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jeudi, 08 mai 2008
Le cinéphile amoureux : nouvelle estivale
Il avait toujours aimé le cinéma, cela remontait à l'émerveillement ressenti la première fois qu'il avait vu "Vingt-mille lieux sous les mers" de Richard Fleischer. Il en devenait pénible car il avait toujours réponse à tout sur les films; Quand il allait au cinéma, c'était toujours un voyage étonnant, une évasion compléte vers un autre monde plus beau, moins marqué par la méchanceté.
Plus jeune, il rêvait de voir sa vie sur un écran, ce serait extraordinaire, magique de vivre dans un film se disait-il, la caméra change tout, transfigure le moindre évènement qui en devient extraordinaire. Et puis, dans un film, la musique souligne les moments dramatiques, les moment heureux et les moments où l'on est censé rire ou pleurer ce qui a un côté immédiatement pratique et plus amusant que cette vie grise et bien terne.
Pour un peu il se serait cru dans un documentaire, encore plus ennuyeux qu'une ville de province un jour férié.
*
Et puis il avait grandi, mûri mais dans le fond de son coeur, c'était toujours un gosse les yeux écarquillés en face d'un écran géant. Les autres lui reprochaient d'être spectateur, comme indifférent au monde qui l'entoure. C'était vrai, mais il n'avait pas envie de participer à de telles banalités que celles qu'on voulait lui faire dire, c'était la même chose quand il tombait amoureux.
Adolescent, la première fois qu'il avait aimé, il s'était cru dans "Love Story", et cela s'était passé presque comme dans ce film à la différence que la jeune fille qu'il aimait était presque morte de lassitude à force de l'entendre débiter les dialogues stéréotypés que ce genre d'oeuvre dispersait et répandait parmi la population en laissant crorie que ces phrases étaient d'un romantisme échevelé. Un soir sa petite amie lui avait soudain pris par les épaules en lui disant :
- Je t'aime bien, mais j'ai envie d'autre chose, tu parles toujours de tes films, et on ne fait pas comme les autres. Tu es un garçon trop compliqué.
Il demanda :
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
Elle soupira et le laissa planté sur le trottoir devant les photogrammes du cinéma de la petite ville où ils habitaient qui étaient affichés à la devanture d'un café. Comme par un fait exprès, la pluie commença à tomber. Il se sentait triste et il voulut s'en empêcher mais il ne put éviter de s'imaginer pris par une caméra en contr-plongée, la caméra s'élève et panoramique vers un réverbère qui s'allume. Il entendit presque les violons se déclencher à cet instant.
*
A l'université, il avait rencontré Carole par l'entremise de relations communes. Carole était brune, elle avait les yeux très bleux et le teint pâle, c'était normal, il était secrètement amoureux d'Adjani à l'époque. Carole était cinéphile, ça tombait bien. Chaque semaine, ils allaient voir un film réputé intellectuel dans un cinéma presque désert du Quartier Latin ou un truc commercial bruyant et vulgaire dans un multiplexe des Halles où ils avaient leurs habitudes; Cela dépendait de leur humeur. Ils y allaient avec Aurélien, un séducteur qui changeait de petite amie tout les mois, un cynique sympathique et Patrice, lui aussi amoureux de Carole.
Carole ne voulait pas choisir, elle aimait les deux. Ils avaient vu "Jules et Jim" pourtant, ils savaient que ce genre d'histoires se terminent toujours mal. Carole se comportait comme Catherine, Jeanne Moreau, dans le film, elle marchait en équilibre sur la berge du pont qui traversait la Seine derrière Notre Dame, elle s'habillait en garçon, elle se faisait une fausse moustache, comme dans le film. C'était grisant, c'était comme dans un film de Truffault.
Un après-midi, alors qu'ils s'étaient donnés rendez-vous à trois dans un petit restaurant derrière le Panthéon, alors qu'ils devaient travailler, ils avaient décidé de faire une "virée tzigane" comme dans une comédie italienne. Ils étaient un peu ivres, et quand Carole prit sa main, et celle de Patrice, c'était grisant. Le cinéma leur paraissait bien morne finalement. Ils allèrent goûter des vins avec du fromage et des noix, boire de la vodka avec des sorbets au citron, manger des crêpes arrosées de Grand-Marnier devant le manège qui était sur la place Saint-Michel,
Elle dit :
- Et là, nous sommes heureux. C'est ça le bonheur ? C'est vraiment comme ça où nous sommes en train de rêver ?
Il ne sut quoi lui répondre. Ils venaient d'aller voir "Quand Harry rencontre Sally" pour la troisième fois, elle avait rejoué pour eux la fameuse scène du restaurant, quand Sally simule un orgasme en plein "dinner", dans un bistro de la rue d'Assas. Elle n'avait fait que sourire ensuite au type au comptoir qui était en train de passer un torchon sur le zinc, il avait essayé de lui rendre son sourire mais il était aussi rouge qu'un premier communiant relisant les livres interdits d'Appolinaire dans la bibliothèque de son père.
Elle les regarda, il lui sembla qu'elle n'était pas ivre du tout. Carole était indéchiffrable. Elle leur proposa d'aller faire l'amour dans une chambre d'hotel non loin. Mais il ressentit alors un vertige. Il n'avait pas envie de vivre ça, ce n'était pas si simple que cela en avait l'air. Il l'aimait vraiment, ou pas assez pour aller jusque là. Il dit non. Carole dit : "ça ne fait rien".
Ils continuèrent à se voir à trois pendant quelques temps, puis un jour, il vit Carole qui embrassait Patrice. Ils étaient à la place des Victoires, il y avait un ciel gris et bas, là aussi de circonstance, il tenta tant bien que mal de ne pas s'échapper par imagination mais il ne réussit pas à s'empêcher de s'imaginer filmé de la statue équestre de Louis XIV le regard éperdu, marchant vite vers le métro, s'enfuyant le plus rapidement possible.
Dans le métro, il vit ainsi le générique défiler sur les vitres des wagons. Il eut peur de perdre la raison. Deux mois après, Carole quittait Patrice pour aller vivre en Irlande pour filer le parfait amour avec un irlandais, ce qui, somme toute, était logique dans le scénario. Il aurait bien proposé une session de réécriture au producteur.
à suivre...
17:44 Publié dans Écriture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, cinéma
Chauffards et fiers de l'être
Dans la rue, on les remarque tout de suite, au volant de leur grosse voiture, ils veulent donner l'impression qu'ils sont puissants et que le monde est à eux du fait de leur grooosse bagnole. Ne parlons pas des impuissants, souvent souffrant également d'un problème de microcéphalie, pour qui le véhicule impressionnant est une manière de compenser leur handicap. A la télévision, j'en entendais un hier, avocat sans complexes d'une association de bagnolistes extrémistes, prétendre qu'il y a trop de répression pour les automobilistes même "quand ils conduisent bien" et que "c'est la faute des jeunes qui boivent trop et des vieux qui savent plus conduire" s'il y a des accidents, et que "ce n'est pas dangereux de conduire à 150 km/h "si l'on fait attention", je cite (le gars qui dit ça a fait plusieurs années d'étude, comme qui études et intelligence ne vont pas forcément de pair). Pourtant, tout le monde le sait, il n'y a que la peur du gendarme et du PV, donc la répression, qui fasse peur aux crétins qui ont envie de montrer leur virilité en faisant vrombir leur moteur, c'est tout. Même si c'est surtout pour remplir les caisses de l'état plus que par désir de prévention, je préfère largement la pose de nombreux radars. Il y en a pour qui c'est romantique de mourir à bord d'un bolide en compagnie d'une "pin up" attirée par la grooosse cylindrée, en fait, il faut bien dire que c'est surtout très con.
Faîtes plutôt comme Monsieur Manatane, faîtes du vélo (voir ci-dessous), cela pacifie, enfin normalement, d'autres conseils avisés à la touche "menu"
13:39 Publié dans Sociologie | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : politique, ump, ps, pcf, udf, p2v, sport


















