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Les sombres souvenirs d'enfance de Carlos Gimenez

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« Paracuellos » de Carlos Gimenez

carlos_gimenez.jpgGimenez était l'auteur dans les années 70 de bandes dessinées psychédéliques de Science-Fiction puis ensuite d'albums plus adultes, plus « almodovariens », sur la vie sexuelle des madrilènes avant, pendant et après Franco. Gimenez a un humour absurde et un sens profond de la caricature et de la dérision. Il semble qu'il ait acquis tout cela en réaction à son enfance passée dans une institution pour enfants pauvres et pour orphelins aux temps les plus durs du franquisme. Certains diraient que c'est seulement la faute du franquisme, c'est un peu facile, sous nos cieux républicains et démocrates, les choses ne se passaient et ne se passent pas beaucoup mieux pour les gosses les moins gâtés par la vie (et qui sont toujours autant méprisés). Il a commencé par dessiner des tranches de vie de cette période par désir de catharsis en les traitant avec un humour distancié et très caustique, surtout envers les adultes responsables de ces horreurs, en procédant deux pages par deux pages, en parlant surtout de lui au départ puis en consacrant au fur et à mesure les autres histoires à ses camarades, chacune portant le nom d'un des enfants. Ces histoires sont aujourd'hui réunis en un recueil de 299 pages.

Les esprits chagrins trouveront ça un peu larmoyant, et pleurnichard, tout ce qui parle de la souffrance des plus petits, en particulier des gosses, leur paraissant à chaque fois insupportable car la compassion est perçue comme une faiblesse et parce que la souffrance fait tout simplement peur. J'ose espérer que c'est seulement de la pudeur de leur part. On ne veut pas la voir, surtout quand elle ne concerne pas son nombril, encore moins quand il s'agit d'enfants maltraités. L'institution est tenue par un prêtre qui en est le directeur, un imbécile dur et sans pitié, pontifiant et pétri de certitudes absurdes sur l'éducation. Il est secondé par une gouvernante, une vieille fille revêche et perverse, une brute décervelée, également phalangiste, et une infirmière cacochyme. Et « Paracuellos de Jamara » est le nom de l'endroit. Le style de Gimenez est relativement éloigné de « Cria Cuevos » et plutôt à rapprocher du cinéma italien, et pas seulement celui qui parle beaucoup de l'enfance, comme les films de Luigi Commencini. On songe aussi parfois aux premiers films de Fellini. Plus tard, il apparaît que Guillermo del Toro s'est inspiré de « Paracuellos » pour « L'échine du diable » mais aussi pour « Le Labyrinthe de Pan ».

Je me demande toujours si le directeur et le personnel de cette institution prétendument fervents catholiques, ou d'autres au Brésil pour qui le viol et l'inceste ne méritent pas l'anathème, pour le reste (l'avortement) je n'en discuterais pas (on saisira l'allusion), se rappelaient ou se rappellent de ce que dit le Christ dans l'Évangile du sort réservé à ceux qui font du mal aux plus faibles, il eût mieux valu pour eux qu'ils ne voient jamais le jour). C'est toujours également un peu la même chose quand un type se prétendant providentiel, que ce soit un petit gros général, un barbichu ancien journaliste, un adepte de Georges Sorel et des mouvements de menton, un peintre raté ou un ancien séminariste presque russe, il veut faire le bonheur du peuple malgré lui, selon bien sûr sa propre conception du bonheur dont les défenseurs encore maintenant sont comme autant de fanatiques illuminés et aveuglés par leur ferveur. Ce sont toujours les enfants qui subissent en premier les conséquences de leur sottise...

ParacuellosPlanche.jpg

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