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samedi, 17 mai 2008

"Memento vivere" - le cinéphile amoureux quatrième partie

Le cinéphile amoureux – quatrième partie

illustrations : "Shock Corridor", un film d'horreur hospitalière (tout un genre dont David de Coteau fût le maître un temps) des années 80 et "Vol au dessus d'un nid de coucou"

Troisième partie et début de l'histoire ici 

« Memento Vivere »

357280341.jpg         Il se réveilla dans une chambre d’hôpital. Dans les films, comme dans les livres, le héros se réveille toujours dans une chambre d’une blancheur immaculée, il y a des jolis rideaux translucides aux fenêtres et les infirmières sont en blouse. Dans sa chambre, les murs étaient jaune pisseux, pas blanc cassé ou d’un jaune peu soutenu. Il n’y avait pas de rideaux aux fenêtres mais un store vénitien cassé, il y avait un autre lit, et de la salle de bains lui venait des effluves d’odeurs douteuses.

         Il s’en était bien tiré, il n’avait qu’une jambe cassé et quelques douleurs lombaires, il ne finirait pas en chaise roulante lui avait dit un médecin. Celui-ci lui avait dit aussi qu’ils avaient choisi de ne pas l’attacher au lit car dans son cas, il n’y avait pas de risques de rechute névrotique car on le soignait pour ça. Il conclut en lui affirmant qu’il était entre de bonnes mains  

         Chaque jour, une psychologue venait lui parler pour essayer de comprendre les raisons de son geste. Cela lui faisait du bien de parler à quelqu’un, même une personne qui lui était parfaitement inconnue et le resterait sans doute. Un matin, il la vit regarder subrepticement sa montre. Il lui demanda si elle s’ennuyait à l’écouter. Elle rougit, bredouilla une sorte d’excuse et se leva, prétextant qu’elle devait aller chercher un document important dans le bureau du directeur.

         Ce n’était même pas comme dans les polars ou les thrillers qu’il affectionnait une fille excitante, mettant des bas sous un tailleur strict caché par sa blouse entrouverte, le nez chaussé de lunettes d’écaille, ressemblant à Madeline Stowe dans « l’Armée des Douze singes » ou à l’amante du personnage de Michael Douglas au début de « Basic Instinct ». C’était une jeune femme sage en tunique rose, comme on en porte maintenant dans les hôpitaux, les cheveux au carré, sympathique et normale, équilibrée et parfaitement fade à ses yeux.

1512904792.jpg         Comme une consolation, il avait souvent rêvé de la visite de ses proches comme dans un grand film romantique, une histoire de guerre ou de vétéran de la guerre du Vietnam, un peu une scène du genre que l’on trouve dans « Né un quatre juillet ». Il n’était même pas dans « M.A.S.H », les infirmiers et les médecins qui se succédaient à son chevet ne faisaient preuve d’aucune dérision subtile, ils faisaient leur boulot et entre leurs mains, il se sentait comme un bout de viande.

*

         Ses parents étaient venus le voir, sa mère pleurait, son père avait le visage à la fois grave et agacé. Il ne comprenait pas. Sa mère lui prit les mains. Il aurait voulu la prendre dans ses bras mais n’y arrivait pas. Son père regardait l’heure. Avant de partir, il l’embrassa et ce fut tout. Il s’aperçut alors que ses parents avaient essayé de l’aimer, de le comprendre mais qu’ils n’y étaient jamais arrivés. Une voix insistante lui suggérait que c’était justement pour cela qu’il s’était construit tout un monde imaginaire. Ce n’était pas de leur faute, ce n’était pas la sienne. Il regarda le paysage par la fenêtre, c’était comme un écran en somme.

*

         Les voitures passaient et repassaient, il apercevait le bus de ville, les gosses qui allaient à l’école, qui en revenaient, les vieux avec leur cabas, des pauvres hères transportant leur vie dans des sacs d'une chaîne de supérettes "hard discount". Il entendait les infirmiers et leurs collègues féminines discuter, il sentait l’odeur de la cuisine juste en dessous, il se sentit très seul. Il n’arrivait plus à évoquer telle ou telle scène afin de continuer à vivre. Il n’arrivait plus à rêver à ce qui pourrait bien lui arriver demain ou un autre jour. Il n’y avait que le présent.

*

         Le lendemain, il avait particulièrement mal au dos, une infirmière vint pour le mettre sous perfusion de morphine. Il sombra très vite dans le sommeil, luttant quelques secondes puis il eut l’impression de tomber dans un puits de lumière éblouissante.

         Quand il se réveilla, Elise était devant lui. Elle était habillée comme la dernière fois qu’ils étaient allés au cinéma ensemble. Il se dit qu’il devait délirer mais elle lui prit la main, et il sentit ses doigts dans les siens. L’air était cotonneux, étrange. Elle ne pleurait pas, elle lui dit qu’elle l’aimait, qu’elle l’avait aimé dés la première fois qu’ils s’étaient rencontrés mais qu’ils étaient sans doute incapables de vivre ensemble. Elle lui dit qu’il n’avait pas vécu jusque là. Elle l’embrassa.

2019219499.jpg         De sa main il lui caressa la joue, elle l’embrassa encore doucement, et elle se pencha en lui murmurant :

- Tu te souviens de ce film que nous avions aimé : « Memento mori », « n’oublie pas que tu vas mourir », il y a une suite à la phrase : « Memento vivere », « n’oublie pas de vivre ». C’est ce que tu dois faire maintenant.

         Et elle sortit de sa chambre et de sa vie.

         Il s’endormit, d’un sommeil sans rêves et à son réveil il se sentait presque vivant.

Fin (peut-être, car j'ai envie de développer...)