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Claire obscure

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Les bobos avant les bobos – Claire Bretécher sociologue ?

bretecherclaire.jpgIl y a quelques jours est passé sur France 5 un excellent documentaire portant sur Claire Bretécher, sa vie, son œuvre en raccourci. Au départ un peu rebuté, j'avais peur de tomber sur une bobo type ou une nostalgique de « Maisoissantuite » j'ai découvert une femme qui me plaît bien, incisive, ironique, très juste dans ses points de vue sur la bêtise de l'époque depuis les années 60 justement. Elle démystifie complètement les années 70, qu'elle trouve d'une « incroyable bêtise » par des comportements immatures et égoïstes qui montrent bien que rien n'a changé des rapports humains en général, de ceux des hommes et des femmes en particulier (en clair ou « en claire », l'autorité incombe toujours aux maris et les épouses en plus de travailler à l'extérieur se tapent toujours les tâches domestiques). La « nouvelle » liberté sexuelle n'était pour elle qu'un paravent hypocrite de la société des bourgeois ou des consommateurs qui avait enfin abandonné son moralisme de façade pour enfin vivre ses pulsions amorales au grand jour . Comme elle le dit, ses frustrés « pensent à gauche et vivent à droite », comme les bobos actuels qui quant à eux se sentent de moins en moins coupables de gagner du bon pognon. A son époque, la politique était déjà une fumisterie dans la plupart des cas, des communautés néo-babas du Larzac aux lofts mondains de Saint Germain des Prés.

J'ai un peu de mal avec Agrippine qui est aussi agaçante que ses modèles du monde réel, bien qu'attachante par certains côtés, ces ados de milieu plutôt privilégié où l'on vit toujours à droite et où l'on pense toujours à gôche, où l'on a de gros problèmes existentiels relatifs aux fringues et aux garçons, à l'argent de poche, où l'on voudrait bien se rebeller mais dans une boîte à bac des beaux quartiers c'est plus dur. Le portrait que Claire Bretécher fait de cette ado est donc très juste. Le seul point irréaliste est la culture d'Agrippine, qui connaît beaucoup mieux les classiques et la littérature actuelle que la plupart des élèves de son âge qui lisent un livre quand ils ont -presque- le couteau sous la gorge de peur de passer pour plus intelligents ou originaux. Et son langage, qui est une invention de Bretécher due à son ras-le-bol du verlan mis à toutes les sauces ou du langage pseudo-rap, est plus complexe que celui de ses congénères qui ne savent pas pour la plupart aligner trois mots sans faute de syntaxe (je sais là c'est mon côté vieux con qui ressort je suis sûr). Agrippine est toute autant obsédée par le louque et l'apparence que ses contemporains/es, tout aussi bêtement. Ce n'est donc pas le talent de Bretécher qui est en cause, mais sa trop grande justesse dans la caricature.

Dans le documentaire on aperçoit des peintures de la dessinatrice, qui a aussi ce talent là, des portraits qu'elle a fait éditer il y a quelques temps mais qu'elle a refusé d'exposer. Ses portraits sont étonnants de sensibilité et d'émotion, reflétant au mieux semble-t-il la personne peinte, elle ne cherche pas la ressemblance mais la justesse psychologique. J'aime bien ses couleurs en aplats et pastel, l'ambiance en mineur des toiles, la nostalgie et la mélancolie que l'on y perçoit, l'humour aussi, un peu de douleur résiliente dont la certitude d'être laide et de l'être restée alors qu'elle ne l'est pas, son amour de la beauté où qu'elle soit. Elle est très amie avec la comédienne Dominique Lavanant qui a le même sens de la dérision, du grotesque et des prétentions stupides de ceux que l'on appelle les bourgeois bohèmes mais aussi les bourgeois tout court. Elle fait quelque chose que j'aime bien les jours de fête qui est de descendre de chez elle (elle habite dans le XVIIIème) avec une bonne bouteille de vin qu'elle partage avec les clochards du coin.

son site

une planche des frustrés

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