vendredi, 12 janvier 2007

La mort de Jean-Pierre Vernant - revue de presse

Je ne partage pas certaine convictions de Jean-Pierre Vernant mais on ne peut qu'admirer son parcours remarquable. On ne peut que louer son esprit de résistance, de liberté, de ne pas accepter l'inacceptable. J'ai lu de lui la plupart de ses ouvrages d'Histoire à l'Université sur la Grèce antique, fondement de notre civilisation, et qui a essaimé dans toutes les cultures. La lecture de ses livres m'a fait regretter de ne pas avoir approfondi mes connaissances sur la question. On en trouve des traces partout y compris dans les trois religions monothéistes. Enfin, comme le note quelqu'un qui le connaissait bien, c'était un "bon vivant" ce qui nous aurait rapproché un peu plus. C'était aussi un grand-oncle aimé et admiré.

Article du Monde 

medium_jpv1.jpgJean-Pierre Vernant est mort mardi 9 janvier, à son domicile, à Sèvres (Hauts-de-Seine). Celui dont les travaux ont bouleversé le regard sur l'homme et le monde de la Grèce antique, du CNRS (1948) à l'Ecole pratique des hautes études (1958), puis au Collège de France (1975), venait d'avoir 93 ans.

Né à Provins (Seine-et-Marne) le 4 janvier 1914, Jean-Pierre Vernant reste orphelin à 8ans, après la mort de sa mère, puisqu'il n'a pas connu son père – ce qui lui fit dire qu'il ne savait pas trop ce qu'est le complexe d'Œdipe. Une boutade, puisque, même recomposée, la figure paternelle fut décisive. Engagé volontaire dans l'infanterie aux premières heures de la Grande Guerre, Jean est mort au front en 1915. Cet agrégé de philosophie, qui avait dû renoncer à la carrière universitaire pour reprendre l'entreprise de presse que son père avait fondée à Provins à la fin du XIXe siècle, sut défendre avec Le Briard les options éthiques d'une lignée d'intellectuels engagés dans le siècle, anticléricaux, voire antireligieux, et dreyfusards de la première heure. Un héritage que ses deux fils, Jacques et Jean-Pierre, reçus tous deux majors de l'agrégation de philosophie – un exploit inédit ! – n'eurent de cesse d'assumer. Quand l'aîné, Jacques, dénonce à l'été 1939 la signature du pacte germano-soviétique, Jean-Pierre, le cadet, rappelle que "le vrai courage, c'est, au-dedans de soi, de ne pas céder, ne pas plier, ne pas renoncer. Etre le grain de sable que les plus lourds engins, écrasant tout sur leur passage, ne réussissent pas à briser". Partager cette profession de foi suffit à vous faire adopter comme frère d'armes, puisque la résistance ne peut qu'être un combat, pour soi et les autres.

La suite ici 

Article de "l'Express" 

medium_jpv2.jpgC'était un des plus grands spécialistes français de la Grèce antique. Jean-Pierre Vernant est décédé hier à 93 ans. Helléniste de renommée internationale, mais aussi philosophe et anthropologue, il était professeur honoraire au Collège de France.

Il laisse de nombreux ouvrages, notamment Les origines de la pensée grecque (1962) ou Mythes et religion en Grèce ancienne (1990), un de ses sujets de prédilection.

Compagnon de la Libération
D'abord élève en philosophie, Jean-Pierre Vernant avait été reçu premier à l'agrégation, dans cette discipline, en 1937. Adhérent aux Jeunesses communistes, il entra dans la Résistance dès 1940 et rejoint le réseau Libération-Sud, fondé par Emmanuel d'Astier de la Vigerie. Il commanda par la suite les Forces françaises de l'Intérieur (FFI) de Haute-Garonne sous le pseudonyme du "colonel Berthier". Compagnon de la Libération, Jean-Pierre Vernant était
aussi membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence. Il soutenait, depuis sa création en 2001, le fonds associatif Non-Violence XXI.

Bibliographie non exhaustive : 

Chez Maspero : Mythe et pensée chez les Grecs (1965) ; Mythe et société en Grèce ancienne (1974) ; Religion grecque, religions antiques (1976) ; Religion, histoires, raisons (1979).

Chez d'autres éditeurs : Les Origines de la pensée grecque (PUF, 1962) ; La Mort dans les yeux (Hachette, 1985) ; L'Individu, la mort, l'amour (Gallimard, 1989) ; Mythe et religion en Grèce ancienne (Seuil, 1990) ; L'Univers, les dieux, les hommes. Récits grecs des origines (Seuil, 1999).

Les Mémoires : Entre mythe et politique (Seuil, 1996) et La Traversée des frontières (Seuil, 2004).

Avec Pierre Vidal-Naquet : Mythe et tragédie en Grèce ancienne (tome 1 : éd. Maspero, 1972 ; tome 2 : La Découverte, 1986) ; Travail et esclavage en Grèce ancienne (Complexe, 1988).

Avec Marcel Détienne : Les Ruses de l'intelligence (Flammarion, 1974) ; La Cuisine du sacrifice en pays grec (Gallimard, 1979).

Sous la direction de Jean-Pierre Vernant : L'Homme grec (Seuil, 1993) ; Mythes grecs au figuré, de l'Antiquité au baroque (Gallimard, 1996).

10:20 Publié dans Revue de presse | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : Histoire, Littérature | |  Facebook

Commentaires

Et il aimait les cigares, le vin, les gens, Belle-Île et le football.

Ecrit par : Jenny Suarez-Ames | vendredi, 12 janvier 2007

Article de l'Huma chez nous http://lesmoissonneuses.blogspot.com/

Ecrit par : Jenny Suarez-Ames | vendredi, 12 janvier 2007

Passionnant et brillant sur la Grèce et l'Antiquité, se gourant complètement en politique comme bien d'autres. Désolé, toutes mes condoléances, mais comment faisait-il pour soutenir le Parti Communiste sans se poser de questions alors qu'il était si fin sur le reste ?

Ecrit par : Hugues | dimanche, 14 janvier 2007

Critiquer publiquement le PC dès les années 50 quand on est issu de la Résistance c'est ne pas se poser de questions ?

Ecrit par : Jenny Suarez-Ames | dimanche, 14 janvier 2007

Je ne savais pas, désolé...

Ecrit par : Hugues | dimanche, 14 janvier 2007

Il critiquait de l'intérieur, ou de l'extérieur ? A-t-il déséspéré Billancourt ? Pourquoi n'est-il pas parti vu la tendance stalinienne et autoritaire du PCF à l'époque avant la période clownesque des années 70 ?

Ecrit par : Hugues | dimanche, 14 janvier 2007

Dans les années 70, pendant que Jean-Pierre Vernant pensait la Grèce antique et contribuait au rayonnement de la pensée française, vos amis de la droite française se gavaient dans le pompidolisme immobilier, soutenaient les américains au Viet-Nam, le coup d'état de Pinochet et mettaient en prison les avortées.
Alors voyez-vous, vos attaques vipérines ne changeront à l'affaire et pour tout dire, n'ayant aucune envie de polémiquer avec vous sur le souvenir de JPV allez vous toucher chez les fafs du salon beige qui ne laissent passer que les commentaires qui les arrangent.
Le garde rouge salue bien, abruti.

Ecrit par : Alfredo Smith-Garcia | dimanche, 14 janvier 2007

Il critiquait selon SES convictions, il critiquait parce que le PC ne correspondait plus à SA France, comme il était entré au PC parce que Pétain détruisait SA France. Il pensait la Grèce antique et, voyez-vous, comme l'a rappelé l'un de ses compagnons d'armes qui souhaitait la même chose, il s'est fait enterré serrant, dans son cercueil, un ruban tricolore entre ses doigts. Grand penseur, juif qui ne l'a jamais dit, communiste comme il l'a voulu et immense Français.
Et puis, par son humanité, il a transcendé ce que vous n'auriez (ni moi, ni personne) pu jamais être.
Aujourd'hui, auprès d'Hadès, il salue, de la part de Julien, Hector, Ulysse et Orphée.

Ecrit par : jenny Suarez-Ames | lundi, 15 janvier 2007

Péhesse : ça me fait mal de devoir rappeler des fait que l'Huma même (oh my god) rapporte, mais je signale à Hugues, qui parle manifestement sans rien connaître des activités de JPV, que ce dernier quitté le PC en 1969, comme il faisait tout le reste, dans la discrétion, et sans rien renier.
Comme ASG, je ne polémiquerai pas là-dessus, le sujet et l'homme nous, vous dépasse.
http://lesmoissonneuses.blogspot.com/2007/01/alias-thierry-tixier-lacome-jougla.html

Ecrit par : jenny Suarez-Ames | lundi, 15 janvier 2007

Aimer la liberté est la plus importante des convictions, c'était le cas de Jean-Pierre Vernant semble-t-il, c'est tout ce qui compte.

Ecrit par : Amaury | lundi, 15 janvier 2007

Je suis surtout ulcérée par ces questions en rafale façon procès stal, précisément, qui témoignent d'un étrange conception de la liberté et d'une ignorance crasse de l'histoire, once more. Aucune envie de débattre non plus, juste furax. Je vais jeter un oeil à ce putain de salon beige (ça donne vachement envie, la couleur) pour bien commencer ma semana negra.

Ecrit par : Jenny Suarez-Ames | lundi, 15 janvier 2007

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