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  • Marchands de Bonheur

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    Je ne vous ferai pas l'insulte, amis lecteurs, et amies lectrices, de vous rappeler ce qui a la réputation certes d'un cliché, tout à fait exact dans sa signification cela dit, qui veut que l'on n'est jamais conscient de son bonheur bonheur_insoutenable.jpgquand on le vit. Tout ça c'est de la philosophie de comptoir diront les grincheux, mais parfois les philosophes de zinc ont raison. On ne comprend que l'on était heureux que lorsque tout est perdu après avoir couru derrière des chimères improbables, la célébrité, l'aventure, le romanesque. Ainsi, le quadragénaire qui trie des livres, et de vieilles photos, comprend que sa vie était toute douce et tranquille quand il avait trente ans alors qu'il croyait être enfermé dans une routine. La trentenaire qui croyait étouffer dans son travail, sa vie amicale, amoureuse et familiale, s'aperçoit qu'elle a laissé le Paradis derrière elle, un Jardin d'Eden qu'elle ne voyait pas autour d'elle. Le bonheur est volatil, léger, il passe vite. L'adolescent qui veut absolument grandir tout de suite, ou rester un enfant, ne le sait pas non plus.

    L'herbe est toujours plus verte chez le voisin, sa femme plus belle, et sa réussite plus éclatante. Le bonheur ne se met pas en bouteille, ne se réchauffe pas au micro-ondes. On voudrait rappeler la femme que l'on aimait quand on avait une vingtaine d'années, qui était de notre genre, contrairement à Odette pour Swann, mais on n'ose pas, pour préserver le rêve, par lâcheté, et par peur aussi d'être déçu comme Frédéric Moreau quand il voit les cheveux blancs dans le peigne d'écailles de Madame Arnoux. Maintenant, les écrivains, comme Philippe Delerm, ou Anna Gavalda, ont du bonheur une conception beaucoup plus étriquée, à la manière d'Amélie Poulain qui s'occupe de celui des autres parce qu'elle est au fond une sociopathe névrosée, ou une connasse (TM).

    Et le temps passe.

    Il y a beaucoup de marchands de bonheur pourtant qui prétendent nous le fournir. Mais ce n'est pas comme dans un épisode délirant de « Doctor Who » qui voyage vers l'année 5 milliards sur la « Nouvelle nouvelle Terre », pas si agréable et paradisiaque qu'elle semblait l'être de prime abord mais où une injection permet d'oublier tous ses soucis, mais aussi donc ceux qui nous sont proches, puisque l'on s'inquiète toujours pour eux et un spray empêche le chagrin, la peine, l'angoisse. De fait, la société de la « Nouvelle nouvelle Terre » finit par s'effondrer pour cause de trop grande utopie et à se bloquer dans un immense embouteillage.

    Notre terre n'est pas en reste, on voit un peu partout des publicités qui nous promettent le bonheur si l'on boit tel soda, si l'on achète tel système de ventilation, tel véhicule, ou tel gadget électronique dont on se passait très bien jusque là. Les cosmétiques, de la poudre de perlin pinpin en concentré, nous aident à conserver intact notre « capital-jeunesse », à ne pas écorner notre « capital-vieillesse », et à enrichir durablement notre « capital-santé ». On remarque qu'il n'est jamais question de « capital-culture » ou de « capital-réflexion ». Il n'est pas jusqu'à un chanteur pour midinettes qui a vraissemblablement des aspirations messianiques, Cali, pour demander « c'est quand le bonheur » en plongeant dans son public qui adore ça. Je préfère la chanson de Marina Foïs dans « Filles perdues, cheveux gras ».

    Et maintenant les politique s'y mettent un peu plus, ils ont commencé depuis longtemps faut-il le dire, à prétendre vouloir le bonheur pour les citoyens, un bonheur quasiment obligatoire, sucré et nauséeux jusqu'à l'insoutenable bien entendu, à leur idée. Évidemment, nous leur ressemblons tous un peu, nous voulons le bonheur pour nos proches, mais seulement selon l'idée que nous nous faisons de la chose, sans songer une seule seconde à ce qu'ils veulent, eux, et qui est souvent meilleur. J'ai horreur du « care » de Martine Aubry, cette ressucée de « Tout le monde il est bô, tout le monde il est gentil ». Même « quand ça jordanise, quand le pauvre fedayin copie par bêtise la prose à monsieur Jourdain » on préfère continuer à égrener les perles et les lieux communs. Le « Care » c'est « je fais attention à toi si tu fais attention à moi » et même il peut y avoir un contrat entre nous pour officialiser la démarche, ce n'est donc rien d'autres, le « Care » que la doctrine libertarienne de Milton Friedmann et son fiston adaptée au joli monde des Bisounours, que l'on se doit de regarder à travers des lunettes roses, bien sûr.

    Amaury Watremez (qui remercie ses lecteurs : 500 visiteurs par jour en moyenne, et 45000 pages vues par mois).

  • Trop d'économie dans la Grèce

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    La crise en Grèce s'est encore largement aggravée, à cause de mauvaises nouvelles économiques, sociales et financières venues tout droit d'Athènes. L'agence de notation financière Standard & Poor's accorde désormais le statut de « junk bond » ou « obligation pourrie » à la dette des grecs. Leur ministre des finances, Georges Papaconstantinou, a condamné ce qu'il moon.jpgappelle pudiquement le manque de clarté de ses partenaires de l'Eurogroupe. Solon d'Athènes, un de ses compatriotes de l'Antiquité l'avait pourtant déjà dit : « A tes concitoyens conseille non ce qui est le plus agréable, mais ce qui est le meilleur ». Les syndicats grecs se préparent là-bas à une grève générale très dure tout comme les jeunes dont les réactions violentes des derniers mois avaient effrayé la plupart des dirigeants européens qui craignaient une contagion. Ils sont pourtant encore nombreux à crier « L'Europe », « l'Europe » en sautant comme des cabris pour paraphraser le général De Gaulle pendant la campagne présidentielle de 1965 qui dit pendant une conférence de presse : « Alors il faut prendre les choses comme elles sont, car on ne fait pas de politique autrement que sur des réalités. Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri, en disant : l'Europe ! l'Europe ! l'Europe !... mais ça n'aboutit à rien et ça ne signifie rien. »

    On aimerait que la colère monte, mais le troupeau de cabris reste très sage, très obéissant, soumis. Étant donné que les français « sont des veaux », nous voilà bien lotis. Et pourtant on aime bien l'Europe car c'est sur ce continent que demeure une poignée de pays à autoriser encore quelques libertés publiques ce que les intégristes à pilosité développée et les autres, parfois paradoxalement -de prime abord- les bien-pensants les plus acharnés, ne supportent pas.

    La Grèce, gràce aux aides et subventions de l'Union Européenne, a pu construire des autoroutes à quatre voies comme dans n'importe quelle consumérocratie et remiser au garage les locomotives et trains achetés en Allemagne de l'Est, ou les très vieux trains de banlieue de France, qui roulaient à quinze à l'heure (l'auteur de ce texte peut témoigner qu'il y a vingt ans, on pouvait descendre du train qui faisait le trajet Patras-Athènes et marcher à côté puis remonter sans trop de problèmes) pour se payer des wagons flambants neufs sans vendeur de café ou de souvlakis (il faut dire que c'est maintenant un plat très culinairement incorrect). Ce pays a fait comme n'importe quel ménage de la classe moyenne qui veut avoir SON écran plat comme tout le monde, SON gros 4X4 comme tout le monde et le I-phone pour chacun des membres de la famille, tout les joujoux qui permettent de compenser une microcéphalie, par exemple, et il a dépensé en vivant largement au-dessus de ses moyens des années durant. Même, pendant les Jeux Olympiques et après, les grecs ont pu augmenter les prix autant que chez les voisins et se hisser ainsi au nadir du matérialisme et de la civilisation du progrès. Comme ils ont du mal à rembourser, les banques, pourtant elles-mêmes « dans le rouge » depuis bien longtemps chaque fin de mois, Périandre, un sage de Corinthe, les avait pourtant averti « un gain honteux constitue une accusation pour notre nature », agitent maintenant le petit doigt réprobateur et leur ont concocté un dossier de surendettement aux petits oignons. Les grecs n'ont pas de toutes façons de bonus à toucher pour Noèl comme n'importe quel irresponsable jouant en bourse, donc, ils remboursent tout.

    Les grecs étaient pourtant certains qu'avec l'Union Européenne ils avaient tout un chouette tas de copains qu'ils pouvaient taper à l'occasion, voire chez qui ils pourraient squatter et se dorer la pilule le temps de se refaire une sante financière. Chez les chouettes copains, ce n'est pas malheureusement la joie, celui qui est un peu psycho-rigide, l'allemand, et qui travaille beaucoup ne l'entend pas de cette oreille, il n'a pas envie de payer pour ceux qu'il considère comme un tas de fainéants du Sud, en plus ce sont tous des pédérastes, Pierre Desproges le rappelle dans une de ses chroniques : « Les grecs s'appellent aussi hélène : c'est dire à quel point ils sont pédés. Quelquefois, ils enculent même leurs chevaux et roulent des pelles aux poneys ».

    Quant aux autres, ils se disent que c'était prévisible. Si on a trouvé de l'argent en masse pour les banques c'était normal, ce sont des gens tellement sérieux et travailleurs, les « traders », dotés d'une éthique sans faille, tout le monde le sait. Tel, là encore, le philosophe Solon d'Athènes, on pourrait leur rétorquer que : « Si tu juges bon que les autres te rendent des comptes, consens à en rendre toi aussi. »

    Mais pour les grecs, il ne faut pas y penser, si encore c'était des pauvres estampillés par Télérama ou Golias, la philosophie, la naissance des sciences, des arts, la mythologie, tout ça c'est loin, non ?

    Et ils ont été turcs un bout de temps ma bonne dame, les vieilles pierres c'est bien gentil mais il faut faire de la place pour le progrès, vous comprenez.

    Dans le Sud, c'est bien connu on passe son temps à regarder le temps passer au dessus de la blancheur lumineuses des villes, en buvant du café turc ou de la bière « Amstel », en fumant le nargileh, et en jouant avec son « komboloï » (chapelet grec) comme les vieillards à la terasse des cafés, ou de la tapette, à cause des moustiques.

    Des européens qui font un peu « bougnoules » en plus, ça lui déplaît, mais il n'ose pas le dire à cause de son passé ou de la bien-pensance, ceci qu'il soit chrétien de gauche ou pas. Et comme ils le pensent au fond de lui, c'est le genre qui cherche surtout à l'arnaquer, lui qui est pourtant si pur et si naïf et qui a un peu de bon pognon à dépenser.

    Ce qu'il ne dit pas non plus, c'est qu'il y a quelques années il venait en vacances en Grèce avec ses amis, sa famille et ses rejetons cyber-autistiques, parce que ce n'était pas cher, et que n'étant pas chez lui il pouvait se conduire en gougnafier, en gros con, en plouc éthylique et adipeux, vomir tout son soûl du haut d'un ferry en Méditerranée, ou devant le stade d'Olympie, tout en regardant de haut le peuple qui l'accueillait, des européens comme lui ce qui lui faisait son Tiers Monde rien qu'à lui, sans avoir besoin d'aller voir les chtits n'enfants noirs ou les chtits n'enfants asiatiques pour pleurnicher plus tard sur la pauvreté et se trouver tellement généreux.

    A la décharge des touristes, quand on venait en Grèce avec un sac à dos, en la parcourant à pieds et en car, on était plutôt mal vu, tant que l'on ne sortait pas le portefeuille qui avait un effet, semble-t-il euphorisant sur les marchands, les cafetiers, les hôteliers, surtout autour des sites les plus fréquentés. C'était de bonne guerre, en considérant le niveau de vie de l'époque et les salaires moyens, et je versais pas de larmes sur les troupeaux de types en short beige clair, chaussettes dans les sandalettes, avec le sac « banane » bourré de liquidités pendant assez lamentablement devant leur ventre pourtant déjà rebondi ; avec leurs matrones en robes d'été à fleurs rappelant instantanément les motifs de papier peint des années 70.

    Derrière la crise grecque il semble s'en dessiner une autre au Portugal, et juste derrière le Portugal, les suivants sur la liste des créanciers sont les français qui eux aussi usent et abusent du credit « revolving » de l'Union Européenne depuis belle lurette.

    Amaury Watremez

  • L'ironie du sort de la mode ironique

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    00791184-photo-affiche-l-ironie-du-sort.jpgActuellement, le « héros » le plus populaire du petit écran, le docteur House, est un sale type odieux, car disant toujours la vérité et ce qu'il pense, ne se trompant que rarement sur les motivations profondes de son entourage, et perçant à jour les mensonges et les hypocrisies de ses patients. Le public prétend le trouver séduisant, il en est même qui prétendent en vouloi comme ami, alors que dans la vie, ils le trouveraient parfaitement insupportable. Il constitue en fait un alibi, quelqu'un qui aime la vérité, qui déchire les masques, qui se moque des conventions les plus ridicules, c'est bien, mais dans la fiction. C'est un héros qui vaut le détour : cultivé, c'est rare dans les séries américaines, cynique, sarcastique, se fichant totalement de tout ce qui ressemble de près ou de loin à une autorité et pourtant ayant la passion de guérir ses malades.

    Pendant deux ou trois décennies, un des chanteurs les plus appréciés des baby-boomers fut Gainsbourg, qui se trouvait laid, qui était cynique, sarcastique et pourtant un séducteur, gràce à sa blessure qui transformait beaucoup de femmes qu'il croisait en infirmière prête à se dévouer pour lui. La blessure qui se porte en sautoir est extrêmement séduisante, mais pour que ça fonctionne, il faut qu'elle soit authentique, dans le cas de Benjamin Biolay par exemple, c'est du toc, on le voit tout de suite. Gainsbourg pratiquait l'ironie et la dérision car ce qui lui a permis de connaître le succès, la chanson, était pour lui un divertissement, un art mineur « pour des mineures », suprême ironie du sort. Depuis, pour plaire aux filles, les laiderons aux yeux du monde ne se rasent plus et ne se lavent plus qu'un jour sur trois, prononcent quelques lieux communs sur un ton hâtif pour les faire passer pour des saillies définitives, en s'imaginant que cela suffit.

    Quand on revient au réel, la plupart préfère se soumettre aux conventions car c'est quand même largement plus confortable.

    Comme je suis un bon élève ou du moins je l'étais, je procéderai avec méthode, ou du moins j'essaierai. Il y a donc au moins trois définitions possibles de l'ironie en préambule.

    Dans le dictionnaire, l'ironie consiste à affirmer le contraire de ce que l'on veut faire entendre.

    C'est dur à comprendre à notre époque de premier degré roi, de larmes en prime-time, et d'effusions en gros plan. Et notre société vit dans une fiction continuelle, on lui présente comme fondamentaux des évènements mineurs, on la manipule et le pire est qu'elle aime ça, que cela lui plaît. Cette fiction l'amène à vivre dans ce qui n'est qu'une aliénation, et personne ne veut entendre raison et réaliser que tout ce barnum médiatique, politique et économique n'a rien de réel, l'ironie permet de voir les choses en face, de les affronter, d'en percevoir la dérision et le grotesque. C'est l'imbécile qui court après le bonheur sans questions, qui ressemble plutôt à la félicité de la bête de somme contente d'avoir du fourrage et à manger, pour être heureux sans remords, vivre au jour le jour sans réfléchir aux conséquences de ses actes, penser à se réaliser, à développer son « capital santé », son « capital vie », son « capital humour », manger cinq fruits et légumes par jour car ce qui fait du bien à l'intérieur se voit à l'extérieur et l'extérieur est tout ce qui compte.

    Avoir par contre le sens de la dérision, et saisir l'ironie des évènements, c'est prendre le risque de voir très vite ce qu'il y a derrière le décor, les mensonges, c'est prendre le risque d'être lucide somme toute. Cela peut rendre malheureux, car derrière les attitudes d'un enfant, ou d'un adolescent, on voit tout de suite l'adulte qu'il sera, ou inversement derrière l'adulte on devine l'enfance mal vécue, les complexes, la douleur cachée parfois. Derrière le personnage, le sens du dérisoire permet d'apercevoir la vraie personne : ainsi une femme dite « libre » peut cacher une petite bourgeoise avec des envies de charentaises et d'une vie popote, ce qui est légitime, un petit gros peut avoir des envies d'aventures romantiques, un type avec des oreilles maxi-feuillues s'avérer être un virtuose de la langue française et de la musique, et un couple moderne peut vite sombrer dans le vaudeville à l'ancienne, chacun jouant la passion et allant voir ailleurs la plupart du temps.

    colom11.jpgCe qui est triste c'est que ce genre de discernement des caractères est la plupart du temps juste, et la comédie que joue la plupart des personnes, fausse si ce n'est grotesque. La vie est souvent une comédie absurde, dit comme ça, ça ressemble à un cliché, mais c'est le cas, et j'ajoute qu'elle ressemble à une comédie de Ionesco, le langage, les conversations y sont généralement un long catalogue de lieux communs et de banalités que les nouveaux médias répandent un peu plus, le tout menant à une standardisation souhaitée des esprits, l'humanité rêvant de s'uniformiser croyant qu'elle éliminera ainsi la souffrance et le mal. Nous jouons tous un rôle, celui que l'on croit obligatoire, avec tout ses corollaires, les atrabilaires de même.

    Quant à la perception de l'ironie dans la société actuelle, je me demande parfois si nous ne sommes pas déjà dans le fantasme d'un personnage d'un roman de Philip K. Dick dont je rappelle l'argument : cinq personnes sont coincées dans un accélérateur de particules qui explose alors qu'elles le visitent. La conséquence est que chacun d'entre eux peut ainsi matérialiser sa propre vision du monde, issue de leurs névroses, de leurs blocages, de leurs peurs. J'ai le sentiment que nous vivons dans celui de la dame patronnesse du récit, puritaine mais moderne, se voulant rationnelle et complètement paranoïaque ; les maisons sont rose bonbons, et bleu fuchsia, le centre des villes est construit partout sur le même modèle, autant de non-lieux à perte de vue, les femmes sont en robe d'été comme dans des pubs pour breaks familiaux et les hommes ont tous une chemisette, une coupe en brosse, une cravate noire et des stylos qui dépassent de la poche de poitrine. Progressivement, ce monde se dégrade et l'on s'aperçoit que les êtres humains y sont petit à petit assexués, ils n'ont plus de sexe du tout, ceux qui pensent différemment subissent un sort atroce. Comme les quatre autres, il finit bien sûr par s'effondrer sous le poids de tant de psychose.

    Ma définition de l'ironie serait plutôt celle-ci : « Le sens de l'ironie est une forte garantie de liberté » de Maurice Barrès (extrait de Sous l'œil des barbares). Barrés savait détecter chez l'autre l'imbécilité dés le premier coup d'œil, il laissait une petite chance, puis n'écoutait plus. Léon Daudet le décrit pliant ses longues jambes dans un fauteuil « club » de l'Assemblée Nationale, acceptant avec courtoisie de discuter avec les quémandeurs et les journaleux, les collègues d'hémicycles, les disciples en attente de leçons.

    Henri de Régnier définit quant à lui le côté séducteur de l'ironie, qui est aussi dangereux : « Les femmes préfèrent la brutalité à l'ironie. Le brutal se met nettement dans son tort à leur égard ; l'ironiste les met en méfiance vis-à-vis d'elles-mêmes et cela ne pardonne pas. » (Extrait de Lui ou les Femmes et l'Amour). Les femmes sont comme Sainte Beuve pour qui l'ironiste est un lâche, et selon lui « De toutes les dispositions de l'esprit, l'ironie est la moins intelligente ». Notre époque est comme Sainte-Beuve, elle déteste le second degré, ce qui demande un peu d'intelligence pour comprendre, les phrases qui ont un double ou un triple sens, les personnes se moquant du monde et qui refusent de se soumettre aux diktats à la mode. Elle se méfie de la dérision et du cynisme, elle n'aime pas ce qui va contre le consensus mou vaguement humanitariste en vogue.

    A ce propos, c'est quand même plutôt amusant la définition de Sainte Beuve, lui qui fut par ailleurs un grand ironiste et incapable de créer quoi que ce soit, faisant son métier de critiquer la création des autres.

    Ce qui est réellement ironique.

    C'est encore l'ironie du sort : Gainsbourg, Sainte-Beuve, même combat.

    Exprimer son ironie quand on n'est pas encore connu ou reconnu, que l'on n'a pas son nom dans les dictionnaires, c'est risquer d'être considéré comme un cynique, bien que l'on confonde avec la misanthropie. Un cynique est un être humain qui a voulu aimer les autres, le monde et tout ce qui l'entoure sans voir que ce monde était marqué par le Mal. Quand il s'en est aperçu, il ne voyait plus que ça, que ce qui ne va pas, les ridicules et les hypocrisies, les forfanteries et les vanités, les complexes d'infériorité et de supériorité. Il s'est construit une cuirasse de dérision et de causticité pour se protéger, c'est peut-être déjà plus humain que d'autres qui se construisent des personnages grandiloquents. Le cynique n'est pas si loin que ça du mystique, il sait très bien que ce monde n'est que vanité en concentré et rien d'autres et il peut croire qu'il passera, ce qui lui permet de sublimer. Bien sûr, comme le cynique est réputé méchant, c'est bien commode pour ne pas l'écouter, on le rejette.

    L'ironie ou du moins sa forme institutionnelle, peut pourtant sembler à la mode.

    L'insolence à la radio ou à la télévision se porte bien, et aussi dans quelques livres. Mais il ne s'agit pas de n'importe quelle insolence, il s'agit de celle qui se vend bien, de celle du roquet qui mord le mollet des passants mais dont les dents sont limées depuis longtemps. Il y a quelques années dans « le Fou du roi », j'écoutais par exemple Guy Carlier faire ses chroniques télé, c'était parfois presque drôle, le plus souvent laborieux, depuis il a pété deux ou trois câbles et se prend pour une conscience, donnant en exemple de femme politique une ancienne harengère à en juger par sa façon de s'exprimer.

    Il y avait déjà Didier Porte et Christophe Alévêque. Carlier, lui, a sombré dans la guimauve, le mièvre, le sucré ; quand il se met d'une voix calme et pincée à nous entretenir de ses origines prolétaires, selon lui, pour justifier des goûts de fond de cuvette, on a envie de l'étrangler. La cerise sur le gâteau étant quand il croises ses anciennes cibles et qu'il s'aplatit (autant que ça lui est possible). Maintenant, il aime tout le monde. Et puis je trouve particulièrement grotesque ses plaintes concernant sa grossitude, qu'il assimile à une culture, un peuple, une race (?) lâchant entre deux pleurnicheries que ses contradicteurs sont en fait des racistes anti-gros. Je peux me permettre de lâcher ça étant moi-même voluptueux. Il fait parfois du Céline de Prisunic presque honorable, mais s'arrête toujours bien là où il faut.

    Didier Porte et Christophe Alévêque sont des missionnaires de progrès quant à eux, pas des humoristes ou des polémistes comme les autres. Ils font rire mais ils délivrent aussi un MESSAGE. Ils sont là pour instruire le peuple, attaquer la politique du gouvernement – ça ne me déplait pas du tout bien sûr- mais ne se posent pas de questions sur leur place dans une station dirigée par un copain de la femme du type qu'ils attaquent quasiment chaque jour. Et curieusement, ces deux humoristes n'attaquent jamais vraiment le système pourtant largement plus responsable du bazar actuel. N'oublions pas Guillon qui se pose de lui-même en « héritier » (ici on ouvre les guillemets avec des pincettes) de Desproges, il n'y a qu'une seule différence mais elle est de taille, Desproges était prêt à partir et perdre une bonne sinécure si on lui changeait une virgule dans un texte, Guillon, lui, la virgule, il la change tout seul comme un grand.

    On reste dans la mythologie habituelle, la blague didactique : un zeste de Chavez, un chouïa des épiciers de Tarnac, mais si, rappelez-vous, les petits bourgeois jouant aux gendarmes et aux voleurs et se faisant piéger, pas mal d'attaques contre le Pape et le catholicisme ; si encore toutes les religions étaient brocardées, je n'y verrai aucune malice, mais on ne peut s'empêcher de spécifier quand on parle de la burqua qu'il y a aussi l'intégrisme catho qui est, on le suggère très fortement, bien pire : L'Inquisition, les tortures byzantines, tout ça...

    En face, qui c'est que c'est que l'on a ? Laurent Gerra et Nicolas Canteloup. Deux orfèvres en matière d'humour. Le premier rappelle avec émotion ces grands couillons dans les vestiaires adolescents qui font des concours de pets avant et après l'effort, ces grands pendards de chambrée virile post-pubère qui aiment bien les blagues qui tâchent, les bonnes grosses vannes bien en-dessous du niveau de la ceinture, si seulement, on est déjà au niveau de la prostate en fait. On rigole, on rigole, sur le président, mais on est plus lâches contre les opposants, faut pas déconner, on reste dans le ciblé, le cadré, le normé. Car si on va trop loin, on perd un bon paquet d'oseille (le pognon encore, chers petits amis !).

    Quand j'ai vu toutes ces anciennes et nouvelles vedettes réputées pour certaines tellement insolentes et irrévérencieuses rappliquer en quatrième vitesse à l'Élysée pour réclamer une application sévère de l'Hadopi après nous avoir bassiné sévère pendant des lustres avec des leçons de morale de correction politique sur la liberté de pensée (la leur), je n'ai pas été surpris. On avait déjà vu que là, quand on parle de pognon, adieu non pas "veau, vache, cochon", mais bonnes intentions et grandes déclarations.

    On me cite pourtant souvent les individus ci-dessous comme modèles d'insolence et d'irrévérence, j'ai un peu la nausée.

    L'ironie qui n'est pas dévoyée par le système, par le commerce, est comme l'humour « la politesse du désespoir », car on ne peut pas faire grand-chose contre la sottise « au front de taureau » contrairement aux voeux pieux des idéologues en tout genre qui croient encore maintenant que la nature humaine peut être dirigée dans le bon sens, forcément vers un progrès que l'on s'imagine constant, vers le paradis matérialiste qui transformera un jour ou l'autre complètement l'homme en machine..

    Amaury Watremez

  • L'esclave aime son esclavage

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    lidl1.jpg“Nous pouvons dire que la libre pensée est la meilleure de toutes les sauvegardes contre la liberté. Emanciper dans un style moderne l’esprit d’un esclave est la meilleure façon d’empêcher l’émancipation de l’esclave. Apprenez-lui à s’interroger sur son désir d’être libre et il ne se libérera pas.”

    Gilbert Keith Chesterton, “Orthodoxie”

  • Ribéry et les footeux au confessionnal

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    J'ai regardé il y a deux jours « le Grand Journal » avec Daniel Bravo, Jacques Vandroux et un responsable de la FFF à l'élégance disons pachydermique. C'était un festival de beauferie et de vulgarité rance justifiant presque Ribéry, qui n'est d'ailleurs pas la moitié d'un imbécile, mais aussi les autres footeux pris la main dans la sac mais pas que. 92459_une-ribery-govou.jpgL'un des « animateurs » de l'émission prétend que « les putes, la flambe » font partie de la mythologie des sportifs, Ariane Massenet à côté ricane bruyamment, du rire de gorge de la fille de salle, que donc tout est normal à les entendre. Ensuite les mêmes excusent les trois néanderthal, la prostituée mineure aurait pu montrer ses papiers en somme, c'est donc de SA faute. Le responsable de la FFF finit par affirmer sans trop de vergogne que « à cause de cette affaire, les joueurs vont mal jouer ». En effet, les pôvres, ça va même les empêcher de dormir, eux qui émargent à des millions d'Euros par an pour jouer avec la baballe et la mettre dans les « bois », et cela n'empêchera pas le spectateur télévisuel de regarder les matchs. Et puis il y trop de contrats de pub avec du bon gros pognon pour que l'on remette en cause le comportement de queutards décervelés des joueurs. Ce qui gêne finalement, ce n'est pas que la fille soit mineure au moment des faits, c'est que ça s'apprenne.

    C'était un peu la même argumentation que l'on entendait dans la bouche des défenseurs de Polanski, qui avaient finalement le même niveau que celle en faveur des footeux, « on n'est pas sérieux quand on est un artiste et que l'on a 43 ans, la preuve on fait que que des conneries, et en plus la fille était certainement une « salope » comme a pu l'écrire un philosophe de mes deux libéralo-pouèt pouèt ».

    Les mêmes commentateurs, de par leur acharnement contre l'Église, ses prêtres et le Pape, finissent par créer un soupçon de pédophilie sur tous les prêtres et les catholiques, tous suspectés de déviances sexuelles ignobles (elles sont ignobles quand elles concernent les catholiques qui sont tous des frustrés c'est bien connu).

    On me demandera encore après pourquoi cette société me débecte...

  • Un genre de questionnaire de Prost

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    J'ai répondu à un questionnaire excellent pour mon ego pour le blog "Conditor Alme Siderum". Voici la plupart de mes réponses

    divan2.JPG1/ Qui êtes-vous ? D'où venez-vous ?

    Je suis une sorte de petite barrique perfectionnée, car j'ai le don de la parole, je parle beaucoup, souvent pour ne rien dire. Il paraît que je suis une boule de suif souffrant de logorrhée (ce qui est moins grave je vous l'accorde qu'une gonorhée). Je viens de là (voir fig1) et je pense y retourner bientôt (voir fig2). Pour les provinciaux, je suis un gros beauf parisien cynique depuis vingt-cinq ans, pour les parisiens, je suis un affreux péquenot sacarstique.

    Dans quel état j'erre ? (cette question manquait)

    Les uns pensent que je suis depuis longtemps dans un « état proche de l'Ohio », les autres que je suis spécialiste en éjaculation narcissique et onanisme de sacristie, quelques inconscients continuent à me lire et apprécier cependant ce qui contribue énormément à l'entretien de mon ego surdimensionné.

     

    2/ Qu'est ce qui, généralement, vous enchante ?

    La connerie en général, la mienne en particulier car nous sommes tous le con d'un autre. La connerie est fascinante, multiple et tellement répandue ainsi que l'autosatisfaction ou la prétention, la certitude sans failles, toutes choses que le Net permet de répandre de manière encore plus performante qu'avant. Le poète de sous-préfecture peut enfin être lu, et s'imaginer génial et maudit par la critique qui est toujours composée d'affreux bobos bien entendu. J'adore les prétentieux, les crétins, les bons apôtres, les illuminés, les hors-normes, les révolutionaires en charentaises, les libéraux en tongs, la comédie humaine, la dérision, tout ça.

    A part ça, la beauté des filles bien sûr. D'ailleurs c'est surtout pour leur plaire que l'on cherche à se faire remarquer, n'est-ce pas ?

     

    3/ A quelle époque auriez-vous aimé vivre ? Pourquoi ?

    Question délicate.

    J'aurais bien aimé vivre au XVIIème siècle pendant le règne de Louis XIV, même si on pouvait mourir d'un rhume. Ou alors juste avant la Révolution, pendant toute cette période où règnait « la douceur de vivre » quand on savait que la nature humaine n'est pas répressible parce qu'on ne peut pas décider qu'elle le soit (j'ai horreur des bons apôtres d'où qu'ils viennent, qui veulent me forcer à un bonheur dont je ne veux pas, sans me demander mon avis), on y était plus charnels, plus terriens, plus incarnés. Je me trompe certainement quant mon adaptation possible à cette douceur, car finalement c'était une autre planète, des manières de vivre et de penser extrêmement différentes.

    Ou sinon, j'aimerais bien connaître le même genre d'expérience que le héros du feuilleton « Life on Mars ».

     

    4/ Qu'est ce qui vous fait souffrir ?

    Le mensonge.

    La lecture d'un extrait du roman de Virginie de Clausade

    « Ça a été galère de planter mes copines, j’ai feint une migraine fulgurante. Pas sûr qu’elles m’aient crue, mais elles m’ont laissée filer sans trop de questions. Blottie contre lui sur sa Triumph, je suis contente de moi. J’aime bien être capable de suivre quelqu’un comme ça, sur un coup de tête. À ce moment précis, sur cette vieille moto, j’adore ma vie. Je n’ai aucune idée d’où il m’emmène. »

    5/ Que lisez-vous actuellement ? Quel livre (ou quel auteur) représente, selon vous, l'horizon indépassable de la littérature ?Je suis en train de relire la correspondance de Flaubert en Folio, réellement passionnante, comme en plus c'est un choix de lettres, cela permet d'évacuer les courriers anecdotiques (liste de commissions...). Je suis bien embêté pour répondre à la deuxième question car il n'y en pas qu'un seul, bien loin de là. Chaque période littéraire a ses géants, pour l'instant, du moins en France, je trouve qu'il y a beaucoup de nains. Sur mon horizon, il y a Alexandre Vialatte, Marcel Aymé et Philip K. Dick, trois auteurs ne souffrant pas du mal moderne qui est la prétention narcisique, le repli sur soi vaniteux.

    6/ Quel grand classique vous tombe invariablement des mains ?

    « Ulysse » de James Joyce, Claudel, Zola (quant à lui j'ai un mal fou à dépasser la dixième page de ses romans)...

    7/ Qu'est ce qui vous a pris de rédiger un blog ?

    Cette question !...

    Comme tout le monde, voyons, mon ego bien sûr. Au départ c'était pour faire de la réclame pour mon roman, au bout de quelques semaines, du fait de l'afflux massif de visiteurs par jour (une vingtaine...) j'ai commencé à publier mes humeurs ; je sévissais déjà auparavant sur zazieweb maintenant disparu.

     

    8/ Quel est le pire blogger à votre connaissance/ le meilleur ?

    Un certain Jean-Mi se rêve en caricaturiste sur son blog, il se voit très insolent alors qu'il est aussi gentil et doux que le nounours Cajoline (TM). Il ne sévit plus depuis l'élection d'Obama. J'ai également horreur des critiques de Clarabel, tellement positive, tellement dans l'esprit aseptisé que l'on en a mal au coeur. Elle abuse des sucreries à mon humble avis.

    Les meilleurs ? Car il y en a quelques uns que j'aime bien, « old fashioned » de Nicolas Huchet, le site de Manu Larcenet, surtout le journal de création au jour le jour et « l'actu du noir » de Jean-Marc Laherrère.

     

    9/ Un avis sur Conditor Alme Siderum ?

    Réponse nord-coréenne : Avant Conditor Alme Siderum, j'étais dans les ténèbres de l'ignorance, depuis que je vous lis, je suis comme ressuscité.

    Ma réponse : De l'ecclectisme et de l'intelligence, deux choses que j'aime bien. Et je lis déjà Lanternier.

     

    10/ Que pensez-vous de la pornographie ?

    Comme tout le monde, je trouve que c'est très mal, je n'ai jamais regardé de film X (quand on en a vu un, on les a tous vu) et encore moins de sites du même acabit.

    Sérieusement, je suis persuadé que la plupart des pornographes détestent les femmes qu'ils réduisent à des objets.

    11/ Quels sont les lieux qui vous apaisent ?

    Les océans, le désert, la vieille ville de Jérusalem, Montmartre.

  • "Chagrin d'amour" - "Chacun fait ce qui lui plaît"

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    Aujourd'hui, une petite collation en cadeau, une petite madeleine des années 80, de la même famille qu'Elli et Jacno (donc une madeleine un peu flashy, un rien fluo).

    Je me suis rendu compte en le regardant à quel point ce genre de chansons paraît maintenant désuet.

  • Lire (la correspondance de) Flaubert dans les transports en commun

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    On se dira, quelle utilité de parler de Flaubert encore maintenant ? Est-il encore un auteur à lire ? Ce n'est pourtant pas un perdreau de l'année dans l'actualité pourra-t-on me rétorquer, ce à quoi on répondra que la plupart des écrivains actuels sont beaucoup moins vivants que lui, beaucoup plus tournés en contemplation vers leur nombril, et beaucoup plus engagés que lui qui était totalement dégagé des sottises à la mode de croisset_p.47.jpgson temps, y compris le positivisme. Et bien qu'il bouffât souvent du curé (on lui pardonne, après tout un de mes ancêtres pendaient les cons lors des « Guerres de Religions » ce qui faisait du monde), il devait espérer tout au fond des tréfonds de son âme en la possibilité de l'amour et la miséricorde divines. On trouve bien sûr la Correspondance en ligne, ici , (en toute immodestie, je l'ai trouvé pour le prix d'un paquet de « clous de cercueil » en version papier chez un bouquiniste de Rouen, ce qui est quand même incomparable pour le lecteur, et mon amour-propre, et un éditeur qui s'appelle Conard on ne résiste pas). Mais on trouve aussi un recueil des lettres les plus marquantes chez Gallimard en Folio, et la correspondance complète dans diverses éditions (des citations par thèmes à ce lien). On peut laisser la lecture de la Correspondance de Flaubert en version électronique à Michel Onfray et Bernard Werber (la Gràce du Très Haut les étreigne de son bras puissant), deux écrivains non sans talent de notre époque d'intelligence toute puissante (je plaisante).

    Et pourtant, une phrase comme «La vie doit être une éducation incessante ; il faut tout apprendre, depuis parler jusqu'à mourir » qu'écrit Flaubert à Maupassantjustifie presque à elle seule la lecture de cette correspondance que Borgès qualifia de « virile ».

    *

    Je sais (comme dirait Jean Gabin au crépuscule de son existence). Je sais, c'est le genre de titre qui donne l'impression que l'écriveur de ce blog a un ego surdimensionné, ce qui est tout à fait exact il est vrai, il a parfois peur de n'être qu'un Homais de gouttière, un atrabilaire de sous-préfecture. Mais ce qui me rassure somme toute est que Flaubert lui-même ne quittait pas beaucoup sa Normandie durant les vingt dernières années de sa vie, excepté quelques séjours parisiens et les visites à ses diverses égéries.

    Il ne devait pas regimber tellement à s'isoler progressivement et du milieu littéraire des « gendelettres », et du peuple docile quand il s'agit des pires bêtises. Il s'oppose à Hugo qui est quant à lui certain que la nature humaine est perfectible à coup de bons sentiments, de grandes déclarations fracassantes et de bonnes intentions. Comme il l'écrit «Tout le rêve de la démocratie est d'élever le prolétaire au niveau de bêtise du bourgeois. Le rêve est en partie accompli. » Il ne croyait pas si bien dire, en 2010 c'est toute la société qui est imprégnée des valeurs, si l'on peut dire, de la bourgeoisie matérialiste, amorale et libérale-libertaire.

    Et «Le peuple est un éternel mineur » malgré toute l'éducation que les « phares de la pensée » ont cru lui donner.

    Certains s'amusent à me comparer au chef de caravane du « Ringling and Ringley » Barnum Show, qui trimballait aussi quelques horreurs dans son sillage, tout comme le romancier exilé à Croisset, de la femme sirène authentique à un vrai technocrate avec un attaché case rempli de paperasses, en passant par une femme à barbe ou le véritable « homme singe du pays de Galles ».

    *

    Les djeuns pourraient le lui reprocher : « Ouah, l'ôt' hé, il a pas de portables tactiles, il lit des l-i-v-r-e-s, trop zarbi le keum, il est trop dar » (ce qui se traduit par : « Ce personnage engendre chez moi un sentiment d'incompréhension car il n'est pas à la pointe du progrès »). Une citation de la Correspondance pourrait être méditée par la plupart des blogueurs (note personnelle : moi le premier, moi le premier) : «Le difficile en littérature, c'est de savoir quoi ne pas dire? » mais «quand on a quelque chose dans le ventre on ne meurt pas avant d'avoir accouché.»

    Les transports en commun sont, faut-il le rappeler, rarement les vecteurs de transports sensuels ou amoureux, bien qu'il se raconte des anecdotes prétendant le contraire mais enfin « la madone des sleepings » se sentirait à l'étroit dans les commodités des trains modernes et Emmanuelle serait bloquée au sol comme tout le monde en ce moment à cause d'un nuage volcanique islandais, il lui serait alors impossible d'avoir « le bas en haut » en « business class », ce qui me fait penser qu'Emmanuelle c'est un peu « la madone des sleepings » de l'âge de la Bourse triomphante.

    200px-Gustave-Flaubert2.jpgFlaubert connaît nombre d'extases éthyliques, haschinines ou autre, en voyage, quand il est en Orient dont il ne fait pas qu'humer les parfums dans les souks. Ses lettres à Louis Bouilhet d'Égypte ou de Jérusalem démystifient grandement les journaus de tous les grands hommes qui ne vivraient que d'intelligence, de rafinnement et de cultures partagées. Flaubert est loin de se cantonner à l'intellect. Il prétend à Louis Bouilhet que «L'organe génital est le fond des tendresses humaines.». Il ne vas pas cependant jusqu'à se souiller et souiller une enfant comme Maxime du Camp qui souffre des mêmes instincts que Polanski ou un curé progressiste « dynamique avec les jeunes », Il succombera quant à lui à son vice en Syrie.

    On y voyage certes en prenant moins de risques que par l'alcool, qui est une manière de voyager assez étourdissante, et on s'y fait moins mal aux yeux que par la lecture. En plus, la correspondance de Flaubert même dans l'édition « digeste »(comme disent nos amis de la Perfide Albion) de poche, c'est écrit trop petit, et il n'y a pas de dessins à colorier. Généralement on y trouve toute une brochette de névroses diverses, en particulier parmi les habitués, l'aristocratie du voyageur, que ce soit un car ou un train, ce qui revient presque au même, dans le train, les habitués se rangent par wagon, dans le car, on ne peut pas changer, de wagon. Et l'on n'y rencontrerait même pas de Madame Schlésinger, le modèle de Madame Arnoux dans « l'Éducation Sentimentale », qui finira dans la triste réalité folle à lier, écumante, dans un asile de l'est de la France. C'est pour cette raison que l'histoire d'amour de Frédéric est tellement bouleversante, malgré l'auteur lui-même qui jouant le cynisme jusqu'au bout, se demande dans une lettre à Louise Colet s'il faut que ses personnages « baisent ensemble » selon son terme très cru qui est aussi une manière de pudeur.

    Malheureusement.

    Cela, l'observateur attentif l'aura bien sûr remarqué (note personnelle : ici, il y a quelques graines de dérision ami lecteur, je ne pense pas réellement qu'il faille être si attentif que ça).

    *

    De temps à autres, dans le « tégévé », en classe confortable, on peut croiser des philosophes néo-nietzschéens (ils sont persuadés qu'être anti-cathos suffit), comme Michel Homais, pardon, comme Michel Onfray, qui lisent le journal, « Le Monde », un journal beaucoup plus drôle que « le Hérisson » à vrai dire, sur leur « ail-fône » car ils sont pour le progrès, merde, quoâ ? Flaubert l'aurait conchié ce genre de philosophes de comptoir soit dit en passant, ce pour quoi, un peu rapidement, on classerait bien Flaubert dans la catégorie des anarchistes de droite, catégorie dans laquelle on me classe souvent (mais pourquoi ? Grands dieux ! Pourquoi ? Moi qui suis d'une grande douceur et d'une parfaite tolérance), à savoir le genre d'individus qui déteste la sottise grégaire et la connerie du troupeau quand celui-ci quitte ne serait-ce qu'un instant ses pâturages.

    Et il conchierait de même « le Monde ».

    Il y a particulièrement dans les transports en commun les bureaucrates fiers d'être esclaves, contents d'être dévoués à un patron, ou un chef de service qui exploite sans vergogne leur candeur et leur crédulité. Cela va de la dame entre deux âges pomponnée et apprêtée selon les canons de la mode pompidolienne, avec choucroute décolorée en option, que l'on soupçonne d'être amoureuse de son supérieur hiérarchique qui, miracle de la technique peut la déranger à trois heures du mat', gràce à l'invention du téléphone cellulaire (le vocable « téléphone portable » étant, comme me le faisait remarquer judicieusement une camarade intelligente qui porte des minijupes très courtes, un pléonasme, c'était un peu ma propre Louise Colet), au névrosé raide comme un piquet sur son siège qui bout d'impatience car il ne supporte pas ses semblables et qui attend avec impatience de se planquer derrière son « box » au bureau, ce qui lui permet d'envoyer des messages vengeurs ou haineux, planqué derrière un pseudo judicieux, souvent suggèrant qu'il est doté d'une virilité étonnament triomphante. Ils valent bien les « monsieur Prudhomme » dont parle souvent Flaubert et les « ronds de cuir » de Courteline, qui ne s'est pas toujours appelé ainsi (puisqu'il s'appelait Courtepine).

    *

    croisset.jpgEt puis il y a aussi un autre genre de sauvage, celui qui préfère s'abstraire dans les livres. Autour de lui, on ragote, on cancane, il s'en fiche, on « bouvarde », on « pecuchètise », ça l'indiffère, on « bovaryse », il ne s'en inquiète pas, on le suspecte aussi de temps à autre d'être un « prétenssieux » ou une sorte de tante non pratiquante, il préfère en rire. On enrichit ainsi le dictionnaire des idées reçues de nombreuses définitions ou re-définitions. A lire la correspondance de Flaubert, lui qui haissait non sans délectation la bêtise bureaucratique mais aussi la démocratique, « Je ne veux faire partie de rien, n'être membre d'aucune académie, d'aucune corporation, ni association quelconque. Je hais le troupeau, la règle et le niveau. Bédouin, tant qu'il vous plaira ; citoyen, jamais ». De toutes façons il rejette la bêtise moderne : « L'immense bêtise moderne me donne la rage. Je deviens comme Marat insociable ! attachez-moi ! je mords ! » (A Léonie Brainne. 14 juin 1872) . Il serait bien plus enragé en nos temps de délitement social total malgré le multiculturel et l'avènement prochain du nirvâna consumériste.

    Il aurait certainement détesté mais ça n'aurait pas été perdu pour la littérature. En son temps, il était limité, l'abrutissement du troupeau, de nos jours, il n'a plus aucune borne gràce au sacré « Village Global ». C'est plutôt d'être en dehors de la horde qui pose problème même si, certes, comme lui « Ma volonté seule suit une ligne droite, mais tout le reste de mon individu se perd en arabesques infinies » (à Louise Colet, 13 mars 1854).

    *

    Amaury Watremez

    « Correspondance » de Gustave Flaubert en « Folio Classique » chez Gallimard, 10,90 Euros.

  • Les "post-colonies" et la "Françafrique"

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    « Voyage en postcolonie

    Le nouveau monde franco-africain »

    Sur le Ring aussi

    Stephen Smith – Grasset

    Lien vers un blog africain décrivant la vie quotidienne au Congo sans langue de bois

    Il convient d'abord de citer cette définition, comme le fait Stephen Smith, à peu près d'après Flaubert et son « Dictionnaire des idées reçues » : « Postcolonies » (nos) : s'en déprendre avant d'en parler.

    2437988791_1.jpgOr, les français ont du mal à en parler car ils sont loins d'en être dépris. Stephen Smith est lui même fils d'une parisienne et d'un américain ce qui lui permet d'avoir un regard presque objectif sur le sujet qu'il étudie, du moins à la manière de Gulliver parcourant Lilliput ou Brobdignac, raillant les ridicules des uns et l'hypocrisie de certains hommes de pouvoir, s'étonnant de ses découvertes parfois surprenantes. Et cela donne à son livre plus ou moins des allures de « Lettres Persanes » du XXIème siècle.

    Il cite à la fin du livre de riches africains qui viennent de lui offrir un repas dignes des meilleures tables pour lui en jeter plein la vue, ce genre de comportement existe également en Afrique, qui lui demandent : « Ah bon, ces gens-là ont aussi des appartements cossus et des voitures de luxe à Paris ? ». Ceci pour dire combien ce livre met de clichés à terre.

    Pour eux, les miséreux, ce sont plutôt les parisiens, ces gens qui se baladent en jeans et veste « vintage », en vélos qui ne sont même pas à eux, habitent des appartements minuscules comme des paysans de brousse, et dont les enfants sont promenés sur leurs ventres par les pères qui n'ont même pas honte.

    L'auteur se demande dés les premières pages, et cette question reste le fil rouge de l'ouvrage, ce qui reste de la colonisation française dans les anciennes possessions de l'AOF et de l'AEF, s'il y a une haine de l'ancien colonisateur, il semble que si il n'y a pas de rejet de la France et de sa culture, il apparaît qu'il y a effectivement une haine des français, ou plutôt du « français » d'ailleurs. Ceux-ci restent, paradoxalement, des employeurs très courtisés. Enfin, beaucoup de coopérants d'ONG ou d'états travaillant sur ce continent sont des maris potentiels convoités, y compris ceux qui ne disposent que de 200 Euros par mois soit l'indemnité standard de coopération qui équivaut quand même à 50 000 francs CFA, certains prétendant avoir « été quasiment pourchassé par plusieurs Naomi Campbell les seins nus », ce n'est pas un sort dont on les plaindra forcément. L'auteur de ce livre est lui-même sollicité de nombreuses fois, les jeunes personnes le courtisant prenant sa réserve pour de la timidité.

    L'auteur du livre se pose également la question fondamentale, quant aux rapports de la France avec l'Afrique, de l'importance de la « Françafrique », un continent de magouilles encore largement inexploré, celles-ci ayant servies à financer la plupart des partis et des hommes politiques au pouvoir depuis plusieurs décennies depuis la dernière guerre mondiale, incarnée par des hommes aussi divers que Jacques Foccart, « conseiller spécial » de De Gaulle à Chirac, tombé en disgrâce depuis, et Claude Guéant, une nouvelle sorte d'éminence grise de la présidence actuelle. C'est certainement la partie la moins avouable de l'histoire de la Vème République, celle qui a permis cependant à la France de survivre plus ou moins comme puissance rayonnante et gardant de l'importance.

    Le coq gaulois a encore les deux pieds dans sur le tas de fumier semble-t-il, il s'en fiche. Tant que le citoyen lambda peut encore consommer ou bailler aux corneilles dans les rayons des supermarchés géants.

    Parfois l'intérêt supérieur de l'État implique beaucoup d'immoralité et la Raison d'État a ses raisons que la raison ignore.

    Il y a en Afrique plus de concessions « Rolls Royce » ou « Mercédès » qu'en Europe, plus de magasins de luxe et de « Hilton ». Là-bas, les riches y sont excessivement riches et les pauvres, comme on le sait, excessivement pauvres. L'Afrique est une terre d'avenir pour l'affairisme le plus immoral, le plus libéral, le plus libertaire.

    Les privilégiés sont le plus souvent les profiteurs des nouveaux régimes mis en place il y a une cinquantaine d'années, parfois ce sont les descendants des anciens roitelets au pouvoir avant la colonisation. Ils ont étudié en France, ont un mode de vie ostensiblement occidentalisé, on ne boit pas du vin de palme à table, ce que les populations leurs reprochent : « les blancs nous ont eu en nous faisant oublier nos traditions » entend souvent l'auteur du livre. Nuançons en précisant que les chanceux qui atteignent un niveau de vie leur permettant d'avoir les mêmes habitudes s'empressent de faire de même.

    c2b020f42065bf2a778113a98c0ec080.jpgMais l'exploitation du continent est de toutes façons mise en place avec leur collaboration la plus étroite, mais pas seulement car finalement c'est toute la population qui entretient cette dynamique, du plus haut niveau au plus bas, chacun à sa place essayant de tirer le meilleur parti de la situation, même les simples manœuvres, la réussite sociale passant par l'envoi d'argent à tout le réseau « familial » qui souvent s'étend beaucoup plus loin que la fratrie d'origine ou les parents. On ne peut que constater avec Stephen Smith que le darwinisme social a été parfaitement assimilé. D'Europe, ou d'Amérique, on a souvent la tentation de sombrer dans l'explication misérabiliste, la victimisation ou à l'inverse dans la criminalisation de tout le continent africain vu comme un repère de miséreux prêts à tout pour détrousser le blanc.

    L'auteur cherche des réponses et il n'est pas sûr qu'il en trouve forcément, car l'Afrique est un continent complexe. Stephen Smith le traverse en taxi-brousse, en « moto-taxi » brinqueballant et hors d'âge, des vitres fumées d'une limousine de luxe traversant des jungles de buildings de métal et de verre et à pieds au milieu des cases d'un petit village dans lequel il retrouve étrangement l'ambiance des trottoirs de Montmartre au pied de la Butte. Il prend également le train qui est le lieu de l'agora « politique » africaine. Avoir un billet n'est pas très compliqué, si l'on est riche, il suffit de « graisser la patte des policiers » qui surveillent les voyageurs à l'entrée de la gare, dans les wagons et à la descente.

    Ceux qui n'ont pas les moyens sont impitoyablement refoulés à coup de crosses et de fouets, comme il le constate. Ils finissent néanmoins par voyager en train en s'accrochant qui à la locomotive, qui aux wagons, voire en s'installant sur les toits des wagons, dés les premiers kilomètres du voyage.

    Tout le petit monde entassé dans le train discuter avec Stephen Smith de politique, de la colonisation et des déclarations de Nicolas Sarkozy, parfois on parle « dans la langue » pour que « le blanc qui surveille les bébés », d'une grosse dame à côté de lui, ne comprenne pas. C'est un autre lieu commun qui s'effondre alors, les africains ne sont pas non plus une population misérable à qui l'on impose un tyran, ce sont eux-même qui le choisissent, chacun ayant son champion, dans une conception extrêmement différente de la nôtre du débat politique, le vainqueur devant en imposer par l'argent et des dépenses le plus « tape-à-l'oeil » possibles.

    4480070272_515df45c49_o.jpgIl se hâtera de récompenser ses proches par des largesses « sardanapalesques » et ses partisans. Personne ne voit vraiment d'objections à ce qu'il prenne le pouvoir par la force brutale et la pire coercition, exerçant son emprise en déplaçant les populations, c'est souvent la cause première des famines ou en décrétant un état d'urgence permanent, ce qui est de plus en plus répandu car les « affaires » sont moins bonnes, le franc CFA ayant été dévalué de moitié depuis une dizaine d'années, la perte d'influence justement de la « Françafrique » dans les prises de décisions.

    La note complète sur le Ring

  • Peut-on rire de l'indicible ? Le rire décloisonné d'Oliver Polak

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    Oliver Polak montre que l'on peut rire de l'indicible qui pour lui est la Shoah, sans pour autant insulter les victimes du génocide (il y eut aussi Mel Brooks et "les producteurs" auparavant), il fait prendre conscience combien en France le rire est aseptisé au dernier degré, y compris le rire dit "politiquement incorrect" qui a tout le temps les mêmes cibles. L'émission "le blogueur" d'Arte, gràce à laquelle j'ai également découvert cet humoriste, révèle de plus que 17 000 procès ont lieu chaque année contre des artistes, des écrivains, des humoristes et créateurs à l'instigation de groupuscules divers qui s'estiment insultés par des rires ou une oeuvre. Le rire d'Oliver Polak est de toutes façons bien plus efficace que des films comme "la Rafle"...

    L'excellent blog du "blogueur"

  • Les « baby boomers » veulent jouir jusqu'au bout....

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    ...Sans en perdre une goutte.

    biz_beach_1006_wideweb__430x268.jpgLes « baby boomers » nés après la Deuxième Guerre ont eu la chance énorme d'être nombreux et de vivre une des périodes les plus prospères de l'Histoire, si ce n'est la plus prospère. Ils n'ont pas fait de gosses pour profiter au maximum de la jouissance de leur existence permises par cette richesse et « maissoissantuite » quand deux trois petits bourgeois ont décidé qu'ils devaient jouir sans entraves, sans penser une seconde au lendemain ou à l'avenir de ceux qui venaient après eux, du genre des ados qui oublient de nettoyer la cuvette des WC quand ils sortent de l'endroit. Ils tiennent la plupart des postes à responsabilité et ne tiennent pas à les lâcher s'imaginant pour certains immortels, d'ailleurs ils ne veulent pas qu'on dise qu'ils sont vieux, ils veulent qu'on les appelle des « seniors ». Ils sont encore dans leur tête de jeunes ados à peine pubères, des gamines sans cervelle et des gamins mus par leur appareil génital.

    Sur le plan politique, ils sont tous aussi nuls, se bornant à de grands principes qui font plaisir entre la poire bio et le joint de « colombienne » qu'ils tiennent à fumer jusqu'à soixante berges passées, car pour eux, « ce n'est pas grave » et ça leur prouve leur liberté, ça leur rappelle le bon vieux temps du Larzac, sans les inconvénients.

    Mais ils oublient qu'ils n'ont pas fait de gosses et que donc il y a moins de monde pour que le système de répartition à l'ancienne fonctionne, mais ça ils n'en ont cure, ils prétendent qu'ils suffiraient de taxer le capital. Alors que l'on sait parfaitement que si une telle mesure était prise, le capital se barrerait ailleurs vite fait, et que ça ne servirait à rien, et les « baby boomers » se foutent du monde car les petits coquins placent leur magot en bourse dés qu'ils peuvent mettre de côté.

    On ne va pas leur en tenir grief, mais qu'ils ne versent pas dans le mélo quand ils parlent du sujet. Dans le public, ils ne sont pas rares ceux qui partent à 53 ou 55 ans avec une retraite plein pot, en ayant cotisé à peine une vingtaine d'années, voire moins. D'autres ne sont pas gênés de réclamer la prime contre la silicose à la SNCF.

    Quant au privé, on veut bien élever l'âge de la retraite, mais pour la génération d'après.Remarque, je comprend qu'ils ne veulent pas que ça change !

    CB-3.jpgEt ainsi de suite. Dans les deux grands secteurs d'activités, ils sont nombreux ceux qui placent leurs gosses au bons endroits et te bassinent ensuite avec l'égalité des chances (l'égalité des chances c'est pour les autres...), c'est dans le cinéma que c'est bien sûr le plus flagrant (dans les z-inrocks de cette semaine, Louis Garrel, fils de Philippe, et Agathe Bonitzer, fille de Pascal...). Ce qui est le plus drôle quand ils parlent de taxer le capital, c'est qu'ils se sont objectivement alliés, justement, avec depuis « mai soissantuite », permettant la destruction complète de tout ce qui empêchait le citoyen d'être à 100% un consommateur stupide docile et polyvalent.

    Le Père Fouettard

  • Adèle Blanc-Sec - film et BD : une comparaison

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    Adèle Blanc-Sec – Du frelaté pour le film, de l'authentique pour les albums

    A la recherche d'Adèle

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    J'ai découvert Adèle il y a longtemps, j'ai commencé par « le Savant Fou », le troisième tome, juste après avoir lu plusieurs romans de Jules Verne, Jacques Tardi y liait une subtile dérision à la fantaisie et au romantisme du roman-feuilleton, je m'étonne d'ailleurs que le scénario ne conserve pas plus d'éléments d'Adèle et la Bête qui étaient largement moins anecdotiques, je songe par exemple à l'histoire d'amour d'Adèle avec Lucien Ripol, le cambrioleur. Et Adèle est une héroïne, nom de Zeus, ce qui donnait largement plus de piment aux histoires qui étaient déjà de ce fait à des années lumières des sagas pour enfants sages et des tribulations scientifico-apocalyptiques de célibataires anglais imaginées par Jacobs, Blake et Mortimer, que Tardi a failli reprendre, ou des aventures d'un autre célibataire endurci, Tintin. Je lui dois quelques unes de mes premières émotions esthétiques et sensuelles ; c'est comme les films découverts au cinéma à l'adolescence, beaucoup allaient voir par exemple Riz amer pour les bas de Silvana Mangano dans les années 50, il n'y allait pas pour le néo-réalisme, qui était beaucoup moins attirant faut-il dire. Ce qui amusait n'était pas de toute façon ce que racontait Tardi, mais l'ambiance, et aussi l'irrespect total envers les institutions. Grâce à lui j'ai commencé à entrer dans l'âge adulte et j'ai appris à avoir un peu plus de recul quant aux évènements historiques dont la Première Vraie Boucherie Mondiale qui n'a pas été suffisante, les mêmes protagonistes ayant remis le couvert vingt ans plus tard, sujet qui passionne le dessinateur qui en dit ceci : "J'ai entendu parler de la Grande Guerre, à l'âge de cinq ou six ans, par ma grand-mère. J'ai très vite voulu en savoir plus. Ce qu'elle me racontait avait trait au quotidien dans les tranchées. Je faisais des cauchemars, mais j'étais proprement fasciné. Par la suite, j'ai vu des photos et mon désir de dessiner cette guerre en a été accru." Dans les aventures d'Adèle, la première Guerre a d'ailleurs un rôle central. Elle est largement plus monstrueuse que les horreurs concoctées par les affreux que croise Adèle.

     

    J'avais donc emprunté le troisième opus des aventures de l'héroïne de Tardi à la bibliothèque de mon collège, affrontant sans trop de scrupules le regard réprobateur de la maîtresse des lieux qui désapprouvaient l'éclectisme de mes lectures. Un lecteur ne peut pas lire des bandes dessinées et Yourcenar, ne peut pas aimer Philip K. Dick et Proust, à moins d'être un mauvais sujet impertinent. Déjà j'avais horreur des bouquins didactiquement civiques z-et engagés, se proposant de faire l'éducation des masses dés la petite enfance, que les masses soient d'accord ou pas. Et j'ai fini par lire et relire très souvent la plupart des chapitres des aventures d'« Adèle » qui s'arrêtaient hélas au Secret de la Salamandre, Tardi n'ayant plus trop l'envie de continuer à raconter les tribulations de son personnage, cet album met d'ailleursen vedette Lucien Brindavoine, on ne voit Adèle que sur deux ou trois cases à la fin, ou dormant tranquillement dans la glace.


    Tardi d'Adèle à Céline, de Lucien à Nestor

    Quand il était jeune les bandes dessinées étaient pour Tardi et les gosses de son âge encore plus considérées comme des mauvaises lectures menant tout droit à l'échafaud. Il découvre donc en cachette les bandes dessinées grâce à un camarade qui lui glisse en douce le journal « Tintin » sous la clôture du jardin. étudie à l'École des Beaux Arts de Lyon, puis monte « ensuite » aux Arts Décoratifs de Paris, Il fait ses débuts, en 1969, dans l'hebdomadaire « Pilote » comme beaucoup d'autres auteurs de BD découverts par Goscinny. En 1972 paraît sa première longue histoire, Rumeurs sur le Rouergue, écrit par Pierre Christin. Se cherchant, explorant différents styles de dessin et de thèmes, il livre plusieurs récits incomplets, il publie chez Dargaud, en 1974, Adieu Brindavoine qui naît donc avant la série d'« Adèle Blanc-Sec », puis « Le Démon des Glaces », une histoire très « julesvernienne ». Plus tard, il construira des passerelles entre toutes ses histoires. Parallèlement à sa série fétiche, Il ne cesse d'évoluer et d'enrichir sa démarche artistique, avec entre autres Griffu, très fellinien dans son inspiration, l'œuvre se rapprochant du Satyricon du cinéaste, ce qui n'est pas un hasard, (sur un scénario de Manchette, sorti chez Dargaud, en 1982, réédité en 1996 chez Casterman), Ici Même, plus poétique, surréaliste, (scénario de Jean-Claude Forest, prépublié dans le mensuel « A Suivre » en 1978, et édité chez Casterman en 1979); Le Trou d'Obus publié en 1984 à l'Imagerie Pellerin, le célèbre Éditeur des Images d'Épinal, bien que ce ne soit pas vraiment de l'imagerie d'Épinal traditionnelle, à mon humble avis cet album devrait être au programme pour étudier l'histoire du Premier Conflit Mondial avis ; et l'excellent Tueur de Cafards (sur scénario très « Série Noire » de Benjamin Legrand, chez Casterman, 1984). En 1982, il adapte le fameux roman policier de Léo Malet, Brouillard au Pont de Tolbiac, et en 1988, il poursuit avec le tout aussi bon 120, Rue de la Gare suivi en 1996 de Casse-pipe à la Nation qui semble être plus un travail de commande qu'une relecture enthousiaste de Léo Malet, Burma y apparaît d'ailleurs un rien débraillé. Il réalise un de ses rêves en illustrant de quelques six cents dessins en noir et blanc l'œuvre puissante et majeure de Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la Nuit (Édité conjointement par Futuropolis et Gallimard). Cette publication rencontre un succès formidable et Jacques Tardi illustre alors successivement dans la même collection, deux autres ouvrages de Céline: Casse-Pipe (1989), et Mort à Crédit (1991). Personnellement, je trouve qu'il est permis de préférer largement les albums d'après Léo Malet et la série des Adèle Blanc-Sec, beaucoup moins chichiteux selon moi. Il a été impressionné par son sujet et marque trop de déférence.


    Respect de la lettre, oubli de l'esprit

    Dans les aventures d'Adèle Blanc-Sec, les flics, et pas seulement Caponi (je m'étonne qu'il n'ait pas gardé son prénom originel qui est Léonce et non Albert), sont des abrutis finis, tout comme les truands il faut dire. Mais, nuance de taille avec le film, ce sont des abrutis un peu complexes, et pas seulement monocouche, dans le film, Caponi est un « auguste » qui ne pense qu'à manger (je suis sûr qu'il ne mange même pas cinq fruits et légumes par jour l'inconscient). Les commissaires principaux sont des fous sanguinaires, quand ils ne sont pas gourous de secte comme le supérieur de Caponi, les scientifiques sont sadiques et sans conscience, et érotomanes, et les monstres sont plus humains que tout ce beau monde. Le détective qui pourrait être un héros, Simon Flageolet, est un pleutre qui finit indic. L'intrigue foisonnante des albums est très simplifiée, sombrant même dans le simplisme très enfantin ou plutôt infantile du style Harry Potter avec le dressage du ptérodactyle, dont les effets spéciaux sont en plus, cerise sur le gâteau, plus ou moins ratés. Il faut bien vendre des figurines qui plaisent aux clients des chaînes de junk food qui font la publicité du film. Certains critiques qui aiment bien les histoires simples, beaucoup souffre de microcéphalie, trouvent que c'est encore trop compliqué pour eux et pour les gosses. Cela permet certainement de vendre le film aux distributeurs et aux annonceurs, et de rameuter les brouteurs de pop-corn et autres cochoncetés dans les salles obscures, et rentabiliser les vingt minutes de pub qui précèdent les films. Le film raconte l'histoire d'Adèle Blanc-Sec, jeune journaliste intrépide, qui est présentée comme prête à tout pour arriver à ses fins, la principale étant de guérir sa sœur, y compris débarquer en Égypte et se retrouver aux prises avec bandits égyptiens. Au même moment à Paris, c'est la panique à cause de l'apparent réveil d'un ptérodactyle qui terrorise la capitale.

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    En un temps que « les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître... », on connaît la suite, on pouvait faire du cognac « 3 étoiles » avec de la sciure, de l'alcool à brûler et quelques pneus, maintenant, ça ne passe plus car l'estomac ne résiste pas; les extraordinaires aventures d'Adèle Blanc-Sec le film c'est un peu comme ce genre de tord-boyaux frelaté, le produit fini a presque le goût, la couleur et l'odeur, mais c'est bien du frelaté de première classe même si le long-métrage a la caution du créateur du personnage. Certes, Louise Bourgoin a la silhouette d'Adèle et plus ou moins les expressions, mais elle n'en pas la personnalité ni le charisme et surjoue ses émotions. Et à la fin, on a l'impression que son personnage est interchangeable avec celui de sa sœur Agathe. De fait, elle est toujours dans la peau de la « miss Météo » de Canal qui fait des sketchs marrants (sic) et sans prétentions pour parler du temps qu'il fait. A un moment, pourtant, on voit passer en caméo une comédienne qui aurait pu prendre le rôle sans problèmes, avec plus de classe, de second degré et de fantaisie, c'est Frédérique Bel qui joue la cocotte (le terme de la Belle Époque pour parler d'une demie-mondaine ou d'une p...e) qui assiste à l'exécution du professeur Espérandieu. Elle a le grain de folie en plus qui en aurait fait vraiment l'incarnation du personnage de Tardi. Peut-être était-elle moins malléable dans le rôle que Louise Bourgoin ? Dommage. Le problème est finalement que si le film a pu saisir la lettre des albums, il n'en saisit pas l'esprit.

    Amaury Watremez

    Les neuf tomes des aventures d'Adèle Blanc-sec sont édités chez Casterman (10,50 Euros le volume)

    Le film de Luc Besson, inspiré du premier et du quatrième album, Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec, mettant en vedette Louise Bourgoin est sorti le 14 avril

     

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  • Les dégoûts autorisés (quand on a le droit d'être xénophobes)

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    Quelques reportages sur Lech Kaczynski , le lendemain de l'accident fatal lui ayant coûté la vie ainsi qu'à une bonne partie de l'état-major polonais, des ministres et de quelques évêques, m'ont rappelé un épisode de mon séjour à Jérusalem, certes plus futile et beaucoup moins grave mais on va comprendre.

    610plech.jpgUn des membres du Consulat travaillant à la francophonie était un charmant garçon qui n'avait peur de rien quant à son louque, osant le débardeur résille blanc et le pantalon cuir mauve en plein quartier musulman dans la Vieille Ville de Jérusalem, Gérald. Nous surveillions des épreuves du DELF (diplôme de Français Langue Étrangère) quand celui-ci s'absenta de sa salle pour répondre à un coup de fil dans le couloir, il était en binôme avec un autre coopérant, catholique, qui portait une croix de Taizé autour du cou et dont le physique pouvait évoquer celui de François Hadji-Lazaro. Je l'entendis glousser sur « les gros fachos de cathos » avec qui il était contraint, le pôvre, de travailler, et disserter sur leur louque déplorable de coincés (« Ahlala, tu les aurais vu, les types, comment qu'ils sont fringués, troop la honte »). Puis satisfait, il rentra dans la salle. Il nous regarda, attendant notre réaction, puis devant nos airs goguenards décida de s'abstraire dans quelques corrections de copie. Il ne se serait jamais permis une telle réflexion quant à la jeune personne voilée qui nous accueillait au CCF de Ramallah, ou ce jeune homme qui avait les lunettes « mercure » et la barbe des militants du Hamas là-bas. Et nous ne l'avions jamais insulté ni même abordé la question de ses orientation sexuelles.

    Il ne prenait pas de risques. Il était juste un peu lâche.

    Concernant le premier ministre polonais, j'ai trouvé moi-même grotesque certaines de ses décisions concernant par exemple les « Teletubbies », ou l'interdiction de livres. Mais on se doit de respecter le deuil d'un pays qui a manifestement le tort en 2010 d'être encore à 90% catholique, ça c'est pas bien visiblement, tous les commentateurs le ressassent continuellement à la télévision pour cette raison. Certains vont jusqu'à la xénophobie la plus crasse contre les polonais, leur reprochant d'être un ramassis de crétins judéophobes et bien sûr d'être des « intégrisss ». Du côté de notre bien-pensance, cette xénophobie est admise, quand elle est tournée contre les catholiques, et un pays catholique. On a le droit, c'est pas grave. D'ailleurs on prétend que l'on aime bien les cathos, sans préciser que c'est tant qu'ils ferment leur gueule et tant qu'ils sont d'accord avec le discours ambiant.

    De plus un petit pays qui se défend contre les gros poissons est un « pays courageux » résistant à l'impérialisme quand ses dirigeants ont « la carte », quand ceux-ci ne l'ont pas, ce sont des boutures de nazis, des salopards nationalistes et chauvins.

    C'est un peu comme les pédophiles, quand ils sont de confession catholique, ils sont bons à pendre, on pense presque à remettre la peine de mort en action, quand ils sont d'une autre confession, tout aussi inexcusables donc pourtant, il nous faut « éviter de sombrer dans l'eurocentrisme » et « relativiser nos convictions culturelles ». Dire qu'une gamine de treize ans violée par un gros porc friqué le soir d'un mariage forcé est une saloperie, c'est de « l'eurocentrisme » par exemple. Quand une saloperie de groupe « facebook » propose de violer des curés pour venger les enfants de chœur, c'est du second degré, c'est une sorte de « happening » humoristique, de la provocation t'vois, un truc dada t'vois, genre André Breton. C'est une expression de liberté et si on y touche, gare, certains parleront de la remise en cause des droits de l'homme et du retour de LHLPSDNH ™ soient les « Heures les plus sombres de notre histoire ».

  • Laëtitia Millot veut nous dire quelque chose...

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    Laëtitia Millot sort un livre : on s'en fout ? On s'en fout.

    51JjnjSq3RL._SL500_AA300_.jpgAvant-hier sur Europe 1, j'entends incidemment cette info dont je me fiche complètement mais que je trouve intéressante pour parler de l'édition actuellement : Laëtitia Millot, une des actrices sans vraiment de charisme de « Poubelle la vie », le sitcom mal torché mais ultra-populaire de France 3, d'un didactisme bien-pensant (le truc est bourré d'infos « citoyennes », (contre l'homophobie, les zomos et les lesbiennes sont drôlement sympatoches, contre le racisme, les beurs et les noirs sont des personnes formidables, contre la cigarette, l'alcool, pour les cinq fruits et légumes par jour, contre ces méchants cathos réacs et j'en passe...), étonnant, enfin étonnant, je ne suis pas sûr.

    Au bout de deux minutes, je décroche généralement.

    Or donc, Laëtitia Machin sort un livre car elle veut que les gens « sachent qui est la vraie Laëtitia Millot » et entretenir un peu plus son narcissisme comme la plupart des acteurs de notre beau pays.

    En l'occurrence, on a envie de lui répondre comme ça à brûle-pourpoint que l'on s'en fout complètement, c'est mon cas car je suis un gros méchant comme une teigne, mais il s'est quand même trouvé un éditeur pour sortir ce livre, (enfin, je veux dire, ce livre). Il n'y a pas de mystère à cela, ça rapporte et il y a bien quelque part dans Paris un « nègre » désargenté (un « ghost writer » veux-je dire, on a plus le droit même dans ce cas, moi-même je ne dis plus mon « Curriculum Vitae » mais mon « Riculum ») qui a pu pondre deux-cent quarante feuillets en moins de trois semaines (ce qui fait que ce li...cette chose pèse autant qu'une bouteille d'« Harpic WC ») et se faire un peu de pognon, on est content pour lui.

    Je suis à peu près sûr que ça va se vendre sur la base du « je parle aux gens simples » comme elle a dit pendant son interviou -sous entendu pas aux sales intellos qui lisent des livres prétentieux qui habitent tous Saint Germain des Près et ricanent dés qu'un péquenot humble et gentil passe devant eux- comme si elle pensait très fort que son public est constitué de demeurés, ce en quoi je ne suis pas loin de la suivre. Tu n'as pas tort Laëtitia. Cela dit, je connais une ou deux personnes qui regardent ce feuilleton en sachant très bien que c'est de la m...erde, pour rester dans le subjectif. Je les absous de ce plaisir coupable ne regimbant pas de temps à autres à voir un bon nanar poilu et giboyeux (pas trop longtemps cependant car sinon ça attaque le cerveau).

    D'un autre point de vue, ce bouquin est aussi nul, (j'ai écrit nul ? J'ai écrit nul, vous ne rêvez pas amies midinettes qui me lisez peut-être) que la plupart des romans et œuvres littéraires pour certaines z-engagées que l'on porte aux nues dans les « z-in-rocks » ou « Téléramou » ; leurs auteurs sont tout autant persuadés que la sympathique comédienne de « Poubelle la vie », j'emploie ici une formule à la « Télé 7 Jours » que raconter leur vie est passionnant et plein d'enseignements pour le lecteur, de leurs émois de petite bourgeoise névrosée découvrant la Porte de la Chapelle le soir après 22 heures, quand le quartier est normalement déconseillé aux moins de 18 ans, à leurs obsessions des étrons de leur progéniture comme Marie D. qui me rappelle toujours ces élèves sages, tellement dociles, castratrices et sèches, du genre à se demander « la composition chimique des étoiles » quand « elle regarde le ciel la nuit » selon l'excellent portrait que fait de ce genre de filles Truman Capote dans « Breakfast at Tiffany's ».

    Laëtitia a également des prétentions on me dira, et elle se permet elle aussi des familiarités en tutoyant dés le titre son lecteur en affirmant « je voulais te dire... », ce qui rappelle étonnamment la chanson-pastiche d'« Indochine » ou de la « Mano Negra » par les « Inconnus » ("je voulais te direuh ce que je peux pas écrire, faudrait que j'invente des mots qu'existent pas dans le dico, c'est toi que je t'aimeuh, vachement beaucoup...). Notons aussi que son titre ressemble à celui d'un roman de Marc Musso ou Guillaume Lévy qui ont eux aussi l'habitude de dire qu'ils écrivent pour des gens simples.

  • Ais-je le genre de mon blog ?

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    Est-ce que j'ai le genre de mon écriture ?

    gd.jpgJe m'offre une petite récréation égocentrique, je vais parler de moi un petit peu. Hier, un des lecteurs de ce blog (il y a au moins celui-là écrit-il d'un clavier modeste avec un ton faussement humble) m'a dit, visiblement très étonné, qu'il « ne me connaissait pas plus que ça », mais que mes textes ne correspondent pas à l'impression que je donne au premier abord, ou à mon physique confortable.

    Il me percevait pas comme si incisif, si mordant.

    J'aurai pu lui rétorquer que les apparences sont parfois trompeuses. Mais quand on me fait remarquer mon incisivité, non seulement je ne me trouble pas, mais c'est un peu comme un accessit, ça me rend aussi euphorique qu'une remise de diplômes.

    Et quand on me trouve méchant, je rougis comme une collégienne. C'est l'extase.

    Une petite barrique faussement calme et paisible, bonhomme et tranquille, peut être ronchon, un petit tonneau peut être un atrabilaire, un misanthrope, sauf avec les enfants, qui ne sont pas encore « les petits tas de préjugés » que sont la plupart du temps les adultes même si ça leur vient très vite, un cynique, un type caustique, qui ne croit pas en grand-chose mais qui a beaucoup d'humour (de temps en temps un peu de pommade ne fait pas de mal...). Pour ceux qui me connaissent depuis plus longtemps, l'affaire est entendue, la seule chose qui me différencie du « Docteur House » c'est la canne, et aussi, peut-être, lui n'a pas les rondeurs voluptueuses dont je dispose, ni la même amplitude sphérique. D'autres me voient comme massif et vulnérable. La concordance entre le louque et ce qu'il y a dans la cervelle doit être standard. Une boule de suif dans mon genre doit alterner la bonne chère et les blagues un peu chargées en graisses saturées elles aussi, on n'attend pas de lui qu'il soit intelligent, encore moins qu'il soit sarcastique.

    Je pratiquai avec un ami aussi ample que moi un petit jeu afin de nous moquer du regard des imbéciles sur notre physique. Nous en rajoutions une bonne couche dans le côté beauf et « gros dégueulasse » (j'ai plutôt à l'esprit celui de Reiser), le but étant de les faire partir. Ce qu'ils finissaient par faire en prenant un air dégoûté, le nez pincé, dans le meilleur des cas, le pire étant ceux à qui ils prenaient l'envie de donner des conseils lénifiants sur l'apparence dont ils ont un tel souci qu'ils en oublient d'être eux-mêmes. Nous pouvions alors lire tranquillement sans les entendre répéter docilement les pubs pour le dernier gadget à la con à la mode ou supporter leur étonnement surjoué de voir deux bombonnes certes sympathiques se cultiver.

  • Les messes festives

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    Ou plutôt Les messes dites festives

    Concert-sauvage-dans-la-foret-Saorge-06.jpgDe plus en plus, comme ailleurs, il faut que les messes ce soit festif, drôlement gai, plein de couleurs chatoyantes, que les animateurs se tortillent pour pousser l'assistance à en faire de même pour montrer qu'elle est tellement joyeuse d'être ici avec tous les copains. Généralement, ce sont les animateurs qui se font plaisir, dont celui qui tape sur le tambour ou le djembé ou le tambourin. C'est souvent un petit garçon bien sage, ou une petite fille bien raisonnable, qui n'ira pas taper sur son djembé à la sortie du métro, en se coiffant avec des dreadlocks, ou fumer des substances prohibées, des cigarettes qui font rire, avec des chouettes copains ou de chouettes copines en baggys qui se lavent une fois tous les trois jours car ils sont trop rebelles, t'vois ? Cependant, le petit garçon bien sage et la petite fille bien raisonnable ne rêvent que de ça, flemmarder en oubliant Papamaman qui poussent derrière pour les études, la prépa à « Ginette » (où le balai dans le conduit intestinal n'est en somme qu'un mauvais moment à passer) ou à Saint Louis de Gonzague. En semaine, ils ont donc la mèche bien nette, le serre-tête bien droit, la longueur de pantalon réglementaire, tout comme celles des jupes. Il y a une légende circulant parmi beaucoup d'hommes, cela va de l'ancien cyrard à l'ancien scout, qui veut que ces demoiselles cachent en fait un tempérament de feu sous une apparente sagesse. Ce n'est qu'une légende, hélas, qui vient de ce préjugé, répandu par les laiderons (les filles que l'on trouve tellement « sympa et pleines de vie, quel dommage qu'elles restent célibataires » comme l'on entend souvent dans ce genre de cérémonies), sur les jolies filles, leur beauté impliquerait qu'elles aient toutes la cuisse légère.

    Mais le dimanche, on se défoule. Ou pendant les grands rassemblements de djeuns que l'on affectionne de plus en plus, on ne s'y drogue pas à l'ectasy et on n'y reste pas prostré des heures devant un baffle géant, on s'y shoote au grégaire et à l'affectif surjoué.

    On me dira, c'est moins grave et je ne suis qu'une petite barrique ronchon...

    Ce à quoi je réponds que « ch'suis comme ch'suis ».

    Ci-dessous une chanson des "Fatals Picard"


    LES FATALS PICARDS : "Djembé Man"
    envoyé par SsamH. - Regardez plus de clips, en HD !

  • La lassitude du blogueur

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    Version longue sur le Ring

    Je viens de lire une interview de Chronicart d'Éric Naulleau au sujet du « nouveau journalisme » qui ne l'est plus nouveau, car il est mort de sa belle mort depuis longtemps, sur les rapports incestueux qui existeraient entre l'écriture « gonzo » (mot qui viendrait de l'argot québécois gonzeau qui signifie dingue), et celle des blogs. Cette question « m'interpelle quelque part (mais où ?) au niveau du vécu et de l'expérience extime qu'est un blog », voilà qui fait très cool pour une introduction liminaire, le blogueur, le chroniqueur se devant d'être cool et de parler à la fois djeun et cultureux.

    Cette lecture amène cependant à se poser bien d'autres questions : sur le fonctionnement actuel du médium Internet, sur sa légitimité à informer et analyser intelligemment l'actualité, et plus généralement sur l'infantilisation de notre société que tout cela entraine, celle-ci ne se limitant pas aux soirées nostalgiques ou aux gadgets régressifs, les conséquences en étant profondes et durables.

    Je suis d'accord avec Naulleau sur le fait que ce que retiennent la plupart des blogueurs de Hunter Thompson entre autres personnalités hors-normes à la mode, c'est surtout tout le folklore autour de la défonce en général, tout ce que l'on peut voir là-dessus dans le film de Terry Gilliam de 1998 d'après Fear and Loathing in Las Vegas, Ce qu'ils retiennent d'un dingue comme Hunter c'est « je suis une icône car je bois trop, je me drogue trop, je fais la fête, j'écoute des musiques de dingue, je parle de moi tout le temps, je suis vraiment un type drôlement dans le vent » alors que ce qui devrait seulement importer est le talent de l'écrivain. Et je l'approuve quant à la quantité de déchets non recyclables que l'on trouve sur la toile.

    Car les rares pékins qui s'en réclament, du « gonzo », n'ont souvent vu que le film, ils n'ont pas lu les livres d'Hunter Thompson, ou Tom Wolfe, qui peut également s'en réclamer ; pour d'autres, les grands pervers qui pullulent sur le réseau, le « gonzo » ce sont surtout des pornos amateurs tournés rapidement avec la voisine du dessus, qui trompe ainsi son ennui, ce qui permet de montrer le plus possible de scènes de cul entre dégénérés mous de la fesse en un minimum de temps dans des intérieurs dignes des pires cauchemars esthétiques. Ils se contentent de l'apparence, de la pose que l'on peut en tirer, persuadé de pouvoir plaire ainsi ; la plupart restant dans leur cervelle de moineau des puceaux fiévreux et égocentriques une bonne partie de leur âge adulte, des adulescents moins frais qu'ils veulent bien le prétendre.

    Le caquetage des uns ou des autres autour de la culture geek n'arrange pas les choses, celle-ci encourageant le « vieux jeune con » à rester cloitré chez lui à draguer sur les sites de rencontres à poster des réactions vengeresses bien planqué derrière son écran contre les z-étrangers, les juifs, les bobos, les fachos, les bolchos, et j'en passe, obéissant tranquillement à ce que la pub, les médias, les commentateurs télévisuels lui intiment de faire, et empêchant tout dialogue cohérent et sensé en se bornant aux clichés et lieux communs, voire au pire, à l'injure la plus basse. Il se fantasme en Robin des bois du virtuel, en héros du hacking harcelé par les méchants, en guerrier solitaire des autoroutes de l'information. Et surtout il entretient les rumeurs, celles-ci fussent-elle complètement idiotes, elles deviennent largement plus importantes que les faits avérés que l'on ne vérifie plus, seul compte le « bruit médiatique ». Il arrive de plus en plus que les adolescents accordent plus de foi à des sottises largement relayées sur le Web qu'à des évènements historiques. Combien parmi eux pensent que les américains n'ont jamais atteint la lune en 1969 ?

    Le degré de la réflexion politique, littéraire, scientifique, historique ou musicale est en-dessous de zéro, ce n'est de toutes façons pas le propos, car il en est qui croient trouver par ce biais une vengeance sur ceux qui ont mieux réussi ou sur les esprits un peu plus brillants qu'eux, un peu moins formatés, en les écrasant sous un tombereau d'ignominies ; comme à l'inverse quelques poètes ou écrivains de sous-préfecture sont intimement convaincus que le monde entier les jalouse. D'autres enfin parmi ce genre de commentateurs et d'écrivailleurs sont parfois sincèrement persuadés que l'auteur de l'article, qu'ils lisent sur le site d'un quotidien, d'un magasine ou d'un blog, leur parle personnellement. Ils sont un peu comme ces personnes souffrant trop de la solitude qui étaient sûres et certaines que le présentateur du journal leur tapait la discute de manière exclusive à l'heure du journal. Les plus atteints voient des aliens ou des gens morts dans la « neige » à la fin des programmes de télévision, et affirment croiser Elvis ou Michael Jackson chaque matin en allant chercher le pain.

    Quant à l'écriture c'est un souci, un questionnement qui vient largement après, on n'envisage même pas de la travailler, le but ultime étant d'être connu, d'être célèbre même si c'est pour rien ou si c'est peu de temps. Il suffira de balancer un ou deux gros mots, de dire quelques horreurs de fin de banquet sur les filles, et, croit-on, roulez carrosse. Si ça ne marche pas c'est que tous les autres sont des jaloux, des nuisibles, des malfaisants, il ne lui viendrait pas à l'idée de se remettre en question, l'écrivailleur de blog qui veut être bien vu à la fois d'Ardisson et de sa crémière, ce qui revient au même. Il ne comprend pas qu'il n'ait pas encore été invité au Grand Journal, même s'il prétend que cette émission est le parangon du politiquement correct et du cirage de pompes. Il voudrait bien s'asseoir à côté de Bedos pour dire que le racisme c'est mâââl, ou alors jouer les politiquement incorrects de service en balançant une ou deux piques perfides sur le système dont il désire pourtant ardemment faire partie. Et si d'aventure, il y va quand même il adore quand sa concierge lui demande le lendemain : « Il est sympa Michel Denisot ? ». Il répondra : « Ce n'est pas si impressionnant que ça », il jouera les blasés.

    En revanche, on oublie très vite que ce qui caractérise les icônes du « nouveau journalisme », c'est l'indocilité, pas celle du minable qui se venge de ses frustrations sur Internet, non, la véritable indocilité, celle qui consiste à être soi-même et ne plus tricher, quitte à passer pour un parfait salaud auprès de deux ou trois agneaux ou agnelles. Après Thompson, il y eut en France Pacadis, Yves Adrien et les « jeunes gens modernes », que vénèrent paradoxalement des jeunes gens bien sages et bien polis, qui n'ont jamais lu ou compris l'un ou l'autre, c'est toujours la posture qui compte, et ce qu'il en reste en 2010 c'est surtout un look eighties vintage.

    A leurs yeux, Jacno, un des représentants de ce mouvement, aurait été infréquentable. Car c'était plutôt un dandy et aussi un anarchiste de droite de la plus belle eau, quelqu'un qui déteste son époque pour des bonnes raisons, sa médiocrité, sa sottise, sa lâcheté. Quant à Pacadis, il finissait un peu trop souvent dans le ruisseau et ne prenait pas de douches tous les jours et ne mangeaient pas cinq fruits et légumes par jour, se nourrissant exclusivement de Valstar chaude ; le petit garçon bien sage qui joue les affranchis n'aurait pu s'empêcher de froncer le nez et de le trouver bien crade.

    chatroulette.pngCet attrait envers les postures soi-disant hors-normes ou rebelles, ce n'est qu'une manifestation de la pédophilie de la société actuelle, qui a peur et de la mort et de la maturité et de la vieillesse. Chacun doit rester bloqué sur ses douze ans toute sa vie, cherchant absolument le même genre de singularisation que les ados tous habillés en jeans ou en survêts. C'est le Meilleur des Mondes pour tous, le plus nul des epsilons pouvant se persuader par un blog, sa page sur n'importe lequel des réseaux sociaux qu'il a quelque chose d'intéressant à dire, même quand il enfile des perles ou débite des banalités. La plupart s'imagine se singulariser en égrenant des lieux communs qui ne déparerait pas à la terrasse de quelque café du « commerce ».

    Toute la société devient pédophile en somme. Le physique des mannequins, présenté comme indépassable, est celui d’adolescentes à peine pubères et généralement anorexiques (et qui font la gueule). Foin d’hypocrisie, je préfère sur le sujet la franchise virant presque au cynisme de Lagerfeld que la « faux-culterie » des magazines allemands qui ont fait parler d’eux il y a peu en faisant poser des femmes présentées comme communes, ce qui est agréable pour elles d’ailleurs. La sexualité et l’amour en général se doivent d’être vécues comme si l’homme était toujours un adolescent incapable de maîtriser ses pulsions, et de se responsabiliser, et la femme une midinette de treize ans, confondant ses lubies amoureuses et ses envies de coucheries. Personne ne songe un seul instant à mûrir et progresser.

    Politiquement, toute la société raisonne de plus en plus de manière apparemment binaire : celui qui ne pense pas tout à fait comme moi est mon ennemi, partageant à gauche et à droite un humanitarisme léger et très vague, gentillet et mièvre qui sert de paravent à la seule motivation réelle des uns et des autres, à savoir consommer sans limites aussi bien les choses que les êtres. De temps en temps, on se laisse aller à une sorte d’émotivité hystérique, d’affectivité sans cœur, on est là pour donner l’impression de s’aimer alors qu’on cherche surtout à se mettre en valeur et montrer comme on est si bon. Une forme aiguë de pensée positive à tout crin devient la norme, et les fois religieuses et les idéologies sont confondues avec cette « positive thought » aussi creuse et sotte qu’un slogan pour eau minérale.

    La société base ses pseudo-aspirations qui sont autant d’alibis pour un désir sans fond sur des concepts infantiles, et ce sont tout les adultes qui sont autant de gamins décervelés malléables par les médias et l’industrie du divertissement, et donc par là-même taillables et corvéables à merci. On s'étonne que ces adultes se scandalisent des actes déviants de célébrités car finalement ce qu'on leur reproche est anodin pour l'a-moralité sous-tendant le monde actuel.

  • Peut-on rire de tout ?

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    J'ai un peu de mal avec Guillon mais là il faut reconnaître que c'est très bon, et si juste, en cette période de curée contre le Pape et l'Église...

  • Monseigneur Gaillot sort du congélo

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    Evreux95.jpgIl y a dix-sept, dix-huit ans, je prenais le même train que monseigneur Gaillot deux fois par semaine, le 16h18 qui était vide (un peu comme un congrès Modem). Comme nous nous connaissions, il avait préparé mon groupe de catéchisme à la confirmation, il me saluait comme on salue quelqu'un qui nous est complètement indifférent, poliment mais de loin. Il nous avait dit que l'enfer n'existait pas et que tout le monde recevait l'onction de l'Esprit, il n'y avait pas besoin de sacrements à la rigueur. Il m'arriva une ou deux fois de me retrouver dans le même compartiment. Il me demandait de sa voix suave, et faut-il le dire qui rappelait celle des grands traîtres des films d'espionnage, ce que je faisais en ce moment, si ça me plaisait et si je travaillais bien. Il sortait une feuille de chou quelconque de sa besace, « Golias », et gardait le silence jusque dans la belle ville d'Évreux (qui n'est pas un trou de province coincé entre Rouen et Paris mais une superbe « ville moyenne consciente des enjeux du XXIème siècle »). Le plus souvent, nous nous évitions car j'avais une réputation assez mauvaise, en plus j'avais été confirmé à Riaumont quant à moi, chez des scouts infréquentables pour la bien-pensance. Remarquez, là-bas aussi j'avais fait tâche, j'étais le seul qui n'était pas en uniforme sur le photo de groupe.

    fr-radj-150.jpgDepuis qu'il est devenu évêque de Parthénia, on ne voyait plus tellement Jââcques Gaillot, à peine une photo en maillot de bains à fleurs dans « Gala », et deux ou trois secondes pendant une manif du DAL. Et voilà qu'à ma grande surprise, hier sur BFM TV, je vois qui, Jââcques, nous dire qu'il est temps que l'Église change, que les prêtres ont le droit de se marier, ce qui témoigne d'une drôle de conception de la sexualité comme nous l'avons déjà dit, les défenseurs du mariage des prêtres confondant les femmes avec des poupées gonflables, des objets permettant de calmer ses ardeurs et de vider ses génitoires (je suis direct, soyons directs, plus de tabous entre nous). On pose ensuite une question qui fâche à Gaillot, « étiez-vous au courant de la pédophilie de Denis Vadeboncoeur ? », un prêtre pédophile, identifié comme tel dans son pays d'origine, le Canada, présenté en 1990 encore comme « drôlement dynamique avec les jeunes », ses méfaits étant connus, à cela Jââcques a le culot de répondre qu'il ne savait pas, qu'il voulait donner une chance à cet homme. Peut-être celui-ci avait-il promis qu'il ne recommencerait pas ? On le sait, les pervers sexuels, les dingues, les malades, il suffit que tu agites un petit doigt réprobateur et ça change tout.

    Sacré Jââcques ! Il était en mal de caméras, à la fin du reportage, le coquin fait semblant d'humer le parfum d'un lilas avec sensibilité. Les vieux réflexes dominent longtemps chez les vieux cabots. Aux dernières nouvelles il soutenait le NPA...

  • Tout ce qui est clinquant...

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    « Tout ce qui brille n'est pas or » dit le proverbe.

    gold.jpgLe crétin qui roule en « béhème » reste un crétin, l'imbécile en « Alfa » qui passe en trombe dés que le feu passe au vert est bien un abruti, sa sottise n'a rien à voir avec la marque de ses vêtements ou de sa bagnole, ni même avec la décoration de sa résidence secondaire à l'île de Ré. Certes, on peut aussi être pauvre et con, d'ailleurs ne dit-on pas « pauvre con » ? Les cons pauvres envient la vie des cons riches qui eux veulent à tout prix se faire passer pour des cons très simples aux goût de chiottes comme la plupart des cons pauvres, vu ce qui est populaire aujourd'hui. Il y a pire c'est le con riche et célèbre qui prétend détester qu'on le reconnaisse dans la rue alors qu'au bout du compte, il adore ça le coquin petit menteur. Sinon, il n'irait pas en villégiature l'été à Saint Trodpèze ou à Gstade l'hiver. Il y a encore bien pire c'est le « never been » persuadé d'être une stââr et le « has been » convaincu de l'incompréhension du public à son égard.

    Il s'en fout, l'andouille, car pour lui, ceux qui le critiquent sont jaloux.

    Ainsi Daniel X... célèbre metteur en scène de théâtre, excellent comédien au demeurant, croisé un jour dans un café lillois.

    Bronzé comme s'il revenait des Seychelles en plein mois de novembre, la chemise blanche savamment ouverte sur un torse velu, accompagné d'une jeune donzelle en mini-jupe certainement intelligente et cultivée, ça ne se voyait pas de prime abord, qui buvait chacune de ses paroles même les plus anodines : « il fait bô, dehors », « hmmm » répondait-elle en laissant tomber la cendre de sa cigarette dans son Lapsang-Souchong. X... tournait et retournait la tête dans le café, il vit qu'il n'y avait que deux personnes, en l'occurrence un ami et votre serviteur en train de bouquiner. Nous avions bien sûr parfaitement remarqué son manège dans les miroirs aux murs de l'endroit, mais nous avions décidé sans nous consulter oralement, un seul clin d'oeil suffit pour nous comprendre, de l'ignorer complètement pour voir ce qu'il adviendrait.

    Prenant des mines, prononçant son nom à haute et intelligible voix plusieurs fois de suite, il se tournait vers nous de sa belle tête de tragédien moderne, souriant de ses dents blanchis pour très cher quelques jours auparavant.

    Dépité, il finit par sortir avec sa copine-trophèe sous le bras décidant finalement d'affronter le petit vent frais du Nord. Il ne put s'empêcher de lancer en sortant que « c'était vraiment le désert ici », la preuve, on ne le reconnaissait pas.

    frimeur.jpgBien sûr, « y'a quelqu'un qui m'a dit », comme dit ,la poétesse murmurante officielle du régime qui sait prendre des mines d'admiration ou d'étonnement très réalistes elle aussi, quand elle est en sortie, ou plutôt comme elle prononce « Yakékinkimadi », que quand on est en demande d'amitié ou de services, que l'on va mal et que l'on a besoin d'aide, les gens prennent la fuite comme si l'on était porteur de la peste bubonique. C'est tout à fait exact, car ce qui n'est pas clinquant, ce qui ne brille pas, dans notre monde n'est pas respecté, ni même respectable aux yeux du troupeau. Il faut en mettre plein la vue, jeter de la poudre aux yeux des imbéciles grégaires qui adorent qu'on les méprise et qu'on les prenne de haut avec dédain. Il ne faut surtout pas les respecter ou leur parler avec gentillesse, ils vous prennent alors pour un type faible, ou bien un hypocrite, ou se demandent ce que vous allez leur demander en échange, n'imaginant pas qu'un service puisse être gratuit, ne l'envisageant pas une seconde. Il y a aussi tous ceux qui s'imaginent que leur petit niveau, leur petite place au soleil, leur case privée ne peuvent pas être remis en cause car d'une élévation rare, prenant leurs quelques connaissances pour de la culture et leurs certitudes pour des opinions. Ce sont les mêmes qui déplorent encore maintenant le manque de charité des catholiques et leur dogmatisme, et regrettent avec forces hochements de tête leur inadaptation à la modernité.