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mercredi, 02 juillet 2008
"They shoot horses, don't they" - Sydney Pollack,1969
J'aime beaucoup ce film très noir. Les films noirs reflètent la vie, ce qui nous entoure, montre ce qui est caché derrière la trame. Ils permettent à ceux qui en portent d'enlever leurs lunettes roses à ceux qui pensent que leur salut est acquis de comprendre que leur pélerinage sur terre est loin d'être terminé. Il reste encore à se voir tel que l'on est, petit et faible, marqué par le mal ou la haine.
Un garçon candide, Michael Sarrazin participe à un marathon de danse comme il en existait dans ces époques là, où les pauvres se pressaient pour avoir à manger au moins pendant quelques jours, malgré l'humiliation, on les traitait comme du bétail, et malgré la fatigue. Il y rencontre une jeune femme échouée là comme lui, à la fin, il finit par la tuer, croyant comprendre qu'ils n'ont plus d'avenir. Ce qui se passe à cette époque vaut bien la nôtre, les marathons de danse valent bien les émissions de téléréalité. Il y a une scène également très intéressante dans ce film qui est celle où des dames d'une association caritative rendent visite aux danseurs "pour les aider". Ces bonnes dames ont raison, les danseurs sont escroqués par une entreprise amorale et avilissante, mais elles ne considèrent pas ces pauvres comme faisant partie de la même humanité souffrante qu'elles, et c'est là que le bât blesse, de plus, elles oublient que ce sont les bases faussées de cette société qui leur permettent de bien vivre elles et précipitent les autres vers le gouffre de la misère. Jean-Patrick Manchette a parfaitement raison quand il affirme que les films noirs, comme le roman noir, en explorant les franges d'un système inique, en démontent les mécanismes que ce genre de bonnes dames ainsi que ceux qui en profitent ne veulent pas voir.
15:25 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, littérature, politique
"Narcisses" disent-ils
Je viens de lire le dossier de "Marianne" consacré aux narcisses. A mon avis, ils en ont oublié un et un beau, Jean-François Kahn. Mais je comprend, le "meurtre du père" (j'explique pour les jeunes, les scientologues et les adhérents du Modem, c'est un concept de psychologie qui consiste à affirmer que l'homme pour s'affirmer doit se débarrasser de l'image du père) est difficile à concevoir même quand l'on est un esprit libre et dégagé de toute dépendance. Le dossier n'est qu'un étalage de choses que l'on savait déjà, le milieu politique comme celui des médias est un milieu de Narcisses, tout comme celui des blogs peut-être bien sûr. Je n'irai pas jusqu'à dire que "mon oeuvre", comme Florian Zeller, "me pose question" et m'interpelle "quelque part" (Non, pas par
là par là). D'ailleurs, je n'ai pas vraiment d'oeuvre. Il est vrai aussi qu'aux yeux de beaucoup, avoir lu quelques livres suffit pour passer pour vaniteux.
C'est toute la société qui est une société narcissique, qui se regarde le nombril tout le temps, fait ses courses dans un supermarché intellectuel et spirituel géant, des produits traditionnels aux plus modernes, l'essentiel étant de rester dans le supermarché, en confondant les auteurs et leurs oeuvres, justement, avec des marques, ou des coeurs de cible, tout en étant encouragée par les chefs d'entreprises et capitaines d'industrie à se forger "leur style" (qui sera celui de millions d'autres pigeons). Beaucoup d'auteurs coeurs de cible ou têtes de gondole en rajoutent dans la démagogie et la flatterie et cela semble être génétique. Ainsi avons-nous pu entendre Lorraine Lévy, la soeur de Marc, prétendre que "seul l'avis du public compte et qu'il n'y a pas besoin de tant de culture pour juger d'un film ou d'un livre", seule "compte l'émotion", ce truc bien frelaté de nos jours et que l'on met à toutes les sauces, et c'est bien connu, le troupeau a toujours raison. Comme me le disait hier une âme pure en me parlant d'un livre d'Ed MacBain, les "livres bien écrits sont plus faciles à lire", ceux du frère de Lorraine Lévy sont très pénibles par leur étalage de clichés en particulier nombrilistes.
La photo du bas rappellera des souvenirs à ceux qui prenaient le RER dans les années 90, un distributeur de livres, initiative certes sympathique à première vue, mais c'était toujours du commerce, et ça n'a pas marché...
14:23 Publié dans Art de vivre | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : politique, société, littérature, presse
Toute sa vie dans une valise
Ceux qui me connaissent hocheront la tête avec douleur, ils comprendront. Les autres découvriront la vérité avec stupeur : je ne suis pas patient dans une file d'attente (à ma décharge, il y a quinze ans, un soir, j'ai attendu quelqu'un quatre heures et là j'ai épuisé toutes mes réserves), donc j'ai tendance à m'impatienter très vite et à balancer une ou deux vannes bien senties (des élèves d'un lycée me surnommaient "le sniper" pour cette raison). A la poste, devant moi, et devant une vieille dame et une jeune mère de famille pendue à son portable, il y avait un type avec deux sacs à provisions à carreaux bleus et blancs, et une grande valise à roulettes. Il parlait à la guichetière de ses petits problèmes, de sa vie, de ses lectures, des gens qu'ils rencontraient, et ça n'en finissait pas, et puis j'ai vu qu'il regardait si ses sacs et sa valise étaient bien là à peu près toutes les dix secondes. Cela m'agaçait mais j'ai fini par comprendre : toute sa vie était dans les deux sacs et la valise, c'était normal qu'il y fasse tellement attention. Il y a de plus en plus de personnes en France dont la vie se tient dans si peu de choses. A la sortie, j'ai vu une grosse conne, une espèce de petit pot à tabac en veste autrichienne, lui prendre la tête pour trouver du travail car pour elle, "ce n'était qu'une question de volonté". C'est bien connu, les mendiants ce ne sont rien que des fainéants. La photo est prise sur les quais de Seine, non loin de "Paris Plage", sous la plage, la misère...
14:10 Publié dans En passant... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, société, littérature



















