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dimanche, 12 octobre 2008
Les petits bourgeois chez Simenon
Alors que je m'ennuyais avec application dans un endroit pourtant rempli d'une foule de bonnes gens de la bonne société, il m'est venu l'idée que finalement Simenon est très juste quand il décrit ce style de petits bourgeois sans trop de cervelle, égoïstes, égocentriques et qui ont le souci constant du convenable, de ne pas déparer à leur milieu, de ne pas avoir plus d'ambitions intellectuelles ou spirituelles que les autres. De la religion on retient surtout la morale, on oublie généralement l'éthique, gênante car elle ferait prendre conscience de l'iniquité de la société actuelle telle qu'elle est construite ("Mon pauv'monsieur, on ne peut pas faire la charité tout le temps, il faut bien penser à soi") : quelques privilégiés profitant d'avantages auxquels les autres n'auront jamais accès, même fugacement. Tant pis si ce convenable n'est qu'une apparence, un paravent, l'essentiel est de garder la considération de ses voisins et de profiter de son magot. Dans les enquêtes de Maigret, la victime d'un crime est souvent un personnage qui en a eu assez de ces faux-semblants, de ces on-dits multiples, de cette hypocrisie, et qui paye ses vélléités d'indépendance par sa mort, ou sa déchéance. Les filles qui font le trottoir, les putains, les ouvriers, les mythomanes minables sont parfois tout autant marqués par les mêmes faiblesses et l'envie d'atteindre à la même félicité douillette d'un intérieur feutré que les familles cossues qu'ils peuvent rencontrer parfois.
Chez Simenon, les prostituées ont souvent des envies conjugales plus marquées que les bonnes dames de la bonne société. Le but de la plupart des personnages que décrit Simenon est de survivre en se planquant de l'adversité et des prédateurs supposés, sans chercher surtout à s'élever ; et puis de cultiver leur hédonisme minable de primates lamentables, le faux apitoiement, la componction et la charité bruyante en faisant partie. Les poètes, les artistes, les esprits libres n'y ont pas leur place, ils sont étouffés à feu très doux toute leur vie, on leur ôte une par une leurs illusions, on croit devoir les libérer de leurs rêves de s'élever un tout petit peu plus. Bernanos l'avait bien compris, il aimait beaucoup Simenon, sachant très bien que ce fatras d'apparences brille comme des soleils trompeurs mais que ce n'est pas là que le bonheur ou la vérité des sentiments se cachent. C'est la raison pour laquelle il écrivit "Un crime", au départ un livre qu'il considérait comme mineur appelé à devenir le premier d'une série qu'il espérait fructueuse, à la fin de sa rédaction, un roman qui préfigurait "Monsieur Ouine", décrivant par le menu la vacuité d'un monde où l'argent et la réussite matérielle et sociale sont les seuls vecteurs d'appréciation d'une personne. Simenon était juste dans les annnées 30, 40, 50 et 60, il l'est encore maintenant bien que ces milieux qu'il décrivait se passe maintenant de leur morale de pacotille depuis "Maissoissantuite".
Photos : "En cas de malheur" (voir extrait ci-dessous), Gabin, Bardot ; Simenon en famille, bourgeoisement aussi, ce qui n'empêche pas la lucidité...
15:50 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
| Tags : littérature, politique, société, mode, christianisme, bourgeois, simenon |
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Commentaires
Ecrit par : Blindtheseus | lundi, 13 octobre 2008
Villiers de l'Isle Adam, vous connaissez, j'en doute pas.
http://fr.wikisource.org/wiki/Virginie_et_Paul
Ecrit par : le double | lundi, 13 octobre 2008
Vous m'apprenez quelque chose, je ne leur connaissais pas cette coutume.
Ecrit par : Amaury | lundi, 13 octobre 2008
Ecrit par : Amaury | lundi, 13 octobre 2008
Ecrit par : le double | lundi, 13 octobre 2008
Ecrit par : Amaury | lundi, 13 octobre 2008
«En ravalant notre salive et en nous raclant la gorge face aux horribles chiens qui nous fixent, nous quittons le jardin négligé, et les propos de Céline nous repassent dans le crâne, notamment quand j'avais utilisé l'expression " Les Français ". " Les Français ? ", avait-il dit en riant de sa voix cassée, " mais ils n’existent plus ! Je suis le dernier Français. ".»
http://louisferdinandceline.free.fr/indexthe/temoigna/mohler.htm
C'est peut-être triste et injuste mais ça a sa part de vérité.
Dans un autre genre, j'aime bien St Ex. Chez lui pas d'affectation, la simplicité, la sincérité, la générosité aussi. Je sais pas si on peut le qualifier de moderne. Et puis, il a disparu plus tôt.
Ecrit par : le double | lundi, 13 octobre 2008
Ecrit par : Amaury | lundi, 13 octobre 2008
Le problème c'est que j'ai le démon des lectures parallèles et j'ai plein de trucs en attente (c'est plus facile de cliquer sur amazon que de mener une lecture à son terme).
sans parler des livres "sérieux" qui m'attendent eux aussi ;)
bonne journée
Ecrit par : Le double | lundi, 13 octobre 2008
Ecrit par : Amaury | lundi, 13 octobre 2008
"Philippe Muray, né le 10 juin 1945 à Angers, mort le 2 mars 2006 à Paris, est un essayiste et romancier français."
Plutôt essayiste que romancier, donc. J'ai rien lu de lui à ce jour, tout juste glissé un oeil dans son "Festivus Festivus". A l'époque où je faisais des virées à la fnac, la couverture m'avait "interpellé". Je me souviens aussi d'une revue, "immédiatement" je crois.
Ecrit par : le double | lundi, 13 octobre 2008
"Immédiatement" était une excellente revue où l'on pouvait trouver les aventures de "Festivus festivus". On y a tenté une synthèse entre auteurs et écrivains et journalistes de talent anti-libéraux et souvenrainistes. Malheureusement en 2002, la rédaction de ce magasine s'est scindée en deux groupes, l'un plus à gauche ou plus politique, l'autre plus religieux. Je vous avouerais que j'avais et ai toujours tendance à me sentir plus proche du premier groupe finalement, bien que me sentant quand même proche par quelques détails de leurs écrits de Falk Van Gaver ou Jacques de Guillebon. Je suis cependant beaucoup moins religieux. Dans le groupe plus politique (selon ce que j'en sais) on trouvait Sébastien Lapaque dont j'aime beaucoup "Mythologie française" ou son essai excellent sur Bernanos ainsi que ses livres sur le -bon- vin.
Ecrit par : Amaury | lundi, 13 octobre 2008
Ecrit par : Phaèton | mardi, 14 octobre 2008
Ecrit par : Amaury | mercredi, 15 octobre 2008
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