lundi, 23 février 2009
Les littéraires au pouvoir !
Depuis quelques décennies, disons que ça commence avec le positivisme, le raisonnement mathématique est favorisé à très haut degré par l'école et la société. Cela s'est accèlèré un peu plus encore depuis quarante ans, et curieusement depuis que les théoriciens de "Maissoissantuite" ont pris le pouvoir dans le monde de l'éducation (ils y sont toujours, passant du col Mao au "bling-bling" sarkozyste sans problèmes), se basant sur une idée "pratique" de l'éducation qui fait l'on ne devrait apprendre que ce qui est utile ou ce qui paraît utile, oubliant que la civilisation n'est pas dans l'utilitaire mais dans le superflu.
C'est aussi dû à la haine de ce que l'on appelait pendant les années 70 les "humanités bourgeoises". On fabrique donc dans l'inconscience et la bonne humeur, et la bonne conscience, des générations d'incultes, d'ignares fiers de l'être, de crétins obéissants dont l'univers se résume à leur nombril. Le littéraire n'a pas droit de cité, y compris dans les filières dites littéraires, il est pris pour un doux illuminé, un naïf, un type ou une fille déraisonnable. Il s'étonne que les gens si raisonnables, à l'esprit mathématique si bien cadré, ne s'émeuvent guère de l'injustice ou de la folie qui s'est emparée du système, on lui dit qu'il n'y comprend rien, qu'il n'y connaît rien et qu'il faut laisser dire et réfléchir les gens sérieux même si ce sont eux qui nous ont conduit à la ruine. Pourtant, le littéraire voit bien que la démocratie est de plus en plus une farce, il voit bien le soulagement du troupeau bêlant de s'en remettre de plus en plus au bon vouloir des gouvernants, considérant que la contradiction est une folie.
Je pense en particulier à cette militante clamant à la télévision, au salon de l'Agriculture, qu'elle ne se rappelle pas ce que dit le nabot l'an dernier au même endroit, parce que "elle elle ne voit que l'avenir, le futur" (le journaliste aurait dû faire un test, la traiter de connasse et voir si elle s'en souvient ou pas dix secondes après). Je songe aussi à Stéphane Guillon qui a balancé quelques vannes, pourtant pas trop méchantes, sur DSK, après tout ce monsieur avec tout ces titres est un adulte majeur et responsable de ses actes publiquement ayant justement un mandat public, et se fait étriller pour cette raison par quelques journalistes, auditeurs mécontents, et même dans "Marianne". Ce n'est même plus le sens de la contradiction qui est remis en cause mais l'esprit d'analyse dont le littéraire est capable de faire preuve. Un littéraire se demande pourquoi quelque chose se passe d'une manière et pas d'une autre, il demandera pourquoi une formule mathématique ou scientifique permet d'obtenir tel résultat, il ne voit pas pourquoi il les appliquerait les yeux fermés. Finalement, on lui reproche de ne pas être docile.
Cela développe enfin en l'induisant une littérature parfaitement anodine, ou basée uniquement sur l'ego de l'auteur qui fait sa thérapie en écrivant ses livres, nous bassinant avec ses états d'âme (voir Angot) sur sa vie quotidienne totalement intéressante mais qui "parle" selon le terme admis au lecteur qui veut de toutes façons qu'on ne lui parle que de lui, et qui est "tellement simple et tellement authentique" selon également les termes consacrés : dire qu'on aime la soupe "poireaux-pommes de terres" et qu'on lit les magasines féminins et que l'on en rit parce que l'on n'est pas prétentieuse, hein, je pense à Anna Gavalda, etc... ça fait tellement proche d'une authenticité de bazar qui semble tout droit sortie du cerveau d'un créatif de pub. Ou alors, quand on a quelques bribes, quelques restes, on nous casse les pieds avec le "Nouveau Roman" dont l'originalité consista à faire de la banalité le thème principal de la littérature, surtout évacuer l'imagination et tout ce qui s'y rattache, ou, horreur, le style qui fait prétentieux selon les lieux communs contemporains.
J'aime bien que Proust se laisse aller à décrire sur quinze pages tout ce que lui évoque le parfum d'une rose ou bien la vierge de la cathédrale d'Amiens, et qu'il prenne son temps, atteignant un degré de raffinement que l'on aimerait bien retrouver ne fût-ce qu'un tout petit peu. Bien sûr, en 2009, les imbéciles ne verront qu'en Proust un homosexuel hyper-mondain et cancanier qui ragote sur les puissants et les riches, oubliant l'essence même de "la Recherche du Temps perdu", les mêmes ne verront qu'en Céline le misanthrope fêlé, le fou antisémite, jusqu'au délire morbide, oubliant ce qu'il a inventé et apporté au monde et à sa compréhension avec un seul livre qui est "le Voyage...". J'en ai pour ma part plus qu'assez de voir à la télévision, de lire dans les journaux, des critiques qui la plupart du temps ne connaissent l'oeuvre de l'auteur dont ils parlent que par oui-dires ou clichés faciles (Bernanos=guerre d'Espagne, Aragon=communisme etc...). Et enfin je redis toute ma tendresse pour Marcel Aymé capable de signifier toute la bêtise des hommes mais aussi l'amour qu'il leur porte quand même en quelques pages dans des petites histoires semblant si légères alors qu'elles vont au fond des choses l'air de rien tout comme Vialatte dont je découvre le "Bestiaire" en ce moment.
photos : Condorcet, Céline à Meudon, Gutemberg, Proust, et la statue de Marcel Aymé rue de Norvins, loin des touristes et autre plaie d'Egypte.
16:09 Publié dans Article | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
| Tags : littérature, politique, mode, religion, école, cuistres, cinéma, philosophie |
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Commentaires
Je n'achète plus de livres sur la foi des recommandations enthousiastes (ils sont payés pour, ou sont copains avec) des présentateurs des rares émissions littéraires restantes. Chaque fois je suis déçue. Je me laisse donc désormais guider par le hasard d'un livre vu dans une vitrine ou sur le net, donc quelques appréciations des lecteurs me laissent à penser qu'il va me plaire. Je ne cherche ni à paraitre, ni à être en lisant, je cherche juste le plaisir de lire, celui qui me fait dévorer des pages et des pages depuis mon plus jeune âge. Cela peut être un plaisir immédiat avec un roman qui se lit pour l'intrigue (polar, sf) ou un plaisir plus intellectuel avec un livre plus difficile d'accès mais qui ouvre la porte à des réflexions postérieures.
Je ne suis pas vraiment fan de la littérature à succès d'aujourd'hui, Gavalda, Musso, Levy and co et lorsque j'ai rencontré une prof de français qui m'a cité ce tiercé dans l'ordre comme étant ses auteurs favoris, j'ai été consternée.
J'ai mis mon propre grain de sel dans mon blog quant au papier de Guillon (humoriste que j'adore) sur DSK et je vois avec plaisir que je ne suis pas la seule à penser que les hommes politiques ont bien peu d'humour .Ce qui me déçoit, c'est que Marianne (pas encore lu cette semaine) s'en prend à Guillon. Les enfoirés !
Écrit par : Lily | lundi, 23 février 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : RomaRevenge | lundi, 23 février 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Amaury | mardi, 24 février 2009
Répondre à ce commentaire@Amaury: lors d'un débat ambitionnant de donner des pistes sur la question "Les maths sont-elles utiles?", un mathématicien a balancé, très sérieux, face à l'assistance, que "les maths permettent d'établir la VERITE", ou un truc du genre. Je vous laisse imaginer les remous dans l'auditoire.
Et en matière de lettreux et de carrière, connaissez-vous l'ouvrage "Le Capital Lettres" d'Alain Etchegoyen? Je le trouve parfois bien optimiste (les entreprises louent le capital lettres, mais quand il s'agit de choisir, c'est l'ingénieur ou l'économiste qui est pris!), mais propre à redonner un peu confiance en soi.
Écrit par : Daniel Fattore | mardi, 24 février 2009
Répondre à ce commentaireCelui qui a dit ça sur les maths et la vérité montre qu'être matheux et doué dans un domaine n'empêche pas la sottise dans un autre.
Écrit par : Amaury | mardi, 24 février 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Daniel Fattore | mardi, 24 février 2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Amaury | mardi, 24 février 2009
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