatations des deux hommes, c'est toute la société qui tend vers le post-humain ou le trans-humain.

    Il y a la peur de la fêlure, chez soi-même, chez l'autre, la peur de la blessure, vue comme une faiblesse, une folie. Il y a également une peur panique de l'inadaptation au monde, et de son corollaire, la peur l'indocilité aux règles imposées par le monde. Ce surhomme soit-disant libéré des chaînes de son humanité ne serait donc bien qu'un sous-homme, un pantin révérent, ignorant et content de l'être, se soumettant sans réfléchir aux pires diktats de standardisation de la société spectaculaire marchande actuelle, et à un bonheur finalement insoutenable, comme dans le roman d'Ira Levin (on ne dira jamais assez la lucidité de la plupart des auteurs dits de « genre ») car forcé.

    Car finalement, pour la plupart des personnes il n'y a pas d'égalité entre les êtres humains mais une hiérarchie, un des commentaires l'exprime : la vie d'un handicapé vaut moins que celle d'un directeur de banque, le tout enveloppé sous des prétextes plus ou moins généreux. On se pare de bonnes intentions pour dire que l'on veut le bien de l'handicapé qui ne peut être heureux tel qu'il est, non pas car son handicap le ferait souffrir mais parce qu'il n'est pas dans les normes, surtout d'ailleurs pour cette dernière raison, les bonnes intentions étant surtout un alibi pour camoufler la peur de la différence, non pas la différence telle qu'on la définit actuellement, ce qui effraie c'est l'altérité au bout du compte. Je suis toujours stupéfait de l'eugénisme en vigueur actuellement qui est exactement le même que celui des totalitarismes, les faibles, ceux qui sont réputés l'être, doivent être éradiqués, ne doivent survivre que les forts en somme, ou ceux qui sont réputés l'être.

    Quelques « croyants » répondant à ce texte, mais aussi à la conférence, semblent aussi avoir de leur foi une idée telle que définie par Guillebaud et Hadjaj par la notion de théocratie. L'homme est un esprit enfermé dans un corps, là ils rejoignent la gnose, l'amour divin ou humain est éthéré. Il y a aussi énormément de confusions, comme présenter Marie-Madeleine comme le « treizième » disciple ou prôner une sorte de syncrétisme immonde, une bouillie pour les chats vaguement universaliste, qui correspond finalement à une démarche spirituelle, si tant est qu'on puisse la qualifier ainsi, consommatrice. On prend un peu ce qu'on veut sur les rayons, ce qui arrange, ce qui flatte. On aime bien les grands rassemblements grégaires, hyper-affectifs, et sur-spiritualisants, dans lesquels on est perdu dans un grand tout confortable, oubliant l'humain, que l'on méprise, et son corps, dont on a peur, en parlant comme de la source de toutes les perversions, y compris le corps souffrant dont un commentateur affirme sans rire qu'il engendre le péché chez celui qui souffre. Ce comportement de consommateur engendre le rejet des institutions catholiques considérées comme oppressives car empêchant de consommer en toute sérénité, et forçant donc à une réflexion personnelle plus approfondie que le picorage intellectuel.

    Tout cela afflige par son indigence, cette incompréhension de la plupart des lecteurs et auditeurs du propos de Fabrice Hadjaj et Jean-Claude Guillebaud est extrêmement dommage car ils relèvent pourtant le degré de réflexion à un niveau de qualité qui n'était pas atteint depuis longtemps, excepté dans les textes de Ratzinger, ( et Jean-Paul II).