vendredi, 18 juillet 2008

"Bienvenue à Boboland" de Dupuy et Berberian

boboland.jpgJe viens de finir l'album et plutôt que de rire, j'ai surtout ressenti un peu de dégoût devant le comportement "bobo" épinglé par les deux auteurs. Je m'attendais à une sorte de chronique gentillette, un rien vacharde mais pas trop, un peu dans le genre des films de Cédric Klapish, mais finalement, c'est avec un humour très acide et extrêmement caustique que cette bande très juste dans les moindres détails (je connais bien ce milieu) démonte les attitudes de cette tribu étrange des bourgeois bohèmes. Ils oublient simplement une chose : pour un bobo, le bobo c'est toujours l'autre. Et à l'inverse, "bobo" devient un peu trop vite l'insulte vite balancée par quelques ignares pour se justifier de leur ignorance devant quelqu'un d'un peu plus cultivé. A Boboland, on a de l'argent, beaucoup d'argent, et finalement on s'ennuie beaucoup car on n'a pas rempli le vide laissé par la perte des valeurs ou des idéaux, voire des utopies. On veut vivre sainement à Boboland, mais au bout du compte cela reste une attitude, et cette attitude est l'essentiel, quitte à payer un jus de fruits, deux tomates et une courgette trente fois plus cher qu'ailleurs. A Boboland, l'on recherche l'authenticité, mais une authenticité frelatée, une authenticité vue par un créatif de pub, et les bobos oublient souvent que c'est eux les premiers qui la détruisent. Ils essaient de se créer leurs endroits, leurs coins agréables, ce genre de cafés dits "bios" ou de restaus où l'on fait maintenant du "fooding" en place de la cuisine traditionnelle, où les serveuses mettent trois heures à servir car elles rêvent de faire la figuration dans un film, de Klapish justement. A Boboland, l'on couche à droite à gauche pour tromper son ennui. Et de temps à autres l'on organise des fêtes à alibi humanitaire (on y donne de toutes façons le minimum pour les plus pauvres) pour se donner bonne conscience, pendant lesquelles on versera des larmes de crocodiles en attendant la prochaine expo de photos esthétisantes qui montrent des chtits n'enfants africains. De toutes façons, c'est encore l'attitude qui compte le plus, la vérité des opinions ou la sincérité n'ayant aucune importance. Les silhouettes des personnages sont parfaitement rendues, les filles minces et quasiment anorexiques, de pauvres petites filles riches vaguement névrosées pour la plupart que ça n'empêche pas de se faire avoir par les mêmes salopards qu'avant, les types habillés "cool" et "hype" mais aussi durs en affaires qu'avant. Et finalement, la bourgeoisie, fût-elle bobo, reste la même. Je comprends que les lecteurs de "Libération" n'aient pas aimé, le miroir n'était pas assez flatteur.

J'aime beaucoup le gag cruel de l'écervelée qui laisse traîner un livre d'Anna Gavalda, parfaite auteur bobo, qui parle "de ces petites choses qui sonnent tellement vrai", un peu comme la sitcom "Un gars, une fille" mais en plus intello, (Beuark) sur un banc pour faire du book-crossing, de l'échange gratuit de livres, et qui est stupéfaite de voir un éboueur le ramasser et le flanquer à la poubelle au lieu de s'en extasier.

bobo.png

15:11 Publié dans Bande Dessinée | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : bande dessinée, dégoût, littérature, politique | |  Facebook

Commentaires

Les bobos y sont plus vrais que nature, j'ai beaucoup ri

Écrit par : Aurélien | samedi, 19 juillet 2008

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