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vendredi, 18 avril 2008
Deux morts célèbres - Desproges et Aimé Césaire
Comme disait quelqu'un, "pour les messages préférez la poste". Ceux qui portent au nues Aimé Césaire, qu'ils n'ont pas lu, le font à cause de la "négritude" et de l'aura anti-raciste de l'écrivain pour pouvoir ainsi proclamer à la face d'un monde qui n'en a rien à foutre combien ils sont bons et généreux et pas racistes. C'est aussi que la littérature doit être utile de nos jours, ceci dans la continuité de notre société de performance, elle doit délivrer un message politique, mais pas trop, bien clair, c'est-à-dire compréhensible par tous et a priori simpliste : "la guerre c'est pas beau, la mort c'est pas bien" entre autres ou "les racistes sont des gens méchants". Or, si Aimé Césaire est un grand écrivain ce n'est pas parce qu'il était contre le racisme, c'est parce qu'il avait un style fort et qu'il savait trouver des images justes. En outre, ne considérer intéressant Aimé Césaire que sous l'angle du message anti-raciste c'est raciste. Il écrit des pages sans concession sur lui, sur son peuple, sur le continent d'où ses ancêtres venaient qui relient la tradition des griots, des conteurs avec la littérature française contemporaine. Il y en a aussi pour descendre en flèche Aimé Césaire à cause justement de la négritude et de son refus de la sottise xénophobe, la plupart, sous couvert de "politiquement incorrect" sont surtout des "petits blancs" racistes.
Desproges séparait la France en deux : les imbéciles qui aimaient bien ce qu'il écrivait, les imbéciles qui détestaient. La revanche de quelques médiocres est de le statufier maintenant ce qui est pour eux une manière de marquer qu'eux sont encore là, et qu'aujourd'hui les humoristes sont très con-sensuels y compris Christophe Alévêque ou Stéphane Guillon, et qu'ils ont gagné. La télévision retient surtout de lui les potacheries avec Prévost mais, étrangement, ne montre pas tellement d'extraits des "monsieur Cyclopède" ou de "Merci Bernard" qui emmerdent encore quelques pisse-froids actuels. Personnellement, j'aime beaucoup Desproges, tout ce qu'il écrivait, mais je sais que c'était aussi un caractériel patenté, un emmerdeur de première classe, un bonhomme pas vraiment commode qui avait un rien la grosse tête aussi (c'est normal on me dira, comme tout le monde, comme moi aussi, qui bénéficie d'une tribune fût-elle restreinte comme ce blog,). Desproges qui nous dit que le Pen et un méchant et que l'on ne peut pas rire avec tout le monde, sur le deuxième point il a raison, sur le premier, le Pen était un épouvantail facile et bien utile, et la xénophobie ce n'est pas seulement deux ou trois connards aux crânes rasés en "bombers" c'est aussi des brav' gens sans histoire qui ont la trouille de l'autre. Sinon, il n'y aurait pas de délateurs pendant les occupations.
Et puis il y a les bonnes âmes qui reprochent à Desproges d'être "méchant" : se moquer des travers de ses contemporains, c'est méchant, rire des bassesses et des mesquineries à leurs yeux c'est méchant selon eux, se payer la tête des idoles conjoncturelles c'est pas bien non plus. Ces braves personnes vivent sans doute dans une autre dimension coupée de notre réel qui s'il ne prêtait pas à rire prêterait surtout à se mettre en colère ou à pleurer. En ce moment, il y a comme une universelle gentillesse bien crétine qui se répand partout, on se congratule sur les plateaux de pince-fesses télévisuels, on y va de sa larme légèrement hypocrite, on égrène les perles en se foutant du monde. Mais celui qu'est méchant, c'est l'humoriste un peu plus caustique que, je ne sais pas, Raymond Devos qui par ailleurs jonglait très bien avec les mots ? On nous fait suer également avec le respect, chacun réclame le respect pour les pires débilités auxquelles il croit, pour les pires comportements ou les fautes de goût les plus immondes. Le respect c'est de dire à l'autre qu'il se goure et non de l'encourager à se rouler dans le fumier. Ce n'est pas méchant. Moi qui suis "méchant comme une teigne", comme on l'a écrit quelque part sur un autre blog, j'aime bien Desproges pour cette "méchanceté" qui est l'autre nom pour la lucidité car le secret c'est que Desproges était un coeur tendre blessé à vif.
17:28 Publié dans Article | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, politique, société



















Commentaires
Un article sans concessions sur Aimé Césaire à lire absolument
http://stalker.hautetfort.com/archive/2008/04/20/du-recyclage-de-la-negritude-par-pierre-damiens.html
Ecrit par : Ikonoclaste | mardi, 22 avril 2008
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