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  • Le pauvre curé d'Ambricourt

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    A propos du « Journal d'un curé de campagne » de Georges Bernanos

    1663__journal_d_un_cure_de_campagne__4.jpg«La masse des catholiques que nous voyons à la messe chaque dimanche ne désire, au fond, savoir de la religion que ce qui peut les confirmer dans la bonne opinion qu'ils ont d'eux-mêmes

    [ Georges Bernanos ] - Le chemin de la Croix-des-âmes

    «Il est plus facile que l'on croit de se haïr. La grâce est de s'oublier

    «L’enfer, c’est de ne plus aimer

    [ Georges Bernanos ] - Journal d'un curé de campagne

    Je me rappelle souvent du pauvre curé de campagne de Bernanos, ce pauvre curé d'Ambricourt, cet homme souffrant, marqué par un cancer à l'estomac, conséquence de l'alcoolisme de ses parents, qui est tout sauf un vainqueur, un saint de vitrail, cet innocent qui ne comprend pas que les croyants ne pratiquent pas la charité et l'amour de leur prochain sans conditions car pour lui l'Amour divin est éclatant et ne fait pas de doutes. Comme il le dit dans son journal : « N'était la vigilante pitié de Dieu, il me semble qu'à la première conscience qu'il aurait de lui-même l'homme retomberait en poussière ». Le rejet de Dieu qu'il perçoit chez ses paroissiens le désespère, il s'en estime aussi coupable, n'étant pas assez fort : « Ma paroisse est une paroisse comme les autres. Toutes les paroisses se ressemblent. Les paroisses d'aujourd'hui naturellement ».

    Et pourtant il ne se hait pas, ne rejette pas son apparente misère aux yeux du monde et finit par s'oublier tellement pour l'amour de Dieu, et des hommes, qu'il reçoit la gràce infinie de se donner jusqu'à en mourir très pauvrement à Lille avec les malheureux.

    Il n'a que deux ou trois personnes qui assistent à sa messe, on médit de lui, on lui prête toutes sortes de tares ainsi que le fait généralement le "vulgum pecus" avec ceux qu'il ne craint pas ou qui se conduisent charitablement avec lui. « A sa place, ils iraient aussi chez le marchand de vins, car un ventre de misérable a plus besoin d'illusion que de pain », car le curé est pour eux un misérable qu'ils méprisent. Les paysans de Bernanos ne sont pas ceux de René Bazin (ou des néo-écologistes), des âmes rudes mais généreuses pour lesquelles "la terre ne ment pas", des personnes si authentiques que le citadin confus ne peut que s'incliner car il vit en ville, repaire de tous les vices.

    Le pauvre curé croise un révolté contre Dieu, qui ne comprend pas que rien n'ait changé en deux-mille ans de christianisme, un de ses confrères qui s'ajuste au monde, accepte des compromissions de confort avec le monde, le curé de Torcy, et plusieurs Homais de facture médiocre et une dame de bonne famille qui le soutient comme elle peut. Rien n'y fait car l'"Autre" comme l'appelle Bernanos est là, pas très loin, prêt à bondir, tournant et retournant comme un fauve dans sa cage.

    Son pauvre curé de campagne n'est pas très éloigné du curé d'Ars qui n'était pas non plus un triomphateur. Il trouvait sa charge tellement lourde qu'il en vint à prendre la fuite. Et la première chose qu'il disait aux personnes venant se réconcilier avec Dieu par son intercession était : « Je suis un ignorant, j'ai gardé les moutons, mais entrez là et je saurais vous écouter ». Là non plus, il ne se posait pas en vainqueur, en guerrier au service de ce qui ne serait alors qu'une idéologie. Tout comme Thérèse de Lisieux qui une fois rentrée au Carmel ne mit plus les pieds dehors, elle-même, malgré des moments de désert, voyait l'amour divin dans les tâches les plus triviales. Elle est pourtant invoquée par les missionnaires et est devenue docteur de l'Église alors que tout ce qu'elle a écrit n'est pas un traité de théologie mais des méditations sur sa vie.

    Et le curé de Bernanos est très proche également de la petite Bernadette qui se voyait comme « le balai de joncque l'on range derrière la porte de la cuisine ». Comme l'écrit le curé, de toutes manières «Si notre Dieu était celui des philosophes et des savants, même s'il se réfugiait au plus haut des cieux, notre misère l'en précipiterait

    Le mal se cache encore mieux peut-être sous l'apparente sérénité des paysages ruraux.

    Je pense aussi que les catholiques, moi y compris, aiment bien, à de rares exceptions, les prêtres triomphants, qui ont le verbe exalté et savent rassembler, ces prêtres réputés si dynamiques qui affolent les sens des vieilles filles et des dames de la bonne société pendant leurs sermons enflammés, à l'allure semble-t-il alors de modernes croisés.

    Souvent à la pointe du progrès et des communications, sur leurs sites, il arrive souvent que l'on y cherche vainement une croix ou un signe rappelant leur vocation religieuse. Ils favorisent tout le reste mais ils oublient aussi que le meilleur apostolat se fait lors de la rencontre de la personne. Ils galvanisent les foules lors des grands rassemblements, dans des élans collectifs qui ne sont pas toujours d'amour, ni de haine il est vrai. Ils plaisent énormément aux jeunes qui apprécient plus encore que les adultes les grandes manifestations grégaires.

    Mais arrive toujours le moment où ces prêtres oublient de s'effacer car ce sont aussi de pauvres êtres humains faibles et pitoyables, et prennent le risque de devenir des gourous en somme, oubliant qu'ils ne sont que des médiateurs entre Dieu et les hommes, et ce que leur sensibilité soit de telle ou telle côté, charismatique, traditionnelle ou progressiste.

    Ils plaisent aux jeunes car ils semblent les aider à oublier le mal-être engendré par la puberté et la difficulté énorme actuellement de s'affirmer chrétien et de vivre selon ce que l'on croit. Emportés par leur enthousiasme, ils en viennent à suggérer ce qui est pour eux une élévation spirituelle mais qui n'est en fait qu'une sur-affectivité grégaire, une transe de groupe. Ils oublient que le Christ s'est incarné, hormis le péché et que cela a bien une raison.

    Et ils sont de plus en plus dans une logique de groupe ultra-minoritaire.

    Leur rapport aux laïcs reste finalement un rapport de force et d'autorité, et non de charité.

    Tout le monde a besoin de signes forts, on peut certes le comprendre, mais il me semble que la spiritualité et la foi y perdent. La liturgie des ces prêtres vainqueurs, triomphateurs, participe de la même logique. C'est une sensiblerie sans sensibilité, de grands mots exaltés sans fondements réels. Et pourtant «Il n'y a pas de vérités moyennes

    Les chants sont là pour inciter à la transe collective et les intentions de prières à la bonne conscience. On demande au croyant de s'ajuster aux autres, d'être docile, mais comment peut-on être docile à tant de sensiblerie ? J'ai pour ma part beaucoup de mal à le comprendre. Critiquer, simplement exposer les faits, et on passe pour "l'anti-tout" de service, la contradiction étant excessivement mal perçue, encore un peu plus chaque jour en notre pourtant si lumineux et globalisant XXIème siècle.


    Amaury Watremez


    « Journal d'un curé de campagne » de George Bernanos est en "pocket"


    ci-dessous un passage du film de 1951 de Robert Bresson

  • Démasqué !...

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    Merdalors, j'ai été démasqué il y a peu, il paraît qu'en fait je ne suis pas si misanthrope que ça, que j'espère toujours que les personnes que je rencontre se laissent aller à choisir autre chose dr_house_s5_46.jpgque la facilité : juger sur un louque, condamner sans porte de sortie miséricordieuse, il paraît aussi que je ne méprise pas les autres mais seulement cette propension justement à la pente glissante de la médiocrité, sur laquelle je glisse autant que mon prochain.

    Comme m'a dit quelqu'un ; « je ne méprise pas le pècheur, seulement le péché ».

    Et puis si je peux sembler caustique avec les autres, je le suis également avec moi.

    Un autre, qui m'a appelé monsieur le moraliste, avait tout à fait raison, j'en suis un, mais à la manière de Marcel Aymé, qui sait bien que la nature humaine toute seule est pitoyable, toujours ou à peu près, à quelques exceptions, excepté les gosses, et encore, une cour de récréation est un endroit souvent cruel, les innocents et les vieux lunaires, comme l'antiquaire des Bottes de Sept lieux, un des contes de Marcel Aymé que je préfère par sa justesse, son humour, et sa fantaisie, même si celle-ci est teintée de mélancolie. A savoir, les gosses miment les préjugés de leurs parents ou de leurs copains, et finissent par les adopter comme vérités intangibles. Rarement, mais ça arrive, les gosses réfléchissent ou pensent qu'il y a d'autres idéaux, d'autres aspirations dans la vie que possèder un pavillon, un camping-car, une télé coins carrés et j'en passe et des meilleurs dans le catalogue de Carrefourama.

    J'apprécie également la vogue des personnages cérébraux, cyniques, misanthropes et un brin réacs que l'on trouve en ce moment dans les feuilletons américains, Greg House, bien sûr, dont on prétend que je suis le double, hormis la canne (ce qui me fait rire, car j'adore être sacarstique, j'avoue sans aucune honte), Cal Lightman, de "Lie to me" et Patrick Jane, "The mentalist". J'en remercie les créateurs car c'est une sorte de psy télévisuelle gratuite pour moi, me retrouvant dans nombre des situations décrites dans ces shows, à commencer par le sens de la dérision pour se protéger car, certes c'est un cliché, mais c'est vrai, les types caustiques sont vulnérables. serie-Lie-to-me.jpgComme eux je déteste la fausseté, le comportement ostentatoire pour la frime, la comédie sociale pour s'intégrer tout en se reniant ou en oubliant qui ils sont. Dans "Lie to me", un des personnages explique très bien au héros qu'en plus les gens détestent être transparents, même pour ceux qu'ils aiment, qu'ils veulent préserver une part de leur personnalité pour eux seuls, et qu'ils n'aiment pas être pris pour ce qu'ils sont. Pour moi c'est cependant un avantage. Bien sûr, cela crée une difficulté, il est quasiment impossible ensuite de respecter quelque forme d'autorité d'où qu'elle vienne. C'est une discipline que je m'impose non sans mal, mais pas toujours, il est bon d'ouvrir les vannes de temps à autres.

    En fait je crois que je ressemble vraiment à House, je ne porte pas de chemise à jabots comme The mentalist, House attend lui aussi le miracle, qui ne semble ne devoir jamais venir (enfin je dis ça pour ceux qui n'ont pas vu la sixime saison car il arrive). Et je retrouve beaucoup dans Cal Lightman.

    J'aimerais me tromper sur la fille qui joue les affranchies alors qu'elle rêve de maternité, et s'égare entre deux, ou l'inverse, sur les gens qui singent la tolérance, et sont dogmatiques, sur ceux qui jouent l'apitoiement et se foutent complètement du sort des plus démunis..etc

    Et comme Lightman et House, je ne cache pas grand-chose de ma blessure intérieure...

    ci-dessous, Daria, une ancêtre de House et de ses clones...

  • Leu franssé kisparle plus...

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    Passion de la langue française – recueil de textes présentés par Gérard de Cortanze

    chez Desclée de Brouwer

    Je remercie Steevy, le célèbre chroniqueur culturel de Laurent Ruquier, qui m'a inspiré le titre de cette note.

    bb1.gifJe suis en train de lire cet excellent recueil de divers textes sur la défense de la littérature et de la langue française. Au départ, il y en a qui se diront que c'est un combat d'arrière-garde, un peu poussiéreux tellement la littérature et les lettres sont méprisées comme jamais auparavant elles ne l'ont été, attaques subies du fait d'une alliance contre-nature a priori (à mon avis, elle est tout à fait logique) entre les anciens de "soissantuite", maissi ce monôme petit-bourgeois, et les partisans du tout-économique, rappelez-vous les djeuns. Entre parenthèses, et en passant, même si je trouve soissantuite parfaitement ridicule quant à ses aspirations, ceux qui ont vécu cette période en avaient, au moins, des aspirations à autre chose, de plus grand et de plus beau que la contemplation obsessionnelle de leur nombril.

    C'est un combat ultra-minoritaire, la majorité trouvant que les classiques au Collège ou des dissertations en Seconde, c'est opressif et dictatorial pour les cervelles des élèves, c'est trop difficile à comprendre pour eux des écrits qui élèvent l'esprit ou amènent à des idéaux moins terre-à-terre qu'une vie bien égoïste en lotissements rurbains. L'individu devient finalement un spéculateur de ses capacités intellectuelles, qu'il se doit d'adapter aux besoins du marché de l'emploi, devant s'estimer quant à sa valeur marchande car il n'est plus qu'une machine comme une autre, un investissement, et ensuite se vendre au plus offrant, ce qui n'est pas immédiatement utile à cette spéculation, comme les livres justement, ou l'art en général, il s'en fiche complètement, ignorant que c'est justement toutes ces choses futiles à ses yeux, petites ou grandes qui font le ciment d'une communauté et qui vont du goût d'un vin à des phrases de Chateaubriand.

    L'anglais anglicise tout ou plutôt américanise tout selon la colonisation douce dont parle Dominique Noguez dans le livre, qui date son début de la signature du Traité de Versailles dont les négociations se firent en anglais et non en français, langue diplomatique traditionnelle. Pour se moquer de cette manie du franglais, quelques écrivains, je ne sais pas si c'est Marcel Aymé ou Céline qui ont commencé (suivis ensuite par Nimier ou Blondin, ou ADG), se sont amusés à franciser l'anglais, louque pour look, poulovère pour pull-over et ainsi de suite.

    Mais on ne comprend plus, l'anglais, comme l'a dit un ministre qui depuis fait une belle carrière dans les médias, Claude Allègre en 1997, « ne doit plus être une langue étrangère » : les pièces de théâtre du répertoire devraient être au minimum sous-titrées, au mieux jouées en anglais, les articles scientifiques et universitaires rédigés en anglais, les films itou. Il faut dire que notre société est profondément influencée par la société anglo-saxonne, les chtits n'enfants français roses et meugnons ayant de plus en plus tendance depuis quelques années à muer en de grosses patates de canapé obèses et cyberautistes vautrées devant la téloche, casquettes moches sur le crâne, et/ou qui ont le nez perpétuellement vissé sur leur téléphone celullaire dernier cri, à donner de l'audience aux pires conneries, comme "Dilemme", par exemple, la dernière absconserie téléréelle, animée par Faustine Bollaert, en se nourrissant de pizzas et de la djunk food la plus écoeurante mais qui sont tellement conviviales et tellement modernes comme le leur suggère la pub.

    A gauche en grande partie, mais aussi plus généralement d'ailleurs pour ceux qui regardent le monde à travers des lunettes roses, donc également à droite, ce qui est à la mode est d'affirmer que le langage évoluant sans cesse, jargon essèmesse, verlan, qui existe depuis plus longtemps que les cités dortoirs, il faudrait que quelqu'un le dise aux rappeurs qui imaginent que ça leur donne une allure d'affranchis alors que l'on songe plutôt à un autre mot commençant par "a", exétéra, que ces nouveaux barbarismes enrichissent le français dans une sorte de progrès constant vers le bonheur de l'humanité toute entière, soucieuse du « care » de son voisin, et surtout du sien, et qui pense enfin à sortir le chien et faire la vaisselle, tout genre de petites corvées qui suffit à détruire la misère selon les éléphants roses en 2010 (persuadés qu'ils sont que cela suffira à rendre l'hyper-libéralisme plus supportable).

    Dans la bien-pensance, pour ces raisons, on aime bien "l'Esquive" parce que Marivaux en verlan c'est tellement coule, et puis c'est plus facile à comprendre, tout comme on trouve tellement génial et émouvant de voir un prof de français acheter la paix civile en jouant les rebelles "Entre les murs". De temps en temps, heureusement, il y a des inconscients comme Cécile Ladjali qui osent encore parler d'exigence et de travail, les salauds, et même d'écriture, ce truc opressif selon les pédagogistes, voire même d'écriture collective, ô scandale, des adolescents qui se donnent du mal pour écrire une pièce de théâtre qui n'est même pas slamée. Ce mouvement de progrès donne d'excellents résultats, arrivera bientôt le moment où nos chères têtes blondes reviendront à la communication bien plus simple et moins poussiéreuse que l'écriture, ce vieux machin, les grognements, et de toutes façons, ils n'auront plus à le faire, n'ayant plus besoin de sortir de chez eux, excepté à la rigueur pour des rassemblements grégaires fèce-bouquiens qualifiés sans rire par les commentateurs divers et variés de rassemblements conviviaux (sont-ils spirituels...).

    francais_moyen.jpgLa bien-pensance aime bien aussi le slam, du rap sans l'obsession fessière, le sexe et celle du fric, ce qui le rend fréquentable et civiquement utile (pour du bon « care » pour la communauté). Le slam permet aussi au premier lascar venu d'imaginer qu'il a du talent et qu'il sait écrire, et de se faire un peu de thunes pour quelques vers de mirlitons. Et puis financer un atelier de slam c'est pas mal pour les finances publiques, dont on nous serine qu'il faut réduire les déficits pour stabiliser l'Euro,c'est quand même des économies intéressantes, ça évite de payer par exemple deux postes de professeurs de français au lieu d'un et ça donne bonne conscience dans le même mouvement. C'est pratique. Moi, j'ai du mal avec la vision à la fois misérabiliste et angélique de la banlieue que l'on trouve dans les textes de "Grand Corps Malade" par exemple. Pour parler d'une des idoles actuelles des MJC en dehors des champions de macramé.

    Le français, enfin la langue française veux-je dire, est mal barré, le bétail étant persuadé que c'est obsolète de bien s'exprimer et convaincu que les trois-cent trente chaînes qu'il a sur le câble ou le satellite compense son inculture crasse (cela ne l'empêche pas d'avoir des prétentions culturelles car il est sûr pour lui que lire deux ou trois articles sur Wikipédia suffit pour connaître un sujet).

  • Desproges et la psychanalyse

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    En complément aux discussions sur la polémique Roudinesco/Onfray, freudiens, pas freudiens, lacaniens, pas lacaniens, cette chronique de la haine ordinaire par Desproges.

  • Les soixante ans de Télérama

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    Desproges a déjà parlé des critiques cinéma de cette revue culturelle (voir par ici) à l'origine catholique, dominicaine même (j'aime bien les dominicains), mais maintenant faut pas le dire parce qu'ils ont peur de se faire traiter de réacs. Je pense qu'encore maintenant on pourrait très bien écrire le même texte sans y changer une virgule. Relisant ce texte, on s'aperçoit que Desproges ne respecte pas les fameux thèse, antithèse, foutaise, qu'il passe parfois du coq à l'âne, et que ça reste délectable. Mais il ne faut pas s'y tromper, pour lui que l'on soit un péteux écrivant ce genre de critique dans Télérama et un ignare assumé, fier de l'être, balançant plusieurs lieux communs, le plus souvent contre la culture en général, qu'il prend pour autant d'opinions acceptables, confondant d'ailleurs culture et prétentions, ça revient au même. Ce genre de réflexes anti-culturels se répand de plus en plus, les créateurs deviennent suspects, que ce soit à l'écrit, dans le domaine artistique, musical ou cinématographique. Étant donné que nous vivons dans une société de performance, la création n'y a pas sa place, elle ne sert à rien puisqu'apparement, elle fait perdre du temps, la littérature c'est ennuyeux, la musique classique nous les brise et j'en passe. Les esclaves sont de plus en plus fiers de l'être, ils veulent être considérés comme rentables, utiles au reste de la fourmilière, polis, révérents et tout. Dont ils respectent la hiérarchie sous une apparente liberté. Un écrivain, ancien membre d'une corporation pourtant éducative, le rappelle dans son livre, le fait qu'il écrivait devenait suspect, il avait le temps à ça.

    Ce n'était pas normal ma bonne dame.

    Le péteux, lui, est aussi un esclave, mais un esclave qui pense, je n'ai pas dit qui réfléchit. Il croit que le fait de parler d'un film abscons et emmerdant comme la pluie fait de lui un affranchi. Il est tout content si ce genre d'inepties a la Palme d'Or au Festival de Connes (il n'y a pas de co-q-uilles). Et encore plus content si le truc vient d'un pays exotique. Il ignore que les maîtres ne font que lui donner un peu de mou dans la laisse. Il croit qu'uriner sous sa douche fait de lui un type écologiquement responsable, qu'acheter des paquets de café équitables fait de lui un consommateur responsable et plus moral. Il se croit à la pointe de la pensée politique moderne parce qu'il dit que la terre ne ment pas et que c'est là qu'est la vraie France, que sa femme utilise des couches lavables pour leur progéniture, alors qu'il ne fait que remettre au goût du jour la Révolution Nationale de Vichy. Le péteux aime s'ennuyer comme un rat mort au festival de Connes, il croit que c'est ça réfléchir, et penser, s'ennuyer car il a toujours au fond de son esprit cette idée qui veut que c'est crevant de penser tout seul et qu'il vaut mieux se laisser aller à s'accrocher à quelques préjugés confortables.

    Pour l'anniversaire de Téléram, un grand album a été édité aux éditions des Arènes où chaque période est passée au crible, on y voit que des films maintenant réputés "cultes" selon la définition galvaudée que l'on en a maintenant étaient considérés avec mépris à l'époque, ainsi "les Ripoux" au sujet duquel Desproges parle : un film à la fois intelligent et populaire. C'est impardonnable. Un film intelligent est forcément à mourir d'ennui, il ne faut surtout qu'en plus il plaise au public. Le péteux a quelques classiques selon lui indispensables dans son escarcelle de lieux communs : "Citizen Kane", qu'il n'a pas vu, ou qui l'a fait suer ; il n'aime pas "la Dame de Shangaï" car c'est tiré d'un polar (il a tort le film est meilleur) ; il n'aime pas tellement "Barry Lyndon" de Kubrick (en plus ça parle de beauté, que le film exalte, du moins pour celle de la nature, des monuments et costumes d'avant la perte de la douceur de vivre, tout concept qu'il trouve élitiste et insupportable), il préfère "Lolita" (pour l'aura de scandale et ça lui permet de crâner en comparant avec le livre, qui l'a déçu, il y a aussi peu de scènes de cul que dans le métrage de Kubrick, car c'est ça qui l'intéresse a priori, de l'érotisme glauque et malsain. Ensuite, il développe sur l'influence pernicieuse du judéo-christianisme, et le danger du retour des HLPSDNH (les heures les plus sombres de notre histoire (TM)).

    On peut donc en conclure que la bêtise du plouc inculte et celle du péteux, souvent mécheux, s'annulent au bout du compte, tous les deux restant persuadés que la création doit avoir une utilité sociale, ou autre. Alors qu'elle n'en a aucune, raison pour laquelle elle est indispensable.

    Ci-dessous un petit hommage aux critiques de Télérama

  • Sarkozy comme Dieu en France

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    Cette semaine, le journal allemand « Bild Zeitung » publiait un article sur le train actuel de vie de l'Elysée, La Traduction :

    zeitun10.jpg"8 avions, 61 voitures de fonction, 1 000 employés.

    Toute la France est touchée par les mesures de récession. Toute la France ? Une personne ne joue pas le jeu : le Président Nicolas Sarkozy (54 ans)

    Le budget de la Présidence a toujours été tenu secret en France.

    Pour la première fois il est révélé sous Nicolas Sarkozy.

    - Dans les 300 mètres carrés de l'appartement de fonction des Sarkozy les fleurs doivent être fraîches en permanence : coût 280 000 euros par an.

    - Lorsque Nicolas Sarkozy voyage à titre privé, un avion gouvernemental vide l'accompagne en permanence, pour lui permettre de rentrer à Paris en cas d'urgence.

    - Il dispose de 61 voitures de fonction, 2 Airbus et 6 avions Falcon-Jet. Le dernier avion en date (60 millions d'euros) a été baptisé « Carla » du prénom de madame Sarkozy numéro 3.

    - Dépenses annuelles pour les boissons (Champagne, etc.) : 1 million d'euros.

    - Il a presque 1 000 employés à son service, deux fois plus que la Reine d'Angleterre.

    Parmi eux 44 chauffeurs et 87 cuisiniers.

    - Les cuisiniers-chefs peuvent se servir librement dans les caves à vin du Palais de l'Élysée, le repas de midi leur est servi par des laquais.

    - Carla et Nicolas peuvent commander de la nourriture ou des boissons 24 heures sur 24. La cuisine est en service en permanence.

    Indignation ? Protestations ? Pas du tout. En France il semble être une affaire d'honneur que le Chef de l'État incarne la "Gloire de la nation".

  • Bientôt Blade Runner ?

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    Un jour, j'ai entendu un sinistre crétin dire : « moi je ne lis pas de romans, je lis des livres sérieux ». J'ai repensé à lui en écoutant une nouvelle dicko.jpgétonnante l'autre jour aux informations : un scientifique vient selon les médias de créer une cellule vivante (en fait il s'agirait plutôt de reprogrammation). Cela permettrait de créer des structures mi-mécanisées, mi-organique. J'ai mis ça en parallèle avec les androïdes selon Philip K. Dick qui sont dans ses romans créés à partir de cellules vivantes et mélangés à une structure électronique comme les robots de plus en plus complexes construits en Asie.

    Philip K. Dick est réputé cinglé, drogué jusqu'aux yeux, pas crédible. Il écrit de la Science-Fiction délirante, ce n'est pas sérieux voyons. En plus, il ne cherchait pas à démontrer quelque chose mais à écrire, faire de la littérature.

    Le monde de 2010 ressemble pourtant de plus en plus à ses livres : domination du simulacre, société hyper-médiatique, chosification du corps qui devient une machine, disparition de l'intime, de la liberté, hyper-hygiénisme, surveillance de chaque instant de ceux qui sont sur la marge, et le tout avec l'assentiment des peuples, prédominance de l'individu perdu tout seul, coupé de tout et de tous. Il imagine même un imbécile qui amuse la galerie devenir président...

    Mais ça, ce n'est pas possible ? (Si ?)

    Ses romans commencent souvent par un cauchemar, une catastrophe, un cataclysme, qui ne s'arrêtent pas avec la fin mais continuent ensuite, parfois il advient même que ce soit arrivé avant le début de l'histoire. Dick ne fait en somme que transcrire d'autres réalités, où les androïdes sont plus humains que leurs créateurs, où il est normal de voyager de planète en planète, la question ne se pose pas. Il ne s'embarrasse pas de détails techniques incongrus qui de toutes façons finissent bien par vieillir un jour, certains de ses personnes sont précognitifs parce qu'ils le sont, sans autre justification. Chez Dick, un « squib » est une sorte de voiture volante mais on ne sait pas sur quel principe cela fonctionne, et l'on s'en fiche, car il se tromperait sûrement et il le sait, chez lui tout le monde a un « swibble », on ne sait pas ce que c'est exactement mais qu'importe, le lecteur finit par s'en faire une idée presque précise et tangible.

    Ce qui compte en fait, et cela l'auteur de cet article l'a parfaitement compris, toute fausse modestie mise à part, c'est sa manière de raconter, et l'anticipation y est à la fois psychologique et sociologique. Et juste le plus souvent, il est effarant de constater un peu plus chaque jour que nous vivons dans un livre de ce dingue de Phil Dick que d'aucuns limitent à sa grande consommation d'amphétamines dans les années 60, drogue qu'il prenait pour écrire le plus possible et entretenir souvent chaotique ment d'ailleurs sa famille et non pour les trips. Et contrairement à la légende, il n'a pris du LSD qu'une fois. Il lui avait semblé que le quart d'heure de « trip » qui s'ensuivit avait duré plutôt quelques siècles de souffrance exacerbant un peu plus sa sensibilité déjà mise à mal, son associabilité et son inadaptation à un monde aussi médiocre que le nôtre, que ce soit la société faussement permissive des années 60, tant que l'on continue d'entretenir le système, ou notre société encore plus spectaculaire, et envahie un peu plus chaque jour par des simulacres.

    Ou est-ce alors que nous vivons dans l'univers d'« Ubik » ? Et que nous sommes tous des morts cryogènisés sur une lune de Mars et que Dick est encore vivant ? Pour Dick, l'hypothèse est parfaitement envisageable et réaliste.

    C'est une multitude d'univers en poupées russes, et l'on se trompe généralement sur le sens des récits dickiens. D'aucuns pensent que la réalité alternative décrite par le roman dans le roman est la nôtre, dans « le maître du haut château », qui se déroule dans un monde où les nazis ont gagné la deuxième guerre mondiale. Mais c'est encore autre chose. Il n'y a qu'un seul personnage de cette histoire qui perçoit vraiment la réalité, fugacement, juste en s'asseyant sur un banc. Pour Dick, il est évident que nous vivons dans un cauchemar, que c'est lui qui est mort et non sa sœur jumelle, le trauma originel et absolument indispensable à connaître si l'on veut comprendre le monde dickien. Mais il n'y a pas que ça car l'œuvre est complexe comme le montre ce livre, c'est aussi une auto-fiction, le récit du propre parcours de Dick qui finit, après son accident mystique de 74 par trouver un sens à l'absurdité, ou du moins en partie car dans « SIVA » ou « Radio Libre Albemuth », le monde reste parfaitement non-sensique. Un autre thème passionnant est finalement que ce qui fait le plus horreur à Phil Dick est l'uniformisation des esprits, des corps, des comportements, afin de maintenir un ordre social vermoulu qui n'a plus d'autre justification que l'avidité de quelques uns et plus aucune légitimité acceptable.

  • Scarlett et moi

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    Scarlett est venu chanter à mon banquet d'anniversaire donné dans les jardins de mon manoir normand (nous y cachons notre amour depuis maintenant deux ans). On a le droit de ne pas aimer la chanson de Pete Yorn mais il y a Scarlett et c'est déjà beaucoup...

  • A bas le crédit revolving !

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    A bas le crédit à découvert !

    Cartes-de-cr%C3%A9dit-contrefaites-.jpgIl faudrait interdire  les saloperies de crédits revolving qui prêtent de l'argent à taux usuraire pour que le troupeau consumériste puisse acheter le dernier gadget à la con dans le vent, car ce sont vraiment d'infâmes saloperies. Vous savez, il y en a un, de ces organisme, qui est représenté par un petit bonhomme en haie de jardin tout vert, qui incite les gens qu'ils croisent dans la rue à claquer leur fric, un autre ayant osé piquer la chanson « the ecology » de Marvin Gaye. Les accumulant, ces saloperies de crédits, car c'est souvent très tentant pour simplement équilibrer une trésorerie de puiser dedans ou également pour se faire plaisir (car parfois on peut en avoir marre d'économiser les bouts de chandelle), ils finissent par représenter la moitié des revenus d'un ménage si ce n'est plus, obligés de bouffer des pâtes pour que le petit dernier puisse buter le boss du niveau 72 du jeu « Crash them all » sur la « playwiitendo » 82, le fameux jeu qui raconte l'histoire d'un serial killer amateur de meurtres au couteau à beurre (cherchez pas les djeuns, ça n'existe pas). Le pire est qu'il faut que ce soit un gouvernement de droite, plutôt libéral, pour prendre ce genre de mesure véritablement efficace pour commencer à moraliser un minimum le système (note personnelle : je ne crois pas une seconde que l'on puisse arriver à le moraliser mais au moins c'est déjà ça que les psychopathes qui sont censés réguler le marché n'auront pas).

    En France, not' président a dit qu'il était contre, mais depuis on chipote, la grande asperge de l'économie est presque d'accord mais elle attend le feu vert du chef qui lui ne sait pas quoi faire. Et bizarrement, le PS n'a rien à dire là-dessus, tout comme les évêques de France si prompts à la dénonce d'habitude.

    Et pourtant, qu'est-ce qu'on attend ?

  • "Galadio" - Didier Daeninckx

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    Galadio

    Un mélodrame multiculturel de Daeninckx à jouer en MJC de banlieue

    « J'ai peu à peu dégagé la figure d'un de ces enfants, en essayant de comprendre comment une société en mutation violente, lui impose des identités successives dans lesquelles il ne peut se reconnaître », avoue Daeninckx à propos de sa dernière livraison (1).

    DIDIER-DAENINCKX.jpgDaeninckx est un héros du petit peuple laborieux. Issu d'un milieu dit simple, et après avoir abandonné les études, il devient ouvrier dans une imprimerie où il découvre l'amour des mots. Il occupe successivement les fonctions d’animateur culturel, pigiste dans différentes publications… ça c'est pour la galerie, les belles images qui vont plaire à Margot dans sa chaumière. Daeninckx, en un mot, c’est le type qui se revendique de la vraie vie, de la France d'en bas, on le sait. Mais on est en droit d'avoir du mal à le laisser bavasser. C'est quoi d'abord la vraie vie, bordel ? La misère, forcément ? Parfois on a envie de gueuler que les pauvres sont des salauds de première, des gagne-petit qui se contentent de survivre en votant pour celui qui a la plus belle gueule, qui s'en foutent de la culture. Est-ce que la vie n’aurait pas plutôt à voir avec la sensibilité ? Attention ici, terrain glissant : certains diront qu’on est là devant un concept de garçon sensible, de pédale, la sensibilité… des pleurnicheries de bonne femme, des mignardises de pédoque.

    Du Zola de Prisu’.

    Ce que Daeninckx appelle la vraie vie, c'est du Zola de Prisunic, du social en bouteilles et par paquets de douze, du misérabilisme, du vrai, oubliant que les petites gens c'est d'abord des personnes. Daeninckx reste un animateur social, un éducateur soc'cul faisant la leçon au peuple pour qu'il avance toujours plus loin ; un type qui reste complexé par ses origines de prolo au bout du compte, et qui n'a pas compris que c'est là est justement sa richesse. C'est un peu comme les photos de Robert Doisneau, c'est parfait pour orner les murs des cuisines bobos, le petit gars qui porte les boutanches de pinard deux étoiles, les amoureux qui se roulent une galoche devant l'Hôtel de Ville, le type qui fume une clope au zinc d'un bistrot des Halles. A part ça c'est du frelaté, du posé popu et à la mode chez ceux qui envahissent les anciens quartiers prolos pour faire du sociétal à outrance, de l'artistique de fonds de cuvette, de l'art brut. Pour Daeninckx, on se dit que la conscience de la vraie vie est dans la coupe de cheveux, puisqu'il a les cheveux longs et une barbe de prêcheur pouilleux itinérant, les nécessaires lunettes d'intellectuel qui vont avec...

    Les promesses non tenues.

    Pourtant, sans tous les a-priori qui y pullulent, Galadio serait pas mal car le thème, pour une fois, est original : les soldats africains de l'armée française qui constituent le gros des troupes d'occupation en Allemagne après la Première Guerre. De 1857 à 1905, ce corps était constitué d'esclaves affranchis rachetés à leurs anciens maîtres par les Français. Ils venaient non seulement du Sénégal mais de l'ensemble des colonies françaises d'Afrique. (Les maréchaux Joffre, Gallieni et Mangin y ont commencé leur carrière ; ce dernier commettant à sa retraite un livre qui, s'il faisait l'apologie de ses troupes, ne pouvait s'empêcher d'affirmer qu’elles étaient physiologiquement inférieures aux européennes. Les membres des classes dirigeantes traditionnelles africaines intègrent ce corps comme sous-officiers à la fin du XIXème siècle. Les ethnies Bambara et Toucouleur y étaient les plus représentés. Après 1905, les tirailleurs exercèrent des actions de police lors de révoltes sporadiques en Mauritanie ou au Maroc. En 1914, on comptait 14000 tirailleurs en Afrique de l'Ouest et 15000 à l'extérieur, principalement au Maroc. En octobre 1915, 30000 conscrits vinrent renforcer les troupes déployées en France, 51000 jusqu'en 1916. En 1917, ce sont dix-sept bataillons qui furent engagés lors de la bataille de la Somme, à la fin de la Guerre, ils étaient 120000 à servir les couleurs de la France, encouragés par Blaise Daigne, un député d'origine sénégalaise siégeant à l'Assemblée Nationale, qui voyait là une possibilité d'émancipation. Un travail était garanti pour les vétérans, ainsi que des réductions d'impôts et la citoyenneté française pleine et entière. D'un corps de mercenaires, ils étaient devenus en 1919 un corps d'engagés. La plupart furent alors démobilisés ce qui amena la démission du gouverneur central d'Afrique de l'Ouest, dégoûté car aucune des promesses faites aux tirailleurs ne furent tenue.

    Le problème, c’est que Daeninckx reste dans le Goodwin, le propre, le gentillet ; au niveau superficiel d'Indigènes, le pensum très politiquement correct de Rachid Bouchareb. Il n'approfondit pas cette histoire et s'en tient aux clichés les plus éculés. L'auteur se borne à constater que les nazis se sont comportés méchamment, que l'armée française était un ramassis de racistes, idem pour le peuple allemand. Quand on a dit ça on a tout dit. Et rien dit. Il faut dire aussi que nuancer son propos et non s'en tenir à un discours bien-pensant mille fois entendu aurait conduit l’auteur à reconnaître que le sujet qu'il cherchait à aborder dans ce livre est largement plus complexe et que l'on ne peut se contenter de le traiter avec manichéisme. Plusieurs choses contredisent son point de vue.

    Personne ne comprend que le cauchemar totalitaire peut être tentant pour les esprits faibles. Ils ne veulent plus penser par eux-mêmes par peur de la solitude, de se retrouver coupés du groupe. Avoir un chef qui le fait à la place, se trouver un ennemi qui explique tout permet de retrouver un certain confort intellectuel. Par-ci par-là, au-delà de l'esprit Goodwin, Didier dit des choses très justes : la rationalité délirante du régime nazi, sa modernité, dans le sens du vent du progrès. Hannah Arendt dans les Origines du totalitarisme (2) ne dit pas autre chose. Le système totalitaire utilise les médias modernes pour sa propagande employant les mêmes stratagèmes que la publicité, ciblant le marché à atteindre, pour ensuite, une fois la sujétion des masses obtenue, remplacer la propagande par l'endoctrinement et le culte du chef. Celui-ci est vénéré par le peuple car « il incarne la double fonction qui caractérise toutes les couches du mouvement : agir comme défenseur magique du mouvement contre le monde extérieur et en même temps, d'être le pont qui relie le mouvement à celui-ci ». Les « masses », comme l’affirme Arendt dès les premières pages, sont la pierre angulaire du totalitarisme. Nées avec la Révolution Industrielle, elles sont engendrées par l'automatisation de la société et le déclin des systèmes de partis et des classes. L'homme de masse peut être n'importe qui, c'est un individu isolé qui fait l'expérience de la « désolation », c'est-à-dire du déracinement social et culturel. Il me semble d'ailleurs que Galadio soit un de ces individus et non le « bon sauvage » tant désiré par Daeninckx. L'ennui est que ce personnage, et les autres (sa mère, le gardien de but du club de foot de Duisbourg), sont des archétypes caricaturaux lui permettant de justifier son opinion. 

    Un héros en quête d’identité...

    Le personnage central du livre découvre qu'il ne s'appelle pas Ulrich Ruden, né à Duisbourg, une ville industrielle bien grise de la Ruhr de1920, mais Galadio Diallo, l'enfant d'un tirailleur de l'armée française originaire du Mali, un de ces tirailleurs sénégalais méprisés très longtemps par la France, qui touchaient encore il y a peu leurs pensions au lance-pierre. Ils sont comme la mémoire d'un passé que l'on veut absolument oublier. Là aussi Daeninckx se borne à affirmer que le colonialisme incarne le mal. On dit ça en inspirant, et expirant on a vraiment l'impression d'être du côté des bonnes âmes, des bons apôtres, des Raminagrobis hypocrites.

    Et il est surtout très mauvais de dire que des hommes qui n'avaient presque rien à voir avec la France de prime abord se sont fait trouer la peau parce qu'il avaient une « certaine idée » du vieux pays.

    Selon l'auteur, ce roman est une quête d'identité (qui est forcément multiculturelle comme on nous le serine depuis longtemps chez nos penseurs à lunettes roses) qui amène son héros à errer dans les salles des hôpitaux nazis. Il devient ensuite figurant puis acteur dans les studios de cinéma de Babelsberg qui veulent exalter la grandeur du colonialisme allemand. Il finit par se retrouver sur les rives des fleuves Sénégal et Niger, où l'on hésite très fortement entre Pétain car tout le monde croit que le vieux cul joue un double jeu, et De Gaulle, que les types de droite de l'époque n'aiment pas beaucoup. Son aventure s'achève dans les villes ruinées du Reich vaincu, il revient en vainqueur en Allemagne dans l'armée de de Lattre. Les vilains sont punis à la fin.

    Les tirailleurs qui faisaient des enfants aux femmes allemandes étaient une chose impossible à comprendre à l'époque. On ne pouvait accepter des relations interraciales ou les mariages mixtes, la propagande de l’époque les présentait comme des viols ou pire, affirmait que leurs conquêtes étaient des femmes faciles. Les africains étaient dépeints comme le nègre Banania, mais le sourire en moins, le couteau entre les dents, avec le Fez rouge sur le crâne, les dents blanches, quasiment phosphorescentes, les yeux écarquillés par leur animalité supposée. L'inconscient collectif les percevait tels des bêtes. On remarque d’ailleurs que le nègre Banania et le nègre vu par les nazis sont un seul et même archétype raciste, et une perche tendue aux abrutis qui vont pouvoir bientôt se dire qu'ils sont la race supérieure. Ils ne furent pas les seuls. Les anglais présentaient les tirailleurs comme une troupe indisciplinée et manquant de courage.

    Daeninckx dans la position du missionnaire anti-fasciste 

    Tirailleur.jpgIl joue donc le sauvage, Galadio, l'homme africain qui n'est pas rentré dans l'histoire fabuleuse du progrès. Au départ, pourtant, il veut être sur la photo comme les autres, il aime bien Hitler, il voudrait bien être des Hitlerjugend. Il ne voit pas ce qui gêne, plus tard. Effectivement, des comiques qui ont la même origine lui diraient qu'il n'y a pas d'os (dans le nez ?). Galadio échappe à la stérilisation ordonnée sur tous les enfants métis en 1935 par les lois de Nuremberg. Il est enrôlé de force au cinéma, tournant dans des oeuvres justifiant les visées expansionnistes des nazis en Afrique. Le tournage d'un deuxième film en Afrique lui permet de s'échapper et de partir à la recherche de son père. Il est censé tourner en particulier dans Kongo Express, allusion lourdement appuyée, cinéphile et littéraire, de Daeninckx aux écrivains compromis selon lui avec le totalitarisme nazi. Le scénariste en est Ernst Von Salomon, écrivain admiré en France par Pierre Drieu La Rochelle, auteur encore mal vu du fait de ses prises de position douteuses pendant la Seconde Guerre Mondiale. Alain de Benoist perçoit Von Salomon quant à lui comme une référence de la « Révolution conservatrice ». Là on sent très bien venir la leçon d'éducation civique, le pensum citoyen, car l'écrivain, selon Didier Daeninckx et la plupart des littérateurs actuels, se doit d'explique aux lecteurs ce qu'ils doivent penser et dans quelle direction ils se doivent de penser. Il n'est pas là pour s'amuser. Il reste un animateur socio-culturel. Il ne fait pas de la littérature. Un auteur ne doit pas se fourvoyer là où il n'est pas correct d'aller. C'est une conception totalement stupide (car beaucoup se privent pour cette raison de la lecture du Feu follet de Drieu ou du Hussard bleu de Roger Nimier, qui lui s'engagea pour l'Algérie Française. Une position rédhibitoire aux yeux du milieu littéraire actuel .

    Pour l'allégorique, ce livre s’apparente un peu à une bière mexicaine. On se dit que c'est exotique, que ça du goût, que c'est du brutal en provenance du coeur, des entrailles et des couilles, et puis on s'aperçoit dès la première gorgée que ça n’a pas de goût, que c'est en somme de la pisse d'âne. Petit à petit l'auteur semble suggérer que l'identité de Galadio est multiple, qu'elle rassemble toutes ses identités, qu'il est un peu français, un peu allemand, un peu sénégalais, un métis entre l'Afrique et l'Europe. Didier Daeninckx se contente d'énumérer des lieux communs bien-pensants rebattus et sombre dans la guimauve. C'est dommage, ce livre pose pourtant de bonnes questions, mais ce sont les réponses qui, comme toujours chez Daeninckx, posent problème.

    Il se pose depuis longtemps en chevalier blanc de l’anti-racisme et de l’antifascisme. Il n’hésite jamais à lancer des croisades personnelles et ourdir de véritables procès de Moscou, à la manière stalinienne. En 1996, il accuse Gilles Dauvé, Hervé Delouche, dont il est un ami intime, et Serge Quadruppani de complot négationniste en se basant sur des extraits d’articles parus en 1980 dans une revue créée par Delouche quand il était jeune. Il prétend que ces articles font la promotion des idées d’Ernst Von Salomon et de celles d’Alain de Benoist, théoricien de la nouvelle droite française. Sa démonstration se base sur des phrases tirées de leur contexte, Daeninckx coupe les propos de ses confrères là où ça l’arrange. La lecture des textes incriminés montre pourtant qu’ils étaient au contraire une dénonciation sans complaisance des idées de la droite radicale. Il ne s’en tient pourtant pas là et accuse par la suite Delouche d’avoir joué un rôle trouble dans l’assassinat de Dulcie September en 1988. Comme il confie à Gérard Delteil, il ne fait aucun doute pour lui que Delouche est un indicateur. Contre Quadruppani, il mélange des petits faits vrais et des énormités mensongères. Lorsque celui-ci et Dauvé tentent l’apaisement en publiant une brochure préfacée par Gilles Perrault contre le négationnisme, pour Daeninckx c’est la preuve flagrante du complot. Quand Thierry Jonquet cherche à le raisonner. Il se retrouve accusé de complicité. La moindre amitié un peu douteuse est passée au crible et l’intimité des pseudo-comploteurs étalée au grand jour. Il n’hésite pas, par exemple, à suspecter Gilles Perrault d’être un homosexuel honteux.

    Daeninckx est un missionnaire de la nouvelle religion politique qui est l’anti-racisme à outrance, jusqu’au délire paranoïaque. Il est incapable de nuances. Très vite il criera au retour des heures les plus sombres de notre histoire, selon la formule consacrée, et verra dans l’événement le plus anodin la renaissance des idées nazies. C’est un idiot utile, selon le terme de Lénine, parfait pour les hommes politiques qui s’en serviront pour se faire élire tout en agitant le spectre de la Bête immonde. Il devrait relire plus attentivement Hannah Arendt. Il comprendrait qu’il existe des totalitarismes bien plus insidieux, et autrement plus dangereux.

    Amaury Watremez

    (1) Daeninckx, Interview du 2 mai 2010 pour le site Bel Balawou

    (2) Hannah Arendt, Le système totalitaire : Les origines du totalitarisme, Points Essais, 2005 (réédition)

    Didier Daeninckx, Galadio, Gallimard, coll. Blanche, 2010, 160 pages, 15, 50 €.
  • En souvenir d'Alphonse

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    In memoriam Alphonsem

    "La farce est finie, je m'en vais vers un grand peut être...."

    alphonse.boudard.jpgC'est ce qu'a dit Boudard en quittant cette boule de glaise sur laquelle se débattent les pitoyables primates que nous serions sans une ou deux poires pour la soif. Boudard lui, en trouve une en lisant l'Écclésiaste alors que se prétendant auparavant païen sans scrupules. Il ne nous refait pas le coup de Barrabas dans un peplum clichetonneux des années 50 avec Anthony Quinn, il est sincère, ému aux larmes. Désolé de causer mystique deux secondes, ça fait bizarre dans un papier sur Boudard, mais c'est quand même bien vrai que l'Esprit souffle où il veut. On parle souvent de Michel Audiard (en oubliant tous les autres dialoguistes des années 50), de temps en temps on cite Albert Simonin pour l'argot et le folklore truand, beaucoup de jeunes hommes y compris les plus sages se réclament d'Antoine Blondin, pour la picole entre autres (je doute que Blondin les aient tous appréciés), mais on oublie toujours Alphonse Boudard, et c'est dommage. Les "Tontons flingueurs" de Lautner et sa bande , c'est bien, j'aime bien, j'aime encore plus en connaissant l'histoire émouvante, entre autres, d'un des interprètes, ancien acolyte de catch de Lino Ventura, mais ça peut énerver un peu de voir tous ces trous-du-cul pompeux "trouduculpomper" sur ce film qu'ils ont conchié quand il est sorti et une bonne partie des quarante dernières années. En matière de référence argotique j'ai quand même une large préférence pour la "Métamorphose des cloportes" d'Alphonse, et puis il a quand même écrit "La méthode à Mimile" qui est le Bescherelle de la rue tout comme "L'Histoire de France" par Béru, et Frédéric Dard est son histoire de Michelet (ou Bainville, ça dépend des goûts). C'est moins cérébral que Kafka, on est à pleines mains dans l'humain, dans la laideur parfois des âmes et des corps sauf celui d'Irina Denninck, pourtant la plus malhonnête, la plus sournoise. Et la plus désirable (on n'est pas de bois).


    Le livre et le film touchent beaucoup plus à ce qui fait l'âme de Pantruche, le vrai Pantruche, à savoir un esprit qui demeure dans quelques endroits épars, cachés, et que j'espère secrets encore un moment, du Faubourg Saint Antoine à Montmartre, loin des touristes japonais et des bourgeois en bohème. Cet esprit particulier consiste à rire des fats et des prétentieux, de ceux qui veulent en remonter à leur prochain par le fric ou un titre ronflant quelconque, des maîtres du jour grotesques le lendemain, des ubus en tout genre, comme les complices d'Alphonse dans "la Métamorphose..." qui d'arnaqueurs, qui lui qu'ils étaient se prennent soudain pour des milords, sauf le "rouquemoute" qui est toujours marqué par la fatalité et qui n'est quand même pas très fûté. Les beaux messieurs sont la plupart du temps d'anciens pedzouilles encore crottés de leurs sabots, ils ne viennent pas tout droit de la cuisse de Jupin. Bien sûr il n'y a pas que ce livre, moi par exemple, moi qui vous parle et joue les cultureux j'ai découvert Boudard à la télévision avec le feuilleton "le mythomane" avec Francis Perrin, Jacques Balutin et Suzy Delair qui, toute seule, joue mieux que les deux premiers, certes. Elle a un peu le même emploi que Françoise Rosay dans les polars des années 50, la vieille truande qui a des heures de vol, en plus féminine et plus pétulante cependant, Rosay étant un vrai bonhomme quant à elle. Les compères légèrement escrocs vivent quelques aventures plus ou moins rocambolesques. C'était fauché, quand même filmé par Michel Wyn (qui réalisa l'excellent feuilleton de SF des « Visiteurs » en 1982, rien à avoir avec quelque propriétaire corse).


    La Seconde Guerre marquera un tournant certain dans la vie du paysan de Paris Boudard. Il est d'abord ouvrier typographe dans une imprimerie, comme Didier Daeninckx, à la différence qu'il ne fait pas dans le socio-cul comme lui ensuite, puis dans le jugement arbitraire. Il vivote comme il peut et survit. Il hésite, ensuite comme tout le monde, entre l’appel au calme du vieux Maréchal, que quand même ils sont plus nombreux à avoir entendu, et l'appel supposé au grand large du Général De Gaulle. Ces deux là, de figures de vitrail, sont quand même bien loin du XIIIème mais y sont malgré tout représentés, par les militants des partis de droite qui trouvent là un exutoire à leur ennui ou à leur hargne et se retrouvent des deux côtés, de l’autre par les communistes galvanisés par le fiasco de l’opération Barbarossa. Il est vraiment difficile de dire à quoi tient vraiment l’engagement politique, le fait qu’on bascule d’un côté ou de l’autre ? Et surtout que l'on croit à ce que l'on défend. Difficile à dire plus de soixante ans après, c'est lié certainement plus aux affinités avec les hommes, aux rencontres, au hasard, qu’aux idées pour lesquelles ils militent puisque dans l’instant, il était bien difficile de choisir entre l’Europe sous la botte allemande et le communisme stalinien de l'époque. Quelques uns qui aimaient la France, qu'ils aillent la messe ou pas, ont quand même sauvé l'honneur.

    Comme Boudard.


    Il se retrouve pourtant du bon côté de la barrière, le hasard fait bien les choses, et, après avoir tiré au MAS 38 sur les nazis en déroute, juché sur les barricades de la place Saint Michel lors de l’insurrection de Paris. Comme beaucoup de jeunes de son époque, il s’engage dans l’armée de De Lattre à vingt ans et part bouter l’allemand hors de France jusque chez lui. Un fait d’arme qui lui vaudra une blessure judicieusement placée pour plaire aux filles, et une décoration.


    La fin de la guerre déçoit les espoirs de lendemains qui chantent, où tous les gars du monde se donneraient la main, des jeunes gens qui s’étaient laissés emporter un peu trop vite par la fièvre de la Libération, la fin de la récré en somme, ce qui pour les uns est synonyme de retour à la routine ennuyeuse et qui se traduit pour les autres par le chômage. La Fontaine le disait déjà, lui qui n'a pourtant rien foutu de sa vie, vivant en parasite sur le dos des rupins : « l’oisiveté est mère de tous les vices » et les mauvaises habitudes prises pendant la guerre et les campagnes militaires ne se perdent pas facilement. Alphonse Boudard vit d’expédients, il fréquente toutes sortes de malfaisants, traîne ses lattes dans un Paris qui s'enquiquine. Il commence par quelques combines de lascar, il en vient à toucher au cambriolage et utiliser finalement son charisme et son sens de la tchatche sur les autres pour monter des équipes qui roulent et faire du business lucratif sur le dos des bons citoyens.


    C'est comme ça que débute sa période sombre, moins avouable, une quinzaine d’année qu’il passe de l'ombre à la lumière, entre un milieu parisien interlope et diverses prisons ou hôpitaux français où il soigne sa tuberculose, car il est tubard. Il n'y croise pas la fine fleur. Il cotoie tous ceux que la société punit, rejette ou ne veut pas voir, les marges. Il y noue quelques amitiés et s’y construit sa carapace (mais pas de cloporte). Il est bien décidé à continuer de cultiver sa personnalité hors des normes. Vu comme par trop con par l’administration pénitentiaire, il s’enferme dans la lecture, et se fait une éducation littéraire tout seul, ses gammes de la plume : de la Bible au "Voyage au bout de la nuit" en passant par l'Illiade et l'Odyssée, les romans de Balzac, les épopées égotistes de Stendhal, les fresques mystiques de Tolstoï, les monologues intérieurs de Proust, les histoires de famille de Thomas Mann, les biographies de grands personnages historiques et les récits de voyages. Il aime donc tous ceux qui ont lâché les amarres.


    Tout cela ne fait pas une éducation correcte, loin de là, mais ça la complète. Il le dit lui-même, les voyages comme les livres ne forment personne. La littérature le structure et organise sa réflexion. Pour Alphonse Boudard, qui a bien vécu, rien ne remplace l’expérience, le concret, mais le désir d'écrire, et de raconter sa vie, commence à le titiller.


    cloportes03.jpgA sa sortie de prison en 1958, ses premiers manuscrits, entre style argotique et littéraire, plaisent à un éditeur plus téméraire que la moyenne de sa profession (ça existe encore à l'époque) et ses livres conquièrent un large public, qui aiment ce langage « où les gauloiseries, les truculences et l'argot des voyous rencontrent la petite musique des nostalgies ». C’est le "miracle Boudard" pour un de ses premiers lecteurs, Michel Tournier, qui parlera de « la rédemption par l’écriture ». Le cinéma s'intéresse alors à lui, comme à ses collègues Albert Simonin, Frédéric Dard et Simenon. Il écrit entre deux films, dont le "Café du pauvre" et le "Banquet des Léopard". Il se retire à Nice à la fin de sa vie, entre deux saillies pas toujours fines sur les maisons closes, il rédige ses souvenirs d'enfance dans "Mourir d’enfance", prix du roman de l’Académie Française en 1995 avant de mourir en 2000.


    Amaury Watremez

  • Week-end de grande lassitude : Les cathos « in », les apéros géants...

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    Je viens de lire plusieurs articles sur les apéros géants organisés via facebook, les uns incriminent Internet qui devient un peu la Apero-geant-a-Rennes_articlephoto.jpgnouvelle version du Mâââl. C'est la faute d'Internet si les jeunes picolent et se droguent, c'est bien connu. Ainsi Madame Morano et Monsieur Ayrault qui on encore eu tout à fait raison d'ouvrir leurs bouches. Ils comptent donc faire appel à la force publique pour interdire ses grands rassemblements. Il y en a qui trouvent cela très bien, qui pensent que ces jeunes, qui adorent de plus en plus les rassemblements de plus en plus grégaires sont beaucoup plus libres que nous l'étions, nous. Un apéro géant, c'est tout simplement aussi la négation de la convivialité la plus élémentaire. On se noie dans un grand tout confortable et molletonneux pour oublier combien cette époque est médiocre. Et les jeunes s'y noient parce qu'ils sont mal dans leur peau, qu'ils n'ont rien reçu comme idéaux, qu'on ne leur donne comme horizon d'avenir qu'une monnaie unique (elle va pas durer certes), le fric et le consumérisme. Ou bien la violence, s'en prendre en meute à un innocent (si ça se trouve il a même pas la télé).

    Cela paraît étrange, mais ça ne suffit pas pour vivre en homme, ou femme, debout, et se construire.

    Devenir un être humain.

    Contrairement aux livres.

    Mais ceux-ci ont un inconvénient majeur, et c'est pour cela que les lecteurs, les personnes ayant quelques ambitions intellectuelles, sont systématiquement raillées, les livres poussent à réfléchir par soi-même ce qui risquerait de gripper le système économique et ferait baisser les ventes du dernier gadget électronique à la mode.

    bonnasses.jpgParallèlement, je viens de lire dans un hebdomadaire catholique familial quelques articles sur des cathos « in » qui me glacent autant que la montée progressive d'une techno-barbarie sans équivalent jusqu'à présent. Un premier article vante ainsi les vertus du I-phone avec pleins de jeux pour la famille, d'applications très morales qui font un peu du nouveau consommateur catho moralement responsable l'homme ou la femme du XXIème siècle. Certains semblent être inspirés par les pentecôtistes américains qui en vantent les vertus de surveillance morale car on peut demander la censure de textes en ligne, ce ne sont même pas les Onze-Mille verges qui sont censurées, voire Bataille, mais Madame Bovary entre autres. Plus loin dans ce magasine familial, une jeune conne vante les mérites de l'attitude facheune moralement responsable aux yeux de Dieu.

    A savoir, tu as le droit d'être dans le vent, tu as le droit d'être à la mode si tu es catholique, mais tant que tu respectes deux ou trois impondérables.

    Je trouve qu'en effet, c'est fondamental, tu peux être catho, te foutre complètement entre autres des souffrances des chrétiens d'Orient, aller à la messe tous les dimanches en ayant le teint frais et rose comme dans un fjord scandinave et les cheveux comme un champ de blés au soleil. Le tout sans aucun remords ni scrupules, ou questionnement trop embêtant. Pour te libérer de ta possible culpabilité, tu iras lever les bras et taper dans les mais avec d'autres, dans un grand rassemblement grégaire.

    A cette jeune conne je préfère presque un bon vieux stalinien ou un gôchiste nostalgique, au moins ceux-là voyaient-ils plus loin que leur nombril.

  • "Miscellanées de la chanson française" – chez Jean-Louis Fetjaine

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    « Zisse isse ze french songue » aze sède Maurice Chevalier qui était parti à Holywood au début de la Seconde Guerre

    frehel_baltatou.1175429318.jpgComment sont nés des classiques hors d'âge comme "Ne me quitte pas" de Brel, qui je trouve tombe souvent dans le mélo, je le préfère sacarstique, "Les feuilles mortes" de Prévert et Cosma, et Montand, et Gainsbourg, et Romain Didier, "Göttingen" de Barbara ou "Toulouse" de Nougaro ? Combien de fois a été adapté "Comme d'habitude" dont on découvre le véritable auteur avec stupéfaction, il est moins "glamour" que Sinatra ? L'appréciation de la chanson française c'est à la fois subjectif et objectif, révérent et impertinent. On a pas le droit de déboulonner les idoles, y compris celles, cocaïnomanes des jeunes, et quand on ose toucher quand même à l'icône, on finit anathèmisé par une espèce répandue dans la musique française, les fans

    Bertrand Dicale, un amateur fou de Gainsbourg et ses chansons, vient de sortir cet ouvrage que, personellement, je trouve moins prétentieux et pédago-pouèt pouèt à la mord-moi le noeud (mais pas trop fort) que ses leçons sur justement le laid Serge (ses oreilles maxifeuillues, son pif pour nostalgique du bon temps de l'Occupation, quand les français déjà modestes, ils ne signaient pas, c'était avant le Net, c'était plus pratique -même pas besoin d'un pseudo pour décharger sa bile- adoraient écrire à la kommandantur). Le talent de Gréco lui vient certainement en l'occurence des souffrances qu'elle vécut pendant la guerre, elle transforme le charbon en diamant, Juliette, et d'autres comme Brassens. Ils habitaient le Quartier Latin avant sa colonisation par les mècheux et les mècheuses, le quatorzième tout comme Fallet avant que le quartier ne devienne un refuge pour vieilles dames z-aisées aux cheveux violets. On n'y buvait pas du pinard pour entrer en compétition avec ses relations, mais pour seulement être heureux entre amis. Et Dicale ne tombe pas dans l'erreur d'attribuer la cause du talent de Gainsbourg au seul antisémitisme, la haine ne donne aucun talent aux victimes, encore moins aux bourreaux, elle peut néanmoins causer la blessure originelle qui comme le péché du même, le monde il aurait pas été pareil si il avait pas existé. Un peu comme le nez de Cléopâtre.

    La chanson française à textes devient de plus en plus en ce moment un truc de bobos, la méchants absolus de notre époque et de la plupart des forums du net. Certes, c'est pas bien les bobos, les bobos c'est méchant, pas bô, pas gentil et en plus c'est prétentieux et souvent pleins aux as. De plus, le bobo vote Europe Écologie parce qu'il aime bien les chtites fleurs et les gentils z-oiseaux mais cela ne l'empêche pas de prendre l'avion et de dépenser quelques milliers de tonnes d'équivalent pétrole pour aller faire son équitable chez les chtits n'enfants n'africains ou n'asiatiques. Bon, mais en quoi cela est-il suffisant pour se priver d'écouter de la chanson française avec des textes pas trop mal ficelés dont certains à tiroir (ce qui est logique, dans les tiroirs on trouve parfois de la ficelle) ?

    gainsbourg005.jpgCe livre ne s'intéresse d'ailleurs pas seulement à la chanson intello ou à textes, il traite des rengaines à la mode, des yéyés (à chanter avec un groupe de chanteurs épileptiques en sous-pull derrière, "Si j'avais un marteau, je cognerais le jour, je cognerais la nuit. J'y mettrais tout mon coeur. Je bâtirais une ferme, une grange et une barrière. Et j'y mettrais mon père, ma mère, mes frères et mes soeurs, Oh, oh, ce serait le bonheur-heur"), des charmeurs comme Roulio Iglésiasse ("Mais moi non plous yé né pas chengé"), des chanteurs en couple, Stone, et sa coupe qui revient à la mode, frange et coupe au bol, et Charden -Eric de son prénom ("C'est l'avvvènetoura ! C'est faireuh l'amoureuh avec toâ!"), Chagrin d'Amour, dont Valli qui a fini sur France Inter ("chacun fèfèfè skiluiplèplèplè !"), Peter et Sloane , Peter qui faisait la voix off de Canal au début ("Besoinderien, envie de toâââ Ah!"). C'est comme un carnet de notations amusantes, d'anecdotes pas très importantes, et d'autres plus. Il énumère toutes les chansons avec des prénoms de filles, avec les jours de la semaine.

    Le problème de ce livre est que si l'on y trouve quelques grands ancêtres glorieux certainement pour les érudits de la chanson, on n'y cause pas beaucoup des autres ancêtres glorieux et un peu plus connus, comme Damla ou Fréhel. Et pourtant, sans elle la chanson française n'aurait pas pris ses marques réaliste, dérisoire, ironique, drôle parfois. Fréhel a fini sa vie comme Billie Holiday, comme une déchéance très longue et une inéluctable descente vers l'abîme, déjà alcoolique jusqu'aux yeux, elle a tourné vieille pocharde, du genre à exsuder un passé glorieux définitivement disparu. Il paraît que parfois elle se mettait à chanter « la Java bleue » a capella ("C'est la java la plus bêêêlleuh") et qu'alors les passants la reconnaissaient l'écoutant quelques minutes, au bord des larmes, le coeur battant. Parfois elle offrait des douceurs à des gamins du quartier, une grenadine ou des guimauves.

    Ne perdant pas le Nord, elle se faisait remercier en tournées générales...

    à suivre...

  • Peut-on se passer de littérature ?

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    "Mais, sous la surface, traversant l'indifférence, un nouveau système est né. S'endurcir. Rejeter le romantisme."

    Rimbaud (Arthur)

    other03.jpgLa littérature ça ne sert à rien, c'est un divertissement, c'est frivole, et sans importance.

    C'est un truc d'adultes infantiles, qui ne sont pas vraiment sortis de leur puberté, soumis au complexe de « Peter Pan ». Les adeptes du tout économique détestent la littérature car elle fait perdre du temps à l'individu, le rend moins performant et le fait réfléchir et sur sa condition, et sur sa consommation. Du coup, il achète moins et se rend compte que changer de « portable » toutes les deux semaines, parce que la pub et les médias lui intiment de le faire, c'est stupide. C'est très mauvais pour le business. Bien évidemment, les torchons qui parlent de cul, de coucheries diverses, qui balancent des noms de pipeaules, les insanités qui se prétendent politiquement incorrectes alors qu'elles sont justes amorales, ou xénophobes, ou racialistes, c'est parfait parce que ça, par contre, ça fait marcher la boutique. Il est parfois les littérateurs eux-mêmes pour prétendre à l'inutilité de la littérature, tels les promoteurs du grisailleux Nouveau Roman, certains parmi eu n'ayant pu s'empêcher malgré tout et malgré eux d'avoir du talent.

    Les pubards adorent ça. Là, ils peuvent déterminer un coeur de cible : du bourgeois libéral-libertaire qui a aménagé son loft au faubourg Saint Antoine à l'électeur UMP serreur de fesses effaré quand il regarde la télé et toutes les incivilités (à lui on lui vendra de la guerre de civilisations, de l'affrontement ethnique, des barbares à nos portes).

    Ceux qui ont une idéologie à vendre, une doctrine censé remettre tout le bazar laissé par l'humanité en place, régler tous les problèmes et rendre les chtits n'enfants heureux, n'aiment pas non plus la littérature, ou alors si l'engagée, ils aiment bien, pour eux si la littérature ne l'est pas elle n'a aucune utilité sociale. Il faut que la littérature démontre, soit exemplariste. Ce qui est étrange est qu'ils haïssent les livres et les auteurs qu'ils voient comme inutiles mais en parlent souvent, très souvent. Et d'aventure, si les disciples du tout économique ou les bons apôtres de quelque doctrine fumeuse réussissent à imposer leurs vues, la première chose à laquelle ils s'en prennent c'est justement la littérature : par la censure plus ou moins larvée, par le bourrage des crânes du troupeau docile, qui est ravi de ne plus avoir à penser par lui-même (c'est fatigant) et l'endoctrinement, au pire ils brûlent les livres en autodafés publics. C'est donc plutôt contradictoire.

    Pourtant les uns comme les autres ont largement pénétré le milieu littéraire depuis longtemps y imposant leur réseau, je parle à droite et à gauche, de l'antifâchisme de gôche à l'anti-boboisme de droâte. On place les copains, copines, la nièce de l'un, la tante de l'autre, le cousin machin ou l'oncle. Ainsi, ils restent entre eux, dans une consanguinité intellectuelle et matérielle de bon aloi. C'est du social en circuit fermé ce qui est pratique.

    Ils restent en famille.

    On peut donc très bien se passer de lire, ce sera plus facile pour rester docile.

    Bien sûr, il sera beaucoup plus délicat de s'élever un peu ensuite...

  • Ode à Vidocq

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    Je sais bien qu'il y a le vrai Vidocq, qui était certainement une fripouille (une fripouille « bigger than life » pour inspirer le Vautrin de Balzac ou le Dupin d'Edgar Poe, le genre de types qui se crée sa morale propre pour ne pas avoir à se soumettre aux vidocq1.jpgbêtises à la mode des esprits étriqués). La première version des mémoires de Vidocq avait été en fait confiée à des "teinturiers" ( il avait demandé à des écrivains, des nègres, de rédiger ses mémoires à partir de ses notes) mais n'étant pas content de leur travail, il décida de les corriger et les rééditer lui-même sous le titre des « Vraies mémoires de Vidocq » (difficilement trouvables aujourd'hui tant le succès des précédentes les ont éclipsées). Certaines archives tendent à corriger le récit de Vidocq en faisant apparaître certains de ses actes comme moins glorieux que dans ces mémoires (Le meilleur travail de "correction" des mémoires de Vidocq est à ce jour celui d'Eric Perrin dont on pourra conseiller la lecture). Il est toutefois très difficile de démêler le vrai et le faux de ces livres. La version la plus répandue actuellement est celle des « teinturiers ». Il est aussi l'auteur d'un dictionnaire d'argot, dictionnaire qui a de la valeur car lui il l'entravait pour de bon et ne faisait pas semblant.

    Et il y a le « faux » Vidocq, celui de la télévision, entre autres mediums ; on peut oublier le film de Pitof avec Depardieu. Bien sûr, comme je suis un littéraire narcissique, compulsif, immature et nostalgique, je préfère largement sa version imaginaire même si le personnage historique est déjà passionnant en lui-même. C'est le « remake » du feuilleton des années 60, avec Bruno Madinier pas honteux dans le rôle, qui m'a donné l'envie de me replonger là-dedans. C'est quand même fabuleux qu'il faille que ce soit TF1 qui finance et monte ça, mais après tout tant mieux. Vidocq y est toujours un héros complexe et blessé, la comtesse de Saint-Gély (faites excuses mesdames) surnommé ici « la plume » est toujours une salope intégrale perverse et criminelle, et très séduisante bien sûr, et les complices/policiers de Vidocq, des types hauts en couleur et sympathiques, des gueules avec beaucoup de personnalité. Même le côté « tête à claques » d'Arthur Jugnot fait merveille dans le rôle d'un des acolytes dans le remake. Ce que j'aime énormément dans le premier et le deuxième feuilleton y est d'ailleurs repris, à savoir l'amoralité, au regard de la morale commune, des situations et des personnages. Et il y a tout ce côté western à la française, mâtiné de fantastique, d'anachronismes légers (les brigands de 1810 ressemblent beaucoup aux « apaches » d'un siècle plus tard). Enfin, et pour faire monsieur culture, ces histoires montrent bien que quand on étudie les marges de la société, dans une oeuvre ou une autre, on la comprend mieux. Pour continuer à faire mon intéressant je signale que c'est la théorie de Jean-Patrick Manchette telle qu'il l'expose dans ses chroniques sur le polar.

    043sm.jpgLe premier feuilleton, avec Bernard Noèl, restait encore assez réaliste, et s'accrochait beaucoup plus aux mémoires du vrai Vidocq. Il suivait les aventures de l'ancien bagnard entre deux évasions. C'était un feuilleton, dont les scenarii et dialogues sont de Georges Neveux, diffusé en 1967, sur la liberté et sur les évadés perpétuels toujours en rupture de ban car incapables de s'adapter à un mode d'existence trop conventionnel. Il reprend l'intrigue du film de 1966. Pour avoir aidé un malheureux à s'évader de la prison où il était enfermé, Vidocq a écopé de cinq ans de bagne. Il devient alors le roi de l'évasion, sans cesse poursuivi par le zélé inspecteur Flambart, moins caricatural et faire-valoir comique dans la série avec Claude Brasseur, qui fait preuve de ruse et de finesse pour piéger son estimé fugitif. Vidocq ne devient policier qu'à la fin de la première série. Dans la deuxième série, encore écrite par Georges Neveux, en deux saisons (1971 et 1973), Vidocq est déjà policier et prêt à fonder la Sûreté. Dans la deuxième série, beaucoup plus rocambolesque, on suit les intrigues souterraines cachées, ou censées l'être, derrière les grands évènements historiques, de l'assassinat du Duc d'Enghien à la Restauration. On y trouve des comploteurs aristocratiques sans scrupules, à côté Vidocq est un doux agneaux, des confréries secrètes de mégalomanes relevant de la psychiatrie, et surtout il y a les machinations de la baronne de Saint-Gély. Elle est beaucoup plus intelligente que Vidocq, et beaucoup plus cynique aussi. Elle déteste tout autant que lui l'autorité illégitime et la moralke commune. Elle joue avec Vidocq un jeu de séducation dangereux et grisant pour lui.

    Et pour le spectateur.

    Un épisode de la deuxième série ci-dessous en bonus

  • Le trader est-il un immonde salopard ?

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    Je choisis un titre clair...

    trader.jpgSur tous les tons, Mutti Angela Merkel, Baraque Obama, Nicolas Sarkozy, DSK, qui s'y connaît bien en morale c'est de notoriété publique, Martine Aubry, prétendent tous avoir la solution pour moraliser le capitalisme et surtout contrôler la spéculation. Ils se moquent du monde puisque aucun d'entre eux n'a les moyens de cette politique, ou le pouvoir. Ou la réelle volonté. Il en est qui sont là pour se sucrer et prendre les os que les dirigeants des banques ou des grandes entreprises leurs jettent à ronger. Tout comme les garçons sages dont il est question ci-dessous, et le troupeau des consommateurs dociles, ce sont les esclaves du système, volontairement soumis à sa dynamique et ses acteurs, au darwinisme social qui veut que si quelqu'un de faible ne survit pas à la compétition économique on ne doit surtout pas l'aider. Ce n'est rien d'autre que la réactualisation de la loi de la jungle.

    Pourtant, les petits garçons sage de la droite (et de la gauche aussi) libérale se dressent tout de suite sur leurs ergots, à défaut de dresser autre chose quand on ose critiquer la gestion de la crise par les banques, les traders et les spéculateurs. Les uns veulent montrer que la rigueur, qui est toujours pour les pauvres, c’est le plus raisonnable, d’autres s’en réjouissent car cela entretient leur haine des fonctionnaires.

    Ils ne comprendront sans doute jamais qu'un type qui joue avec la vie de milliers d'employés, de salariés, d'ouvriers, est de facto un salopard immonde.

    Ils ne veulen pas payer pour des fainéants disent-ils, avec LEURS impôts, mais étrangement ce sont les premiers à huler comme des cochons qu'on égorge si d'aventure on leur sucre l'une ou l'autre de leurs allocations. Ils ne devraient plus aller au cinéma, pour ne pas payer la taxe sur les billets, ou acheter de Cédés. Curieusement, les mêmes petits garçons sages de la droite (et de la gauche) raisonnable et libérale ne trouvent rien à redire au fait que l'argent PUBLIC soit utilisé pour réparer les sottises de traders irresponsables, de spéculateurs inconscients et amoreux, ou de banquiers sans scrupules (banquier et scrupule, c'est comme banques et humanité, ça ne va pas ensemble). Ceux-ci se sont d'ailleurs empressés de les dépenser en bonus et dépenses somptuaires qu'ils estiment tout à fait mérités. C’est pourtant bien l’État, et les "salauds" de fonctionnaires, qui ont remis sur pied tout ce beau monde

    A ce propos, ce sont les mêmes qui lorsqu’Orange/France Télécom a été privatisée qui râlaient dans les files d’attente (plus d’attente car dégraissage du personnel pour plus de rentabilité). Ce sont les mêmes qui poussent des cris de vierge outragée les nuits de la Saint Sylvestre quand les voitures brûlent et qu’il n’y a pas assez de flics pour intervenir (moins de flics pour plus de rentabilité). Enfin, ils poussent les hauts cris contre l’illettrisme et demandent moins de profs, t'expliquant la bouche en coeur que l'on peut très bien faire cours à une classe de quarante élèves. Certes ce n'est pas seulement une question de moyens mais aussi de formation des enseignants. Et les policiers ne peuvent pas tout quant à un problème sociétal grave. On est d'ailleurs passé pour la question de l'intégration des personnes d'origine immigrée d'un angélisme béat à une crypto-xénophobie qui sont toutes les deux totalement inefficaces.

    Les mêmes poussent à un maintien de l'Euro, qui a démontré depuis longtemps son inefficacité, contre vents et marées parce que dans la logique tout économique, la monnaie unique serait seule garante de l'unité de l'Europe et surtout de la paix. On le voit, dans les Balkans entre autres, ça ne marche pas une seconde, les européens ayant laissé faire des massacres. Ce maintien de l'Euro se base sur une politique monétariste totalement délirante, et autiste, qui entraine progressivement mais sûrement la plupart des pays de l'Union à la ruine.

    Le Père Fouettard

  • Les enfants sages qui détruiront le monde

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    J'ai souvent l'impression étrange d'être un des derniers représentants d'une race en voie d'extinction. Nous étions une génération entre deux chaises, on nous avait appris la réalisation de nos rêves. Tout était possible grâce à soixante-huit et au 10 mai 81, le jour où l'on nous dit que nous étions passé de l'ombre à la lumière. On nous a poussé à tout remettre en question, à rêver d'autre chose, et nous l'acceptions sans aucune difficulté et puis le réel s'est imposé petit à lordoftheflies.jpgpetit, du moins ce que ceux qui dirigent cette société appellent le réel, à savoir la prépondérance absolue du tout-économique. Nous n'étions plus pour la société que des rouages qui devaient l'allégeance au système, la soumission aux règles, pour continuer à consommer ce que nous aimions. Mais si nous étions déjà des consommateurs, nous n'avions rien à envier à ceux qui venaient derrière. Nous les avons vu arriver quand nous étions à l'université. Ils ne portaient pas des habits d'esclaves tels que nous les imaginions, costume trois pièces et attaché case, ils étaient en jeans, en tennis, les cheveux savamment décoiffés, et tellement sages, et tellement sûrs d'eux. Ils se moquaient de nous, nous étions une génération de pleurnicheurs, de mollassons incapables de se décider, tout comme d'ailleurs nos aînés qui nous demandaient de payer leurs retraites, alors qu'ils avaient fait moins d'enfants et que cela s'avérait beaucoup plus difficile. C'était fini les rêves et les idéaux, le désir de changer le monde ne devait plus avoir cours, il fallait que ls système fonctionne.

    Nous étions une génération de pessimistes, élevés aux films apocalyptiques, on nous parlait des conclusions du club de Rome en primaire, on nous affirmait que le futur serait sombre, nous savions que c'était une course à l'abîme. Que ce que l'on nous présentait déjà comme le réel était du vent.

    Sur les quais de gare, dans la rue, à la télévision, je vois de plus en plus cette génération de jeunes hommes et jeunes femmes bien sages, ils sourient à la caméra quand on les interroge, ils ne connaissent plus leur passé. Ils s'en foutent, le 8 mai n'est qu'un jour de shopping en plus comme dit cette charmante écervelée qui court vers les grands magasins, pour un autre, cela n'a pas grande importance de se souvenir des ces mauvais souvenirs, je cite, tout comme le 11 novembre. Le journaliste rit aux éclats de cette ignorance, c'est tellement charmant cette insouciance d'ilotes enchaînés. L'illettrisme n'est pas un drame pour eux, c'est un boulet en moins. La connaissance les aurait peut-être culpabilisés de ne penser qu'à consommer encore et toujours, acheter ce qu'on leur dit d'acheter, comme on dit au chien de faire là où on lui dit de faire. Ils ont tous des écouteurs vissés dans les oreilles, les yeux restent fixés sur le mini-écran de leur téléphone cellulaire, ils ne voient plus les autres, ils ne veulent pas les voir. Ils gardent l'illusion de la diversité des opinions car on leur laisse croire que leurs certitudes sont la conséquence de réflexions approfondies sur la politique, comme sur le net, où beaucoup joue la comédie de l'affrontement manichéen, les bons contre les méchants, le Bien contre le Mal, alors que tous s'accordent sur un point, il faut que le système perdure, qu'il y ait toujours plus de téléphones dernier modèle, d'ordinateurs de plus en plus performant, de plus en plus de caméras pour que d'autres prennent nos responsabilités à notre place.

    Les enfants sages ne veulent plus des physiques hors normes, ils ne veulent plus des handicapés, ils ne veulent plus de différences, ils veulent une humanité standardisée. Ils ne sont pas cruels avec ceux qui sont différents. Ils croient que c'est pour le bien de l'Humanité, ils sont sincèrement surpris quand on les contredit. Ce n'est quand même pas leur faute s'ils mangent cinq fruits et légumes et font tout ce qu'on leur dit pour entretenir leur forme.

    Quand ils boivent du vin, ce n'est pas pour se réjouir avec des amis, mais pour entretenir l'esprit de compétition, ou quand ils mangent.

    Les personnalités hors-norme, ils les considèrent comme des reliques bientôt disparues. Ils oublient que le bonheur universel n'est pas possible comme ils l'entendent, que leurs enfants leur demanderont des comptes sur l'état des ressources, sur l'absence totale d'équité. Les enfants sages rejettent les pays pauvres en se disant que c'est de leur faute, ils n'avaient qu'à se soumettre aux règles, et travailler comme des bêtes de somme paisibles et dociles. Ils ne veulent surtout pas voir l'injustice. C'est terrible, je trouve, de constater que la situation actuelle ne poussent pas plus de monde à essayer de détruire les rouages de cette société inique, qui en contrepartie de l'aide aux pauvres demande beaucoup plus que ce qu'impliquait la féodalité.

    Les enfants sages, ils sont comme les personnages d'« Akira », des gosses tellement soumis, tellement révérents, que le jour où toute la violence, toutes les frustrations qu'ils auront accumulées secrètement et qu'ils n'auront pu contenir en sombrant dans le cyberautisme ludique et violent, éclateront, ils détruiront le monde.

  • Qu'est-ce qu'un emmerdeur ?

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    De tête de lard à anar de droite

    cassepied.jpgJ'ai toujours été têtu, certaines mauvaises langues diront que j'ai toujours été un emmerdeur ce qui ne me dérange pas, Jérémie le prophète est pour moi une sorte de modèle indépassable, même si on sait comment il finit, le sort qui lui a été promis.

    Un jour en CP, tout le monde ne s'en fout pas, vous allez voir, ma maîtresse (enfin institutrice veux-je dire) nous avait fait apprendre un poème qui parlait de "pâques-raides" selon ce que j'avais entendu (elle était d'origine alsacienne) alors qu'il s'agissait bien sûr de pâquerettes. Pourtant, comme moi j'avais entendu pâques-raides j'ai soutenu mordicus que c'était bien pâques-raides et non autre chose, c'est comme des coguelicots, et non des coquelicots, ou dournesols mais cela tout le monde le sait non. Pour cela je n'avais même pas reçu de gifle pourtant méritée, et je n'ai même pas pu faire de cette épisode un moment du martyrologe enfantin. Je détestais déjà avoir tort, et puis s'il fallait céder sur une chose, avouer que j'avais tort, bientôt je devrais céder sur tout le reste, pensais-je déjà. J'étais sur la pente glissante, la pente fatale menant tout droit aux femmes de mauvaise vie et à l'échafaud, plus tard j'ai eu comme enseignant de français en sixième un professeur à l'ancienne mode, les meilleurs, y compris quant au costume (blouse grise et manches de lustrines) qui m'a communiqué l'amour de la bonne tournure de phrase et des mots en général, monsieur Gosselin. Je pense souvent à lui quand je me relis et que je me laisse aller à la facilité. Pour les uns j'étais une tête de lard, pour d'autres un simple chieur. Il vaut mieux passer pour une tête de lard qu'une tête de noeud me direz-vous. Pour ceux qui ne savent pas ce que c'est qu'une tête de noeud prière de se référer à la fig 3 ci-dessous à gauche.

    184579.jpgComme dirait l'autre, « la chair est faible et j'ai tous les livres », moi je n'ai pas lu tous les livres, loin de là, mais je sais quand même quelle tête de lard je puis être. Il y a pourtant un énorme avantage à se conduire en tête de lard (bien que moi je sois plutôt une boule de suif), c'est que quand quelqu'un vous assène ses opinions personnelles comme des vérités révélées et intransgressibles, on lui demande d'argumenter, de développer et d'expliquer pourquoi il faudrait le suivre dans ses démonstrations (dans ses délires). Un emmerdeur ne suit pas le troupeau, il se fout des lieux communs.

  • L'Europe c'est plus l'Amérique

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    porcs_mexique.jpgIl y a quelques années, quand l'Euro a remplacé le Franc, on nous présentait ça comme la première étape de l'avènement du paradis libéral (Allelouya !). On nous a assuré qu'il n'y aurait pas de hausse des prix (non, non, non, promis, juré, craché), mais ceux-ci ont été multiplié par sept ou huit. Pour arriver à maintenir l'Euro en place, on a demandé aux états de s'en tenir à une politique de rigueur budgétaire totalement délirante, 3% de déficit, et en contradiction totale avec les intérêts de chaque état, que l'on a détricoté, à commencer par l'Éducation accusée de tous les maux, accusée d'être un repaire de bobos amoraux et méprisants envers les petites gens de la France d'en Bas. Ceux qui avertissaient de tout cela se sont fait insulter, traîner dans la boue, c'était des réactionnaires, des "gauchiss", des staliniens, des pétainistes, donc tout et son contraire, l'Europe c'était l'Amérique, l'Eldorado, le progrès, la paix, la concorde des peuples (on se demande bien pourquoi) et l'harmonie universelle en gestation (bientôt un gouvernement économique mondial préconisaient les plus délirants...).

    A force de se situer dans le tout économique, à laisser des salopards de traders jouer avec la vie des gens, à jouer comme au casino la survie des peuples, encouragés en cela par les banques pour qui un trader se doit d'être une bonne "gagneuse", une pute quoi. Des conseillers tout aussi irresponsables d'un cabinet de consultation économique sont à la base du chaos grec (à propos, qui parle de la dette des États Unis soient 696 milliards de dollars ?), les mêmes affolent l'Espagne, bientôt ce sera au tour de la France. Je me demande comment on peut ne pas voir l'extrême gâchis de toutes ces politiques. En réponse à cela, certains ne font que proposer le « Care », « j'fais attention à toi si tu fais attention à moi, je ne te donne pas de baffes si tu m'en donnes pas », alors que c'est la base de la société qui est pourrie. D'autres, parlant beaucoup de charité, causent beaucoup des chtits n'enfants africains et des chtits n'enfants asiatiques, qui ornent souvent les couvertures de leurs journaux niaiseux, mais ne veulent surtout pas mettre en cause la base de ce système pourri dés l'origine (« Les catholiques déshonorent leur Dieu, comme jamais les juifs et les plus fanatiques antichrétiens ne furent capables de le déshonorer ». In "Le Désespéré"de Léon Bloy (1887), il faut les comprendre aussi, ils ne pourraient plus se payer de "familiales" tout confort avec gépéhesse et air cond' ou de voitures pour couple d'égoïstes genre Smart. Je crois qu'on attendra encore longtemps vainement une réaction contre le matérialisme (en dehors de la Doctrine sociale de l'Église et des textes de Benoît XVI ou de son prédecesseur).

    Nous vivons pourtant dans une société de porcs, pour reprendre le terme tout à fait pertinent de Gilles Châtelet...

    Amaury Watremez

  • Il n'y a plus d'after à Saint Germain

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    S'il y a bien une chose qui m'agace en ce moment, terriblement, c'est la référence obligatoire quand on veut stigmatiser un écrivain, à Saint Germain des près, forcément également un bobo prétentiard et parisianiste (c'est bien connu, en province, la Robert_Doisneau3.jpgplupart des gens sont des anges de gentillesse et d'amour du prochain, et des crétins incultes donc en toute logique ?). On parle des intellectuels germanopratins comme de dictateurs de la pensée en oubliant que c'est bien faible de se construire une identité intellectuelle personnelle en s'opposant à une autre, fantasmée, et qui reste aussi une référence malgré tout.

    Ce qui est assez agaçant, et sot à mon avis, est que ceux qui anathèmisent Saint Germain, un "Saint Germain" qui n'a jamais existé que dans les films américains des années 50, font toujours référence aux existentialistes, mettant dans le même sac Albert Camus et ce crapaud nihiliste de Sartre qui n'ont pourtant que peu de choses en commun. On parle de la "communiste" Juliette Gréco sans se demander si elle a du talent ou pas. Certains se privent alors de la lecture des "Beaux Quartiers" d'Aragon ou de ses poèmes par sottise. C'est comme s'interdire de lire le "Voyage..." de Céline, apprécier son style ne signifie pas pour autant que l'on approuve sa folie judéophobe, les romans de Drieu, goûter ses phrases n'implique pas que l'on soit fasciste, ou ceux de Roger Nimier qui a commis le crime impardonnable encore de nos jours d'être "Algérie Française". On oublie aussi constamment que Saint Germain c'était aussi Antoine Blondin qui hante encore un ou deux bistrots de la rue Bonaparte épargnés par la "cuisine mondiale" d'un peu partout, la bobolisation, la malédiction des téléphones cellulaires et des bornes ouifi qui permettent à l'esclave moderne de continuer à bosser au café tout en emmerdant ses voisins.

    Par contre, Guy Béart, qui était du quartier, me manque curieusement beaucoup moins.

    De toutes façons, à part le prix du café exorbitant à la terrasse du Flore ou de la Closerie des Lilas, ou les mèches, têêêllement romantiques, ou plutôt so romantic comme le disent les américaines en vadrouille « ine ze moste bioutifoule city ine ze ouorlde », appartenant aux nombreux fils à Papa qui habitent dans le coin, singeant la bohème d'avant, uniquement préoccupés par le fric et la marque de leurs djinns vinetèje de bonne coupe en attendant le coup de piston de leurs géniteurs ou parents, il n'y a plus grand-chose de remarquable là-bas même si cela n'empêche pas les touristes nippons de mitrailler à tout va.

    Depuis une cinquantaine d'années.

    Une chanson de Guy Béart (quand c'est pas lui qui chante, ça dérange moins) chantée par la "communiste" Gréco...

  • La culture et les jeunes

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    222.jpgLa scène prend place sur une chaîne de la TNT pendant une émission djeuns pour djeuns qui parle de l'« actu de la culture », pour les djeuns : « Kult' Djeunz » que ça s'appellerait si ça existait ce genre de choses, ce qui serait encore trop beau.

    Un quadragénaire en habits de djeuns, lunettes noires sur le nez, djinn baggys, tennis, casquette est affalé sur un immense canapé rouge, à ses côtés un comparse plus jeune en ticheurte vert ultra-serré sur lequel est imprimé « 69 » sur le devant et « serial fucker » sur le dos. Chateaubriand fait son entrée en grande tenue, la tête un peu raide, le dos très droit. Il a sa canne à la main et ses gants.

    • Salut les kids, j'espère que ça va ou qwâ ? Aujourd'hui c'est notre nouveau pote Chateaubriand qui vient nous prendre la tetê avec ses mémoires, enfin lui il appelle ça ses mémoires. Trop un truc de ouf tu voâs ?

    • J'espère qu'on va pas se faire trop ièch, lance un deuxième animateur, c'est encore des trucs de vieux, de boloss ce truc.

    • Nannn, salut Cha', tu permets que j't'appelle comme ass passke François-René, je trouve que ça fait tarlouze. Wouarf, wouarf, wouarf, rigole-t-il.

    • Bonjour Monsieur, je vous prierai de prononcer mon prénom en entier. Sinon j'en serai fort marri.

    • Ouais, mais non, d'abord j'fais cke j'veux c'est mon émission !

    • Bien, je m'incline, le désir me prend de quitter ce lieu céans mais l'honneur convient que je reste.

    • Ouaaah, comment y parle, lui ! Enculé ! Sa mère ! Y se la joue trop, croit bon de rajouter le comparse de l'animateur.

    (Rires gras et rires débiles du public qui se met à faire « who oh oh oh »). Le comparse en vert leur montre son cul, explosion de joie du public qui ne se tient plus de bonheur extatique et grégaire. Les panneaux « applause » clignotent très rapidement.

    • Alors, Cha', keskon trouve dans ton bouquin, ça déchire ou quwâ ?

    • J'exprime mes sentiments sur ma famille, ma naissance qui fût de haute lignée et mon destin exceptionnel au regard de la médiocrité des autres hommes. Mon devoir est de raconter fidèlement ce que j'ai vu ou ce que j'ai entendu dire ; je ne dois rien inventer, mais aussi je ne dois rien omettre....

    • J'te coupe Cha' passke sinon les djeuns y vont décrocher tu voâs ? De qwâ ça parle ton truc, c'est qwâ le pitch comme y dit Ardisson ?

    • C'est la providence qui nous dirige, lorsqu'elle nous destine à jouer un rôle sur la scène du monde.

    • J'calcule rien, mon pote, tu pourrais être plus clair ? Tu fais l'amour avec des meufs, tu t'fais du pognon ou bien ?

    • O misère de nous ! Notre vie est si vaine qu'elle n'est qu'un reflet de notre mémoire.

    • J'pige toujours que dalle, tu fumes ou quwâ ? Que le passé d'un homme est étroit et court, à côté du vaste présent des peuples et de leur avenir immense.

    • T'as maté les eins des meufs, mwâ, y'a que ça qui m'branche mon pote ! Le reste c'est des trucs d'intellos, ou de vieux ! Balance avec mépris le comparse en vert.

    • Si l'on vous donne un soufflet, rendez-en quatre, n'importe la joue, répond l'écrivain qui se lève et donne plusieurs coups de canne à l'animateur qui hurle comme un goret que l'on égorge

    • Sécurité ! Sécurité ! Braille-t-il. Il cherche ensuite à quatre pattes les débris de ses lunettes noires.

    Deux gros bras en costume se ruent sur Chateaubriand qui en maîtrise facilement un mais ne peut éviter les poings de l'autre, il s'écroule et les deux « gorilles » l'entraîne vers le fond de la scène sous les vivats du public en délire. Il hurle : « Ouais, foutez le dehors, il est trop chiant !! ».

    Et générique.

    Avec des citations exactes de Chateaubriand

  • Inquiétude en Grèce

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    Merci à Jacques-Étienne, l'auteur de cette oeuvre

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  • "Matons de Panurge" - Philippe Muray

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    Sur cette mentalité qui domine la littérature française, à droite comme à gauche (il ne faut plus critiquer, il ne faut lire que selon son opinion, et s'y tenir, il faut éviter le second degré, jamais compris, toujours mal vu)...je relis Philipe Muray.

    "Défendre la littérature comme la seule liberté précaire encore plus ou moins en circulation, implique que l'on sache exactement ce qui la menace de partout. Même s'ils sont légion, les ennemis de la littérature sont également nommables et concrets. Les pires, bien sûr, logent aujourd'hui dans le cœur de la littérature, où ils sont massivement infiltrés, corrompant celle-ci de leur pharisaïsme besogneux, de leur lyrisme verdâtre, de leurs bonnes intentions gangstériques et de leur scoutisme collectiviste en prolégomènes à la tyrannie qu'ils entendent exercer sur tout ce qui, d'aventure, ne consentirait pas encore à s'agenouiller devant leurs mots d'ordre, ni à partager leur credo d'hypocrites. Sous leur influence, l'écrit lui-même est devenu une prison. Ils contrôlent jour et nuit les barreaux de la taule. Ils dénoncent sur-le-champ les plus petites velléités de rébellion ou seulement d'indépendance. Ces surveillants nuisent en troupeau : ce sont les matons de Panurge."

    Philippe Muray

    (note personnelle ; Merci Rackam, c'est la photo qui beugait)