vendredi, 24 octobre 2008
Les fonctionnaires en 2035
Herbert3AZ78 avait amené son sac à dos et une couverture dans laquelle s'enrouler afin de prendre place dans la queue gigantesque pour poster un courrier recommandé. Depuis le grand bug de 2013, les e-mails n'étaient plus sécurisés. La veille encore, alors qu'il consultait son ancienne boîte, il avait 5218 spams qui encombraient son courrier électronique. Il but un peu d'ersatz de café, le vrai était devenu inabordable à la suite du krach boursier de 2020. Deux vieilles dames passèrent vite devant lui et les autres "filants" (ceux qui attendent dans les queues), c'était les dames du guichet, elles se pressaient car suite à une loi de 2011 votée car le peuple la réclamait à cause des privilèges qu'il estimait exorbitants des fonctionnaires, si elles n'étaient pas bien à l'heure au travail, leur salaire était diminué de moitié. Si, par hasard, elles avaient plus de cinq minutes de retard, la police les penderaient pour appliquer la loi.
Loin, bien au-delà de la poste, on apercevait un coin de ciel anormalement bleu, (des rayons spéciaux chassaient le brouillard persistant du à la pollution), au-dessus du quartier des riches, dont la plupart habitaient la pyramide dite "pyramide Delanoé" du nom de l'initiateur de ce projet, des privilégiés et de ceux pour qui le président de l'Europe, Jean Sarkozy, avait de la sympathie et de l'estime. L'on affirmait que Beigbeider en était à son troisième lifting extrême après son re-mariage avec Marion Cotillard. Thierry Ardisson animait cette année la "Star Academy" pour la neuvième année consécutive, il avait courageusement pris la suite de Nikos Aliagas suite à l'embrigadement de celui-ci dans un groupe terroriste chaviste italien. Le peuple aimait bien les regarder à la télévision d'état, celle qui vantait les mérites de la bulle Bouygues, une minuscule maisonnette en plastique dont l'image seule était pour les 23 millions de sans-abris comme la promesse du paradis. Quelques insultes fusèrent devant lui, une des dames du guichet était tombée, des "filants" la traitait de "fainéante", de "paresseuse", de "privilégiée", de "nantie". Comme par magie, les informations quotidiennes de 08h00 débutèrent juste à ce moment. Le président apparut, "qu'il est beau" chuchotaient des jeunes filles sales et en haillons, et des vieilles à la bouche édentée. Il dit qu
'il fallait encore faire des sacrifices mais que c'était nécessaire pour sauver l'économie. Il dit encore qu'il allait débloquer 370 milliards d'Euro-dollars pour le système bancaire, LCL, la BNP-Paribas-Banque Populaire et surtout pour la Caisse d'Epargne et de recapitalisation de l'économie.
Toute l'assistance approuva avec un grand soupir de gratitude à l'endroit d'un président si bon. Comme il terminait son discours en affirmant qu'il reviendrait vite de ses vacances à l'Ile Maurice pour vérifier les résultats de sa politique, le peuple soupira d'aise encore. L'on disait : "le pauvre, il est si fatigué pour nous sauver", "C'est bien normal qu'il se repose". Ensuite, le visage du premier ministre, François Hollande, apparut et les regards se détournèrent de l'écran. Il parlait du dossier de l'insécurité maximum en banlieue suite à un concert de la tournée d'adieux de NTM, derrière lui l'on apercevait Marine le Pen, la ministre de l'intégration et de l'immigration. Elle avait au-dessus d'elle l'holo-robot qui lui permettait de refaire un lifting virtuel constant qui donnait l'illusion qu'elle avait encore 35 ans. A la fin du discours du premier ministre, ce fut au tour du porte-parole du premier ministre, Bruno Gollnisch de livrer au public les statistiques quotidiennes des professeurs tués ou blessés dans les lycées et collèges de l'Euroländer de France, personne n'écoutait, c'était tellement banal. Certains disaient que "de toutes façons, ils se plaignent tout le temps, ces feignasses".
Pour calmer l'atmosphère qui devenait tendue, un roboflic appela un camion de "gaz du bonheur" dont les volutes roses se mêlèrent vite à celles du smog du à la pollution et tout le monde se calma, rêvant des temps légendaires de 2008, juste au début de la Grande Crise.
15:37 Publié dans A boulets rouges... | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
| Tags : politique, société, démocratie, mode, littérature |
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Commentaires
Ecrit par : Bubble | vendredi, 24 octobre 2008
Ecrit par : Amaury | vendredi, 24 octobre 2008
De quoi souhaiter se réveiller en 1973.
Maintenant, au boulot pour la suite de ce roman :-)
Ecrit par : Lily | samedi, 25 octobre 2008
Merci de ton appréciation cependant.
Ecrit par : Amaury | samedi, 25 octobre 2008
http://micheldetiarelov.hautetfort.com/archive/2008/07/30/conte-de-la-grenouille-cuite.html
Alors... l'aile ou la cuisse ?
Ecrit par : Michel | samedi, 25 octobre 2008
Ecrit par : Blindtheseus | samedi, 25 octobre 2008
Sur la voiture à l'eau, je ne sais pas. Son père ne buvant que ça, c'est possible.
Ecrit par : Amaury | dimanche, 26 octobre 2008
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