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mercredi, 16 avril 2008
"Guignol's band" de Céline
J'ai lu Céline en commençant par "le Voyage..." il y a bien longtemps déjà. Si ce livre m'a bouleversé par son style et sa force, Céline n'est pas pour autant mon auteur préféré (c'est très à la mode en ce moment chez des lecteurs qui n'en retiennent que l'écume), je lui préfère son ami Marcel Aymé, cela ne m'a pas empêché de lire "Mort à crédit" et d'autres chefs d'oeuvre incontestables. Céline a inventé quelque chose de génial, ancré dans la modernité, mais qui reste dans la continuité des classiques, Céline et Racine c'est pareil, ce sont les mêmes. C'était un salaud et un saint laïc presque franciscain, antisémite obsessionnel, détestant plus généralement toute l'humanité, et médecin des pauvres y compris juifs, pamphlétaire grossier éructant et doté d'une immense sensibilité blessée par la sottise de ses misérables frères humains.
Drôle de guerre ! Drôle de pantins !
Boum badaboum ! les bombes qui dégringolent... les Allemands qui envahissent... Se vengent des dragons de Noailles, des "bleus horizon" de 14 ! C'est la loi du talion à l'échelle du continent... C'est le règne des sirènes hurleuses, des cris, des pleurs des gosses et des vieillards et des corps qui se tordent de douleur à cause du déluge, mais maintenant c'est du feu... De haine ou de peur, comme dans un tableau de Bosh, Jerôme. La débâcle...Enfin...Il y en a qui vont pouvoir enfin se rattraper du temps perdu...
Une idée... Dans l'affolement... Deux amis qui passent à Londres, chez les angliches... Qui ne fréquentent pas que des gens issus de la cuisse de Jupin mais surtout des demi-mondains, des putains, des charlatans, des prétentieux et des vaniteux, des filles à la beauté impossible en temps de guerre, des pauvres types, des héros à la manque, des chats parias et des va-nu-pieds...
L'amour remontre le bout de son museau, mais c'est la guerre. Et la nausée revient aussi... On a beau essayer d'aller jusqu'au bout de la grotte obscure sur laquelle s'agitent des ombres bien vaines de pantins bien vains, la nausée revient toujours, elle ne diminue jamais...
La sottise...L'égoïsme...De minables Narcisses qui danse sur du jazz...
La foule, encore la foule, encore et encore la foule anonyme... La lâcheté... Le néant des sentiments... L'amour qui devient une gymnastique, "han'deux, han'deux!". Au pas de l'oie, ou mis... au pas, le séraphin qui lance ses flèches ; Cupidon doit être crevé....
Site Internet :
http://louisferdinandceline.free.fr/
Titre : Guignol's Band, tome 1 et 2 | Auteur : Louis-Ferdinand Celine | Editeur : Gallimard
Ici un article sur l'auteur et d'autres lectures personnelles de son oeuvre
Post-note : Plus tard j'ai envie de parler de Vialatte, plus lumineux, découvert grâce à Desproges.
17:24 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : littérature, politique



















Commentaires
Céline est et reste un grand monsieur, même si on ne peut approuver certains aspects du personnage. Dans le numéro spécial que la Presse littéraire avait consacré à Céline, j'avais écrit un article consacré à sa thèse de doctorat en médecine ("Semmelweis" dans l'Imaginaire-Gallimard), thèse par aileurs très littéraire par ses qualités stylistiques, et dans laquelle on perçoit bien la dimension humaine du personnage. Je crois que c'est à cause de sa trop grande senbilité qu'il a été blessé par cette vacherie qu'est la vie et qu'il est devenu aigri comme vous le signalez justement.
Ecrit par : Feuilly | jeudi, 17 avril 2008
Je ne suis jamais parvenu à lire "voyage au bout de la nuit" jusqu'au bout, je me suis endormi avant et puis les pavés comme les Harry Potter ça me fait peur...
Ecrit par : Éric | jeudi, 17 avril 2008
Eric : impossible de mettre dans le même sac 1 oeuvre révolutionnaire comme "Le Voyage Au Bout De La Nuit" & Harry Potter (que j'ai lu & apprécié comme littérature d'évasion ce qui n'est pas 1 critique négative)
Céline a cassé le langage & les personnages dans la littérature
il a sa place à côté de Proust, Joyce, Kafka, Rabelais, Dante, Shakespeare, Faulkner, Flaubert... dans la longue histoire de la littérature mondiale : celle qui change la vision du monde à chaque apparition d'1 géant/monstre
qu'il ait été 1 sale con : oui ! & comme je suis d'origine juive on ne peut me taxer (j'espère) d'antisémistisme... MAIS Le Voyage ou Guignol's Band sont des chefs-d'oeuvre... on ne peut pas nier cela
Ecrit par : Eric LOW | samedi, 19 avril 2008
Oui, un sale con, un salaud, un fou peut être un génie. En effet, il a changé la vision du monde, notre vision...
Ecrit par : Amaury | lundi, 21 avril 2008
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