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  • Je suis sur Agoravox

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    Mon article sur l'entretien entre Jean-Claude Guillebaud et Fabrice Hadjaj a été publié sur Agoravox, par ici.

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  • Sunny Afternoon

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    Il y en a qui n'aiment pas les dimanches (qui les haïssent même), moi j'ai du mal avec les vacances. Attention ! Ne nous méprenons pas, j'aime bien le farniente, lézarder, prendre le temps d'ouvrir un livre abrité du soleil dans un jardin qui alors me paraît presque idéal, surtout si le livre est bon (s'il est mauvais, j'entend les klaxons, le boucan et je renifle la puanteur de la pollution, toussa...). Et puis j'ai ramené du Proche Orient le goût pour l'art de ne rien faire, de laisser le temps couler comme le sable entre les doigts, pour employer une discrète allégorie presque de Le Clézio, siroter un verre de ce que vous voulez bien frais, à l'ombre d'une tonnelle ombragée (et euh), ou exhaler à petits coups de bouche la fumée d'un nargileh, celui que je n'ai pas pu ramener de Jérusalem et qu'on aimablemen mis de côté les douaniers israèliens qui craignaient que quelque terroriste cache du plastic dans le tuyau et les paquets de tabac aromatisés à l'insu de mon plein gré. On n'est jamais trop prudent, derrière chaque citoyen aimable peut sans doute se cacher un salopard assoifé de sang.

    Ne vous inquiétez pas, je ne perd absolument pas le fil de ma note et de ce que je voulais dire. C'est simple je n'aime pas le spleen induit par les vacances, les rues vidées des passants, les trains, les métros, les bus qui semblent aller plus vite car il y a beaucoup moins de monde. Et le beau temps immuable, ou presque, le ciel tout bleu, le soleil luisant un peu trop métalliquement dans les yeux. On s'en lasse, rien ne vaut la pluie un jour d'été, l'eau et la chaleur, le soleil, encore lui, juste derrière les nuages. Ils sont alors nombreux les clampins qui se précipitent chez eux par peur d'être un tout petit peu humides, ce qui n'est pas très grave car ainsi on retrouve toute la rue pour soi.

  • Losers

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    en photo : Ignatius J. Reilly de "la conjuration des imbéciles"

    « Qu'est-ce que ça peut faire, où on vous met quand vous êtes mort? Dans un puisard dégueulasse ou dans un mausolée de marbre au sommet d'une grande colline? Vous êtes mort, vous dormez du grand sommeil... vous vous en foutez, de ces choses-là... le pétrole, l'eau, c'est de l'air et du vent pour vous... »

    (Raymond Chandler - « Le Grand Sommeil », 1939)

     

    On cite ce mot d’Alexandre : « Si je n’étais Alexandre, je voudrais être Diogène ! »

     

    Dans la littérature, on trouve parfois des perdants, des losers, souvent magnifiques, à savoir des personnages qui ont des exigences en matière de vérité des faits et des personnes un peu plus élevées que la moyenne. C'est un personnage plus intéressant que les autres en matière romanesque, le clampin à qui il n'arrive jamais rien de bien palpitant n'ayant aucun intérêt. Les personnages de Philip K. Dick le sont tous, ne maîtrisant absolument rien de leur destin, la plupart du temps incapables de s'adapter aux diktats de la société. Philip K. Dick en était un lui-même pour le reste du monde, écrivant sans trève, alternant plusieurs petits boulots parfois humiliants pour faire vivre ses familles. La gloire est venue très tard, juste avant « Blade Runner », peu de temps avant qu'il ne meurt. Dick s'en fichait d'être loser, sachant très bien que la réussite apparente n'est qu'un simulacre, une imitation d'humanité. Fitzgerald a été à la fois le héros ultime de son temps, brillant, riche, aimé, tombant ensuite dans une déchéance sans beaucoup d'honneur, allant jusqu'à l'abjection puisque c'était certainement une des taupes de Washington au moment de « la chasse aux sorcières ».

    C'est mal vu d'être un loser à notre époque, même magnifique. De là à dire que notre époque a des exigences très peu importantes en matière de vérité, de morale et de personnes il n'y a qu'un pas que je n'hésiterai pas à franchir. Il y a loser et loser, les joueurs de l'équipe de France, par exemple, sont des icônes de gagneurs, ou plutôt de « bonnes gagneuses », comme ces tapineuses qui font la fierté de leurs macs. Il y a aussi cette hypocrisie qui consiste à trouver les perdants géniaux dans la littérature et les films et ne respecter dans la vie de tous les jours que les porteurs de breloques, de médailles de carnaval, d'accessoires bien clinquants. Dans un pays comme la France, bizarrement, se targuant d'égalité encore maintenant dans sa devise, et de la fameuse phrase « faut être comme tout le monde », c'est peut-être encore pire, les petits tyranneaux de province, les roitelets de canton sont adulés, adorés, choyés, ainsi que leur progéniture par la suite le plus souvent.

    Le loser, ou du moins celui, ou celle, que l'on considère comme tel, on lui parle avec commisération. On aime bien dire qu'on l'aide, alors qu'en fait on le méprise car ce qui compte toujours dans notre société hiérarchisée et hautement hiérarchique, c'est le rang que l'on occupe qui compte, le rapport de forces qui reste la seule chose qui compte.

    Il y aura peut-être une suite à ce texte (ou pas)

    Ci-dessous, un film parlant d'un loser magnifique

  • Le dernier match des bleus, la vidéo que l'on nous cache

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    Attention, pour mettre en ligne cette vidéo, j'ai du soudoyer trois joueurs, un entraîneur et un président de fédération, elle coûte cher !!

  • Un gaulois parle aux français

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    Le français est une belle langue, on peut parler de trivialités de mille et une façons et toujours avec style, voyez plutôt ci-dessous (seuls les innocents ne comprendront peut-être pas ce dont il s'agit) :

    breughel_wedding.1253625801.jpg"Agacer le sous-préfet, attaquer à 5 contre 1, avoir de l'amour-propre, boire seul, brûler un cierge, chatouiller l'hibiscus, cirer le braquemart, crier vive l'empereur, défriser la chicorée, dessiner des cartes de France, éplucher des lentilles, épouser la veuve Poignet, étrangler le borgne, être un auto sexuel, faire cracher le cyclope, faire gonfler l'andouille, faire la gimblette, faire le cas, faire pleurer Popaul, faire un récital de joyeuses, faire suer le poireau, faire zague, frétiller le goujon, jouer du cordon de St François, lustrer le chibre, jouer un solo de bitoune, manuèliser l'os à moëlle, patiner le zob à l'ancienne, pratiquer l'onanisme, s'astiquer le grand chauve, s'ébouriffer le dindon, s'encaustiquer le paf, s'éponger le bigorneau, se balancer la colonne, se branler, se chatouiller le perroquet, se cerner les yeux, se cogner un ramollo, se coller une douce, se contenter le mahomet, se consoler la babasse, se dire un compliment, se doigter, se donner une saragosse, s'élaguer le bambou, s'essorer le noeud, se faire couiner le berlingot, se faire mousser la moule, se finir la nouille, se fourbir le gourdin, se fringuer le voltigeur, se galipoter les génitoires, se goder la chaglatte, se griffer, se maroufler le polduk, se masser la veine bleue, se moucher le mirliton, se palper le frifri, se palucher, se pignoler, se pogner, se polir le chinois, se polluer le dard, se régaler la moniche, se sèguer, se servir de sa main, se soulager dans les rideaux, se suffire à soi-même, se taquiner la moule, se tirer l'élastique, se toucher, se travailler, serrer la main au père de ses enfants, secouer le poireau, sonner le bouton, taquiner le barbu, taquiner le hanneton..."

  • Nazis sans le savoir.

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    Notre époque est eugéniste, hiérarchisant les individus, décidant qui doit vivre ou mourir.

    1968310509.jpgDans le car je l'ai toujours dit on croise des spécimen intéressants et cela évite de se taper des pensums sociologiques.

    Il y a deux jours j'ai entendu une bonne dame tenir un discours eugéniste totalement nazi, sans s'en rendre bien compte. A l'entendre, elle est directrice d'une grande maison d'avocats de l'Eure, à vue de nez, elle est secrétaire dans un cabinet juridique.

    Le pire est que la conversation ci-dessous, je l'exagère à peine.

    Blonde décolorée, avec une choucroute digne d'une ancienne péripatéticienne, parfumée sans économie, elle papote, discutaille, jaspine et ragote complaisamment quand le chauffeur en vient à remarquer dans la rue un de ses clients handicapés :

    Chauffeur : - Ah, celui-là, il est ch...t, il a jamais de monnaie pour payer son voyage.

    Fausse blonde : - Ah làlà, le pôvre, je connais ses parents...

    Chauffeur : - ça doit être dur, un gamin comme ça ? Moi je sais pas mais les gens y devraient réfléchir avant qu'ils ayent des gosses !

    Fausse blonde : - Ah, moâ, y m'fait pitié !

    Chauffeur : - Je le trouve sympa, mais il est quand même un peu con, ça doit être pénible.

    Fausse blonde : - Ah, moâ, si le gynéco y s'était amené avec un gamin handicapé quand j'étais à la clinique, j'lui aurais dit : « J'en veux pas ! ». Ah non alors, y seraient malheureux ! Alors « vous les gardez » (note personnelle : j'ignorais jusque là qu'il y avait un service après vente des bébés).

    Chauffeur : - Maintenant, avec les techniques modernes y voyent tout de suite si y'a un truc, y va pas !

    Fausse blonde : - Ma fille elle a fait l'échographie à six mois mais si y 'avait eu un truc elle l'aurait dit : « ah, non, moi j'en veux pas du gosse », écoutez, hein, non, maisbon, j'sais pas, moi ?

    Là j'interviens dans la conversation en disant que je souffre d'un léger handicap de l'oeil gauche.

    Une armada d'anges passe alors en silence.

    Fausse blonde : - Ah, oui mais tant que ça se voye pas, et chez vous, ça se voye pas, ça va. Et pis chacun à sa place, ça ira quand même mieux, hein ?

    Tout est dit, pas la peine d'en rajouter.

     

  • Enculé, sélectionneur de l'Équipe de France - une note du Père Fouettard sur le sport

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    En ce moment, à la télévision, dans les journaux, il semble qu'il n'y ait rien de plus important que les sottises des vingt-deux anelka_domenech.jpgcaïds sans cervelle de l'équipe de France, tous rêvant d'être Tony Montana ou rien : le fric, les filles faciles, les bagnoles puissantes ceci pour compenser leur problème visiblement très grave de microcéphalie (pas de problèmes de micro-génitoires visiblement, cela devient même préoccupant). Tous viennent de milieux plutôt modestes, et se sont hissés par leur haut niveau sportif et leur ambition, ce sont un peu les modèles d'intégration que l'on voudrait nous vendre, drôles de modèles soit dit en passant puisque si je comprend bien les français d'origine africaine ou arabe, les français de souche de petite extraction, ne seraient capables que de ça : bien jouer à la baballe et non réussir de bonnes études, devenir enseignant, médecin, avocat, que sais-je. Non, c'est ou la baballe ou faire rigoler à la télévision (on ne compte plus dans les collèges et lycées ceux qui se prennent pour autant d'Eddie Murphy, ou Djamel Debbouze, dés qu'ils ont un peu de tchatche, se conformant d'eux-même au cliché du noir tchatcheur et marrant ou du petit « beur » sympa et tellement drôôôle quand il dit des gros mots comme les lascars de banlieue mais sur une scène (le rire lié à une condescendance certaine que l'on a du mal à s'avouer est alors d'autant plus confortable).

    Il se murmure également que les communautés représentées par tous les joueurs, la fameuse équipe « black, blanc, beur », ne s'entendent pas entre elles et ce depuis longtemps : les africains ne peuvent pas piffer les joueurs qui viennent des DOM-TOM, les musulmans ont du mal avec les non-musulmans, les lascars avec les gosses bien élevés. C'est une sorte de laboratoire du communautarisme qui montre bien où ça mène, à savoir nulle part, ou dans le mur. Sans parler des joueurs qui n'en ont rien à foutre du pays pour lequel ils jouent, ce qui change cette fois-ci, on descend un peu plus dans la vase à chaque fois

    Au moins avant jouaient-ils au foûtebôle, maintenant c'est le psychodrame boueux à chaque match. Je n'aime pas vraiment le foot, ou du moins j'aimerais bien un football moins pro, avec des amateurs qui y jouent pour le plaisir du sport et du geste, un peu comme celui du Nord de la France. Et qui sont réellement tristes quand leur pays perd. Quand je vois la comédie jouée par Ribéry hier je ne peux m'empêcher de penser à certains gamins de banlieue, ces « cas-soss » (pour cas sociaux), qui font dans la pleurnicherie pour se trouver des excuses parce qu'ils savent bien au fond qu'ils sont indéfendables, tout comme Anelka. Et je rigole bien quand même en songeant à tous les contrats de pub signés par les bleus, qui ridiculisent, ringardisent, les marques dont ils font la réclame. Il suffit d'aller dans un magasin qui positive, on les voit partout, du débouche-chiotte aux céréales du matin.

  • Les fayots mieux traités que les anciens résistants

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    L'insulte faite à l'Armée des ombres

    Quand Sarkozy s'est rendu à Londres, la cohorte de lèche-culs officiels ou pas qui le suit partout a eu le droit de prendre l'avion, s'est vu offrir pour certains une nuit sur place, et tout le cortège de douceurs en remerciements de leur cirage de pompes. On avait fait venir également des vétérans gaullistes, des soldats courageux ayant traversé la Manche en 40, des anciens combattants résistants de la première heure, des anonymes, des humbles. Eux ont eu le droit, à 90 ans de moyenne d'âge quand même, à prendre le train à cinq heures du mat' Gare du Nord, on leur a royalement offert un café/croissant SNCF, puis une barre énergétique pour tenir la journée. On les a ensuite transbahutés en car puis refourgués dans le train pour être à l'heure le soir au Mont Valérien, là ils ont eu le droit à un plateau-repas. Pendant le même temps, le président et sa clique de lèche-culs est rentré en avion et hélicoptère.

    Vraisemblablement, ça ne choque pas grand monde, sauf sur le « Canard »...

    Et l'auteur de ce blog...

    Cette armée des ombres est traitée avec un mépris inimaginable, je ne suis pas sûr que ce soit pour un pantin grandiloquent et sa suite de fayots bien trop payée qu'ils se soient battus avec autant de courage. Cette époque est sans gloire, sans courage, sans honneur, sans grandeur, sans beauté d'âme.

    Ah, les ingrats, les hauts fonctionnaires qui ont fait l’ENA eux, ceux qui sont allé dans les meilleures prépas, eux, qui se mettaient presque au niveau de ces vieux schnocks une journée, voilà que les vieux ne sont pas contents et râlent en plus, au Canard enchaîné, ah, les ingrats.

    Regarder Malraux au Panthéon ci-dessous pour bien comprendre que nous vivons une époque de nains.

  • À Mort le Foot !

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    Le texte dit par Jean-Claude Dreyfus

    Par Pierre Desproges

    Voici bientôt quatre longues semaines que les gens normaux, j'entends les gens issus de la norme, avec deux bras et deux jambes pour signifier qu'ils existent, subissent à longueur d'antenne les dégradantes contorsions manchotes des hordes encaleçonnées sudoripares qui se disputent sur le gazon l'honneur minuscule d'être champions de la balle au pied. Voilà bien la différence entre le singe et le footballeur. Le premier a trop de mains ou pas assez de pieds pour s'abaisser à jouer au football.

    Le football. Quel sport est plus laid, plus balourd et moins gracieux que le football ? Quelle harmonie, quelle élégance l'esthète de base pourrait-il bien découvrir dans les trottinements patauds de vingt-deux handicapés velus qui poussent des balles comme on pousse un étron, en ahanant des râles vulgaires de boeufs éteints. Quel bâtard en rut de quel corniaud branlé oserait manifester sa libido en s'enlaçant frénétiquement comme ils le font par paquets de huit, à grand coups de pattes grasses et mouillées, en ululant des gutturalités simiesques à choquer un rocker d'usine ? Quelle brute glacée, quel monstre décérébré de quel ordre noir oserait rire sur des cadavres comme nous le vîmes en vérité, certain soir du Heysel où vos idoles, calamiteux goalistes extatiques, ont exulté de joie folle au milieu de quarante morts piétinés, tout ça parce que la baballe était dans les bois ?

    Je vous hais, footballeurs. Vous ne m'avez fait vibrer qu'une fois : le jour où j'ai appris que vous aviez attrapé la chiasse mexicaine en suçant des frites aztèques. J'eusse aimé que les amibes vous coupassent les pattes jusqu'à la fin du tournoi. Mais Dieu n'a pas voulu. Ca ne m'a pas surpris de sa part. Il est des vôtres. Il est comme vous. Il est partout, tout le temps, quoi qu'on fasse et où qu'on se planque, on ne peut y échapper.

    Quand j'étais petit garçon, je me suis cru longtemps anormal parce que je vous repoussais déjà. Je refusais systématiquement de jouer au foot, à l'école ou dans la rue. On me disait : «Ah, la fille !» ou bien : «Tiens, il est malade», tellement l'idée d'anormalité est solidement solidaire de la non-footabilité. Je vous emmerde. Je n'ai jamais été malade. Quant à la féminité que vous subodoriez, elle est toujours en moi. Et me pousse aux temps chauds à rechercher la compagnie des femmes. Y compris celles des vôtres que je ne rechigne pas à culbuter quand vous vibrez aux stades.

    Pouf, pouf.

    Pierre Desproges

    16 juin 1986. Extrait de "Chroniques de la haine ordinaire"

    aux éditions Points catégorie Virgule page 163-164.

  • Technocratie ou Théocratie ?

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    « Un humanisme sans Dieu est-il possible ? »

    Jean-Claude Guillebaud

    Fabrice Hadjaj

    pic3.jpgJ'ai regardé hier dans le cadre de la série d'émissions « les mardis des Bernardins » , on peut la regarder par là aussi, (avant tout commentaire, je ne saurai conseiller de regarder la vidéo dont je parle) sur KTO un échange entre Jean-Claude Guillebaud, auteur de « la refondation du monde », et Fabrice Hadjaj, auteur de « la profondeur des sexes », sur le thème : « Un humanisme sans Dieu est-il possible ? ». Cet échange était véritablement passionnant et pour une fois exempt de miévrerie et de lieux communs, excepté les interventions dispensables de «l' animatrice » du débat. Ce point de vue sur l'humanisme, mais aussi sur l'homme et l'humanité, est ultra-minoritaire aujourd'hui, et dans l'Église, et dans la société. Il est infiniment supérieur à quelque pamphlet, à quelque article érudit ou non, que ce soit dans un camp ou dans l'autre, charismatiques ou « tradis ». Il va beaucoup plus loin que tous les clivages sans fondement, les militantismes, l'égocentrisme à la mode, la technocratie, prise dans une acceptation globale, mais aussi la théocratie, qui n'est que l'émanation de « la foi des démons », le diable croyant en Dieu, et le refusant.

    Pour les deux auteurs, ce qui pourra refonder le monde, c'est la « Grâce de l'Apocalypse ».

    Et pour eux, même un vrai matérialiste croit en Dieu, il y a donc de l'espoir. Pour les écouter, il faut malgré tout se libérer de quelques poncifs.

    Ils commencent par redéfinir l'humanisme. Celui-ci peut sembler au départ opposé à la religion, il s'agissait de revenir à l'homme contre le pouvoir temporel et spirituel de l'Église, ceci dans la tradition retrouvée des philosophes antiques, le tout menant progressivement à la philosophie des Lumières et au positivisme du XIXème siècle. Les deux auteurs évoquent ensuite Jean-Paul Sartre qui définit l'existentialisme comme un anti-humanisme, moquant les discussions sans fin des humanistes sur la question de l'humanité. Il redevient humaniste après 1945 cependant. Cependant, Jacques Maritain, puis plus tard Paul VI, proposent un « humanisme intégral » tourné vers Dieu, ou théocentrique plutôt qu'anthropocentrique : « L'homme passe l'homme, le mystère de l'homme s'élucide dans le mystère de Dieu ». Car pour le Christ, ce qui compte c'est l'amour du prochain, et non l'amour de l'homme en général. Se pose alors la question de la définition de l'homme, en commençant par ne pas perdre de vue sa diversité, et le fait que chaque personne est unique tout comme le parcours qu'elle suit.

    Selon Jean-Claude Guillebaud, l'humanisme naît de l'héritage grec, juif et chrétien, tout comme la philosophie des Lumières qui laïcisent le Christianisme comme le montre la devise de la République au fronton de toutes les mairies. Il faudrait se libérer du malentendu français qui voudrait que l'humanisme est conquis contre la religion, ce qui n'est pas le cas. Pour un chrétien, l'aspiration légitime à la liberté, tout comme à l'égalité, vient de Dieu. Avec Sartre, la confusion habituelle demeurait et le mot avait perdu du sens. Il retrouve son sens exact en le liant à l'Évangile pris dans sa radicalité. Et ce, contre le mouvement post-humaniste actuel, contre le transhumanisme se développant aux États-Unis mais aussi en Europe, deux mouvements proposant ni plus ni moins que de s'affranchir de l'humanité préconisant de transformer l'homme en cyborg par exemple, ceci afin de l'amener à devenir une sorte de Surhomme parfaitement adapté à la société, et parfaitement docile, ce surhomme étant d'ailleurs plutôt un sous-homme au sens nietzchéen correct.

    Les deux auteurs insistent sur le fait que nous vivons une période d'apocalypse, qui n'est pas forcément la fin des temps, mais une période « axiale » (selon le terme de Karl Jaspers) où tout peut basculer, dans le mauvais sens, vers l'abîme. Que sauver alors ? Il y a cinq ou six valeurs fondamentales et une archéologie de celles-ci à faire. La première d'entre elle étant l'égalité. Il n'y qu'une seule espèce humaine. Il n'y a pas d'homme moins humain que d'autres, pas de différences de traitement à avoir entre un professeur d'université et un handicapé. C'est cela qui fonde la spécificité chrétienne a priori, alors que la plupart des pensées actuelles, y compris au sein de l'Église, sont hiérarchiques, tout comme le néo-confucianisme chinois dont l'influence commence à se faire sentir en Europe et en Amérique. On oublie la source des valeurs. Guillebaud cite alors Paul Ricoeur qui écrivait : « Séparées de l'expérience spirituelle, les valeurs sont comme des fleurs coupées dans un vase ». Et la modernité est déloyale car elle reprend des valeurs chrétiennes en oubliant leurs racines puisant dans la Foi.

    Élaborer un nouveau projet pour l'homme, une refondation des valeurs, devient nécessaire du fait de l'effondrement des utopies et de la fin des grands espoirs qu'elles avaient entraînées, y compris les espoirs de générosité entraînés par le marxisme ainsi que le souligne Fabrice Hadjaj. Il demeure encore pourtant l'utopie de la pérennité humaine, alors qu'il existe de plus en plus de possibilités d'éradications totales, de destructions des possibilités. Nous vivons dans une société du court terme, voire du très court terme, le long terme étant incertain. C'est la raison pour laquelle personne au fond ne croit réellement aux générations futures, et que beaucoup veulent aller vers le post-humanisme pour transformer l'homme (certains rêvant, ou cauchemardant, de télécharger un cerveau sur disquette, ou d'être constamment relié aux ordinateurs). L'homme est un homme horizontal et non vertical, un être humain qui refuse sa blessure, alors que ce qui fait l'homme c'est justement cela, et sa dimension tragique. L'adaptabilité au monde et à la société n'est qu'un leurre, l'homme n'a pas à s'ajuster à tout et n'importe quoi, il s'agit d'abord d'aimer son prochain.

    hadjadj_inline.jpgLa théocratie post-humaniste est également une erreur fatale selon les deux philosophes, car elle est trop intellectuelle, désincarnée et spiritualiste en oubliant également la blessure que porte chaque personne. Cela m'inspire d'ailleurs en passant que les écrivains, les artistes, les musiciens, tous s'inspirant de leurs blessures, sont finalement plus lucides que le reste de la société qui s'imagine raisonnable. La théocratie post-humaine préconise de revenir au divin, mais un divin coupé de toute humanité, elle oublie l'Incarnation et le sens de cette incarnation. Et l'homme qui perd sa verticalité également de cette manière ne peut que disparaître au profit d'une nouvelle espèce toute aussi décervelée même si louant l'esprit de Dieu.

    Il s'agit pourtant de regarder cette dimension tragique de l'homme en face, et d'accepter le monde tel qu'il est, avec ses imperfections (ce qui ne signifie pas accepter le mal et l'iniquité) à la différence du programme NIBC américain, qui se drape d'un discours de bons sentiments et de fantasmes d'immortalité : transformer l'être humain pour son bien dans une perspective malthusienne, eugéniste et profondément injuste. Leur programme se résume à deux injonctions : « No Child ! » , « No Sufferings ! », (« pas d'enfants ! », « pas de souffrances ! »). Comme l'écrit C.S. Lewis, « la souffrance permet aux âmes de se rencontrer, de s'ouvrir aux autres ». il est indispensable de mourir à soi-même.

    Le post-humanisme, comme le note Fabrice Hadjaj, est un onanisme, nous sommes dépositaires de l'humanité, de notre corps, de la création. Le post-humain a la haine du monde et du corps. C'est finalement une nouvelle gnose. La technocratie, la jouissance immédiate liée à une commémoration incessante du passé, se confronte sans cesse à la théocratie, une foi irrationnelle rejetant l'humain, ce qui aboutit à une destruction de la joie elle-même. Cela aboutit à une foi totalement désincarnée, sans charité, sans chair, sans sexe, comme le précise Fabrice Hadjaj, et à une schizophrénie chrétienne : la foi et l'argent, la foi et l'amour, la foi et le couple, consistant à tout séparer. Alors qu'être chrétien c'est l'être dans toute sa vie, radicalement. Cette foi est sans charité. Elle enferme dans une identité rêvée, une certitude dogmatique inhumaine, et sans miséricorde, alors que la foi est une mise en route, une progression. En fait, il s'agit de se réjouir que l'homme existe. Que l'on ne se méprenne pas sur ces termes, il ne s'agit pas d'un refus de la Vérité, ou de l'Église mais de replacer l'homme dans sa temporalité fondamentale, celle-ci continuant dans la vie béatifique. Fonder le goût de l'avenir, c'est construire un humanisme non idéologique, et le faire sur la base d'une égalité totale, pleine et entière.

    Guillebaud et Hadjaj citent alors Jonathan Swift qui répondait ceci à un interlocuteur l'accusant d'être misanthrope : « Je n'aime pas l'homme, mais j'aime Pierre, Paul, Jacques... ». Le Christ aime son prochain lui aussi, celui qui est antipathique, qui a une sale gueule, qui pue, que l'on a du mal à aimer. Le plus défiguré, le plus difforme c'est l'Homme. Celui qui meurt par amour c'est l'Homme, c'est cela la base de l'humanisme théocentrique, tourné vers Dieu, l'Homme c'est le Christ souffrant, humilié, douloureux et tragique de l'« Ecce Homo » et non une marionnette spiritualisante. Et il s'agit de participer à cet amour par l'âme et le corps.

    Cet humanisme chrétien est très exigeant, dur à entendre, à encaisser, ce n'est pas du sirop ou de la guimauve, mais de la TNT comme l'affirment les deux conférenciers. Il nous renvoie à nos manques, à notre inhumanité, aux dernières paroles du Christ en Croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? », où Jésus manifeste qu'il est vrai Dieu et vrai Homme, intégralement, y compris par le sens de l'abandon. C'est le sens de l'Incarnation, c'est un message radical, qui n'est pas doloriste. Il s'oppose malgré tout à tous ces écrits, sermons et publications qui essaient de rendre la Croix plus confortable intellectuellement, à en arrondir en somme les angles.

    Cet humanisme n'implique pas de « s'emparer des valeurs » et de les agiter comme des fanions, mais de les incarner et de reconnaître tous ceux qui sont dans l'ombre, les petits, les humbles, tous ceux qui ne se mettent pas constamment en avant, joignant les mains avec componction et ne pratiquant aucune charité. Cet humanisme se vit, il s'incarne pleinement, il engendre la supériorité du nom propre sur le nom commun, la Vérité est une personne, elle est beaucoup plus élevée que n'importe quelle valeur qui est au fond une notion nihiliste, que l'on réponde oui ou non à la question « la Vie vaut-elle la peine d'être vécue ? ». La question en elle-même est insensée, et elle aussi nihiliste. Les valeurs sont trop souvent coupées de Dieu. « La Vie ne vaut rien mais rien ne vaut un être humain » comme l'écrit Malraux dans « la Condition Humaine ». Les repères doivent être l'inverse d'une idée captatrice, la doctrine c'est le visage du prochain, l'idéologie, la foi transformée en idéologie, perd de vue la rencontre de l'autre. Le corps moderne est un corps imaginaire, un corps devenue une chose, une mécanique. Jean-Claude Guillebaud cite la majesté paisible des corps à Lourdes, ou celui du Christ. L'humanisme chrétien pousse à accepter et aimer concrètement la chair enfin pacifiée, le coeur, le cerveau, les entrailles et le sexe, sans rien omettre.


    Amaury Watremez


    Les derniers livres des deux auteurs

    « La Foi des démons ou l'athéisme dépassé »

    de Fabrice Hadjadj

    « Le sacré, cet obscur objet du désir ? »

    de Marie Balmary, Jalil Bennani, Dany-Robert Dufour, Jean-Claude Guillebaud

    photos : En haut, Jean-Claude Guillebaud, en bas, Fabrice Hadjaj

    Fabrice Hadjadj (né en 1971 à Nanterre) est un écrivain français.

    Né dans une famille de confession juive, de parents militant révolutionnaires maoïstes en mai 68, athée et anarchiste durant son adolescence, il se convertit brusquement au catholicisme en l'Église Saint-Séverin à Paris, et sera baptisé à l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes en 1998. Il se présente lui-même comme "juif de nom arabe et de confession catholique".

    Jean-Claude Guillebaud est un écrivain, essayiste, conférencier et journaliste français connu pour ses reportages importants dans le monde des idées.

    Il est né à Alger en 1944. Journaliste au quotidien Sud Ouest, puis au journal Le Monde et au Nouvel Observateur, il a également dirigé Reporters sans frontières. Il a été lauréat du Prix Albert Londres en 1972. Il est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence. Il tient une chronique hebdomadaire sur la vie des médias dans le supplément télévision du Nouvel Observateur et une chronique d'observation de la société et de la vie politique françaises dans l'hebdomadaire catholique La Vie. Au printemps 2007, il parraine l’agence de presse associative Reporters d'Espoirs. Depuis juin 2008 il est membre du conseil de surveillance du groupe de presse Bayard Presse

  • Les flamands, les wallons, et une chanson de Brel

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    La chanson est rosse, elle est sévère, mais juste à mon avis. Je me souviens aussi de ces escapades à Tournai et Courtrai, villes néerlandophones, se vidant en deux minutes quand on savait que des français étaient là, à qui on ne parlait pas en français. Ce communautarisme que l'on constate partout en Europe, ce repli sur sa coquille, ce n'est qu'un symptôme de plus du système actuel. Les flamands veulent faire des économies, c'est presque un pléonasme, et ne plus payer les chomeurs wallons mais par contre, veulent bien que les wallons paient leur retraite.

  • Pitié pour les cochons, les vignerons

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    Sur ce blog, je suis enclin depuis longtemps à demander beaucoup d'indulgence pour les cochons, un peu de pitié...

    PACKJAMBMGVP.jpgSi bien sûr l'apéro géant saucisson/pinard est une provocation, quant à son intention, pouvant mener à des violences, les réactions s'y opposant et les arguments employés contre sont tout aussi stupides. Et le site de Riposte laïque me semble un peu faux-cul ne s'assumant pas pour ce qu'il est, clairement anti-musulman, et non pro-laïcard. Ce n'est pas la petite photo-alibi de Benoît XVI célébrant l'eucharistie avec une pinte de bière qui fait illusion.

    Cependant en quoi manger du saucisson et boire du vin sont des gestes discriminatoires en France ? Ou racistes ? Comme on peut le lire dans de nombreux commentaires. Et on a bien tort de crier au loup (au retour des HLPSDNH (TM), « les heures les plus sombres de notre histoire... ») car les groupuscules identitaires continuent de toutes façons à se bagarrer entre eux. C'est encore une fois cette blague de l'épouvantail fâchiste. Ne parlons du ridicule qui les pousse à vouloir organiser un apéro géant hallal, objectivement discriminatoire lui aussi.

    Par peur, ou par extrême prudence, il y a déjà de nombreuses enseignes et magasins qui ne vendent que le moins possible de viande de porc, sans parler des administrations publiques qui ne respectent plus une seconde la laïcité sur le sujet de la restauration collective.

    Je me souviens également de mon séjour au Proche Orient où manger de la charcuterie et boire un peu d'alcool, ou boire une bière, que ce soit une « Taybeh » (bière palestinienne) ou une « Macchabee » (bière israèlienne), demander une entrecôte saignante avec une sauce au roquefort, par exemple, devenait carrément un geste de subversion, ce que nous ne nous gènions pas de faire, cela n'empêche pas le respect envers la foi des uns ou des autres (note personnelle : Bien sûr, c'était encore mieux de demander une « Taybeh » côté israèlien, et une « Maccabee » côté palestinien.

    Nous ne pensions pas, cela dit, que ça deviendrait subversif aussi par chez nous, déguster ce que certaines religions, mais aussi l'hygiéniqement correct, trouve si mauvais pour l'être humain : des charcutailles, des fromages non pasteurisés, du bon vin, du calva, de la Chartreuse et j'en passe.

    Chaque nouveau venu apportait d'ailleurs sa contribution à ces agapes qui se déroulaient presque en contrebande (un colis contenant un solide « Maroilles » avait été bloqué quelques jours, il faut dire qu'il sentait le gymnase après plusieurs matchs de basket).

    Nous y avons également, il me semble, compris une chose, il y a des pratiques qui ne sont pas acceptables, ou simplement grotesques de fait, et sans aucun fondement spirituel, intellectuel ou philosophique réel. Ainsi l'interdiction du porc est plutôt une mesure d'hygiène, au départ, de bon sens dans les pays chauds à laquelle on a trouvé plus tard une justification (la forme des sabots du suidé serait celle des sabots du diââble). Comme d'autres pratiques encore moins justifiables d'ailleurs. Nous avons appris aussi qu'il y avait du porc « kasher » dans le Nord d'Israèl (pour que ce le soit, le porc était tué sur une dalle de béton qui ne touchait pas le sol israélien donc) et que l'on pouvait acheter plusieurs litres d'Arak, l'anisette locale, chez la plupart des épiciers musulmans.Je me souviens aussi de ces musulmans buvant une bière avec moi "parce qu'avec un chrétien c'est pas pareil".

    De l'hypocrisie ? Mais non, voyons, des chemins de traverse.

  • San Antonio par Béru

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    « Frédéric Dard ou la vie privée de San Antonio » par François Rivière, en pocket

    Bérurier l'a lu, il en parle mieux que moi.

    Avant toutes choses cependant, offrons nous quand même une mise en bouche comaque, comme dans les « bouchons » de Lyon,

    « A notre époque les vieux cons sont de plus en plus jeunes. »

    « - Vous parlez un français très châtié!

    - Qui aime bien châtie bien! »

    Dans « les pensées de San Antonio » (au « Cherche-midi »)

    Et maintenant, au tour du gros...

    arton3856-bd9a3.jpgMon grand,


    C'est encore ton gros qui t'écrit. Il t'écrit gràce au pansu qui fait ce blogue, un rondouillard chafouin, avec une circonférence ventrale presque aussi remarquable que la mienne. Il vient de lire la biographie de Frédéric Dard par François Rivière, un type qui doit bien connaître les trains parce qu'il s'y connaît comme personne en littérature de gare, enfin comme on disait avant, parce que depuis les téléphones portables qui envahissent partout, on ne lit plus tellement dans les trains. Au pansu, ça lui a bien plu l'histoire du Dard, il faut dire qu'il y a de tout : de l'action, des sentiments, de l'humour, on s'amuse bien et un chouïa de tendresse assaisonne le tout.


    A faire pleurer Margoton dans les chaumières, et pleurer les colosses. On rigole pour oublier la connerie et le désespoir d'être reconnu pour autre chose que pour une oeuvre bien maousse, bien académique, quelque chose qui fasse mériter la rosette à la veste, un peu de rouge sur le veston. Et le pansu, ça lui rappelle un peu la fin de l'enfance, « l'Histoire de France vue par San Antonio », illustrée -agrémentée- par le grand monsieur Dubout, un génie de la tronche pigée en deux traits de crayon, son petit bonhomme binoclard et ses grosses dames aux ballons comme des Zeppelins, il avait trouvé le livre chez son grand-père, c'était à son père, paraît-il, ce qui ne l'a pas étonné, ils ont le même genre d'esprit dans la famille, la mère et le reste de la progéniture, aucun respect pour l'autorité, de la graine de potence qui s'en fout des porteurs de médailles, des flics en uniforme ou en bourgeois, des anars syndiqués et des révolutionnaires en complet-veston, et il a lu le bouquin qui était plus pédagogique dans son genre qu'un manuel pour potache déjà ramolli du bulbe. Mine de rien dans « l'Histoire de France selon...moi-même », tu en apprends, des choses.


    Et c'est moins soporifique.


    l--histoire-de-france.jpgEt pour le pansu, « San Antonio » c'est aussi les livres abandonnés dans les locations de vacances d'été au bord de la mer, des bouquins aux couvertures un peu vieilles mais avec des titres marrants comme le premier qu'il a vu, comme il m'a dit, le pansu qui lui aussi n'arrête pas de lire : « Fleur de nave vinaigrette » (qui se traduit "Bey-Rhû-Ryé" en japonais). Et ça veut dire aussi « imbécile » en argot, mais ça je n'ai pas besoin de traduire, vous n'avez qu'à l'entraver tous seuls comme des hommes. Les gonzes qui ont des lettres, ils trouvent que c'est vulgaire l'argot à l'époque, ils postillonnent sur Rabelais tout un tas de jolies phrases mais l'argot, ils n'en veulent pas. Maintenant, c'est à la mode, l'argot des mauvais garçons, la manière de discutailler des apaches. Il y en a qui ont tendance à trouver ça fastoche, mais quand ils s'y risquent, ils déchantent. Il faut presque suer du sang et des larmes pour y arriver.


    Donc, dans la biographie, on apprend que le gars Frédéric est né près de Lyon en 1921, à Bourgoin Jailleu, et qu'il a habité le Montmartre lyonnais, la Croix-Rousse. Il est né avec un bras abîmé, le gauche, qui reste infirme. Il cache son handicap sous de grands airs mais c'est comme une blessure. Et ça me rappelle cette radasse blonde décolorée, bureaucrate aux faux airs d'« occasionnelle » des faubourgs que j'ai entendu dans le train affirmer à un type qui avait la patience de l'écouter que, elle, elle aurait pas voulu d'enfants handicapés car elle voulait pas que ses enfants « y soyent malheureux », elle préférait qu'« y soyent comme les autres », ses gamins. Si ça se trouve, je serais pas là pour te causer et toi tu serais pas là pour m'écouter, grand, avec tes portugaises maxifeuillues. Le monde il aurait perdu quelques personnages et non des moindres. Et aussi des génies, des artistes, des créateurs.


    Ce n'est pas fait exprès, mais on a droit à tout le folklore, les cartes postales et tout le toutim de Lugdunum. Quand il était jeune, le Dard descendait et montait souvent par les traboules, qui comme des passages secrets rien que pour les gosses du quartier, passent dans les immeubles, ce qui emmerdait bien le bourgeois et qui lui mettait le sens de la propriété bien profond. C'est toujours ça de gagné quand on est un petit gamin comme le jeune Frédéric obligé de coucher dans la cuisine et de se laver dans l'évier qui sert aussi à rincer les rutabagas pendant l'Occupation. Pour s'évader loin de tout ce mic-mac, et comme c'est un sensible, il lit tout ce qui lui tombe sous la main, il vit plein d'aventures avec les héros qui sont habillés avec plein de couleurs sur les couvertures des romans de gare, on y revient : à défaut de prendre le train pour loin, il bouquine, il n'arrêt pas, un genre de voyages quand on a du mal à payer son ticket pour les îles sous le vent. De temps en temps, quand ça lui prend avec sa grand-mère, Bonne-Maman, qui vit avec eux, il monte jusqu'à Fourvières, à la Basilique, et en allumant son cierge, il croit voir les saints et les anges lui chanter leur sérénade, ce qui le fait pleurer comme une madeleine, j'en ai presque la larme à l'oeil. A l'époque, on peut aller de Bourgoin à Lyon en tortillard, et jusqu'à la Croix-Rousse avec le funiculaire rouge qui ressemble à un jeu de « meccano » avec ses roues dentées et ses rails crénelés comme les tours d'un château fort.


    Et pourtant on dit que je ne suis pas vraiment sensible. Heureusement que sa Bonne-Maman est là, elle le bichonne, le protège de son père, le Francisque, pas vraiment méchant, mais qui a tendance à lever le coude un peu trop et que ça rend con. Mais elle le protège peut-être un peu trop sa grand mère. Il dort avec elle, il ne la quitte pas, et quand il se marie, ils sont tous les deux comme des amants désunis (y'a pas, je cause bien pour un gros). Sa mère aussi, elle l'aime bien, elle l'aide bien. Il est son petit homme, un jour, ils vont chercher Francisque dans toute la ville car l'autre n'était pas rentré de la soirée. Ils ne le trouvent pas, mais quand ils reviennent au bercail, le Francisque est là et tente vainement de se faire pardonner. Ce n'est pas un mauvais bougre, il est content que son fils bouquine autant, soit un lettré en bouture, il aime ça, il en est fier comme Artaban et il essaie de pistonner son gosse en organisant une rencontre avec Marcel Grancher, une célèbrité journalistique du Lyon de l'avant-guerre. Les bouches d'or disent que Grancher a lu un papier du petit et que tout de suite, estomaqué, il a voulu le publier, mais c'est pas tout à fait ça, en fait, il a regardé vaguement le texte, et comme c'était écrit en un français pas trop incompréhensible, même s'il y avait quelques fautes d'orthographe, il a vasouillé un compliment pour faire plaisir au gamin, un « j'aime beaucoup ce que vous faîtes » et puis marre. Le gosse, ça l'a encouragé et il a publié un premier livre à compte d'auteur avec l'argent de la vieille Bonne-Maman, encore elle. Déjà, depuis le collège, le petit gars s'habillait en gigolpince de la haute, et par fierté, se la jouait grand seigneur. Il n'allait quand même pas se mettre à genoux devant Tartempion parce que Tartempion avait une cuillère en argent dans la bouche à la naissance. Il monte à Paris pour essayer de refiler sa camelote, le petit gars Dard, des pièces de théâtre et des romans qui ressemblent à ceux de Simenon, comme « monsieur Joos » mais ça ne marche pas terrible. Comme tous les débutants, il met trop de choses dedans. Il aime bien aussi Céline, le bon docteur Destouches de Drancy, pour les inventions de mots. Depuis longtemps, il y avait pensé, écrire du populaire, du vite vendu, après avoir rencontré un ami de Francis Carco qui le lui avait conseillé, dans un café de la « Croix-Rousse » où l'on se payait la tête des nazis en plein pendant la guerre, et en 1949, il crée le personnage du commissaire San Antonio après s'être essayé au travail vite fait bien fait en rendant en cinq jours « le mystère du cube blanc ». La première enquête de San Antonio se passe à Bourgoin-Jaillieu, et vlan pour l'exotisme, et de son adjoint que les critiques disent qu'il est ignoble alors que c'est rien que des jalminces, moi, Bérurier, Béru pour les dames, enfin que tant que Berthe elle ne soye pas au courant, moi ça colle...

    Au début on ne sait pas trop si le commissaire est une sorte de super-résistant, un flic, ou un barbouze mais qu'importe. Je suis déjà dedans, tout comme Achille ou Berthe.

    899992-1065593.jpgIl écrit six livres par an, et de temps en temps, il y en a un qui est signé vraiment de lui et non du grand, un roman différent, mais ils ne sont pas nombreux à le lire, un type qui écrit des romans de gare c'est moins sérieux qu'un crétin qui raconte sa vie par le menu ou qui parle du papier peint de sa salle à manger pendant vingt pages. Il est devenu écrivain forain, c'est lui qui trouve la formule plus tard. Et ça le débecte tellement d'être si peu reconnu et si mal vu qu'il tente de se faire la malle de manière directe, nette et sans bavures en se flinguant. Heureusement il se rate. Au moins, ça montre une chose, la littérature est un enjeu existentiel, comme toute forme de création (qu'est-ce que je cause bien d'un coup) -enfin je parle des créateurs qui créent, pas de ceux qui sont légions qui ne produisent rien mais vendent du vent aux gogos qui souvent ne demandent que ça ou qui se vantent pour la galerie de faire dans le créatif. Et on ne devrait pas la mépriser comme on fait maintenant. Beaucoup de vieux cons à gueule de jouvenceaux font le cul de poule, ils aiment bien que les bouquins, ce soye utile, vingts dieux, que ce soye performant. Ils n'ont rien pigé bien sûr, (comme tous ceux qui ont fait des films d'après les bouquins de Dard).

    On se dit, tant mieux, car comme ça on peut croire qu'ils vont nous foutre la paix, mais pas du tout, petit à petit, ils ont empoisonné la vie des quelques bons écriveurs qui restent. Ils font la leçon, ils font la morale, ils procurationnent même et se prennent pour Zorro, la grande tapette en noir, ils aiment bien les justiciers mais ils n'aiment pas vraiment la justice. Ils aiment bien les livres comme une copie d'élève bien docile, qui régurgite tout ce qu'on lui a enfilé dans le gosier avec un bâton jusqu'à la débectance, ils aiment bien qu'il n'y ait pas de disgressions, et il y en a souvent dans les livres de San Antonio. Après sa tentative de baisser de rideau final, Dard part vivre en Suisse, pour avoir la paix et vivre au bon air, loin des cons. Il continue d'écrire autant, plus de deux-cent livres dont « la vieille qui marchait dans la mer », mon préféré, et se sent mieux dans sa peau. Dard meurt en 2000, en Suisse, il a beaucoup d'héritiers, dont un grand nombre d'illégitimes. Et quand sa fille s'est mariée avec le mafflu qui passe à la radio et à la télé, Carlier, qui croit que c'est lui le vrai héritier non pasteurisé à cause de ça, j'ai cru rendre mon goûter de onze heures et tout le pif du matin.

    Ton Bérurier qui te laisse car y fait soif, j'ai peut-être oublié des trucs et des machins mais il y a l'essentiel, Grand, tu trieras de toutes manières...

    Le site de San Antonio

    ci-dessous une interview de Dard

    retrouver ce média sur www.ina.fr
  • Loin des chrétiens tièdes...

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    Un témoignage et une réflexion qui me plaisent beaucoup, loin de la pusillanimité habituelle des chrétiens actuels.

    Lyonnais, né en 1961, Jean-François Chemain est hyper-diplômé mais, après une carrière de cadre, il a choisi d’enseigner l’Histoire-Géographie et l’Éducation civique à Vénissieux-Les Minguettes.

    Propos recueillis par Thérèse COUSTENOBLE

    écouter ce qu'il a à dire ici

    1497342440_5a857631f0.jpgJean-François Chemain, pourquoi écrire sur la vocation chrétienne de la France ?

    La cause immédiate, c’est une conférence que Mgr Rey m’a demandé de faire entre les deux tours de l’élection présidentielle, en 2007, dans la cathédrale de Toulon, devant des élus chrétiens de son diocèse. Le thème, c’est lui qui l’a proposé, et il a ensuite cherché un historien pour le traiter. Comme je fais partie du mouvement Communion et Évangélisation qu’il a lancé en 2001, et que je venais de réussir l’agrégation d’Histoire, je me suis trouvé investi de la « commande ». La conférence fut un succès, et à la sortie les gens m’ont demandé : « Où est votre livre ? » Alors de retour chez moi, j’ai commencé à l’écrire.

    Et les causes plus « lointaines » ?

    J’enseigne depuis quelques années dans un collège de la banlieue lyonnaise, où la grande majorité des élèves est d’origine musulmane. C’est le résultat d’un parcours personnel un peu particulier qui m’a conduit, après Sciences Po Paris et une admissibilité à l’ENA, puis quinze ans en cabinet d’audit anglo-saxon et encore cinq ans comme cadre dirigeant à EDF, à tout quitter pour repartir à zéro dans l’Éducation Nationale. Vu mon âge et mes diplômes (je terminais aussi une thèse), on m’incitait plutôt à postuler en faculté, ou en classes préparatoires, mais je voulais aller en banlieue. Le point de départ de ce cheminement est une conversion radicale dix ans plus tôt, dans une petite église d’Avignon, tenue par un « Atelier d’évangélisation » ! Cette conversion/reconversion s’est accompagnée pour moi d’une remise en question de mon fond politique, puisque j’étais depuis mon adolescence un « compagnon de route » des idées d’extrême-droite. Le problème, pour un converti, venant de si loin, c’est que le vieil homme n’est jamais complètement mort, et que je conserve toujours ces tendances nostalgiques et pessimistes qui nourrissaient mes engagements antérieurs. Comment continuer à dire que « tout fout le camp » et que « on va droit à la guerre civile » quand on est supposé porter en soi l’espérance de la victoire finale du Christ ?

    La suite ici dont la présentation du livre de J.F. Chemain par Gérard Leclerc

  • Peut-on supporter les "copains et coquins" ?

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    "Alors on se sent écrasé sous le sentiment de «l'éternelle misère de tout», de l'impuissance humaine et de la monotonie des actions".
    Au soleil (1884) Guy de Maupassant

    Les affaires comme la mission bidon de Madame Boutin, ça devient pénible à la longue. Que ça sorte pour elle, on sait pourquoi, c'est du fait de son positionnement comme femme politique et catholique, mais elle devait bien s'attendre à ce qu'on ne lui fasse pas de cadeau.

    Boutin dit qu'elle n'est pas la seule, croyant trouver là une excuse ? Elle a raison bien sûr, mais de qui se moque-t-elle, en quoi cela l'absout-elle ?

    C'est un peu du même tonneau, sa ligne de défense, toute aussi grotesque que ce moment où elle a dit que Sarkozy incarnait les valeurs chrétiennes qu'elle défendait.

    Hier, en regardant les informations, je tombe sur dix secondes concernant le fils de Roselyne Bachelot, titulaire d'un diplôme en arts, qui aurait lui aussi une mission bidon dans le ministère de sa mère. On me dira qu'elles copient sur le chef, Nicolas Sarkozy, qui place son fils inculte et scolairement pas vraiment brillant à l'EPAD. Puis zappant deux secondes sur « le Grand Journal » voilà que je peux y voir Lolita Chammah, la fille d'Isabelle Huppert, même moue, même morgue, même attitude pénible qui donne envie de la gifler après deux phrases très convenues, après bien des enfants de et « filles et fils de », certes ce n'est pas la première.

    C'est exactement pareil dans tel conseil général, telle ou telle mairie, où l'on tombe sur les copains de tel ou tel notable, les neveux de l'un, les cousines ou copains de l'autre, le tout sans que ça ne choque qui que ce soit réellement visiblement. Dans ce genre d'endroits, on ose encore parler de compétences quant au recrutement pour ensuite embaucher par le biais du clientélisme la progéniture d'un notable ou d'un autre. Ce qui frappe c'est le retour au grand galop de l'hyper-révérence envers les « bonnes » familles et les notables.

    Ce sont généralement les mêmes qui vantent les mérites de la méritocratie et de l'effort, de la rigueur, mais pour les autres d'abord.

    Certains diront que ce texte est poujado, peu importe.

    Une longue liste de cumulards

  • Sur le net, on parle de plus en plus comme ma grand-mère

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    Je trouve que de plus en plus, que ce soit sur le Net ou dans la vie courante, les gens parlent comme ma grand-mère, et ça me casse vraiment les pieds.

    Et je reste poli.

    grandmere.jpgD'ailleurs, façon de parler, puisque qu'aucune de mes grands mères ne parlaient comme ça, de manière aussi poussiéreuse, employant des lieux communs aussi éculés, des préjugés aussi étroits. Que ce soit à gauche ou à droite, cela revient au même, on est dans la France de Louis-Philippe, de Guizot, à l'époque des grandes maisons avec des toutes petites pièces pour un ou deux tout juste. On réhabilite l'égoïsme, le confort intellectuel et le conformisme à droite. On aimerait bien revenir au bon vieux temps où les moins favorisés n'avaient le droit que de la fermer : il suffisait de les envoyer faire la guerre pour les calmer et les unir. A gauche, on veut revenir vers la « vraie » vie, le « Care », et les petits z-oiseaux, à droite aussi, on veut de l'authentique, des « vrais » gens, et une société simple « comme avant ». Comme si avant, la société était si simple et si douce que cela. On fantasme en même temps sur une modernité qui serait le parangon du progrès, le dernier gadget à la mode serait un pas de plus en avant vers le nirvana social en oubliant que l'on se rajoute ainsi plusieurs boulets aux pieds.

    Chez les catholiques, c'est un peu la même chose, il faudrait absolument s'ajuster à ce que propose la société, ce qui faciliterait la paix sociale, et puis il faudrait aussi tout accepter de l'institution ecclésiale. Et si ce que propose l'un et l'autre est nul et ne mène à rien ? Comment fait-on ? Que doit-on faire ? Ainsi, aux Etats Unis, dans certains groupes français, on apprend que l'on se doit d'obéir à la hiérarchie, car le patron ou le chef de service serait un peu le représentant du divin sur terre car c'est le divin qui le voudrait. Bêtise entendue dans une communauté nouvelle, et qui se diffuse de plus en plus dans le reste de la société. C'est comme le communautarisme, personne ne veut plus vivre avec ceux qui sont par trop différents.

    Ce n'est d'ailleurs pas un retour aux HLPSDNH (aux heures les plus sombres de notre histoire (TM)) mais un symptôme de l'hyper-consumérisme, on ne veut fréquenter que ceux qui consomment pareil: bouffe, morale ou ersatz de morale, couple, et religion, bien édulcorée, on ne garde que le sociétal. Ce n'est pas que je sois un grand fan du « vivrensemble » et tout le blabla mièvre qui va avec. Mais simplement rappeler qu'être français c'est accepter de reconnaître un même territoire et les mêmes valeurs (ou à peu près), avoir des droits, et des devoirs. Et que ce n'est pas comme au supermarché.

    C'est comme ça, sinon, autant déclarer de suite la mort de cette belle idée qu'est encore un tout petit peu la France.

  • "On est pas bien ? Là, à la fraîche..."

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    Pour faire une sorte de pause avec un peu de classe, de dignité et d'humour glacé et sophistiqué au milieu de ce monde qui est un peu un purgatoire géant, morne et sans éclats, je met en ligne ce petit extrait. Et puis, ça emmerde les trous du cul pompeux de tout bord, soyons clairs, nets et précis, rien que pour ça ce n'est pas mal.

    Classique, gouailleur, drôle et tragique, nihiliste, cynique, plein d'amour et romantique tout en même temps, voilà qui n'incite pas à se plier docilement aux sottises dans l'air du temps. Le tout sur du djazze, ce qui est encore mieux.

    Il y a en qui citent Rabelais pour la verve et font un superbe cul de poule quand ils regardent ce film.

    Dédicacé à Bernard, Éric, Stéphane, François, Pascale mais pas queue (à tous les consuls, et aux dyonisiennes aussi...)

    Et à toutes celles et tous ceux qui ont du mal avec le bonheur et foutent tout en l'air par peur de le perdre.

    Et comme un souvenir pieux pour Frédéric Dard que je suis en train de relire...

  • Les victimes dont les chrétiens d'Occident se fichent

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    Monseigneur Luigi Padovese a été assassiné en Turquie.

    Le Pape a précisé que c'était pour des raisons qui n'étaient ni religieuses, ni politiques. Et pourtant, tout le monde s'en fout comme de la première guitare de Carla Bruni, excepté le rédacteur de cet article sur Causeur.

    A commencer par les chrétiens d'Occident eux-mêmes.

    20090511_Conseil_des_Archanges.jpgDans les paroisses, on peut parler de beaucoup de belles et grandes causes, toutes clinquantes, mais de ces assassinats tout comme de la situation des chrétiens au Proche Orient, non. C'est tabou. On se gargarise de grandes causes, de beaux discours, d'intentions bien plates. Ne parlons pas de la quasi-absence de solidarité concrète. A titre de comparaison, comparaison n'est pas raison mais c'est quand même très significatif, l'Oeuvre d'Orient a financé des projets à hauteur de 280 000 euros en 2008 dans tous les pays des Proche et Moyen Orient pendant que les saoudiens versaient 4 milliards de dollars aux pays « frères ».

    Dire « je prie pour toi » c'est très bien, mais ensuite que fait-on vraiment ? Il y a aussi les bons esprits hypocrites qui diront « je prie pour tout le monde quelle que soit l'origine et la religion », et ne feront pas grand-chose de plus.

    J'ai eu un jour cette réponse d'un bon apôtre que ma question gênait visiblement beaucoup.

    Excepté le Pape lui-même, qui en parle régulièrement, et l'Oeuvre d'Orient, qui fait de son mieux, c'est surtout une grande indifférence qui domine quand ce n'est pas pire. Alors que je participais aux forums d'été d'une communauté « nouvelle », avec un stand de l'Oeuvre d'Orient, un brave monsieur était venu me dire que « de tout'façons, c'est pas possible que ce soye de vrais chrétiens, c'est que des bougnoules comme les autres », sans parler de djeuns à la mise semblant pourtant de prime abord correcte venus ensuite cracher sur le tapis que nous avions disposé à l'entrée. Même sur place, en Terre dite Sainte, la plupart des pélerins ne voulaient pas assister aux messes des catholiques locaux, originels pourtant, tout comme beaucoup de croyants vivant sur place qui préféraient rester « entre soi ». Je n'y ai pas compté tous ceux qui ne faisaient pas l'effort d'apprendre la langue, ou d'assister au moins une fois à la messe grecque catholique, copte, syriaque, melchite ou arménienne, y compris pendant la semaine de l'Unité.

    Les chrétiens de Terre Sainte s'en vont, bientôt il n'y en aura plus, pourtant ils auraient été les médiateurs les mieux placés entre l'Islam et les occidentaux, et ils sont la mémoire vivante et incarnée de la foi chrétienne, celle-ci ne l'étant plus tellement, incarnée, sous nos cieux.

  • Marcel Aymé, les bêtes, les enfants, les innocents

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    « Le critique se montre beaucoup moins soucieux d'éclairer l'opinion que de paraître intelligent. »

    Citation d'une interview à un critique après la première des « Sorcières de Salem » d'Arthur Miller, écrivain communiste, qu'il avait traduit en français tout comme « Vu du pont », lui l'écrivain réputé infréquentable après la Libération.


    mod_article510702_1.jpgInvité en 1949 à l'Elysée pour effacer son indignité il répondra ceci à la Présidence de la République : « Si c'était à refaire, je les mettrais en garde contre l'extrême légèreté avec laquelle ils se jettent à la tête d'un mauvais français comme moi et pendant que j'y serais, une bonne fois, pour n'avoir plus à y revenir, pour ne plus me trouver dans le cas d'avoir à refuser d'aussi désirables faveurs, ce qui me cause nécessairement une grande peine, je les prierais qu'il voulussent bien, leur Légion d'honneur, se la carrer dans le train, comme aussi leurs plaisirs élyséens. »


    Je suis un cas à part, je suis un anar de droite, ou réputé tel, qui préfère Marcel Aymé à Céline, et bien sûr à Nabe, ce qui n'arrive pas souvent. Céline, Louis-Ferdinand a des fulgurances, des images magnifiques, mais sa détestation générale de l'humanité laisse un malaise qui a beaucoup de mal à se dissiper. Nabe a des côtés sympathiques mais il devrait parfois se relire, et c'est de toutes façons surtout la communauté de ses fans enamourés qui m'insupporte. Et pourtant, j'aime bien « le Voyage au bout de la nuit » et c'était un ami d'Aymé qui défendit aussi Brasillach à un moment dangereux. Je me souviens aussi de la réaction d'un monsieur d'âge mûr sage et raisonnable, pondéré, qui me dit qu'« Aymé » c'est « faible quand même ». Je lui demandais d'expliciter son point de vue, qui m'agaçait sérieusement. Il ne répondit pas vraiment sur le contenu mais me conseilla de lire des auteurs plus « engagés », plus concernés par le monde et les problèmes politiques actuels « comme le racisme et tout ». Ce brave homme avait l'écharpe rouge quasiment obligatoire autour du cou pour tout homme ayant de nos jours des prétentions intellectuelles et des opinions d'homme de gôche. Ainsi que le disait fort justement Kléber Haedens, critique littéraire également infréquentable aux yeux des bonnes âmes dont ce type était certainement, c'est très vulgaire de clamer sur tous les toits que l'on est pour la liberté, la justice et la paix dans le monde en montrant sa bobine partout puisque cela va de soi pour tout homme un peu honnête. Kléber trouverait notre époque extrêmement vulgaire. Lui aussi préférait le merveilleux des romans ou contes de Marcel Aymé aux divagations nombrilisto-centrées des gendelettres modernes. Ils appellent ça de l'auto-fiction alors que c'est juste les restes du Nouveau Roman vulgarisés.


    Aymé n'était pas vraiment un engagé car s'engager c'est faire un choix mais cela ne l'empêchait pas d'écrire dans « Silhouette du scandale » : « L'injustice sociale est une évidence si familière, elle est d'une constitution si robuste, qu'elle paraît facilement naturelle à ceux mêmes qui en sont victimes ». On notera aussi que l'homélie en chaire du curé de Claquebue dans « La Jument verte » pourrait être encore le discours des libéraux actuels, des petits enfants raisonnables de notre époque grisâtre.


    Marcel Aymé n'était pas très bavard dans la vie, c'était un taiseux. Disait-il deux mots que l'assistance émue se taisait de saisissement quand il était chez Gen-Paul à boire du picrate de Montmartre et du vin d'Arbois, et écouter le peintre massacrer telle ou telle scie à la mode à la trompinette. Pendant les alertes, quand il habitait rue de Norvins, sous les bombes, il ne s'affolait pas plus, ne disait pas grand chose, il se contentait de regarder les gens et de sourire un peu dans le vide, engoncé dans une robe de chambre moletonnée rosâtre. Il avait souffert de la grippe espagnole et une paralysie partielle du visage lui en était restée, à moins que ce ne soit un habile subterfuge pour éviter de répondre aux cuistres. Il réservait sa verve, son amour des autres, sans illusions, à ses personnages, surtout aux enfants, aux innocents, même si ce sont des géants assassins aux mains comme des battoirs comme Dermuche. Dermuche est un simplet qui a massacré trois rentiers pour leur voler un plat à musique. La veille de Noèl, le jour de son exécution, on le retrouve dans sa cellule redevenu nourrisson. Après quelques hésitations, les autorités décident de l'exécuter malgré tout. On apprend alors que les trois rentiers sont ressuscités. Rendant son innocence à l'assassin, la main de Dieu lui avait également remis ses péchés.


    C'est quand il parle d'enfance qu'il est le plus intéressant, le plus profond, tout comme ses histoires de paysans qui ne s'étonnent jamais de voir une ancienne déesse païenne se balader dans leurs champs accompagnée de serpents, ou d'entendre les animaux parler et discuter avec deux petites filles comme dans « Les contes du chat perché » : « Les petites étaient ennuyées de savoir que le loup avait froid et qu'il avait mal à une patte. La plus blonde murmura quelque chose à l'oreille de sa soeur, en clignant de l'oeil du côté du loup, pour lui faire entendre qu'elle était de son côté, avec lui. Delphine demeura pensive, car elle ne décidait rien à la légère.

    - Il a l'air doux comme ça, dit-elle, mais je ne m'y fie pas. Rappelle-toi Le Loup et l'Agneau... L'agneau ne lui avait pourtant rien fait.

    Et comme le loup protestait de ses bonnes intentions, elle lui jeta par le nez :

    - Et l'agneau, alors ?... Oui, l'agneau que vous avez mangé ?

    Le loup n'en fut pas démonté.

    - L'agneau que j'ai mangé, dit-il. Lequel ?.. »


    Car « la nature ne se perd pas. Ce qui se défait d'un côté se refait d'un autre. » comme il l'écrit dans « La Vouivre » excessivement mal adaptée au cinéma par Georges Wilson.


    Il s'était essayé au début de sa carrière au réalisme social mais ce n'était pas très bon. C'est « La rue sans nom »Étroite, coincée entre deux rangées d'immeubles lépreux, c'est la rue des miséreux. Un homme, Finocle, l'arpente fiévreusement au début de l'histoire : il recherche Méhoul, un ancien complice de ses méfaits. Celui-ci habite la rue, dans un sordide deux pièces-cuisine, avec sa femme, belle autrefois, et Manu, son voyou de fils. Aujourd'hui, Méhoul est rangé des voitures, pauvre mais honnête. L'apparition de Finocle suscite en lui le rejet total de son passé crapuleux. Mais son complice menace : s'il refuse de l'héberger avec sa fille il le dénonce à la police.


    Son théâtre est excellent également, sauf à la fin où ses pièces sont juste des illustrations de discours politique, comme dans les « Maxibulles », après « Clérambard » ou « la Tête des autres ». Il n'y atteint pas quand même le génie théâtral de Ionesco. J'aime bien cependant au moins cette réplique de « Clérambard », pièce dans laquelle une brute est séduite par les fioretti de Saint François d'Assise : « Le monde souffre de ne pas avoir assez de mendiants pour rappeler aux hommes la douceur d'un geste fraternel ». Malgré la ruine, le vicomte de Clérambard s'impose en tyran sur gens, en particulier sur sa famille, et sur les animaux. Au début de la pièce, il vient de tuer le chien du curé. Au village, nombreux sont les gens qui voudraient lui donner une correction, mais personne n'est assez courageux pour aller jusqu'au bout. C'est alors le gardien du château du vicomte, Gustalin, organise un simulacre et se déguise en saint François.

    180px-Marcel_Aym%C3%A9.JPGQuand il fait dire le fameux « Salauds de pauvres » à Grandgil dans « Traversée de Paris », dans laquelle Martin qui est le Bérenger d'Aymé transbahute du cochon à travers tout Paris pour un commerçant véreux, ce n'est pas par détestation des pauvres mais à cause du mal ordinaire, de la bêtise quotidienne de ceux qui se laissent aller un peu trop souvent aux facilités que leurs dictent leur instinct grégaire. Il y a d'autres répliques saignantes dans « la Traversée de Paris », le film (on trouve la nouvelle dans le recueil « le Vin de Paris »), dont ceux-là, après qu'un couple de cafetiers bredouillent face aux éructations de Grandgil :

    « - Grandgil : Suffit, j'en sais déjà trop. Non mais regarde-moi le mignon, là, avec sa face d'alcoolique et sa viande grise avec du mou partout, du mou, du mou, rien qu'du mou ! Mais tu vas pas changer d'gueule un jour, toi, non ?! Et l'autre, là, la rombière, la gueule engélatinée saindoux. trois mentons, les nichons qui déballent sur la brioche. 50 ans chacun, 100 ans pour le lot, 100 ans de conneries !

    - Martin : Mais où est-ce qu'il va chercher tout ça...

    - Grandgil : Mais qu'est-ce que vous êtes venus foutre sur terre ? Nom de Dieu, vous n'avez pas honte d'exister ? Hein ? ».


    On oublie souvent le conte de « l'huissier » dans le recueil « Le Passe-Murailles ». À sa mort, Maître Malicorne, impitoyable huissier, n’est pas accepté au Paradis à cause de ses mauvaises actions envers les pauvres. Pour lui donner une nouvelle chance d’accomplir de bonnes actions, Dieu le renvoie sur Terre. Mais le personnage n'a rien compris et note toutes ses bonnes actions dans de grands cahiers, sauf une, la seule qui lui permettra de rentrer en gràce. Ce mot rappelle bien sûr la nouvelle éponyme : Un brave homme, pieux et aimé de tous, respecté pour son calme et ses vertus, se retrouve affublé d’une auréole phosphorescente. Son épouse, bonne chrétienne mais pas trop, car elle anxieuse des ragots des voisins, estime quant à elle « qu’il vaut mieux être bien vu de sa concierge que de son créateur », elle l'encourage à s'en débarasser en commettant successivement chacun des sept péchés capitaux. Non seulement il n’y parvient pas, mais se complait tellement à pécher qu’il finit par devenir proxénète sur les trottoirs de Montmartre. Enfin j'ai une tendresse particulière pour « les Bottes de Sept Lieues » : Dans la vitrine d'un brocanteur excentrique de la rue Drevet, un bric-à-brac somptueux éblouit les écoliers qui passent devant quotidiennement : le porte-savon de Marat voisine avec le stylographe du traité de Campo-Formio, le moulin à café de la Du Barry avec les charentaises de Berthe aux grands pieds. Au milieu de cet assemblage hétéroclite, les bottes de sept lieues... Qui en deviendra l'heureux propriétaire ? Antoine, l'enfant pauvre, n'ose même pas rêver les porter un jour, et pourtant, le marchand un peu fou les vendra pour un prix modique à sa mère après s'être mis en colère contre un héron empaillé avec qui il a l'habitude de jouer aux échecs.


    Amaury Watremez


    On trouve les « Nouvelles Complètes » en quarto chez Gallimard

  • Le point de vue de l'Église sur Gaza

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    Au lieu de ne voir en Israél qu'un gigantesque porte-avions anti-arabes, et tant pis pour les dommages "collatéraux" en Israél, l'Église par la voix des commissions "Jusitce et Paix" propose un tout autre point de vue. j'ai trouvé le texte ici.

    Aux excités autistes qui semblent appeler l'affrontement de leurs voeux tout en faisant mine de le déplorer du bout des lèvres, je pose une question, voulez-vous vraiment la Guerre, la Troisième ? Ou voulez-vous l'éviter ?

    Il serait temps également que les catholiques français commencent à se soucier RÉELLEMENT des chrétiens d'Orient.

    church.gifCATHOLIQUES FRANCAIS ET DRAME ISRAEL-PALESTINE

    " Justice et Paix-France, la Mission de France, Pax Christi-France, Chrétiens de la Méditerranée, le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement et le Secours Catholique condamnent fermement l'assaut mené par les troupes israéliennes contre la flotille qui tentait de rallier Gaza lundi 31 mai.
    Dans un communiqué diffusé par la Conférence des évêques de France (Cef), ces organisations expriment « leur profonde indignation et leur vive inquiétude » envers les « nombreuses victimes qui sont à déplorer » et leurs familles.
    La déclaration est signée par les présidents des différentes organisations : Mgr Michel Dubost (président de Justice et Paix-France) ; Mgr Yves Patenôtre (évêque de la Mission de France) ; Mgr Marc Stenger (président de Pax Christi-France) ; J-Claude Petit (président de Chrétiens de la Méditerranée) ; François Soulage (président du Secours Catholique) et Guy Aurenche (président du Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement).
    « L'armée israélienne, l'une des plus entraînées au monde, avait les moyens d'intervenir sans faire de victimes comme elle l'a déjà fait ces derniers mois avec cinq autres bateaux », soulignent-ils. « En agissant dans les eaux internationales et en ouvrant le feu sur ce convoi humanitaire, elle bafoue les principes élémentaires du droit international et du droit humanitaire ».
    Ils estiment que par cette opération, « le gouvernement israélien prend le risque d'embraser un peu plus la région et de bloquer toute chance, déjà fragile, de reprise des négociations de paix ; de tels actes ne faisant qu'augmenter la haine ».
    Les 6 organisations signataires « appellent à la levée immédiate du blocus de Gaza qui enferme depuis trois ans une population d'un million et demi d'habitants dans une prison à ciel ouvert et la condamne à la misère et au désespoir ». « Le besoin de sécurité du peuple israélien est légitime. Mais il est impossible de penser pouvoir régler un problème politique et assurer une sécurité en prenant en otage tout un peuple », affirment-elles.
    Ces organisations appellent également les responsables de la communauté internationale, et notamment le président Sarkozy, les représentants de l'Union européenne et le président Obama, à agir fermement pour amener les protagonistes du conflit autour de la table des négociations. Et trouver enfin une solution politique durable qui permette aux peuples israéliens et palestiniens de vivre en paix et en sécurité."

  • Retourner à L'école avec le Grand Meaulnes

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    A l'école du Grand Meaulnes


    « Peut-être quand nous mourrons, peut-être la mort seule nous donnera la clé et la suite et la fin de cette aventure manquée. »


    « Un homme qui a fait une fois un bond dans le Paradis, comment pourrait-il s'accommoder ensuite de la vie de tout le monde ? »


    le_grand_meaulnes_2.jpgLes deux citations sont dans « le Grand Meaulnes »


    Je vais encore parler du « Grand Meaulnes », ce livre qui m'a tellement marqué dans mon adolescence et encore maintenant. Un esprit chagrin, dans une cassette éditée à l'édification des brebis perdus comme moi, a prétendu un jour que les écrivains, les réalisateurs de films, les créateurs en général étaient des narcissiques chroniques et immatures souffrant du complexe de Peter Pan, des nostalgiques de l'enfance, loin des préjugés des adultes, de leur esprit de compétition, de normalisation. Bien sûr, comme d'autres avant lui, il croyait bon de rajouter qu'il n'y avait que peu de livres réellement utiles (comme si un livre devait avoir une utilité quelconque), seulement la Bible disait-il l'air exalté, et ses livres à lui dont il était l'auteur, bien sûr. Comme d'autres avant lui, il était victime de l'esprit de sérieux qui fait des ravages comme tout le monde le sait et que « la gravité est le bonheur des imbéciles » qui croient gagner le respect d'autrui en énonçant d'un air sage et posé quelques sottises bien senties. Précisons que cet homme si vertueux a été condamnée quelques années plus tard pour abus de biens sociaux avec l'argent de ses « disciples » qui ne lui en tiennent pas rigueur. Le bougre n'a pas entièrement tort, les écrivains, les créateurs en général, ont une grande nostalgie de leur enfance, de la perte des illusions.


    Un jeune garçon voit débarquer un jour dans sa vie de petit écolier rural paisible et studieux, dans une minuscule école unique d'un village du Berry, un autre garçon, plus âgé, brillant et mystérieux qui semble cacher des secrets étranges et merveilleux, Augustin Meaulnes. Un soir, observant son nouveau camarade en cachette, il verra que celui-ci cache sous sa blouse un gilet rouge de dandy ou de personnage fantastique ? Aux lecteurs qui aurait l'esprit mal tourné, je précise de suite que l'on ne se trouve pas dans un roman de Montherlant tout en amitiés particulières comme dans « la ville dont le prince est un enfant », quoique lui aussi écrive très bien.


    Le jeune garçon, François, découvre progressivement que Meaulnes n'a pas du tout les mêmes aspirations que ses camarades de classe, qu'il ne veut pas être comme les autres et que le savoir lui apporte plus que des connaissances que l'on engrange comme on rentre du foin ou comme on gave les oies. Les cancres, les ignares y sont ridicules, ces lourds écoliers aux visages enfantins derrière lesquels on distingue déjà ce qu'ils seront à l'âge adulte qui ne veulent surtout pas apprendre à réfléchir ou découvrir ce qui les entoure, et encore moins explorer les univers que leur ouvre la littérature.

    Les livres c'est du verbiage sans intérêt diront les cuistres, c'est assomant comme de la pluie un dimanche après-midi dans une ville de province.


    L'école de Meaulnes n'est pas une école de rêve, même si elle en a l'air maintenant. En effet, de nos jours, la culture n'est plus une valeur, ou un idéal, le savoir non plus, la culture dans son ensemble, de plus en plus réservée de toutes manières à quelques privilégiés qui favorisent de toutes façons le plus souvent l'épate-bourgeois. Meaulnes serait complètement perdu dans ce monde, tout comme François ou Yvonne de Galais tous en quête d'un peu plus de beauté dans ce monde si laid peuplé par une humanité si souvent pitoyable. Tout comme leur créateur, Alain-Fournier, fauché au début de la Première Guerre Mondiale. On peut imaginer qu'il ait lui aussi rejoint le château mystérieux au coeur de la forêt et participer aux fêtes magiques, un brin étranges, qui s'y déroulent. Les amateurs de psychanalyse diraient que la forêt c'est la vie selon Alain-Fournier ; terrifiante et magique (« Au passage les branches de groseillers sauvages nous agrippaient par la manche. »), le château son idée de l'amour, d'une beauté sans pareil mais infranchissable.


    Alain%20Fournier%205.jpgOn trouve dans le Cher la Forêt des Mille Poètes, une forêt de mille-deux-cent chênes plantée en 1994. Tous les cent arbres, une stèle triangulaire en marbre rend hommage à un poète disparu (Max Jacob, Alain-Fournier, entre autres). Je n'aime pas beaucoup ce genre de commémorations, ce n'est pas comme ça que leur oeuvre continuera à vivre, mais plutôt en lisant et en faisant lire leurs livres. Je ne suis pas certain qu'Alain-Fournier ait apprécié ce genre d'enterrement de première classe en grande pompe, lui qui était cet insatisfait qui voyait bien que le réel des grandes personnes est une illusion, qui ne savait pas être heureux comme il l'avoue à Jacques Rivière un jour : « Le bonheur est une chose terrible à supporter. Surtout lorsque ce bonheur n'est pas celui pourquoi on avait arrangé toute sa vie ». Très jeune, j'ai été saisi dans cette forêt dans laquelle Alain-Fournier est mort quelque part, on ne sait où, saisi par la brume, la vue des arbres tordus, noués comme par la douleur dûe à la bêtise humaine, à la haine, la lumière tellement particulière, le tout rappelant également les romans et contes de George Sand, surtout « la mare au diable ».

    Amaury Watremez

    On trouve "le Grand Meaulnes" en Livre de poche

  • "Un peu de douceur" "She said"

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    Je suis en train d'avoir une discussion musclée sur Causeur à propos de la "flottille dite de la paix", ici certains me voient comme un sioniste, là-bas je suis presque du Hamas. Tant mieux, c'est que je dois être dans le vrai...

    En attendant, un peu de douceur ne fait pas de mal...

    Je viens de découvrir ce petit bijou à mon goût.

  • L'araisonnage par les israéliens d'une « Flotille (dite) de la paix »

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    Malgré mon envie de m'enflammer en écoutant divers journaux radios et télévisés, j'ai voulu rester très prudent face à l'araisonnage par les israéliens d'une « Flottille (dite) de la paix ».

    Je précise quand même que j'ai vécu là-bas, en Palestine et en Israèl, que ce ne sont pas que des mots ou des concepts dont je parle mais surtout des personnes que je connais, que j'aime, et dont je me suis retrouvé aussi proche que des amis de longue date. Je n'ai pas envie de sombrer dans la haine des uns, ou des autres.

    Il y a déjà ces propos de pacifistes pro-palestiniens, du moins c'est ce qu'ils affirment qui se passent de commentaires (trouvés ici et rapportés par des témoins, et filmés, il faut regarder les vidéos) :

    "Les cris de guerre des "pacifistes" palestiniens sur le bateau, la veille de leur arrivée. Ils hurlent un chant de guerre célèbre : "souvenez vous de Khaibar, vous les juifs, l'armée de Mahomet revient" (Khaibar est le dernier village ou les juifs ont été massacrés, en 628, et qui marqua la fin de la présence juive en Arabie. Vers la fin de la vidéo, une femme reprend, étrangement pour une pacifiste, les thèses des bombes humaines qui se livrent à des attaques suicides : nous gagnerons dans les deux cas : ou nous serons des martyrs, ou nous accosterons à Gaza".

    Pour être encore plus clair, si je trouve les propos ci-dessous odieux, je trouve ceux-là, de Guy Millières, encore pires. Cela ne m'étonne qu'à moitié qu'ils soutiennent les néo-cons.

    armara.jpgD'un côté on ne peut que déplorer les morts dûs à l'intervention brutale, le genre que l'on tolère étrangement de ce pays mais qui serait immédiatement condamnée ailleurs. Comme à chaque fois, c'est une réponse extrêmement disproportionnée face à des gens qui n'étaient pas armés et qui se sont défendus avec ce qu'ils ont trouvé à bord de leurs bateaux, pour les uns, et des couteaux, pour les fondamentalistes. Et que l'on arrête de prétendre que des types armés de haches d'incendie ou même de couteaux sont plus dangereux que des soldats armés de M16.

    Et bien sûr cela entraîne la condamnation ou pseudo-condamnation quasi unanime d'Israèl qui s'isole malheureusement encore un peu plus au Proche-Orient, le rappel de l'ambassadeur turc étant un événement très grave. Et le rêve d'Edward Saïd d'une fédération israélo-palestinienne semble bien compromis.

    Je ne suis pas sûr du tout qu'Israèl soit en quoi que ce soit affecté par les condamnations. Le sentiment d'être une nation perpétuellement en danger, seule face au monde entier, renforce la cohésion nationale dont Israèl a besoin, mise à mal en temps de paix, et aussi l'autisme de certaines factions israéliennes, majoritaires, qui diront que « les chiens aboient et la caravane passe ». L'excellent dossier du site de RTL montre cependant qu'en Israél aussi le ton monte contre ce fiasco.

    De l'autre, si la flottille hétéroclite est effectivement constituée de pacifistes réels, et sincères, dont plusieurs israéliens. On y trouve beaucoup de soutiens du Hamas (Hamas également favorisé par les israèliens dans les négociations de paix aux dépens du Fatah afin de contrecarrer Arafat) et des islamistes radicaux pour qui le port du niquab est un acte de liberté. Ils ont de plus refusé de prendre un colis pour Gilad Shahit, ce que je trouve d'une bêtise crasse, voilà pourtant un geste qui aurait été réellement significatif. Je ne comprend pas une seconde en plus que des personnes se prétendant de paix s'associent à des fanatiques pour qui « Dieu est avec eux ». La terre de Palestine était pourtant une terre où le fameux « vivrensemble » était pratiqué pour de bon, tout comme au Liban un temps trop bref, mais cela les extrèmistes n'en veulent pas, ne supportent pas, les sionistes voulant envoyer tous les palestiniens en Jordanie ou en Égypte, le Hamas voulant « re-conquérir » tout Israèl, deux points de vue aussi crétins l'un que l'autre tout comme la judéophobie est tout aussi nuisible que la palestinophobie (par exemple : une "mode" du Net que je trouve d'une connerie abyssale et d'un grand mépris consiste en ce moment à parler de "palos" et de "pro-palos") .