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L'amour au temps de la « nervous breakdown » – Torrents d'amour

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Histoire de Prosper, suite...

nervous-breakdown.jpgProsper aimait les femmes qui se confiait à lui car ainsi il pouvait se poser en sauveteur, et en sauveur. Quand il les avait guéri de leurs problèmes, qu'il les avait aidées à progresser, à mûrir, d'un certain point de vue, elles l'intéressaient beaucoup moins. Tant qu'il était leur chevalier blanc, tout allait bien, ensuite les choses devenaient problématiques. Il ne savait plus comment faire quand il s'agissait de construire une vie de couple normale, banale et agréable. Cela aurait été plus simple au temps de Tristan et Iseult, il n'aurait pas eu à changer d'un iota son comportement avec Iseult, il n'aurait pas eu besoin de tant de complications avec quelque soubrette ou fille de corps de ferme. Et Prosper bovarysait plus ou moins, avouons le.

Prosper n'était pas le seul homme à être extrêmement compliqué dans ses relations avec le beau sexe ou à être dans le syndrôme du héros romantique. Il fut ami un temps avec Arnould qui était encore bien pire. Arnould tombait fou amoureux de donzelles souffrant de névroses sophistiquées et chics, il les emmenait au cinéma ou au restaurant. Elles pleuraient beaucoup avec lui, sur leurs problèmes, sur leur nombril, sur elles. Il en rajoutait pour entretenir le tout, allant voir un mélodrame plutôt qu'une comédie. Dés qu'elles lui avouaient leur amour, qu'elles exprimaient leur désir, il les laissait tomber et n'en voulait plus. Il reconnaissait bien volontiers que seule la séduction, du moins telle qu'il l'entendait, lui suffisait.

Prosper fut ami aussi avec Gontran. Gontran était flamboyant, il « clinquantait » de mille feux, bien que taillé comme une ablette et le nez chaussé de lunettes bien sages, sa flamboyance semblait parfois bien fragile aux mauvais esprits qui était aussi pour Gontran des jaloux, des malfaisants, des êtres vils. Gontran flamboyait aussi dans ses amours.

Women%20On%20The%20Verge%20Of%20A%20Nervous%20Breakdown.jpgComme les deux autres, il avait le syndrôme du chevalier blanc, mais poussé bien plus loin, exprimé bien plus fortement. Cultivé, sensible et fin, mais doté d'un ego profond comme les sept cercles de l'Enfer, il aimait les maniaco-dépressives en fin de droits, les anorexiques sur le fil du rasoir, les Electres inconsolables, les passionnarias introverties à l'extrême, au regard brûlant de fièvre et de désir inassouvi, désir qui restait inassouvi mais qu'il entretenait, un temps du moins.

Pendant toute la durée de leur passion, elles étaient sa chose, son instrument, le vénéraient tel un ancien maître zen, ne juraient que par lui, que par ses paroles, quitte à tout sacrifier de leurs amitiés, de leur anciens amours, de leur famille. Elles le faisaient en toute conscience, aimant ça au bout du compte, être esclaves, des femmes réputées libres sous la coupe d'une sorte de "maquereau" plus vindicatif que ceux qui relevaient les compteurs rue Blondel aux temps bénis des « maisons ». Elles l'idolâtraient, puis un jour, elles se réveillaient de leur rêve de midinette, ce qu'elles étaient au fond. Il tempêtait, rageait, se mettait terriblement en colère, les vouaient aux gémonies, se conduisait comme un charretier, demandait pardon, se tapait la poitrine. Elles faisaient alors une rechute, ou étaient totalement guéries.

Il les rejetait, tout comme les amitiés perdues, dans son enfer personnel. Elles devenaient ses nemesis, des esprits mauvais, succubes impurs, qui voulaient le perdre contre son gré. Il se voyait alors comme un chevalier errant retrouvant sa solitude grandiose, un ermite romantique, un dandy désespéré dans le genre de la dame aux camélias, celle qui crachait ses poumons par amour pour un salaud.

L'amour au temps de la nervous breakdown, ce n'était pas une mince affaire...

à suivre...

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