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jeudi, 10 avril 2008

"Gonzo Highway" - Hunter Thompson

46249564.jpgCe livre regroupe les deux volumes de correspondance de l'auteur de "Fear and loathing in Las Vegas" et qui est aussi l'inventeur du journalisme "gonzo", c'est-à-dire un journalisme presque littéraire, très subjectif mais qui enquète et se documente sur les sujets dont il parle. On se dit donc qu'il n'y a plus beaucoup de journalistes "gonzo" en France.

Hunter Thompson est souvent catalogué comme un auteur "culte" (mot que l'on emploie à tort et à travers, une bonne fois pour toutes, "culte" se dit d'un film ou d'un livre confidentiel au départ mais qui a fini par obtenir un petit succès à cause de quelques initiés qui font connaître l'oeuvre, Hunter Thompson écrivait dans "Rolling Stones", il y a plus confidentiel) et on parle surtout de lui à cause des drogues qu'il a absorbé ou de l'alcool qu'il a descendu, et il en a descendu effectivement quelques litres le bougre. Encadrer quelqu'un comme hors-norme d'entrée du fait de ses dérives éthyliques ou psychédéliques c'est déjà le cataloguer sans réfléchir et en quelque sorte oublier l'essentiel, et s'excuser plus ou moins consciemment de rester bloqué dans son confort intellectuel, c'est oublier l'aspecy primordial de son esprit 793656144.jpgqui est le style du bonhomme et son individualisme, son indépendance doublés d'une très forte propension à l'indocilité ce qui me le rend d'office très sympathique. Ce n'est pas qu'il soit une sorte de rebelle professionnel que l'on trouve partout dans les soirées mondaines, Hunter se fout complètement de cette société hypocrite et des convenances, en particulier du respect que l'on devrait avoir envers une personne qui n'a de plus que vous qu'un papier administratif honorifique encadré dans son salon voire un mandat grâce aux électeurs. 

Beaucoup insistent pesamment sur le fait qu'Hunter Thompson critique surtout l'Amérique des années 60/70 et que ce qu'il écrit a surtout valeur de témoignage sociologique quant à ces années-là. Mais que ce soit dans son pays, les Etats Unis, ou le nôtre, on retrouve exactement les mêmes problèmes, les mêmes questionnements, la même pauvreté décuplée, la même bêtise moutonnante des braves gens, les mêmes intellectuels se vautrant dans leur 1738290669.jpgjargon étanche aux quidams qui ne font pas partie de l'élite. Rien n'a changé. Le leader du monde libre fait toujours la guerre à un pays diabolisé et coupé en deux, on y envoie toujours les jeunes défavorisés s'y faire tuer, et c'est toujours la même réthorique guerrière. A la différence que l'on n'a pas d'images directe du front, les militaires ont compris la leçon du Vietnam et que l'opinion publique internationale, même si elle n'approuve pas l'affrontement, ne le déplore pas vraiment non plus. Dans le fond de leur esprit étriqué, beaucoup se disent : "c'est eux ou nous de toutes façons, donc mieux vaut que ce soit nous". Hunter Thompson dénonce cela aussi, le confort intellectuel et moral, les tristes individus qui ne vivent pas mais survivent. C'est aussi une tâche de Sisyphe, c'est peut-être pour cela qu'il s'est donné la mort il y a deux ans, la connerie est encore triomphante et c'est la même qui revient toujours, menée en première garde par la confrérie des "serreurs de fesses effarés" qui ont la trouille de toute évolution et réagissent par la violence ou le maximalisme de la pensée ou encore par le retour à une moralisation de la vie que n'aurait reniée ni Saint Just et encore moins Savonarole...

Illustrations : David Hockney : "Pearblossom highway", "Highway 2" de Los Angeles et l'"Highway 93"

le livre sur chapitre.com

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