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Ellroy et le monde souterrain de la littérature

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ellroy-james.jpgJ'ai acheté le dernier volume de la trilogie d'Ellroy, « Underworld USA », hors de prix mais quand on aime, on ne compte pas. Il n'y a que dans « le genre » ou dans les romans s'inspirant de ses méthodes d'écriture : style dense et précis, que l'on trouve des livres aussi complets sur notre époque, sur le dégoût qu'elle peut inspirer par sa vulgarité, sur la politique et les idées plus ou moins rances que d'aucuns s'entêtent à ressasser encore et toujours, sur les légendes concernant des dirigeants encore perçus comme des modèles, des icônes sans profondeur, oubliant que seul l'humain compte. Ellroy n'est pas si loin de Dostoïevski, le péché, le mal a toujours des conséquences effroyables : la haine et la violence, l'envie, la jalousie, la passion destructrice, le tout menant souvent au meurtre.

Les agneaux n'ont que peu de place dans la horde...

Au départ, on s’en fout un peu qu’Ellroy soit de gôche ou de droâte, tant qu’il a du style et du talent. Mais sous nos cieux si bien éclairés par nos élites littéraires qui sont toutes et tous des phares de sagesse, c’est très important, car la plupart de nos auteurs, du moins les mauvais (ce qui fait beaucoup de monde quand même j'en conviens) ont toujours leur petite vulgate idéologique à vendre, leur homme providentiel à flatter, (vu le nombre de sauveurs potentiels, la pauvreté et d'autres fléaux auraient dû être éradiqués depuis très longtemps déjà), afin de combler leur manque de talent, justement, le tout passant pour de l’audace ou du dandysme post-industriel, ou alors on met au pinacle une déviation sexuelle à la mode pour faire genre, ou encore on raconte sa coke, son alcool, ses coucheries, et la désintox, en n’omettant pas le « dropping name game » qui va avec. Très important ce moment, le lâchage de noms plus ou moins célèbres.

Et l'argument massue est de prétendre qu'un bon auteur qui est de droite, qui aggrave son cas comme Ellroy en insistant bien là-dessus, en rajoutant des tambours et des cymbales dés qu'on l'interpelle sur le sujet, n'est rien d'autre qu'un « facho », un horrible misanthrope. Cela permet de dire : « Moi je suis nul mais au moins je ne suis pas un nazi ». On se dit comme Lawrence Sterne que ce genre de libres penseurs est généralement du genre de ceux qui ne pensent jamais, certes, mais ils font assez de mal en passant. Alors que les grands écrivains sont finalement politiquement inclassables. Ils sont plus grands que nature et trop grands pour un classement si restrictif.

Ellroy est lucide, il sait que l’homme n’est pas bon de nature, c’est en cela qu’il est de droite d’ailleurs. Il sait qu’il n’y a pas d’homme providentiel, juste des mythes éculés, des bobards infantiles pour les gogos qui s'empressent d'y ajouter foi. Ellroy vise juste pour tout cela. Comme il est à la mode, encore, ça emmerde quand même un peu les apôtres de la bien-pensance qui compensent en se disant que le bouquin bien en vue sur la table du salon, ça fait type à qui on ne la fait pas, à la page, un homme du XXIème siècle, tout en ne pouvant s'empêcher de relever que, quand même il exagère. Il en est qui n'ont pas peur du ridicule, à lire les commentaires de l'article de Marc Cohen sur Causeur, il est de droite parce qu'il égoïste, à gôche, tout le monde étant beaucoup plus généreux et accueillant.

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