jeudi, 20 novembre 2008
Manifs de profs
Les manifs de profs c'est souvent très emmerdant, ça bloque les rues de la bonne ville d'Evreux, les bus ne circulent plus, et quant aux mots d'ordre je n'en ai pas entendu vraiment beaucoup concernant la précarité. De plus, c'est surtout les familles démunies qui sont touchées quant à la garde des enfants en l'absence des professeurs (A ce sujet, à entendre les réactions des z-auditeurs en écoutant la radio, on est surpris de constater que pour les parents, l'école c'est surtout une garderie avant toute chose). Tout à l'heure assis à un arrêt de bus, j'attendais qu'il y en ai un qui arrive, fulminant, quand un contrôleur est passé en bagnole prévenir qu'ils étaient bloqués par le cortège de la manif, c'était la cerise sur le gâteau. Des bonnes gens râlaient autour de moi, exaspérés par l'attente, ce qui était tout à fait légitime. Et l'on entendait la longue litanie des clichés habituels du prof coincé derrière son bureau, c'est pas fatigant, ils se lèvent pas, c'est pas crevant de garder des gamins.
Et là j'ai quand même vu rouge. Car la plupart du temps, le boulot du prof c'est tenir une classe de vingt à vingt-cinq enfants ou adolescents qui pour la grande majorité n'ont même pas reçu des parents les bases en matière d'éducation afin de vivre à peu près de manière équilibrée en communauté : l'insulte est reine, l'ignorance est plus à la mode que la culture, l'internet accentue ce phénomène car l'on confond de plus en plus les informations avec leur analyse, il y a aussi le fameux "je le pense donc j'ai raison", le savoir est considéré seulement du point de vue de son utilité et la loi du nombre s'impose aux plus faibles, sans parler des modes les plus débiles qui règnent en maîtresses. Et un enseignant gagne autant en fin de carrière que des stagiaires de grandes boîtes ou qu'un garçon de café. Rappelons le quand même...
La tâche première de l'enseignant serait surtout de transmettre un savoir, pas de refaire l'éducation d'enfants qui passent parfois cinq heures devant, entre autres, des jeux en ligne, comme "Counter Strike" qui consistent à flinguer le plus d'ennemis possibles, des "ennemis" souvent basanés et de type moyen-oriental ou à se réfugier dans les mirages de mondes fantastiques, à chatter sur MSN ou ailleurs, parfois avec des détraqués qui voient là une bonne manière d'y extérioriser leurs pulsions ou de les concrètiser, on l'a vu dernièrement dans l'actualité. Le tout ne provoque que rarement ne serait-ce que l'ébauche d'une réaction chez les géniteurs du/de la petit/e chéri/e et l'on préfèrera pester contre ces fainéants de profs, au lieu de se remettre en cause.
Alors oui, c'est pénible les manifs de profs, mais pourquoi ne pas essayer un jour, un seul de prendre leur place ? Et vous, chers collègues j'aurais bien aimé entendre ne serait-ce qu'un slogan concernant les personnels précaires ou "kleenex"...
PS : Sur la photo ci-dessus, la petite fille a répondu que "non, elle n'aimait pas les films de gladiateurs"
17:13 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
| Tags : politique, profs, littérature, société, école, ump, ps |
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Commentaires
Pour rétribuer sa première fonction le prof doit donc toucher une rémunération , disons d'assistant(e) maternel(le).
Pour le reste....l'état devrait considérer le travail pédagogique comme un investissement à long terme. Rousseau, Voltaire en ont rêvé, Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa ne l'a semble-t-il pas encore fait.
Excusez-moi je dois m'absenter, je fournirai un mot de ma maman et de mon petit-fils Théodore.
Confraternellement.
En allant fermer, je découvre que Monsieur lit Vialatte, alors c'est ainsi qu'Allah est grand.
Ecrit par : rival | dimanche, 23 novembre 2008
Ecrit par : Amaury | dimanche, 23 novembre 2008
Je partage vos remarques sur le métier. J'ajoute , que face aux facéties ministérielles et plus particulièrement depuis 2007 face aux lubies élyséennes, il vaut mieux maintenir son cap , à condition de savoir évidemment où l'on va, et laisser dire. Débutant, j'ai enseigné les maths modernes, j'obéissais et cela m'amusais, mais j'en voyais les limites et j'avais eu vent qu'en Belgique on avait abandonné, quand il me fallut me mettre à la grammaire moderne, j'ouvris un livre truffé de "gros mots" auxquels je n'entendais rien, alors, j'ai suivi le conseil des anciens qui étaient autour de moi: fixe ton objectif et si l'inspecteur...L'inspectrice ( Blanche Gris !) est venue , ne fut pas contente, ma "fulgurante" carrière fut quelque peu freinée et alors, je ne regrette rien. Au long des années, j'ai adapté mon enseignement, il le fallait bien, sans changer de classe, (CM2 pendant 30 ans à Gisors) j'ai changé de public, j'avais des enfants, j'ai fini avec des pré-ados, j'étais en Haute-Normandie, j'ai fini en région parisienne.
Puis comme beaucoup de mes collègues quinqua , j'ai craqué grave...dix-huit mois d'arrêt, dont un grand trou noir de six mois.
J'ai enquêté, sur les effectifs de la médecine préventive au sein de l'éducation nationale, Monsieur le Ministre a répondu à la question en bottant en touche et refilant le bébé au recteur qui a répondu à côté, entre deux j'ai eu la réponse par une journaliste de France-Inter; 60 médecins pour 800 000 profs. Sidérant, mais pourquoi diantre ce nombre hallucinant ne figure-t-il pas sur les tracts des syndicats. Quand on dit cogestion de la rue de Grenelle...
Bon courage pour la journée.
Ecrit par : rival | lundi, 24 novembre 2008
Je vous remercie de votre témoignage. Vous êtes, je le sens instinctivement, le genre de collègues avec lequel je m'entend bien, ceux qui sortent des IUFM j'ai plus de mal, à quelques exceptions, dont les collègues d'Aristide Briand à Evreux ou ceux de Dumézil à Vernon et quelques uns à Modeste Leroy. Ce que vous dîtes me fait penser que les choses ont changé quant à la formation des professeurs.
En mal.
Je suis contractuel quant à moi depuis huit ans, apprécié des élèves, car justement les poussant à être aussi bons qu'ils sont capables de l'être, à leur montrer qu'ils sont capables du meilleur. En arrivant dans un nouvel établissement, je me dis toujours que je dois me blinder, et puis quand je pars c'est un déchirement car ces zoulettes et ces petites racailles je les adore en fait. Cette année, je n'ai pas de contrats depuis la rentrée du fait de la politique dites d'économie, de la torpeur des collègues qui prennent les heures sup sans se poser de questions, qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez car ils vont devenir eux aussi bientôt des contractuels (ils me manquent deux mois et trois jours pour être titularisé).
Une inspectrice me l'a dit clairement, "mais ils ne veulent pas te titulariser parce que tu ne rentres pas dans leurs cases et surtout parce que tu acceptes de prendre tous les postes, et un jour la charette sera pour toi". Elle avait raison. Depuis la rentrée j'ai vécu l'enfer, le doute constant, sans aide de beaucoup de monde de la part de l'institution, maintenant c'est plutôt la colère qui domine et l'envie d'en découdre..
Amaury
Ecrit par : Amaury | lundi, 24 novembre 2008
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