jeudi, 11 décembre 2008
Tout quitter pour Jérusalem - donner et recevoir
Depuis quelques semaines, on parle beaucoup sur divers médias, chrétiens ou pas, de ce couple parti de Paris à Jérusalem à pieds, Mathilde et Edouard Cortès, obligés de faire confiance à ceux qu'ils rencontrent pour manger et trouver un toit. C'est une très belle expérience, un pélerinage dans les conditions de la pauvreté. Quand on les entend parler, ça semble très facile. Je ne nie pas la beauté de cette expérience mais le battage qui est autour m'agace, ainsi que quelques points sur lesquels on insiste particulièrement, ils ont fait des GRANDES écoles (comme si cela donnait l'intelligence du coeur), ils viennent de milieu aisé. Ils me font penser à ces jeunes que l'on rencontre dans des rassemblements de "décrochage d'ampoules" en masse, souriants jusqu'aux oreilles, sympathiques mais qui n'écoutent pas vraiment l'autre et restent au bout du compte sur leurs préjugés, ceux-ci fûssent-ils angéliques. Et ce voyage ils l'ont fait pour eux avant tout, pas pour les autres. Ils me font également penser, à voir la photo, à ces touristes que nous croisions à Jérusalem, s'habillant qui en tenue de camouflage avec chèche et tout l'attirail qui en fier-nomade-du-désert (les gamins criaient alors "Camel bedouin! Camel bedouin !" quand ils en voyaient un, j'ai pu le constater à mes dépens les premiers temps m'étant "déguisé" moi aussi), le genre de touristes à se photographier bien sûr avec le désert en fond ou le soleil couchant comme dans une pub "Nouvelles Frontières".
Je préfère me rappeler de Anne-Marie et Marc partis deux ans à Jérusalem pour aider des pauvres parmi les pauvres à Jérusalem à l'hôpital Saint Louis de Jérusalem, situé juste entre la ville moderne et la vieille ville, les malades en fin de vie, généralement abandonnés par leurs familles, parfois les ayant perdus pendant les affrontements israèlo-palestiniens. Anne-Marie et Marc ne l'ont pas fait en se justifiant d'un discours très beau mais creux. Ils l'ont fait parce que leur foi les menait à le faire, parce qu'ils voulaient eux aussi faire un voyage de noces plus original mais que ce ne soit pas seulement pour eux, ils voulaient donner et faire preuve de générosité. Il n'a pas fait de GRANDE école, ce qui ne le perturbe d'ailleurs pas du tout, elle est infirmière libérale. Après les deux ans ils sont rentrés dans leur petit village et leur vie discrète à repris. Ils n'ont pas écrit de livre, on n'a pas parlé d'eux dans les journaux. Ce n'est pas qu'ils soient angéliques et qu'ils n'aimeraient pas un peu de reconnaissance mais il semble que pour y accèder, il faut faire partie d'un milieu plus favorisé.
Marc est un grand et costaud gaillard, nous disposons tous les deux d'une grande ampleur de silhouette. Anne-Marie est petite et menue, avec une voix à la "Betty Boop" de petite souris. Bien sûr c'est elle la plus autoritaire. Chez eux, la porte était toujours ouverte pour les volontaires qui avaient le cafard, pour des séminaristes en mal de cuisine française, l'infirmière qui avait des peines de coeur, la dame de la réception qui confiait ses problèmes de famille, y venaient même des officiels qu'ils recevaient sans complexes ni apprêts chichiteux (je me souviens des deux pro-consuls belges par exemple, en tenue élégante dans le tout petit appartement). Je venais quant à moi certains vendredis pour regarder "PJ" qui prenait à Jérusalem des teintes exotiques avec Marc dans la salle de garde, ce n'était pas pour le feuilleton d'ailleurs mais pour les vues de Paris. Nous fumions en douce des cigares libanais achetés dans le quartier Est. C'est avec eux et d'autres coopérants que nous sommes partis dans un voyage épique et picaresque vers le Sinaï pour le jour de l'an 1999.
Nous sommes partis à six, avec Marc et Anne-Marie, Eric, un coopérant travaillant comme enseignant à Ramallah, Benoît et Florence, également enseignants, et Benoît continuant sur place son travail de journaliste, et votre serviteur dans une petite Renault Express sur la piste vers le Sinaï. A l'aventure et sans savoir où nous dormions le soir. Au bout de deux jours, suite à la fatigue, l'énervement, le climat, les petits problèmes de santé (on a compris tard qu'il ne faut jamais boire de l'eau courante quand on n'est pas sûrs), l'une des filles a découvert qu'elle attendait un bébé suite à un malaise dans la voiture, les masques sont tombés et nous nous sommes révélés les uns aux autres tels que nous sommes. C'était loin d'être aussi charmant et idyllique que le jeune couple cité en début de texte a l'air de le suggèrer. Il y eut aussi des moments magiques comme dormir devant la Mer Rouge et s'y baigner au lever du soleil. Cela n'avait pas été si facile de s'adapter à la vie à Jérusalem, à une culture totalement étrangère, et puis un jour le déclic s'est fait et nous sommes tous tombés amoureux de cette ville qui est laide, violente, bruyante et bien réelle. Ce n'est pas la ville idéalisée et purement intellectuelle dont rêvent les pélerins et touristes, une sorte de Disneyland religieux où tout devrait être à disposition du pélerin qui n'allait que rarement à la rencontre ne serait-ce que des chrétiens locaux que ces pélerins restent deux semaines ou deux ans. Je me souviens de ces jeunes filles habitant un quartier arabe, incapables de parler à leurs voisins et qui allaient faire leurs courses dans le quartier occidental et occidentalisé bien que disposant de tout ce qu'il fallait à proximité. J'ai compris là-bas que l'on ne force pas les autres à comprendre, à aimer, à aller vers les autres. Le plus souvent la sottise est la plus forte, et la haine.
Et là quelque chose est bien né. Ce n'est pas moi qui le dit, même, mais un de nos visiteurs, pourtant agnostique.
10:50 Publié dans Spiritualité | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
| Tags : littérature, société, religions, christianisme, politique |
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Commentaires
Comme je partage votre réaction. Du moins au départ. Ces "cathos" bon teints" - NDR : je suis issu du "vivier" dans lequel on les puise habituellement, mais GRACE A DIEU, j'en fus extrait par la vie - m'horripilent. Je leur préfère les non-catholiques souvent. Et, après épreuve, les : catholiques (vs.les auto-proclamés "catho").
Leur livre commence sur des pages d'un gnan gnan débile ! Ceci dit, j'ai lu un entretien d'eux dans un magazine gnangnan catho - dans une librairie, et du bout des doigts - et j'ai bien lu qu'ils avaient découvert que le monde n'étaient pas comme ils l'imaginaient. Que le mal existait ! La belle affaire, si j'ose dire. Et c'est bien le problème, une certaine part de l'Eglise est désormais ces "jeunes gens" très propres sur eux, béni oui oui qui ne savent pas ce qu'est la vraie vie, au-dehors de leur ghetto social. Ceux-ci en sont sortis (une fois) ! Espérons qu'ils iront plus loin que Jérusalem : jusqu'au Golgotha. Et, par la grâce du Seigneur, au-delà.
Écrit par : ffff | jeudi, 11 décembre 2008
Répondre à ce commentaireJe voulais simplement parler d'un couple dont on ne parlera que peu, pour les raisons évoquées, qui, il me semble, est allé plus loin (pas loin de l'emplacement du Golgotha d'ailleurs). Et montrer qu'il n'y a pas besoin de faire 5000 kilomètres dans le désert pour se trouver dans sa pauvreté.
Quant aux volontaires dont je parle, nous restons encore maintenant des plus proches, même si nous nous voyons une fois tout les 3 6du mois, car nous avons vécu une expérience inouie.
Écrit par : Amaury | jeudi, 11 décembre 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : PS d'Amaury | jeudi, 11 décembre 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Marie | jeudi, 11 décembre 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Amaury | vendredi, 12 décembre 2008
Répondre à ce commentaireet moi qui prend le chemin pour jérusalem l'année prochaine
mais je serai un modeste cheminant-itinérant
j'ai écouté moi aussi
mais cela commence à faire "marketing"
bonne soiree
jean claude
Écrit par : Jean-Claude | vendredi, 12 décembre 2008
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Amaury | samedi, 13 décembre 2008
Répondre à ce commentairehttp://dccpo.free.fr/nouvelles/2.jpg
Écrit par : Souvenir de Terre Sainte | dimanche, 21 décembre 2008
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