Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Francis Lalanne est-il un poète meurtri ?

    Imprimer Pin it!

    francis-lalanne-sen-prend-a-eric-naulleau.jpgDepuis une semaine, on parle beaucoup du clash qui a opposé Éric Naulleau et Francis Lalanne sur le plateau de « On n'est pas couchés ? » de Laurent Ruquier. Le chanteur, qui remplit encore les salles en province, où l'on aime bien le genre romantico-pouèt-pouèt en bottes, a écrit un recueil de poésies qu'il estime certainement très honorables et pour lesquelles il ne tolère pas la moindre critique. Je peux comprendre, quand on écrit, on aime bien que ça plaise un minimum mais si on a peur de la critique, il ne vaut mieux pas se faire publier (ce qui, entre parenthèses, est plus facile pour Lalanne qui vendra le bouquin sur son nom, je doute que les acheteurs de la chose le lisent, que pour des jeunes écrivains), et le garder pour soi. Quand on s'expose, on sait ce que l'on risque. Et puis c'est le jeu, la comédie médiatique, car c'est une comédie, ou plutôt une farce : personnellement, j'en ai plus que ras le bol de ces acteurs, réalisateurs, chanteurs qui viennent affirmer à la télévision entre la poire et le fromage combien c'était sympa de tourner ce film, réaliser ce clip et j'en passe, combien tout le monde s'entendait tellement bien que c'était presque le retour du Paradis sur terre.

    Or, étant un peu connu, gagnant de l'argent, entouré d'une cour de flatteurs comme tout ce beau monde, Francis, qui a pété un câble depuis longtemps, est persuadé que ses vers de mirliton sont géniaux. Donc, il menace Naulleau de lui casser la figure, sur le mode « Kestatwa ! Tawarta ! ». Et Naulleau ne se laisse pas faire, ne jugeant pas utile de lui cirer les pompes (en plus y'a du boulot avec les jambières). Certes, on pourra rétorquer que Lalanne est une ambulance et que c'est facile de tirer dessus mais je remarque que même ça, c'est à peine toléré. Le contradicteur, l'empêcheur de lécher les bottes en rond, est perçu comme un méchant, un salaud car finalement le troupeau ne rêve que d'une chose, avoir autant de fric que Lalanne et son impressionnante queue de cheval. Il devrait être content en plus, on parle de lui pour autre chose que de la télé-réalité, vous vous rappellerez certainement ce truc plein de dignité auquel un poète si honorable que Lalanne a participé, la « Ferme célébrités », dans lequel Danièle Gilbert allait ch...r dans la cabane au fond du jArdin (comme dirait Cabrel) sous l'oeil impavide des caméras et des ploucs voyeuristes.

  • Paris mon Amour

    Imprimer Pin it!

    Paris-Rue-de-Menilmontant.jpgActuellement, on parle beaucoup de construire encore dans Paris, c'est un peu une constante chez les démagogues ou les populistes jouant aux hommes providentiels, laisser leur trace dans le paysage. On veut en somme, au vu des plans, multiplier les non-lieux, amener "la campagne en ville" selon la vieille boutade d'Alphonse Allais, mais cette fois seulement pour les plus riches, malgré les bonnes intentions que l'on prétexte encore. Paris est une emmerdeuse, une chieuse, une de celles vers lesquelles on revient toujours, malgré tout. Et c'est une personne, ou plutôt des personnes, des fantômes charmants que je croise partout, surtout l'un d'eux qui me hante délicieusement quand je suis à Montmartre ou place Clichy, vers "la Maison Rose" à côté du "Lapin Agile".

    La "Ville-lumière", ville tentaculaire, ville centralisatrice de tous les pouvoirs, cristallise bien des fantasmes : Babylone moderne où le vice est partout, ville refuge des arts et de l'intelligence, et quelques idées bien pires en phobes ou en ites. Paris a cela de bien qu'elle ennuie profondément les imbéciles et les médiocres, les ploucs et les bourgeois fats et satisfaits d'eux-mêmes. Elle semble engendrer aussi beaucoup de complexes d'infériorité, sociaux et culturels, de certains provinciaux ou des banlieusards de la grande couronne - pris pour des parisiens en province ! - qui pensent indispensable de rivaliser absolument avec la capitale.

    Les médiocres n'aiment pas Paris, elle leur fait peur. On peut reconnaître à cette ville qu'elle brasse les milieux et les origines plus facilement qu'ailleurs en France, mieux que les autres grandes villes françaises. auxjoueurs.jpg

    Il est certainement plus facile d'être différent que dans d'autres endroits. Quant à moi, je ne saurais être objectif, aimant passionnément Paris, de Montmartre à Bastille, du canal Saint-Martin aux Champs Elysées. C'est la raison pour laquelle je me suis précipité sur ce petit recueil de textes d'auteurs de toutes époques, de Baudelaire à NTM en passant par Céline.
    Beaucoup de ces auteurs n'aiment d'ailleurs pas du tout Paris : Flaubert ne voit que son immense bêtise, Maxime du Camp sera plus mesuré, lui-même préférant Rouen, Léon Bloy préfère se rappeler de la Lutèce de l'âge d'or et se moque des goûtes bourgeois en matière artistique, Verlaine ne lui trouve rien d'extraordinaire. Baudelaire parlera des personnages pittoresques qu'il y croise, en particulier les petites vieilles, se rappelant certainement de dessins de Daumier. Et NTM se propose même de raser la ville, refuge des riches et des puissants selon eux.Très mauvaise idée.

    Peut-être dans les prochains recueils peut-on lire des extraits de Marcel Aymé, Maupassant ou Huysmans ?

    Titre : Le goût de Paris, Tome 1 : Le mythe | Auteur : Jean-Pierre-Arthur Bernard | Editeur : Mercure de France

  • Quand le cochon tousse, l'homme s'enrhume

    Imprimer Pin it!

    cochons.jpgVoilà, on accuse encore le cochon de tous les maux alors que c'est l'homme le responsable, qui le fait vivre dans deux mètres carrés, lui injecte des trucs malsains pour qu'il fasse plus de viandes et laisse pourrir ses carcasses, aux cochons, au lieu de leur donner chrétienne sépulture. Le cochon existe pourtant depuis la plus haute antiquité, sauvage il avait la courtoisie de se couvrir de poils pour ne pas gâter son lard quand l'homme n'avait pas encore inventé ou domestiqué le réfrigérateur domestique, devenu plus bourgeois il s'est fait pousser un appendice caudal amusant pour distraire l'homme et se rouler dans la boue à sa place. Le cochon est un petit grassouillet victime d'une réputation de bon vivant sans cervelle alors qu'il ne fait que s'adonner à une générosité sans failles qui veut que chez lui tout est bon. On le soupçonne d'être salace alors qu'il n'est que gaulois avec finesse et sans complexes.

    Il en est déjà : gourous hygiènistes, coincés du bulbe, ou fan-club d'un prophète ou l'autre qui vont nous dire "On vous l'avait bien dit", ne supportant pas que l'on puisse prendre plaisir à prendre un petit morceau de graisse sursaturée (du saucisson) avec un peu de raisin fermenté (du Muscadet ou du Saumur Champigny) sur le zinc, ne supportant pas que l'on puisse prendre plaisir sans motif autre que communier dans la simple appréciation d'un moment convivial. A les entendre, faudrait se priver de tout ce qui nous tue, donc, arrêter de vivre en somme. Quand on lance ce genre de psychose, ça permet souvent de faire diversion, sur autre chose, et de ne pas réfléchir au fait que c'est le système de production de la viande qui est en cause, donc l'ultra-libéralisme.

    En attendant des jours meilleurs, les cochons seront-ils obligés de fuir dans l'espace comme ci-dessous...

  • Torrents d'amour – colère et misanthropie

    Imprimer Pin it!

    burgaud.jpgIl arrive que tout me mette en colère, le juge Burgaud à peine sermonné par ses pairs alors qu'il a cru les dires d'une mythomane, et qu'il a causé le suicide d'un pauvre homme, sa tête de fort en thème têtu et sans pitié, de petit garçon à sa Maman qui l'a pourri gâté, Madame Bachelot, qui ressemble à une version moderne et féminine, et kitsch d'Homais, ce cynique étriqué et amoral, ne vivant que pour l'argent, qui nous refait le coup de Tchernobyl et qui nous dit qu'il n'y a rien à craindre du nouveau virus de la grippe qui a plus à avoir avec la politiquement de rendement qu'avec le cochon, pauvre bête encore accusée de tous les maux ; des petites choses, les étrons canins sur le trottoir, courants dans la ville de province où j'habite : les maîtres laissent faire l'animal et scrutent le passant dans l'attente d'une réprimande, les jeunes cons à casquette, se composant une attitude qu'ils estiment virile, la musique au kilomètre sortant du portable ou du « Emmepétroi », la foule, les vieux au regard manquant de bienveillance, le temps pourri, les mensonges.

    Près de moi passent un « peunneque » à crête et son chien, un « Pitt » sans muselière; le type a le regard perdu, enfantin, il est allé trop loin dans le jeu des louques et des faux-semblants. Son chien a la langue pendante, il jette de temps en temps un coup d'œil vers son maître. Le jeune lui parle doucement, une douceur à l'opposé de l'image qu'il voudrait laisser. Il fait la manche à la sortie d'un magasin de fleurs, le "Pitt" à ses pieds, paisible contre toute attente.av100.jpg

    Un troupeau de retraités, qui descend d'un car à air conditionné sur le trottoir en face de l'Hotel de ville le regarde avec sévérité, en bas des marches, ils sont salués par un officiel qui leur sourit par grandeur d'âme à côté de la porte qui indiquent fièrement que le véhicule a des toilettes chimiques, il les aime déjà alors qu'il ressemble plutôt à Raminagrobis attendant de croquer une souris, ou bien la belette et le petit lapin, ces benêts naïfs qui s'en remettaient à lui de manière imprudente.

    Parmi les vieux, on murmure déjà : « Qu'est-ce qu'il est sympathique ce meussieur tellement instruit ! ». Il y a des restes d'hormones chez les dames qui mouillent leurs lèvres, et chez les hommes qui rentrent leur brioche de notables centristes. Pour un peu ils se mettent au garde-à-vous.

    Je suis en colère aussi parce que tu n'est pas là avec moi bien sûr, ce qui n'est possible que dans un monde idéal, mais nous ne sommes pas dans un monde idéal. Il y a « Chapeau melon et bottes de cuir » qui repasse sur « Arte » nous aurions discuté des mérites comparés de Madame Peel, que je préfère, et de Tara King, que tu préfères, plus banale même si tu ressembles plutôt à la première. Je me prenais un peu pour ton John Steed, toujours à la rescousse des jeunes femmes s'apprêtant à subir un "sort pire que la mort".

    C'était un monde disparu qui regardait ce feuilleton, les agents secrets enquêtaient sans jamais tuer de sang-froid, on ne torturait pas les ennemis à la gégène et les héros n'avaient pas de traumatisme drôlement grave qui leur donnait cette gravité que la ménagère de moins de cinquante ans adorent retrouver chez eux. On se prenait moins au sérieux. Il y a une citation que je place souvent et qui est : « la gravité est le bonheur des imbéciles » de Nietzsche à moins que ce ne soit de Mireille Mathieu.

    Cela me rappelle la proximité des élections européennes.

    620932.jpgUn type dans la rue me tend un papier jaune sur lequel il y a écrit en somme que l'avenir sera rose et doré gràce à ces élections. Encore une utopie et un mensonge car on sait bien que les députés européens n'ont strictement aucun pouvoir, que c'est la commission de Bruxelles et toute l'usine à gaz bureaucratique qui prend les vraies décisions, généralement enregistrant les desiderata des chefs d'entreprise et des banquiers, dont il ne faudrait tout de même pas entraver la prise de bénéfices, ainsi que l'a dit à peu près le frère de Beigbeider dimanche soir, charmant garçon qui a peu le genre des acteurs de "soaps" ou de porno-soft des années 80, c'est la même esthétique brushing, UV à haute dose.

    Le type me dit que c'est important l'Europe, il croit à son message, il porte la Bonne Parole, il a un air extatique. Ce n'est pas que je lui rigole au nez, mais je ne peux pas m'empêcher d'avoir un sourire goguenard car subitement, je ne suis plus intéressant.

    Il me dit encore de loin : "C'est important l'Europe, 'faut pas s'en moquer !". Il ne quitte pas son coin, c'est un bon petit soldat qui ira jusqu'au bout.

    à suivre...

  • "Feel Flows" - Les Beach Boys

    Imprimer Pin it!

    Toujours dans la playlist du livre d'Alain Dister, "Oh Hippie days", cette chanson des Beach Boys, qui est celle que je préfère. Alain Dister montre bien que les années 60 étaient surtout un défouloir gigantesque, et dangereux, et parfois sordide. Que finalement le monde ne changeait pas malgré tous les beaux discours et les voeux pieux, pointaient déjà les années de plomb et la tentation de l'action armée ou terroriste. Dans cette chanson, on sent derrière la musique "surf", comme dans celle de la "Motown" en filigranes, plus affirmée dans les chansons de "Stax" la dérision, le mensonge de cette période.

    Bientôt, les enfants du "Summer of love" auront un ventre de notaire et leurs petits enfants seront des consommateurs effrénés et écervelés vivant dans un présent continuel...

  • L'Institut d'esthétique et de poétique - de Jacques-Yves Rossignol

    Imprimer Pin it!

    J'adhère complètement à cet institut qui la prolongation concrète d'un groupe défunt et censuré de Facebook...

    L’Institut d’esthétique, et de poétique :

    face à l’impasse du cynisme facile de l’art contemporain

    (note d'Amaury : voir photo ci-contre)

    1217890296.jpgNous avons effectué une revue bibliographique autour des problèmes posés par cet art encombrant et prétendant régir tout le domaine de la  création actuelle.
    Nous produisons déjà des oeuvres (livres d'artistes, vidéos, photos) initiant la ridiculisation, la dévalorisation et le dépassement de cet art fatigué.
    La meilleure manière d'en finir avec l’art contemporain, c’est de faire tout de suite ce qui se fera après !

    Participez à l'Institut en écrivant au mail ci-dessous :
    esth.poet@gmail.com

  • Frédéric Lefèbvre est-il un sapin de Noèl ?

    Imprimer Pin it!

    frederic-lefebvre-inutile.1221054266.jpgQuand on pose la question : untel est-il un con ? Généralement le untel, ou la unetelle, peut s'offusquer, et faire étalage de sa connerie en hurlant à la diffamation. Les cons osent tout, Madame Morano ne me contredira pas sur ce point.

    Alors que se faire assimiler à un sapin de Noèl, c'est plus mignon, plus gentil, c'est joli un sapin de Noèl, ça cache parfois des cadeaux, de très belles perles, voire même ça donne ses boules en partage, quoique dans le cas de Frédéric Lefèbvre je ne suis pas sûr. Quant à moi, j'ai toujours adoré les godillots, les suivistes sans réfléchir, les bons petits soldats qui se jetteraient à la flotte pour faire plaisir à leur grand homme ou grande femme, les grégaires enthousiastes. C'est parfois à pleurer, car le pire c'est que ce genre de personnage docile va très loin sous les cieux de notre beau pays.

    Maintenant, tout comme Madame Bachelot, Madame Pécresse, ou notre hyper-président en condensé, Frédéric Lefèbvre ne tolère plus, ne supporte plus la moindre contradiction de ses opinions tout comme celle opposée à la politique du gouvernement qu'il représente. Moins sournois que d'autres qui visent clairement les présidentielles de 2017 sans trop le dire mais en y pensant très fort, c'est un bon petit sapin de Noèl méritant que le porte-parole de l'UMP, qui a certainement des compétences en matière psychiatrique (pour raisons professionnelles ou personnelles ?) pour se permettre de juger dingues ses adversaires (un vieux refrain des républiques bananières ou des totalitarismes, l'adversaire est un malade psy).

    Quand j'aperçois sa mini-vague, son costume de premier communiant, je sais que je ne serais jamais déçu. Il n'y a jamais de répit avec lui, jamais de silence gêné, il va jusqu'au bout. Et c'est pour cela que je pense que c'est un sapin de Noèl de concours que ce brave homme. La certitude rend fou disait ma grand-mère à moins que ce ne soit Nitche, qui ne lui ressemblait pas du tout, à ma grand-mère, et qui est mort dingue, la certitude d'avoir raison tout le temps, d'être certain de ne jamais se gourer. Il faut savoir que le sapin de Noèl a toujours raison, toujours, il ne commet jamais d'erreurs, même contre toute évidence, le mettrait-on en face du réel qu'il ne veut pas le voir, comme le montre la vidéo ci-dessous.

    Parfois les sapins de Noèl se croient hilarants...

  • Torrents d'amour - en banlieue

    Imprimer Pin it!

    Quand je pars d'Evreux en train pour aller à Paris, il suffit que je passe la gare de Mantes la Jolie pour me sentir immédiatement chez moi, en terrain connu. Je ne me sens pas du tout de province, et pourtant ça fait longtemps que j'y demeure. Rien n'y fait, je n'ai pas l'esprit, pas la mentalité, pas les habitudes. J'aime bien être dans un train quasiment vide du matin, après la transhumance des travailleurs pendulaires comme on les appelle. Et puis je regarde les rues des villes de banlieue qui défilent.

    tardinestorburma1dd9.jpgEt pourtant la banlieue c'est moche, c'est souvent gris, ça pue l'essence mais je me sens à la maison. Il faut être insensible pour ne pas voir la poésie qui se cache sous le béton ou le goudron du bitume, car il y en a une ainsi qu'un onirisme surréaliste. J'aime bien même la Défense et ses tours pourtant esthétiquement affreuses. Et puis il y a aussi que chaque étape, ou presque, des lignes de banlieue, m'évoque un prénom, une personne.

    Petit inventaire de souvenirs :

    A Versailles-Rive Droite : J..., sa silhouette pulpeuse sous ses salopettes en djin, ses lunettes rondes, sa guitare et le boulevard du maréchal Foch. A la guitare, elle joue les "gymnopédies" de Satie.

    A Saint Germain en Laye : A... et ses amours contrariés, les matchs de rugby dans le jardin, la lune au-dessus du château les soirs d'ivresse, les quartiers piétons sans piétons, les filles en poulovère pastel, les bouteilles de prune.

    A Courbevoie : P... et les nuits blanches, à attendre que le jour se lève sur les bancs du square et N... avec qui je composai des coquetèles jusqu'à pas d'heure pour aller ensuite regarder les péniches passer sur la Seine sous le pont de Levallois, les verres de rhum parfumé, l'odeur de la ville, son bruit, Paris qui ne s'arrête pas de remuer, transpirer et donner de la voix là en face.

    A Saint-Denis bien sûr, il y avait toi, la Basilique, le "Khédive" et ses banquettes rouges, le cinéma comme un pont au-dessus de la rue, les racailles, les vieilles en boubous, la zone, les théâtreux et les résidences utopiques, les peintres et leurs modèles par la baie du salon, mais je ne m'étendrai pas sur le sujet.

    Sur le quai d'Asnières, V..., ses tenues improbables, ses airs de femme fatale, son regard triste, ses deux amoureux, le bon père de famille qui veut la payer pour qu'elle vive avec lui.

    Au Vésinet, il y avait C..., ses yeux bleux, ses tâches de rousseur, ses cheveux très bruns, son ironie, son air de se moquer du monde en douceur, sa gentillesse malgré tout.

    Et à Nanterre-U...niversité, F... qui attendait que j'arrive sur le quai du RER pour repartir à Paris boire un expresso devant la fontaine farfelue de Niki de Saint-Phalle à côté de Beaubourg. Je lisais le journal en commençant par la fin, ça énervait F... qui me trouvait futile.

    5_tardi0.jpgUne tête con rurale vaut bien une tête de con citadine me dira-t-on. C'est vrai. Mais le genre de la première m'est encore beaucoup plus insupportable que la seconde : du petit bourgeois friqué qui se prend très vite pour un notable, avec toute la panoplie de monsieur Homais, et un peu des Verdurin, s'il a plus de sous, au lumpen-péquenot, la casquette "américaine" vissée sur le crâne, le clope au bec, et le portable à la main qu'il triture et malaxe comme s'il espérait en faire jaillir un peu du contenu de la corne d'abondance à moins que ce ne soit un symbole du machin à Onan et qu'il ne lui rend en somme une sorte de culte. La tête de con rurale sait très bien qu'elle est stupide, et elle s'en fout.

    En banlieue, comme à Paris, du moins pour ce qu'il en reste, on peut dire à un vaniteux qu'il est vaniteux, à un con qu'il est con, à un poète local qu'il est nul, à un érudit de sous-préfecture qu'il est ignare, personne ne s'en offusque. On ridiculise aussitôt les bons apôtres, les chefs de rayon qui jouent les esprits avancés, tous ceux qui aimeraient bien être sortis de la cuisse de Jupiter alors qu'ils ne sont qu'à peine ses rognures d'ongles.

    à suivre...

    illustrations de Tardi (en haut tirée de "Nestor Burma", en bas de "Tardi en banlieue"

  • Gérard Miller voit tout pour vous

    Imprimer Pin it!

    Par là on peut acheter le ticheurte édité par "Jalons" (je précise que je n'ai aucun intérêt commercial dans la chose mais l'image est excellente)...

    gerard-miller.jpg

  • "Summer in the city" (des Loovin Spoonful) et sur ce blog

    Imprimer Pin it!

    Je suis en train de lire "Hippie days" d'Alain Dister, excellent livre sur les années 60 et les différents mouvements de ces années là. L'auteur démystifie beaucoup cette époque, offre un regard lucide, c'est un peu du gonzo reportage à la manière de Hunter Thompson. J'ai entendu hier Cécile Guilbert à la "Grande Librairie" définir parfaitement l'écriture rock. Alain Dister a ce talent, proposant à chaque chapitre sa "playlist" dont cette chanson pour le premier...

    Cette chanson correspond très bien à mon humeur aujourd'hui...

  • Un certain 21 avril 2002...

    Imprimer Pin it!

    21avril2002_2.jpgAu soir du premier tour des élections présidentielles de 2002 je me souviens des réactions face à le Pen au deuxième tour. Elles sont évoquées aujourd'hui sur "Causeur" et je trouve cela intéressant, je me souviens de tous ces "gendegôche" me disant qu'il fallait absolument voter Chirac même avec des pincettes alors que le Pen c'était et c'est toujours le rideau de fumée qui permet de pas aborder les problèmes et de trouver des solutions rapides. Personne ou presque n'avait rien vu venir, personne n'a compris quoi que ce soit à cet évènement, sauf le petit actuellement président de la République qui s'est fait élire sur les idées du Front National en 2007. Encore maintenant, on distingue deux camps, celui de l'UMP et du FN (avec les restes du MNR), ça donne le ministère de l'Immigration (et des oeillères), et celui des angélistes qui ne veulent surtout pas se confronter au réel, et des mouvements comme "Ni putes, ni soumises" qui ont eu au moins l'intelligence de chercher des réponses aux problèmes posées : l'insécurité réelle, la violence faite aux femmes, la difficulté du métier de professeur dans les "quartiers", comme de tout représentant de la République, les "nouveaux" racismes. Et puis la présidente du mouvement, Fadela Amara, en a eu marre des belles paroles et a préféré essayer d'agir même avec Sarkozy que pourtant elle honnissait. C'est vrai qu'il y en a marre des beaux discours sur un passé rêvé ou un avenir encore à construire...

    Cette incapacité à simplement observer la réalité conduit à la situation actuelle, très tendue, comme le montre les incidents de la Gare du Nord à Paris hier. Comme le dit une sociologue, on revient à "l'ensauvagement" de la société et de fait à une situation pré-insurrectionnelle que certains appellent de leurs voeux sans penser à la violence qu'une insurrection engendrerait. Paraît qu'après le 21 avril 2002 il y a eu un "sursaut républicain", j'attends encore pour ma part.

    Personnellement, je ne suis pas du genre à vouloir le "tout tout de suite" forcément, mais il commence à y avoir urgence.

  • Mahmoud Ahmadinejad : le crétin et les faux culs

    Imprimer Pin it!

    Le réalisateur et les acteurs du deuxième épisode des aventures d'OSS 117 avaient très peur de choquer avec les répliques sur le fil du rasoir du z-héros sur les juifs et Israèl, ils font remarquer que si on leur a souvent posé des questions sur ce sujet, personne ne s'est formalisé des chinois massacrés durant tout ce film, comme si c'était somme toute normal. Cela fait penser à cette blague qui permet de mesurer plus ou moins l'anti-sémitisme latent, on annonce à quelqu'un qu'en Albanie on massacre les juifs et les coiffeurs, dans 95% des cas la réponse à cette affirmation est "pourquoi les coiffeurs ?". La judéophobie ressurgit toujours et encore, toujours aussi conne. Elle subsiste dans les banlieues comme en milieu rural, où "feuj"(juif en verlan) est une insulte désignant un radin ou un égoïste favorisé.

    Mahmoud_Ahmadinejad_et_Hugo_Chavez._2.jpgMahmoud Ahmadinejad, sur la photo ci-contre avec un pote, est un crétin judéophobe, un raciste pour de vrai, un taré haineux mais pousser des cris d'orfraie devant ses "saillies", c'est un peu facile et ça évite de regarder les faits quant à Israèl et la Palestine, ou de répondre à ces questions ci-dessous.

    Je prierais donc les excités de tout bord, qui s'égareraient sur ce blog, de faire l'effort de lire jusqu'au bout :

    - Comment s'appelle un régime politique où la citoyenneté est fondée sur des critères ethniques et religieux (ou seul le mariage religieux est reconnu) ?

    - Comment s'appelle un régime politique qui favorise aux postes administratifs de responsabilité des citoyens du fait de critères religieux ou ethniques ?

    - Comment s'appelle un régime politique qui fait de 20% de sa population des citoyens de seconde zone ?

    - Comme s'appelle une politique consistant à détruire certains quartiers d'une ville pour en reconstruire d'autres au bénéfice d'une seule partie de la population ?

    - Comment s'appelle la destruction d'un territoire dont on soupçonne tous les habitants, hommes, femmes, enfants, vieillards, d'être terroristes ?

    - Comment s'appelle le fait qu'un pays envahisse un territoire et le contrôle militairement ?

    Alors, oui, la situation est complexe. Il y a 20% de citoyens arabes musulmans et chrétiens en Israèl. Et la situation diffère très largement selon les régions ou les villes, à Haïfa, par exemple, et ce depuis longtemps, la fraternité, l'égalité et la liberté existent, il n'y a pas de ségrégation, tout comme, dans une moindre mesure à Tel Aviv. Il faut savoir aussi que le "mur" entre Israèl et la Cisjordanie a été construit par des palestiniens. Il faut savoir aussi que l'aide financière de l'UE peut arriver à Gaza mais qu'aucune marchandises ne pouvant en entrer ou sortir, elle ne sert à rien.

  • Sarkocizion de Sarkoland

    Imprimer Pin it!

    Sous le prétexte fallacieux d'une loi que même ceux qui sont censés l'appliquer trouvent trop arbitraire, la pub pour "Sarkoland" ne passe pas à la télévision publique. Si même un type comme Gérald Dahan embête Nabot Ier talonnettes donc, c'est que ça doit valoir le coup à regarder. Il doit y avoir du vrai dans la caricature. Au moins, cette pauvre Madame Bachelot qui est "blessée" par les caricatures de son auguste personne (je me demande si elle pense rien qu'une seule fois aux personnes que sa réforme contribue à licencier) est plus directe et franche.

  • Mort de Ballard mais pas de ses cauchemars

    Imprimer Pin it!

    jg_ballard_st_martins.jpgBallard est mort, il faisait des cauchemars qui deviennent tous progressivement réels. Comme c'est un écrivain, un rêveur éveillé, on disait, ce n'est pas sérieux. Le lire c'est comme cette nouvelle de Borgès où les phantasmes d'un misanthrope finissent par se concrétiser. Comme il est dur de se confronter au réel, d'entendre la vérité, ce n'était pas l'employé du mois de sa maison d'éditions, contrairement à Dan Brown (rires : c'est dur d'en parler comme d'un écrivain) ou plus proche de nous Fred Vargas ou Anna Gavalda.

    Quelques livres de Ballard...

    Je retiens de lui "Crash", ce livre est classé généralement en science-fiction par ceux qui aiment bien les boîtes de rangement mais il est inclassable. Dans un monde où la technologie est omniprésente, où les mystères semblent expliqués au fur et à mesure par la science, où certains expliqueront l'amour par une combinaison de phéromones et d'enzymes, il semble impossible de connaître la passion, l'émotion, le vertige des sens, des corps, une sensation. On a peur du goût et des parfums, peur du corps de l'autre, peur de son propre corps.
    Pour Ballard, les machines ont enlevé aux hommes la quasi-totalité de leur côté charnel. Mais cette chair fait froid dans le dos car les êtres humains semblent avoir perdu toute capacité et tout espoir de ressentir, les sentiments deviennent l'ultime transgression mais la modernité, les machines et la surabondance des non-lieux pervertissent tout.

    "Peut-être la prochaine fois" comme dit le Ballard, du livre, à Catherine, sa femme. Cronenberg l'a adapté car cela rejoint tout à fait ses préoccupations comme celles de Kubrick en particulier dans son dernier film (dont le thème est moins mineur qu'il n'y paraît). Ce livre est d'une étonnante acuité car il dit l'essentiel sur nous, sur ce que nous sommes devenus, sur ce que nous pourrions être. Ce livre choque, le froid aussi brûle les doigts.

    Titre : Crash | Auteur : James Graham Ballard | Editeur : 10/18

    Un des thèmes de "SuperCannes" est en résonance directe avec l'actualité qui voit la banalisation de la violence virtualisée par les médias, dont les télévisions, les films, certaines formes musicales.
    A tel point que lorsque la majorité des occidentaux ont vu les images des tours jumelles s'effondrant, beaucoup n'y ont pas cru tout de suite pensant à un trucage sophistiqué, d'ailleurs certains n'y croient pas encore malgré les faits irréfutables.
    La violence ne devrait jamais être banale, quel qu'en soit sa cause.
    Car "la vie ne vaut rien mais rien ne vaut un être humain", car un être humain qui se fait tuer par cette violence, c'est tout un ensemble de souvenirs qui meurt avec lui.

    Titre : Super-Cannes | Auteur : James Graham Ballard | Editeur : Fayard

    Crash460.jpgUn jour, le vent se lève au-dessus de la Grande-Bretagne, pas une vulgaire tempête ou une petite brise, un ouragan qui dure des jours et des jours, qui s'intensifie progressivement. Personne ne peut dire avec certitude pourquoi, un milliardaire décide de construire un nouveau monde et une nouvelle société en bâtissant une pyramide de béton, c'est un "Bouygues" du futur proche. Bien sûr, on peut cataloguer Ballard dans la catégorie de "speculative fiction", mais ici, aucune volonté de crédibilité scientifique, simplement une autre fable sur nos certitudes emportées par le vent comme autant de brindilles.

    Pas de spectaculaire chez Ballard, pas de destructions bibliques ni de punitions divines. Ici, c'est simplement le vent qui souffle de plus en plus fort, un peu plus chaque jour.
    C'est de la science-fiction dégagée de l'anticipation fantaisiste, du moralisme réactionnaire inhérent au genre peu avant la "new thing" annoncée par Harlan Ellison et ses compères. Et le style littératire y (re)devient une préoccupation.

    Titre : Le vent de nulle part | Auteur : James Graham Ballard | Editeur : Pocket

    Et mon préféré, qui décrit un cauchemar de société contrôlée...

    Il y a quelques temps, une émission de télévision a proposé semble-t-il comme solution au problème de la violence des jeunes de revenir cinquante ans en arrière, c'est de la télé-réalité teintée de fiction, d'autres proposent d'accentuer la répression, certains pays mettent les jeunes et les plus pauvres en prison pour résoudre la question. Il semble que la société moderne ait peur de ses jeunes, s'inquiète de leurs aspirations et les cadre absolument par la publicité, l'éducation et l'économie. Dans cette histoire, Ballard parle de jeunes très sages, travailleurs, disciplinés, qui ne se plaignent jamais, obéissent aux normes des parents et acceptent de perdre toute intimité pour respecter les règles imposées. Ils vivent dans un quartier protégé, une communauté fermée, verrouillée, une prison dorée et fliquée. Un jour, un massacre horrible est commis, il semble bien que ce soit les enfants. Personne ne semble comprendre leur geste...

    Titre : Le massacre de Pangbourne | Auteur : James Graham Ballard | Editeur : Mille et une nuits (Editions)

  • En quoi Marine le Pen est utile finalement

    Imprimer Pin it!

    20080310LEPENHENINBEAUMONT42.jpgCe matin, branle bas de combat, la nation est en danger, les fachos sont à la porte d'Evreux, Marine le Pen vient sur le marché du centre-ville. Depuis que les idées de son père ont été reprises par le petit gars qu'est président, ça fait un peu ridicule de pousser comme cela des cris d'orfraie quand elle vient dans une ville. Je trouve aussi que ça permet d'éviter de parler concrètement des sujets qui fâchent : l'éducation, la formation, le chomâge, l'insécurité (et on le fameux sentiment d'insécurité), le racisme ou plutôt les racismes, l'excision, les violences faites aux femmes, la polygamie, et j'en passe. Marine le Pen, la fille de..., se pointe, et là ça sert bien, car on crie de suite à l'affront, à la xénophobie. C'est un peu comme le maire d'Hénin-Beaumont, à quoi pensait-il en s'en mettant plein les poches, en ne pensant qu'à sa carrière, en permettant par sa conduite et son indifférence que cette fille ramasse des voix car c'est ça le fond du problème : quand quelqu'un se fait casser la figure parce qu'il est d'une couleur de peau différente de ses agresseurs, qu'elle soit blanche, noire, rouge ou jaune, c'est du racisme, quand une fille se fait violer en réunion, c'est de la barbarie, quand une fille est obligée de rester cloîtrée chez elle, c'est une violence et une tradition stupide, quand la laïcité n'est plus strictement respectée à l'école (et c'est le cas) dans les menus aussi bien que les horaires, c'est problématique. Les grandes déclarations, les grands mots n'y changent rien. Et si des électeurs qui ne sont ni en culottes de peau tyroliennes ni en imper latex noir, vont vers elle c'est que le manque de réponses des responsables politiques est flagrant et profond.

    Marine est utile pour ça, détourner la colère...

  • "Ne nous quitte pas Chirac" par Grand con malade

    Imprimer Pin it!

    Un petit slam de Grand con malade à propos du sondage suprenant qui place Chirac au premier rang des personnalités préférées des français qui ont vraiment la mémoire courte...

  • « Dark Angel » série de James Cameron

    Imprimer Pin it!

    467719910_small.jpgJ'aime bien la première saison de cette série, initiée par James Cameron, qui a eu au moins le mérite de révéler les attraits de la plastique parfaite de Jessica Alba pour ceux qui restent allergiques au genre SF. Les deux premiers épisodes de la série, scénarisés par James Cameron, sont les meilleurs. Ils plantent le décor. La première saison est plus intéressante que la deuxième, la série devenant une série de « monstre de la semaine » et une intrigue vaguement millénariste trop rocambolesque beaucoup moins enthousiasmante. Dés la première saison, au bout de trois ou quatre épisodes, les scènes de transition genre sitcoms sont assez pénibles et inutiles finalement. Il aurait été préférable que la série conserve son ton « sérieux » et politique l'air de ne pas y toucher.

    La série a été annulée au bout de deux saisons pour cause d'indices d'écoute défavorables, le public n'ayant pas compris grand-chose et n'ayant pas envie qu'on lui mette sous le nez les conséquences de sa sottise consumériste et de son inconséquence en général, la vérité même enrobée d'une fiction bien construite et divertissante est souvent insupportable pour les spectateurs grégaires.

    On retrouve dans la série le talent de Cameron, son goût pour les histoires apocalyptiques, pour la culture pop, Max est une héroïne qui s'inspire largement des comics, dont « Elektra » version Franck Miller pour le côté félin et blessé, et surtout du manga « Ghost in the Shell ». Comme tous les personnages préférés du réalisateur, c'est une femme forte, contrairement aux personnages masculins toujours pris par leurs contradictions et leurs faiblesses. C'est un être humain complexe aussi. Au départ, elle se sent peu concernée par les déboires de l'humanité qui l'entoure. Elle n'est jamais aussi confiante en elle que dans l'adversité et l'affrontement, a tout à apprendre en matière de relations humaines.

    L'histoire :

    En 2009, une bombe nucléaire tactique a été lancée sur New York par des terroristes, elle a délivré une impulsion électromagnétique qui a détruit tous les systèmes informatiques du pays en quelques minutes. On ne l'appelle plus d'ailleurs que « l'Impulsion ». Les États-Unis sont devenus un régime totalitaire policier conservant l'apparence de la démocratie. La police est omniprésente grâce à des drones héliportés et censure les médias. Le tout sous couvert du bien du peuple et sa liberté. Le niveau de vie américain est dorénavant celui du Tiers Monde et la loi la mieux acceptée est celle du plus fort. Profitant de l'Impulsion, Max Guevara, l'héroïne, s'est échappée avec douze autres humains génétiquement modifiés d'un centre gouvernemental secret pratiquant le lavage de cerveaux et la mise au point de soldats dociles et puissants exécuteurs des basses œuvres, Manticore. Elle est sauvée par une des scientifiques de l'endroit qui la cache dans sa voiture. Max profite de ses facultés décuplées par l'ingénierie génétique (elle a de l'A.D.N de félin mais ne ronronne pas et n'a pas ) pour cambrioler les profiteurs du régime et ainsi financer ses recherches afin de retrouver ses semblables grâce à l'aide d'un détective privé à l'ancienne mode, Vogelsang. Elle travaille comme couverture dans une société de livraison à vélos ce qui lui permet d'effectuer les repérages pour ses cambriolages. Par suite d'une malfaçon génétique, c'était aussi une manière de mieux la dominer pour Lydecker, Max est accro à une drogue qui lui permet de contrôler ses pulsions animales.

    Un jour, « le Veilleur », un activiste cybernétique qui pirate la télévision officielle, un certain Logan, riche héritier qui profite de sa fortune pour combattre le nouveau régime en place, lui demande de l'aide pour une opération spéciale. Max est poursuivie par le colonel Lydecker, tueur impitoyable ayant avec Max une relation ambiguë, une relation paternelle très dure. Lydecker finit par retrouver la trace de Vogelsang, qui travaille aussi avec Logan. Il torture le détective qui ne livre pas sa cliente mais refuse désormais de l'aider. Par contre, il a vent de l'opération menée par Logan, qui est grièvement blessé. Max se sent coupable, et vient le sauver d'une mort certaine in extrémis, malgré le piège tendu par Lydecker à l'hôpital où croupit l'activiste. Quelques mois passent, il a repris ses activités malgré son handicap. Il demande une nouvelle fois de l'aide à Max en lui proposant de la payer en renseignements sur Manticore, car il en sait beaucoup plus qu'elle. Elle accepte le marché...

    <a href="http://video.msn.com/?playlist=videoByUuids:uuids:a2dc72dd-d60b-4f95-a392-b1f6bb49964d&showPlaylist=true" mce_href="http://video.msn.com/?playlist=videoByUuids:uuids:a2dc72dd-d60b-4f95-a392-b1f6bb49964d&showPlaylist=true" target="_new" title="Dark Angel Generique">Video: Dark Angel Generique</a>

  • Une société de complexés

    Imprimer Pin it!

    darwin.jpgLe complexe d'infériorité mène la danse dans notre société, avec son corollaire accablant, l'Envie, l'envie de posséder plus que le voisin, de l'écraser avec une voiture plus GROSSE, un téléphone plus GRAND, une maison plus VASTE. On fait mine de célébrer la simplicité des « gens simples », c'est-à-dire que le troupeau s'auto-congratule quant à son manque d'ambitions intellectuelles et spirituelles. L'originalité, l'indépendance d'esprit sont perçus comme des dangers qui rappellent ce manque, et instaurent une insécurité. La sécurité et le confort intellectuels sont largement plus valorisés. Il convient de faire au moins semblant. L'appartenance à un corps social et ses supposées habitudes, l'apparence, tout cela est scruté pour trouver la faille et se défendre contre une supériorité supposée de l'autre. On ne veut pas voir ce que peut apporter la culture d'une personne à une autre, que ces connaissances soient scientifiques, littéraires ou artistiques, l'enrichissement intellectuel ou spirituel que cela apporterait est vu comme inutile, ou alors il faut que cette culture soit liée à une apparence ou un statut social, en l'occurrence un revenu confortable, car seul l'argent est véritablement respecté. L'Argent rend BEAU, il rend SÉDUISANT, il rend tellement INTÉRESSANT car finalement tout ce qui compte encore, c'est le rapport de forces et sa brutalité plus ou moins atténuée par le vernis de civilisation moderne. Remettre en cause ce rapport de forces, considéré comme indispensable au maintien du confort matériel, au moins pour quelques uns, et on nous promet le retour à l'âge des cavernes. Chacun sait pourtant que nous n'en sommes toujours pas sortis, ne serait-ce que sur le plan de la conscience...

  • Les angoisses de Dino Buzatti - « Nouvelles inquiètes » en 10/18

    Imprimer Pin it!

    dino_buzzati-1906-1972.jpgJ'aime beaucoup cet écrivain que je lis depuis l'adolescence. Je l'ai découvert avec l'histoire de cette ville où le temps est ralenti, puis à la suite d'un emballement du mécanisme permettant ce qui est finalement une idiotie, la vie s'y déroule trop vite et toute la cité part en poussière ; et aussi celle racontant l'histoire de cet homme dont la femme finit par se transformer en une voiture de sports de rêve pour complaire aux désirs de son époux qui l'abandonnera quand même alors qu'elle pensait que leur amour serait éternel de cette manière peu conventionnelle. Je suis toujours pris par ses nouvelles inquiètes, titre de ce recueil d'inédits qui pourrait être celui de tous les autres. Dans la préface de cette édition, on nous explique doctement que Buzatti écrivait en fait « l'elzévir » du « Corriere Della Serra », célèbre quotidien italien, paraissant en deux éditions, du matin et du soir, à savoir un texte un peu plus long que les autres articles imprimé sur deux colonnes. On est loin de la presse populaire telle qu'on la conçoit maintenant soit dit en passant, on pouvait y lire des articles de fond et des textes de haute tenue littéraire travaillés avec une maestria qui force le respect , tout cela maintenant est une sorte d'utopie.

    Les héros de cet auteur sont des rêveurs, leur parcours répond à un questionnement personnel en quelque sorte. Ils sont malmenés par la vie, peuvent mourir de lire un texte trop difficile à comprendre, ou trop facile. Ils peuvent croire contrôler les choses en inventant une grande grammatisatrice automatique (on en reconnaît les œuvres au fait qu'elle glisse toujours dans ses textes un ou deux mots compliqués voire d'un raffinement byzantin, bien sûr je peux certifier que ce n'est pas du tout le cas de ce texte). L'ontologie des nouvelles de Buzzati est relativement simple, il a la nostalgie de l'enfance, des paradis perdus, des amours déçus par bêtise, des grandes idées à terre. Pour lui et son lecteur, ce monde est absurde et absolument futile. Mais ce qui sauve l'humanité c'est sa capacité à aimer, à percevoir la beauté de ce qui l'entoure, y compris dans les toutes petites choses, dans les tout petits détails, dans les petites gens, le vendeur de quatre saisons et sa carriole qui ne font pas beaucoup d'affaires mais maintiennent un lien entre les habitants d'un quartier, le balayeur que personne ne regarde. Contre toute attente, l'écrivain croit malgré tout en l'être humain.

    Buzzati est de ces angoissés qui voudraient bien appréhender tous les aspects de la vie sans en perdre un seul, saisir la beauté dans l'instant, tout en étant convaincu que ce monde n'a aucun sens tel qu'il est. L'auteur parle du monde moderne, il décrit très bien la modernité, l'obsession pour les puissantes mécaniques, pour la performance, l'inanité des appétits consumériste. Le mal n'est jamais là où on le croit. Il peut très bien exister sous le soleil trompeur d'une journée ensoleillé, se cacher sous la brillance de la réussite, de la considération sociale, de la charité de bon apôtre, sous les patenôtres des grands esprits, des belles consciences vues à la télé. Finalement, on n'est pas loin du diable des écrivains plus mystiques.

    Buzzati est en quelque sorte un Marcel Aymé pessimiste, moins doux rêveur, et croyant moins dans les vertus de la poésie qui a beaucoup de mal à exister perdue entre les tours de béton de métal et de verre, les non-lieux qui envahissent progressivement toute la planète de Paris à Milan, la ville-symbole du progrès tel qu'on le concevait au temps de l'automobile-reine dans les années 60 – certes elle l'est toujours- et de la béatitude technologique dont Boris Vian énumère les appareils, de plus en plus fantaisistes, dans une de ses chansons les plus célèbres, et la croyance dans les vertus forcément civilisatrices du progrès.

  • Torrents d'amour – Lucide...

    Imprimer Pin it!

    1717618563_94e20f73e2.jpgDe la banquette de faux cuir rouge du café, je regarde les gens passer, les bureaucrates mâles empressés, les bureaucrates femelles apprêtées comme des sapins de Noël, les gamines ricanantes, les gosses qui courent derrière leur mère qui parfois colle à l'un ou l'autre une gifle. J'aime bien les clochards qui soudain s'arrêtent au milieu de la rue comme frappés par la grâce, touchés par un ange. C'est le monde, il y a le vieux qui me jette un œil suspicieux, sa femme au bras. On ne doit pas se regarder dans la rue, c'est mal vu.

    *

    Quand je vois les gosses dans la rue, j'ai toujours l'impression de pouvoir discerner quel genre d'adultes ils donneront. Bien sûr, j'aimerais me tromper, et puis me dire qu'ils seront peut-être autre chose que des individus perdus dans la masse, le jeune homme romantique deviendra un notable respecté de ses pairs, à la renommée impeccable de sa bouchère au marchand de journaux qui l'appellera « meussieur, euh... », cette pasionaria qui s'enflamme à côté de moi sera une vieille fille à chats ou elle vivra avec une autre vieille fille, tous ces enfants seront des adultes incapables de réfléchir par eux-mêmes, infoutus de donner un peu plus au type qui fait la manche mais envoyant sans problèmes aucuns des « essèmesses » surtaxés pour voter pour des chanteurs qui ne sont même pas de salles de bains. Il y a un écran au-dessus du zinc, les habitués du troquet regardent vaguement, ils hochent la tête en cadence quand il faut et où il faut, là où on leur dit de faire. Un malappris commence à critiquer l'un ou l'autre, souvent le président, on le remet vite à sa place le malpoli.


    On lui dit :


    -Le président au moins, il a les mains dans le cambouis. Tu le critiques mais t'es pas président. T'as qu'à te faire élire si t'es pas content !


    L'insolent ne sait pas quoi répondre à tant de logique imparable. Il préfère alors la boucler.


    Mais quand on observe un peu le monde, que l'on est juste un peu honnête avec soi, on ne peut que reconnaître sa laideur, sa folie, son inanité, l'iniquité qui en est la base, depuis longtemps, et un peu plus depuis que l'argent est devenu le seul repère. Le problème est que tout le monde s'en contente, on dit : « Hé quoi, tu voudrais vivre dans les bois ? » ou « il faut hurler avec les loups », on te traite de rêveur, d'inadapté alors que c'est toi qui voit la réalité derrière la trame : les bons bourgeois qui jouent les anars, les faux dandys, les fausses femmes savantes, les vraies courtisanes, les bons apôtres de bazar qui montrent vite leur vrai visage, les aventuriers de pacotille, les vengeurs masqués de supermarché, les philosophes ronds-de-cuir. Tout cela, il faut bien s'en contenter selon le troupeau qui préfère alors brouter son herbe en toute tranquillité. Le troupeau s'en fout que l'herbe peut être plus verte, il broute, c'est tout.

    *

    2650678154_015f953373_o.jpgLes rêveurs restent un problème. Ils n'ont pas envie de la grisaille, pas envie des musiciens faussement rebelles qui pointent dans les multinationales, des écrivains qui vendent leur soupe pour vanter les mérites l'un de sa vulgate idéologique, l'autre de sa nouvelle foi de la veille qui en fait bien sûr un saint quasiment instantané. On ne remarque jamais les rêveurs assez, ceux qui aiment bien prendre le temps de rêvasser, de lire, d'écouter de la musique, de regarder vraiment un film, d'écrire, de dessiner. On leur demande souvent : « A quoi ça sert ? ». Il faudrait que ce soit productif pour la société de rêvasser, car finalement, ce qui domine c'est encore l'instinct grégaire, l'instinct de survie de la tribu. Les mâles alphas rêvent encore de devenir mâles dominants, qu'ils travaillent à la bourse ou dans une administration, qu'ils soient simples prolos ou ministres.


    A côté de moi, la pasionaria, une fille mince, nerveuse, jolie, au physique de sylphide inquiète, continue de parler, parler, parler, d'injustices, de droits des femmes, de pauvreté et elle refait le monde sans reprendre son souffle même quand son compagnon paye le serveur venu réclamer son dû. La pasionaria commence déjà à mettre son manteau, elle est très disciplinée, elle sait que s'il paye, il est temps de partir. L'autre lui passe la main autour des épaules car elle est à lui.


    Je sais bien quant à moi qu'il faudrait que je renonce à ma nostalgie, au souvenir de mes amours. Je sais bien qu'elle ne m'aime plus, ou qu'elle pense peut-être à moi comme on feuillette ces vieux albums photos de notre enfance ou notre adolescence en ayant l'impression de voir quelqu'un d'autre sur les images. Quand on se dit différent des autres, on croit discerner en toi de la vanité, de l'orgueil, c'est un grand péché de croire que l'on peut échapper au sort du plus grand nombre. Le troupeau est fataliste, il faut obéir, se soumettre.


    À suivre...

  • « Le silence de la mer » de Jean-Pierre Melville

    Imprimer Pin it!

    Silence_de_la_mer_01.jpgKléber Haedens était sévère avec le roman de Vercors, grand résistant de la première heure, qui trouvait ce combat pour la liberté naturel, et avec également l'adaptation de Melville, académique, théâtrale et peu naturelle à son avis. Et surtout, pour lui, les deux personnages étaient deux crétins obtus dans la film comme dans le livre. Je ne suis pas loin de partager cet avis, après tout qu'est-ce qui empêche vraiment les deux personnages de se conduire humainement avec l'officier allemand ? Il y aurait plus de grandeur à cette conduite qu'à celle qu'ils adoptent. La voix «off» du narrateur, omniprésente, est pénible à force, autant choisir de lire le roman. Il n'y a donc pas vraiment d'adaptation cinématographique à proprement parler. Si Nicole Stéphane était très jolie dans des films noirs, elle devient moins talentueuse dans le rôle d'une jeune fille de province. Il est des détails qui tuent dans le film, comme le duvet que l'on voit sur sa lèvre supérieure à cause d'éclairage. Son oncle n'a pas l'âge du rôle, et joue anti-naturellement au possible son personnage. On dirait plus un grand bourgeois parisien, avec de faux airs de Pierre Fresnay. L'officier est joué par Howard Vernon qui ensuite se distingua dans des films d'horreur, dont certains réalisés par Jésus Franco, dont la série des « Orloff ». Avec sa tête qui le fait ressembler à Boris Karloff jeune, on comprend ce qui a pu le pousser vers ce genre de films. Melville le filme comme un archétype de l'aryen, du conquérant pan-germaniste, souvent en contre-plongée et sous un éclairage sinistre, mais la réalité est quand même plus subtile que ça. Et l'humanité n'est pas séparée entre « bons » et « méchants » bien reconnaissables, que l'on distingue facilement. C'est la raison pour laquelle l'adaptation plus récente, de Pierre Boutron, en 2004, avec Michel Galabru dans le rôle de l'oncle et Julie Delarme dans celui de sa nièce est largement plus fine et nuancée tout comme Thomas Jouanet dans celui de l'officier allemand ; les personnages y sont complexes, humains, capables de sentiments, et non continuellement raides comme la justice, hiératiques comme des sculptures d'Arno Brecker, justement..C'est étrange d'ailleurs cette mise en scène de Melville qui réalisa «L'armée des ombres », point de vue beaucoup moins caricatural sur l'Occupation et la Résistance, montrant non des héros surhumains, surpuissants, mais des être humains capables parfois, mais rarement, de se dépasser, quitte à risquer de tout perdre, jusqu'à leur compassion et parfois leur humanité, et d'autres, moins forts.

  • Torrents d'amour - Romantisme

    Imprimer Pin it!

    cafe_costes_paris.jpgIl m'est revenu en mémoire cette discussion d'un soir avec un ami romantique, ou se prétendant tel. Il m'avait invité au café Costes, le lieu le mettait en valeur se disait-il.

    Il poursuivait d'un amour éthéré, idéal, des jeunes femmes qui s'en fichaient, ou se sentaient flattées. Il pleurait beaucoup, souffrait beaucoup, et aimait ça. Et puis quand il arrivait à ses fins, elles ne l'intéressait plus du tout. Après les avoir perçues comme des princesses de conte de fées, elles devenaient des femmes comme les autres, tout juste banales. Il offrait des fleurs et des poèmes enflammés, des vers de mirliton grandiloquents, à des péronelles qui ne l'avaient sans doute jamais remarqué. Il le savait très bien, il était heureux comme ça.

    Il me dit :

    - Tu sais, moi tout ce qui m'importe, c'est juste de la prendre dans mes bras, dit-il en parlant de sa dulcinée du moment.

    Il me regarde avec intensité, attendant ma réponse d'un air de défi. Elle ne se fait pas attendre :

    - Moi, je n'ai pas envie de me contenter de la serrer dans mes bras, pour observer ensuite la pleine lune en se tenant par la main. On a tous les deux, fort heureusement, un sexe.

    Il me dit que je ne suis vraiment pas romantique, que je devrais essayer un peu de tendresse, que je dois être malheureux pour ressentir cela et idéaliser aussi peu l'amour. Il trouve que sa vie est parfaite comme ça, et que la mienne doit être bien triste. il me plaindrait presque. Ce n'est au fond qu'une réflexion de petit bourgeois satisfait de ses avantages, de ce que ses relations peuvent lui offrir, et surtout à quoi elles peuvent lui servir. Il enrobe le tout d'un peu de sentimentalisme.

    Il dit encore se lançant dans une psychanalyse risquée et stupide finalement :

    - Les gens comme toi, ils n'aiment pas les gens, on dit qu'ils ne s'aiment pas, mais au fond ce sont des narcissiques.

    La soirée commence à être pesante, ainsi sont les donneurs de leçon qui croient leur existence exemplaire, ils finissent toujours par se croire autorisés à juger de la vie des autres, à condamner, stigmatiser, approuver sans réfléchir à la profondeur réelle de leur questionnement. J'ai envie de l'envoyer promener, ce dont je ne me prive pas, sa réaction est prévisible, pour lui je suis un ingrat, que l'on aide, que l'on soutient, (juste un tout petit hors de l'eau pour continuer à être en somme le malheureux de service), et "puis voilà tout ce que l'on a en remerciements".

    Je le vois s'éloigner, il n'a pas voulu me serrer la main. Ce n'est pas très grave. C'est un barreau en moins à la fenêtre de ma solitude, aussi étrange que cela puisse paraître. J'en soupire de soulagement.

    Tout est finalement une question d'apparences et de préjugés, de respect de règles non-écrites qui font que l'on ne doit pas dire la vérité des faits, que l'on ne doit pas prendre les gens pour ce qu'ils sont mais pour ce qu'ils veulent donner l'impression d'être.

    Un jour, elle était arrivé dans un café où j'étais déjà avec un autre homme. Nous étions connus dans l'endroit, et bientôt, on me plaignit, on me dit : "Tu vois, tu rêvais, une de perdue...". Tout rentrait dans l'ordre immuable des lieux communs et des a-priori, une fille comme elle ne pouvait pas être avec un type comme moi. Et là elle m'a simplement regardé, chargeant son regard de tout ce qu'il y avait entre nous. Et les moqueurs se turent.

    à suivre...

  • Bienvenue dans un monde contrôlé

    Imprimer Pin it!

    camera-video-surveillance.jpgAux Champs Elysées ("auux champs z-élysées, pala-lala...") on a installé trois ou quatre panneaux de pub dits biométriques, qui déterminent et photographient de suite le poids, la taille, et l'âge, ou le louque, des passants qui jettent un oeil. Beaucoup de curieux viennent s'y faire ausculter électroniquement pour le plaisir sans doute d'être sur la photo. Dans quelques temps, la plupart des feux rouges seront équipés de caméras et de radars qui empêcheront les infractions. Tout cela est présenté comme un grand progrès, un bien indépassable, au troupeau de consommateurs de plus en plus infantilisé, pouponné, de plus en plus immature qui trouve ça génial. Il n'est pas loin le monde totalement contrôlé des dystopies de Philip K. Dick. Le plaisir, la joie, la famille, les relations sociales, la douleur deviennent progressivement rigoureusement virtuelles. Il est tellement plus simple de parler à une machine souvent colorée agressivement dans des tons enfantins. On est dans le cauchemar d'une des héroïnes de l'écrivain précité, un cauchemar de pavillons de banlieue coquets et automatisés, parfaitement fonctionnel, d'être humains assexués et incapables de passer à l'àge adulte, qui finit par s'écraser sur lui-même. Le troupeau également festiviste trouve cela cool d'avoir une puce dans le bras, qu'on le piste dans ses tribulations, d'être à la pointe des dernières conneries en vogue. Comme argument, on dira bien sûr que si quelqu'un ne commet rien de répréhensible, pourquoi refuserai-il d'être surveillé après tout ? Et d'y perdre toute liberté en toute conscience plutôt que de chercher à améliorer les rapports sociaux, et d'aider les personnes à mûrir enfin. Je trouve étonnant que cette infantilisation entraîne finalement également une déférence et une révérence à l'égard du pouvoir et des autorités jamais vues avant.

    Il paraît qu'au Japon, un apprenti sorcier a inventé une puce qui permet de contrôler des rongeurs, mais comme il le dit, bientôt il espère bien en implanter à des êtres humains (toute contradiction sera montrée comme anti-progressiste alors)....

    ...Et ce sera le bonheur obligatoire. Et il ne sera pas loin le temps où l'homme deviendra un poupon cybernétiquement materné de la naissance à la tombe.

  • Torrents d'amour - Montmartre en hiver

    Imprimer Pin it!

    place_abbesses_1.jpgQuand je suis sur un quai de gare, c'est tout de suite à la place des Abbesses que je songe, je m'y retrouve en rêvassant somnolant devant le mouvement des arbre derrière la vitre du wagon quand je suis en train. Ou quand le crépuscule commence à devenir plus long et que je me sens poussé un mettre un disque de Gainsbourg, "l'Anamour" ou "Dieu, fumeur de havanes".

    Quand je me rappelle de Montmartre, j'imagine surtout le quartier en hiver. Et ça me vient vraiment au printemps, vers Pâques, à chaque fois. A chaque fois, j'ai toujours l'impression que je vais sentir la pression de sa petite main délicate de féline de salon, moi je suis plutôt un fauve incurablement sauvage, sur mon dos et avoir sur ma joue la douceur de ses lèvres pour un petit baiser presque volé. Tout de suite, j'étais en paix avec le monde et les autres. J'étais moins cynique, elle me rendait meilleur. Ou plus heureux de vivre. J'aurais voulu que le monde soit jaloux de nous deux.

    Bien entendu, elle est terriblement en retard, et elle arrive enfin, regardant droit devant elle et souriant déjà, comme la Joconde, une joconde post-industrielle, du genre société des loisirs, capable de claquer une fortune en habits divers ou en disques de pop sur les pochettes desquels les musiciens ont tous l'air de s'emmerder sec, quand elle s'inquiète, elle m'aperçoit, elle sourit. Elle me demande : "Tu n'est pas fâché ?" comme une gosse prise en faute mais ne regrettant pas une seconde d'avoir fait une bêtise. Je grogne un peu, je suis un ours, comme dans les romans de plage pour étudiants de John Irving, je me prend un sourire.

    Je lui prend le bras, je lève un doigt sentencieux et réprobateur, le genre de posture ridicule des couples, j'y pense et ça m'embête un peu. Je lui dis :

    - J'ai envie de prendre le chemin des écoliers, de passer par la rue Drevet.

    wepler_vitrine.jpgBien sûr, elle me trouve ridicule quand je lui montre la statue de Marcel Aymé en "passe-murailles" rue de Norvins, elle connaît bien, elle aime passionnément ce quartier aussi. Elle y passait toutes les heures sêchées quand elle était au lycée en bas à Jules Ferry, place Clichy. Elle me parle de "Diabolo menthe" et puis des "400 coups", je n'aime pas trop les deux films, mais je sais ce qu'elle y voit, car je le vois aussi. Nous n'avons déjà plus besoin de combler les silences gênés et pourtant je la connais seulement depuis trois semaines ce jour-là.

    Un soir, un ami, après avoir vainement tenté de me ramener à la raison, me dira qu'il est jaloux de ce que nous vivons, comme tous ceux qui parlent de choix, de regard de la société, d'apparence, et de milieux. Il me dit que c'est là la seule subversion et qu'un jour nous le paierons.

    "Payer comment ?" lui dis-je.

    Il avait pourtant raison, ceux qui veulent faire le bonheur des autres parfois contre leur gré haïssent les petits gestes tout simples d'un couple d'amoureux passionnés.

    Je crois la connaitre depuis bien plus longtemps. Elle est la petite fille qui a couru un jour avec moi sur le tapis du métro, à la station Opéra, un jour de grande foule. Elle est toutes les autres femmes.

    A la "Maison Rose", le petit restaurant comme une bombonnière où nous nous arrêtons, nous buvons un peu trop. En sortant, elle me lâche la main et se prend à marcher en équilibre sur le bord du trottoir, elle dit : " de plus en plus fort" et elle monte sur un petit muret qui surplombe les vignes du quartier, trois mètres plus bas. J'ai peur et ça me plaît d'avoir un peu peur, je monte aussi sur le muret. Elle rit aux éclats, de son rire en cascades, car je suis plutôt gauche. Elle dit : "Non, tu n'est pas obligé". Elle dit aussi : "Ainsi sont les ours, forts et indépendants, mais il suffit de leur mettre un anneau dans le nez, pour les mener comme on veut, et leur faire faire des bêtises qu'ils ne trouvent pas sérieuses du tout, mais qu'ils font en ronchonnant".

    Je descend du muret et je boude un peu, je presse un peu le pas, devant elle. Elle rit encore : "Tu es vraiment fâché ?".  Je me retourne, et je ne peux pas lui en vouloir. Nous allons prendre un café au Wepler, j'ai peur de me confier de trop, et je l'abreuve de paroles, je la noie sous un flots de grandes phrases. Dehors, un acteur de seconde zone serre la main de tous les loufiats, il rit grassement. Je lui fais part de mes constatations, elle me dit que je suis vraiment trop cynique, elle rit quand même. Elle me demande ce qui me fait si peur. Elle dit que je me prends pour Des Esseintes, mais que nous n'avons rien à voir, après tout, dit-elle, ce n'était qu'un petit fonctionnaire mal dans sa peau, ce Des Esseintes.

    Je lui dis que j'ai peur que tout ça s'arrête, ce trop-plein de bonheur, banal et extraordinaire, presque irréel.

    à suivre...

  • Torrents d'amour...

    Imprimer Pin it!

    Torrents d'amour ruisselants

    anna19.jpgElle m'a dit :

    - J'aimerais bien rester dans ton petit paradis.

    Je lui dis :

    - Reste alors. Qu'est-ce qui t'en empêche ?

    Elle me regarde de ses yeux gris, comme la mer des marées d'équinoxe qui charrient des noyés, d'un seul coup je me sens ému, comme à chaque fois, j'ai envie de prendre dans mes mains son petit visage de chat, elle dit :

    - Ce n'est pas si simple.

    Je précise que je vis dans un roman de Roger Nimier, que ce n'est pas la vie, que c'est de la fiction. Les femmes y sont compliquées, mystérieuses parfois, des emmerdeuses distinguées qui ont des névroses distinguées qui leur donnent encore plus d'attraits. Rien n'est simple. On se pose beaucoup de questions élégamment et on s'ennuie avec raffinement et distinction. C'est agréable la plupart du temps, quand ça ne porte pas à conséquence bien sûr, quand la souffrance acquiert des vertus volatils.

    Les passagers dans le train me disent « bonne chance » après que je parle de mes amours avec l'un d'eux, une sorte de clochard céleste africain qui n'arrête pas de se marrer, lui vient d'un film de Cassavettes plein de joie extravertie.

    Finalement, elle est remontée prendre le train, je l'ai accompagnée jusqu'au quai, tout le long elle m'a pris le bras comme si nous étions un vieux couple. Je sentais son parfum mêlée à une délicate effluve de l'odeur de tabac blond de ses cigarettes pour dames chic. Elle était en jupe droite et en manteau court, des chaussures à talons hauts aux pieds, de fins bas noirs gainant ses jambes. Elle fait une lippe de bambin, elle soupire. C'est une gosse trop gâtée aussi. Elle voudrait tout avoir en même temps.

    Le soir, elle sera à côté d'une fille (pour le côté moderne -et clinquant- de l'histoire), dans un café snob mais confortable et rassurant, comme un cocon de petites habitudes. Bizarrement, c'est plus facile que d'aimer jusqu'au bout, c'est plus sûr. Et on ne devient pas adulte trop vite. Bien sûr, on oublie que le couple à la mode deviendra vite un couple de vieilles filles qui s'enverront des piques de plus en plus venimeuses mais ne se quitteront pas, parce qu'elles sont trop habituées l'une à l'autre.

    Le train part. Le lecteur tourne la page. L'histoire finit un peu en queue de poisson se dit-il. On aurait pu imaginer une autre fin. Elle et lui à Paris, dans un Paris de pacotille, un peu genre Doisneau, mais en moins sentimental. Ou alors, plus tard, proches de la maturité, on les retrouve sur une plage de Trouville ou une de ces plages de la mer du Nord, où l'on peut être nostalgique sans être triste, mais là, ça deviendrait une sorte de roman d'Armand Lanoux, de l'élégance encore mais plus mesurée, avec moins de désespoir.

    Il y a un carton qui indique : « seize ans après... »

    Elle a les traits un peu plus accentués, quelques petites rides. Mais elle a toujours la même silhouette, celle d'Anna Karina dans les films de la Nouvelle Vague. Elle a des petites lunettes rondes qui lui donnent l'ai d'une étudiante. Elle a presque le même manteau que la dernière fois qu'ils se sont vus. Lui se trouve usé, vieilli et beaucoup plus cynique. Il n'y a personne sur la promenade des bords de mer, les cabines bleues et blanches en bois sont toutes fermées et rangées sagement devant les hôtels « art déco ».

    Et là dans le soleil pâle, enfin, ils se retrouvent et s'enlacent. Bien sûr, ça contredit l'ironie du début du livre mais c'est mieux.

  • Un Pape selon la Bonne Conscience ?

    Imprimer Pin it!

    Respect à géométrie variable...

    photo_0302_459_306_26569.jpg« Rue 89 », site libre selon ses concepteurs et rédacteurs, parfaitement dans l'air du temps à mon avis, ressort aujourd'hui, Jeudi Saint, à savoir un jour où les chrétiens sont peut-être plus proches du mystère de l'Incarnation que les autres (un mystère que l'on ressent aussi bien en banlieue parisienne qu'à Jérusalem, lieu où je l'ai un peu mieux entraperçu), un article de Benoît XVI publié dans une revue présentée comme « fachiste », article également en page d'accueil de plusieurs portails. Le ressortir aujourd'hui presque comme un fait exprès montre bien le peu de respect pour les catholiques par ce qui s'apparente à une remise en cause encore une fois du souverain pontife, sans bien sûr proposer quoi que ce soit en liens pour appuyer les dires de l'auteur du texte, que ce soit l'article du cardinal Ratzinger ou des extraits de sa note incriminée. J'ai vainement cherché un article aussi saignant sur cet imam négationniste, violemment, même pendant la présence dans l'école où il enseigne d'un rescapé des camps de la mort, je n'ai rien trouvé (voir ici de quoi il retourne).De même sur les destructions d'immeubles à Jérusalem Est par les autorités israéliennes, ceci afin de terminer le Grand Jérusalem et de vider la ville de ses habitants palestiniens). Peu de monde a réellement dénoncé les exactions commises à Gaza. Et je ne vois pas trace de commencement d'un début d'article sur la question des bombes au phosphore employées là-bas contre des civils. Dire cela ce n'est pas dire que tous les catholiques soient des saints et des catholiques fervents n'ont jamais hésité à même tirer contre leur camp supposé mais là c'est sûr, le Pape est un facho, un réactionnaire fini, éclipsant Ben Laden dans l'imago du Mal absolu, y compris pour certains catholiques eux-mêmes qui ont tellement peur d'être rejetés par le reste du monde qu'ils acceptent n'importe quelle critique celle-ci fût-elle complètement infondée. Ce n'est pas dire non plus que tous les musulmans soient négationnistes ou que tous les juifs soient des ultra-sionistes autistes. Car les discours ont tendance à se radicaliser et la Crise en pousse certains à se replier sur leur égoïsme et leurs certitudes.

    20Katyn1943.jpgC'est simplement demander que les faits soient traités avec équité et justice, et clarté, et non toujours à charge. Je n'ai vu aucun article sur le cite précité, et du même genre, sur la déclaration de Benoît XVI demandant la gratuité des thérapies pour les malades du SIDA (et pourtant ce n'est pas exactement « réac » cette déclaration) ou rappeler que les catholiques qui œuvrent en Afrique distribuent des préservatifs aux populations avec la bénédiction des autorités vaticanes pour ceux qui ne se sentent pas capables de suivre ce qui serait chrétiennement et moralement idéalement le plus acceptable, comme tout le monde (Note personnelle : pour l'instant quand je rencontre une personne se prétendant parfaite, elle est surtout ou vaniteuse ou frustrée de quelque chose). Et on oublie l'exaltation de la sensualité que font des croyants convaincus comme Alina Reyès ou Fabrice Hadjaj, rappelons aussi l'article de Catherine Millet sur Benoît XVI : elle n'est pas devenue d'un coup une sorte de Marie-Madeleine post-industrielle mais son article est au fond mystique. Et moi-même je suis perclus de contradictions et de désirs dont tous ne mènent pas à la sainteté, comme tout le monde au fond, et comme la plupart des croyants qui sont de pitoyables primates malgré tout sauvés par l'amour de Dieu (fussent-ils des « onanistes de sacristie dans mon genre » je cite l'épithète reçue il y a quelques temps déjà).

    Il ne s'agit pas non plus de geindre ou de se plaindre ou de se lamenter.

    activelife_superman.gifTant qu'à ressortir des évènements troubles ou des articles honteux, pourquoi ne pas parler du massacre de Katyn ? Ces 15000 officiers et sous-officiers polonais exécutes par les sbires de Staline. On entend déjà la réponse, l'un reproche dans « l'Humanité » à Wajda qui en a fait un film, de ne pas être assez dialectique, il eût fallu montrer n'est-ce pas que ce massacre était nécessaire pour la victoire du communisme, un mal nécessaire donc compréhensible, l'autre nous fera remarquer, n'est-ce pas, qu'il faut se rappeler du contexte qui justifiait ces exécutions. Ce négationnisme se double de celui du Goulag et de ces victimes mais il ne faut surtout pas comparer les morts de Sibérie à ceux des camps de la mort, alors que, comme le souligne remarquablement Hannah Arendt, c'est la même crapulerie. Mais il ne faut pas trop le dire, on ne peut pas aborder non plus les massacres de Vendée (évoquer les tanneries de peau humaine à Angers, les massacres par dizaines à Nantes...). On pourrait aussi se souvenir de tous ces maoïstes maintenant reconvertis dans le cirage de pompes ministérielles ou élyséennes, la brioche dite patricienne, qui pourtant il y a quarante et uns ans vantaient les mérites du retour à la nature sanglant prôné par « le Grand bond en avant » et la « Révolution Culturelle ». On note que chez les maoïstes tout comme chez tous les idéologues de tout bord (qui se comportent tous comme des missionnaire enfiévrés dispensant leur vulgate qui est souvent un étalage de lieux communs vaguement satisfaisants entre la poire et le fromage), la haine absolue de la Culture, de l'Art, de la Littérature comme de la Musique et le rejet des faits contre l'évidence. Et si un massacre est commis au nom d'un bien, que ce soit sous l'Espagne de Franco, ou la Convention, ou à Katyn, la tuerie se justifie en somme.

    Pour revenir au Pape, il eût fallu en somme en élire un selon les vœux de la Bonne Conscience, qui donne bonne conscience justement, soit issu au besoin d'une minorité visible (ce qui ne changera rien au racisme et à la xénophobie mais cela permettra de s'auto-féliciter de tant de grandeur d'âme), ne fasse pas trop de vagues, ne rappelle pas trop la foi, ne mette pas trop le croyant, ou l'incroyant, face à ses responsabilités, et ne soit pas trop catholique au fond. Et qu'il oublie d'où il vienne. Comme les catholiques d'Occident, pour certains si friands de causes lointaines à défendre, oublient un peu trop souvent les chrétiens d'Orient excepté quelques rares personnes. Si rares.

    photos : le Pape Benoît XVI, Katyn, et un superman bien-pensant

  • Retour à la Via dolorosa

    Imprimer Pin it!

    Chaque année, j'y reviens toujours, en esprit, par la prière, dans mon quartier, la Via Dolorosa...

    Ce n'est pas exactement le chemin de Croix qu'a emprunté Jésus, la "Vieille" ville actuelle datant de Saladin, mais peu importe. Le lieu vit de la prière des pélerins.

    Par là un excellent article de François Miclo sur la Passion

  • La vie des provinciaux en 2009

    Imprimer Pin it!

    madamemim23.jpgJ'ai entendu cette conversation il y a deux soirs, en attendant un bus et dans le bus. Les protagonistes en sont une bonne dame d'une cinquantaine d'années qui a un peu le physique de Madame Mim dans "Merlin l'enchanteur" version Disney, un type tatoué des bras aux pieds, des lunettes à la Arthur Miller sur le nez et un ticheurte proclamant qu'il aime Elvis pour toujours, un beur type racaille de banlieue sympa, la conductrice de l'engin et votre aimable serviteur.

    Le type tatoué soliloque depuis un bout de temps déjà devant l'entrée du supermarché où nous attendons le bus. Il demande du feu de temps à autre pour un cigarillo.

    "Non mais moi, j'était premier de la classe, le prof me mettait toujours des dix, tu me crois pas mais c'est vrai (s'adressant à un ami invisible), toujours des dix, et puis depuis, je parle plein de langues, au moins quatre ou cinq, l'allemand, l'anglais, le russe, l'allemand, l'arabe...ad lib"

    Il repère une jeune conne qui passe et lui lance : "hé ! tu me donnes du feu et je te file un café, hein un café, ça te dit ? Et puis après on ira danser, mais si tu veux, hein...ad lib"

    La jeune conne fait des grands gestes à sa copine et elles pouffent connement de concert les écouteurs vissés aux oreilles : "J'ai rien compris à skiladit, hi, hi, hi..."

    Bien sûr, alors que je faisais tout pour ne pas me faire remarquer du tatoué, la première personne qu'il repère c'est moi :

    "Hé, toi, oh non vous, vous auriez du feu ? Passke là, j'attend le bus, pour aller aux archives, pask'aux archives, tu comprends, je bosse sur plein de trucs...ad lib"

    Je suis sauvé par l'arrivé du véhicule urbain. "Madame Mim" arrive. Elle a un sac de sport, elle souffle, elle me regarde et elle me dit : "c'est bon le sport, ça fait du bien" (De quoi je me mêle ? pensés-je très fort)

    Le petit beur nerveux nous rejoint.

    La tatoué se lève subitement comme poussé par un ressort et va tambouriner contre la porte d'entrée :

    "Hé, dis donc, hé, faut ouvrir, paske nous, on attend et que le meussieur y voudrait s'asseoir" (il dit ça malgré mes véhémentes dénégations)

    La dame comprend, elle sort fumer une clope.

    Le tatoué lui demande du feu, il lui ressort tout son argumentaire en faveur d'un café et puis plus si affinités. Elle refuse. Il va sur un banc bien sagement.

    Le petit "rebeu" comme disent les djeuns, dit alors : "Y'a des gens bizarres quand même en province, y se marient tous entre eux ou quoi ?"

    Madame Mim ne dit rien mais elle est rouge de courroux, la conductrice répond : "Y'en a des qui se marient entre eux, c'est comme ça qu'il y avait l'idiot du village chez nous".

    Madame Mim acquièse vaguement : "Y'a pas qu'en province kiya des gens bizarres, hein, moi je le sais, j'étais parisienne dit-elle se croyant soudain auréolé d'un peu de lumière de la ville du même nom, A Paris, y'en a plein aussi, y'a des hormosequesuels partout, et pis à Belleville, y'a aussi des gens "bizarres" dit-elle d'un air entendu.

    Je manque lui répondre : "Qui ça ? Précise ta pensée". Dans son esprit, la sottise des uns est compensée par la violence des autres.

    Elle rajoute : "Et les gens qui se sont fait agreser dans le bus, hein ?"

    Le petit beur rajoute : "Ouais, mais ptêt qu'ils z'avaient cherché les z-embrouilles les céfrans; ptêt qu'y z'étaient racistes"

    Il descend à l'arrêt suivant : "Allez... au revoir" dit-il à la cantonade.

    Madame Mim poursuit alors son raisonnement avec beaucoup plus d'aplomb : "Des gens bizarres, y'en a plein à la Madeleine (le quartier chaud d'Evreux), des comme ça, et pis y'en a même une, elle sdit assistante sociale mais en fait'e, elle en profite pour donner des sous à ceux qui sont comme elles, c'est rien qu'une menteuse. Mais enfin, bon, on est quand même mieux en province, allez, entre gens normaux, hein"...

  • Les prisons mesure du degré de civilisation

    Imprimer Pin it!

    prison-valence-cour.jpgL'état des prisons d'une société montre généralement le degré de civilisation de cette société. On nous parle des prisons du temps passé, des prisons de pays lointains sans prendre le temps de jeter un regard sur les nôtres. Il y aura toujours des imbéciles pour dire qu'après tout les criminels l'ont bien cherché, comme cette comédienne d'humour le dit un jour à un ancien industriel qui avait passé trois ans enfermé, certes tout seul, dans des conditions déjà humainement plus faciles mais privé de liberté. Même le plus détraqué des pervers sexuels a droit à un traitement qui ne le déshumanise pas encore un peu plus, car chercher la vengeance c'est se conduire selon la logique du criminel. Je m'étonne que le reportage réalisé par des détenus et passé la semaine dernière dans "Envoyé Spécial" n'ait pas eu plus d'impact, tout le monde semble trouver ça normal que les prisonniers vivent comme des rats, dans une cellule sans fenêtres, partagent la même chiotte, les mêmes douches d'une saleté abominable. Sortis de là, ils seront encore pire, même si leur peine est largement méritée au départ, elle n'aura rien résolu. Personne ne se pose de questions, c'est normal. Certains balancent de grandes déclarations de temps à autres mais on ne fait rien du tout. Que l'on ait de la sympathie ou non pour elle, il faut remarquer que la seule femme politique a visiter les prisonniers, c'est Christine Boutin, les autres viennent avec un photographe. Le problème ne vient pas que de la prison il est vrai, il concerne toute une société dont la valeur dominante est la consommation et les moyens de s'y adonner sans risques.

  • Sudiste à fleur de peau - "Pour tuer l'oiseau moqueur"

    Imprimer Pin it!

    « Pour tuer l'oiseau moqueur » - Harper Lee

    tkm.jpgTout comme les premiers livres de Truman Capote, ou les pièces de Tenessee Williams, ce roman est une histoire sudiste, là où le soleil est au zénith presque toute la journée, l'air sec et étouffant et les tensions entre êtres humains au diapason. On y croise des personnages excentriques et alanguis comme dans « la Conjuration des imbéciles » ou « la Bible de Néon ». La différence est que l'on voit tout cela du point de vue d'une petite gosse un peu garçon manqué, Scout, fille d'Atticus Finch, avocat à l'esprit ouvert, ferme et presque dur avec ses enfants, sévère mais enclin à une bonté naturelle rare, aimant profondément la justice et l'équité, et haïssant autant la sottise que la haine et la violence vivant dans une petite ville d'Alabama où parfois d'« étranges fruits » se retrouvent pendus aux arbres. Les enfants, quand il n'y a pas école, sont livrés à eux-mêmes et le grand jeu de Scout avec son frère Jem est de chercher à faire sortir et de voir Boo Radley, un adolescent mystérieux cloîtré dans la maison d'à-côté depuis des années. La vie se déroule sans trop de douleurs et coule sans à-coups, et on suit les petits évènements qui rythment la vie de Scout et ses camarades pendant toute la première partie du roman. Les enfants y sont plus des enfants réels, à la différence de « Tom Sawyer » où ce sont plus des archétypes enfantins décrits par un vieux monsieur déjà bien mûr, même si c'est avec tout l'humour et le talent de Mark Twain. Mais comme dans « La Nuit du Chasseur », roman et film, le mal rôde sous un soleil trompeur.

    tkm2.jpgUn jour, Atticus décide de prendre sincèrement fait et cause pour Robinson, jeune ouvrier noir accusé d'avoir violé une blanche et risquant la peine de mort pour cette raison, dont il est l'avocat commis d'office. Pour le reste de la ville, il n'est pas sincère et joue la comédie pour se faire passer pour un esprit libre et courageux. Petit à petit il devient le bouc-émissaire de la lâcheté de ceux qui ont peur d'aller contre le troupeau haineux et de ceux qui s'y laissent aller sans remords ni culpabilité. Toute la famille en paiera les conséquences, Scout devra se défendre la première, et Jem sera également malmené. Ils seront protégés par l'étrange Boo (un genre de personnage que l'on trouve aussi chez Truman Capote dans « la Harpe d'herbes ») et découvriront que leur père est capable d'héroïsme la nuit où il devra aller devant la prison empêcher la foule populacière de lyncher son client, et qu'il était le tireur d'élite du comté. Comme dans « Baby Doll », autre monument de la littérature et du cinéma sudistes américains que j'aime beaucoup, loin des clichés, les petites villes prises dans la gangue de la chaleur omniprésente sont le théâtre de tragédies qui naissent des préjugés, des ragots et de la bêtise ordinaire, qui est la pire. Les enfants et Atticus, malgré toute sa complexité et son passé, qui a gardé cet esprit d'enfance, sont les seuls dans leur famille à être capables de générosité et d'altérité, les autres étant marqués par le puritanisme et la pudibonderie. Et comme dans la plupart des petits villages de campagne, loin des lieux communs champêtres, l'étranger, vienne-t-il du village voisin, y est d'abord considéré avec méfiance, avant de devenir vecteur de déséquilibre et des haines recuites.

    tkm3.jpgCe que j'aime dans ce roman, c'est son côté émotif, sensible, à fleur de peau, à fleur d'intelligence et d'humanité. Les personnages n'y sont pas des blocs monolithiques, ils ont des travers, des petits défauts, ils souffrent et rient, sont capables de se dépasser quitte à perdre leurs rêves et abandonner leurs illusions sur l'humaine espèce, souvent pitoyable, il faut bien le dire ; Scout y perd son enfance à la fin, mais dans laquelle on essaie toujours de trouver un peu d'espérance. Tant qu'il restera des auteurs, des créateurs ou des musiciens, capables de rechercher la beauté même infime autour d'eux telle Harper Lee, il demeurera néanmoins le léger espoir que l'humanité survive à ses insuffisances.