mardi, 26 septembre 2006

Roger Nimier et Louis Malle

medium_nimier.jpgEn relisant un livre sur Louis Malle, avec qui il a collaboré sur "Ascenseur pour l'échafaud", je me suis aperçu qu'il existe énormément de connexions entre les livres de Nimier et le cinéma des années 60. Les héros de l'écrivain, si l'on peut dire, ne sont pas des marionnettes archétypales mais des êtres humains réels avec leurs faiblesses et leurs qualités. Beaucoup ne se soucient nullement d'un quelconque engagement politique, ou alors quand celui-ci est désespéré, et constitue une sorte de prolongement de leur propre autodestruction. On retrouve cet esprit à la fois futile et sans espoir de Nimier et des hussards dans "les Amants" ou "le souffle au coeur", voire "Milou en mai", quant aux films de Malle. medium_malle.2.jpgMais il est également présent dans "Leon Morin prêtre" et bien sûr dans "un singe en hiver" et les divers scenarii et adaptations de Louise de Vilmorin. Malheureusement, futilité et désespoir, quand on les accole, sont deux concepts très vite transformés en clichés, en fantasme de jeune bourgeois désoeuvré : si je m'ennuie c'est parce que je suis rebelle au monde. Bien sûr, le problème des films engagés est bien souvent -à l'inverse et comme pour toute religion révélée ou non - d'être bien trop dogmatique : les bourgeois sont méchants, le peuple est gentil (autre fantasme d'après 45 qui permettait aussi d'oublier la lâcheté quasi générale pendant l'Occupation). Nimier avait déjà cessé d'écrire quand il a participé aux films de Louis Malle, se trouvant incapable de transcrire avec vérité le moindre de ses sentiments ou ses réflexions, trouvant cela trop nombriliste, et ironiquement a terminé comme dans un rêve de midinette : tué au volant d'une voiture rapide à côté d'une jeune et jolie femme blonde.

10:05 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, Cinéma | |  Facebook

Amaury et les filles

medium_chevalier.jpgQuand il était plus jeune, il n'y pas longtemps en fait, Amaury se faisait des filles une idée idéale, romanesque et romantique. Il s'imaginait vivre des grandes amours contrariées belles et tragiques. Il n'avait pas compris qu'il n'aimait pas des filles mais des archétypes. C'est une caractèristique qu'il partage avec Philip K. Dick, pas la seule d'ailleurs car il est presque aussi allumé (il est dur d'arriver au niveau de Phil Dick). Pourtant, gràce à ces trois soeurs, il aurait pu déjà se faire un point de vue plus précis. C'est en fait gràce à ses camarades féminines d'université qu'il a commencé par se poser des questions. medium_parisienne.jpgLa première, Laure, lui a montré que l'on pouvait être séduisante et cultivée, sensible à Josquin des Prés et apprécier les énormités (dans tous les sens que cela implique), Caroline, elle, aimait bien les gentils garçons mais elle préférait prendre les mauvais comme amants. Comme Claire. Le cas le plus intéressant étant bien sûr Elodie qui condensait en elle, lui semblât-il, tous les défauts que l'on attribue d'habitude aux femmes : inconstante, voulant être aimer de plusieurs personnes en même temps sans avoir à choisir, incapable de ponctualité, légère comme une bulle de champagne et parfois très prosaïque. Avec elle, Amaury a compris qu'il était loin d'être un chevalier blanc en armure mais que finalement il avait exactement les mêmes défauts qu'il lui reprochait.

10:02 Publié dans Article | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, Société | |  Facebook

lundi, 25 septembre 2006

Le but de mon régime

medium_style.jpgVoilà quel est le but de mon régime, ressembler à ce personnage, être aussi mince et distingué. Ou à peu près. J'en ai marre de ma grossitude : les gros sont sympas, des bons vivants mais ce sont aussi des types, ou des femmes, tragiques. Remarquons que c'est gràce à ce sens de la dérision dont ils sont parfois dotés, tous n'ont pas cette chance, qu'ils peuvent rencontrer des personnes dotées de sensibilité.

18:00 Publié dans Photos | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Littérature | |  Facebook

Les gestes d'avant

medium_cuisine.jpgNotre époque a remis en avant plusieurs interdits en les camouflant sous d'autres vocables recouverts d'une couche de bonnes intentions. Certains vont jusqu'à se plaindre d'une surabondance de liberté et réclamer plus de contraintes. Ceux qui devraient espèrer de vivre "à grands rênes" ne rêvent que d'être fonctionnaires. On raille la culture, le raffinement considérés comme ringards, beaucoup sont même fiers d'être incultes. Et la grande majorité se soumet au pires conformismes qui soit : la dictature de l'apparence, du langage standardisé, des attitudes morales admises. Le tout détruit progressivement nos libertés dans l'illusion d'un confort qui compense cette perte.
medium_cuisine2.jpgCe livre montre clairement, et à juste titre, que la culture ne se limite pas à l'amoncellement de références livresques, filmiques, artistiques ou intellectuelles en général, mais que cela englobe aussi la gastronomie, et l'appréciation du monde et des autres personnes en général. Le héros de ce livre, un cuisinier, continue des "gestes d'avant" la dictature, et les transmet. Ces gestes ne sont pas simplement des réflexes mécaniques, mais aussi des raffinements qui permettent de créer et qui reflètent la personnalité. Ils reflètent donc aussi l'épanouissement réel d'une personne hors de tout conditionnement extèrieur. Ce ne sont pas non plus des traditions irrespirables, aliénantes, empêchant le progrès et les avancées, mais une possibilité de se libérer de pesanteurs post-modernes.

medium_cuisine3.jpgEn ces temps d'hygièniquement correct, beaucoup se sentiront au mieux coupables de gourmandise en lisant ce livre, au pire s'en moqueront et repartiront faire du rameur en salle de gym. C'est aussi une question que pose ce livre, le corps n'est pas une machine à exercer des performances, une mécanique sans âme, ou sans esprit, bien que l'on puisse se demander parfois si une grande majorité d'employés de grandes entreprises ou d'administrations n'est pas remplaçable par des robots. Il ne s'agit pas donc pas seulement de nourriture ou de "bouffe" mais de convivialité et de vie en commun, les uns reliés aux autres sans la médiation de machines. Il n'y a rien de mieux qu'un repas pour créer un lien social finalement...

Titre : Vie et passion d'un gastronome chinois | Auteur : Wenfu Lu | Editeur : Philippe Picquier

17:45 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Gastronomie, Société, Politique, Littérature | |  Facebook

Un homme de poids

medium_suffren.jpgmedium_brantome.jpgIl y a quelques temps encore, par bravade, j'aurais cité Alexandre Dumas qui était très rond, et un bon vivant jusqu'à la fin, et pourtant séducteur. J'aurais parlé du Bailli de Suffren ou de Brantôme qui, en plus avait un pied bot, mais que cela n'a pas empêché d'avoir plusieurs dizaines d'amantes. Seulement voilà, ces hommes vivaient en des époques où cela n'avait guère d'importance, où le comportement des uns et des autres n'était pas constamment jaugé par les moralisateurs de tout poil et de toute obédience, où le physique était considéré sur un plan non de performance  mais d'après la personnalité de la personne considérée. J'ai donc décidé de perdre du poids, le plus possible, car c'est finalement la seule solution pour que mes compétences et mes talents éventuels soient considérés plus objectivement. J'aurais pu faire "Guy Carlier" mais je n'ai pas de disposition pour le pathétique. 

Illustrations : le buste du Bailli et Brantôme

17:25 Publié dans Article | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Société, Littérature | |  Facebook

Kafka et le recrutement d'enseignants

medium_kafka.jpgEn réponse à un envoi de CV pour un poste d'enseignant, on me répond que j'ai trop d'années d'enseignement et pas assez d'années en entreprise alors que l'on me reproche exactement le contraire pour d'autres demandes de job. J'avoue ne plus comprendre ce que l'on demande à un enseignant comme qualités. Remarquez, d'autres recruteurs pour également enseigner m'ont affirmé que mon expérience était excellente mais que l'on ne m'imaginait pas du fait de ma "présence physique" devant une classe. J'aimerais comprendre. Encore ce matin, on me dit : "tu devrais passer les concours mais comment les passer dans des conditions kafkaïennes ?

17:11 Publié dans Article | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Littérature | |  Facebook

dimanche, 24 septembre 2006

Que fait Amaury quand il est déprimé ?

medium_deprime.jpgQuand il est déprimé, Amaury se lève tard, très tard, allume la télévision, l'éteint, la rallume, y trouve une occasion d'exercer sa misanthropie qui s'exacerbe quand il est fatigué ou déprimé. Il éteint de nouveau l'appareil et décide de se faire un café ce qui est une mauvaise idée car il sera encore plus agacé par le monde qui l'entoure. Comme tous les matins de déprime, il y a son étagère de CD qui semble faire exprès de se jeter contre ses mollets et d'être dotée d'une vie propre. Il va sans dire que tous les CD tombent alors. En râlant, Amaury les remet et se dirige vers son coin-cuisine qu'il retrouve à grand-peine sous le monceau de vaisselle non-faite. A dix heures et demie, il entend les cloches sonner pour annoncer la messe dominicale.

Il se dit qu'il ne va pas y aller puis saisi de scrupules finit quand même par s'habiller. A l'église, le démon de l'ironie recommence à le travailler, il voudrait bien que celui-ci le laisse en paix mais il règne dans la cathédrale d'Evreux une ambiance lugubre ce qui le distrait. En sortant, il croise le regard de Thérèse de Lisieux sur la grande photo en noir et blanc d'une chapelle, comme d'habitude, il a l'impression qu'elle est à la fois peinée de ses attentes frustrées et qu'elle se moque gentiment de son humeur du jour. Comme Juliette Gréco, Amaury hait les dimanches, enfin certains dimanches comme celui-là où il ne peut qu'attendre le lendemain et comprendre qu'il est soutenu en regardant les commentaires laissés sur son blog et en allant commenter sur celui des Moissonneuses.

17:15 Publié dans Article | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, Religion | |  Facebook

Consommateur et catholique

medium_cyrillus.jpgCe qui me gêne particulièrement chez la plupart des catholiques actuels, ce n'est pas leur milieu social (la plupart sont quand même des caricatures archétypales de bourgeois BCBG) on dirait parfois que ce sont des publicités vivantes pour Cyrillus la marque de vêtements chic, ce n'est pas leurs options politiques ou de placement dans l'Église : "cathos tradis" ou charismatiques, finalement peu m'importe. Du point de vue de la foi, nous sommes de la même famille et dans uine famille chaque personne est différente. Et on a le droit de ne pas supporter telle ou telle pratique spécifique à un groupe. Cependant, il est à noter que la plupart des ecclésiastique se résignent à cet état de faits social et s'en contentent. Certains s'en réjouissent même car venant de ce milieu BCBG allant jusqu'à proclamer qu'ils ne pourraient pas faire de l'apostolat ailleurs. Cela a le mérite d'être franc. On s'intéresse d'abord aux plus aisés finalement avant d'allers vers "les petits" quand le fait de faire partie du rotary aide à se faire connaître en paroisse.(photo: un exemple de ce que j'entend par archétype)

medium_premiers_chretiens.jpgNon, ce qui me choque, c'est que finalement les catholiques, comme d'autres religions, ne remettent absolument pas en cause le consumérisme de notre société dont on nous dit que c'est le seul choix de société possibie depuis la "chute du Mur" comme s'il n'y avait pas d'autres alternatives. Il faut quand même rappeler que le mode de vie des premiers chrétiens était largement plus proche d'un mode de vie collectiviste que le nôtre, largement plus radical d'un point de vue évangélique. Avec des aménagements, on peut tout envisager, pourquoi cela ne semble-t-il pas possible maintenant ? Mais je pense que le cerveau des catholiques dans leur grande majorité est normé pour un comportement dit "normal" aux yeux de la majorité, bien cadré et docile, surtout docile. (photo des habitations des Essèniens où vécurent aussi des premiers Chrétiens)

medium_Zmmanuel.jpgCe qui me choque aussi, c'est que la plupart des cathos pensent que politiquement il doivent être des conservateurs de droite qui ne retiennent de la charité que des préceptes moralisateurs ou des bien-pensants également archétypaux. Certes, il y a des communautés nouvelles qui s'inspirent de ce mode de vie en collectivité mais peu sont réellement capables de voir autre chose qu'une sorte d'idéal spirituel inaccessible qu'elles se construisent. Au Proche Orient, toutes sans exceptions passaient par exemple devant les colonies israèliennes sans s'en choquer, convoquaient les soldats de Tsahal pour surveiller le chemin de croix, surveiller les chrétiens locaux et les musulmans pour qu'ils ne s'approchent le tout à cause de préjugés racistes. Au Proche Orient, aucune de ces communautés ne se posaient de questions sur le fait qu'elles vivaient dans des conditions décentes pendant qu'à côté parfois des familles s'entassaient sur 20 mètres carrés sur trois générations. Là-bas, nous vivions dans un microcosme représentatif des chrétiens en Europe et de leur comportement réel, une seule communauté pratiquait la charité au sens complet, vrai et incarné, les petites soeurs de Foucauld. (photo : une cérémonie dans une communauté nouvelle)

Personellement, je pense souvent, comme exemple, à mes grands-parents maternels qui ont fait partie du Tiers ordre de Saint François pendant soixante ans sans prétentions aucune ou orgueil mal placé, faisant du bien sans le dire.

16:55 Publié dans Spiritualité | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : Politique, Société, Christianisme, Religion | |  Facebook

Dans l'atelier du peintre

medium_atelier.3.jpgCe livre inachevé a été écrit par un jeune homme qui est mort à trente ans et n'a pas eu le temps de le terminer ce qui est d'autant plus émouvant. Dans sa brève existence, il a réussi à être plus créatif que bien d'autres créateurs qui finissent cacochymes et décorés de hochets sociaux qui ne veulent plus rien dire. La liste de ses mises en scène est impressionnante, il commence à seize ans, il s'apprêtait à mettre en scène "Père" de Strindberg quand il est décédé. J'ai toujours eu un profond respect pour les créateurs, ces êtres capables d'extraire de leur âme, de leurs entrailles, de leur coeur, des mots qui font réfléchir ou qui émeuvent, ces créateurs qui sont encore trop souvent considèrés comme des bons à rien, des individus inutiles.

En commençant à le lire, on songe à plusieurs écrivains, d'un "hussard" plus poétique aux romans italiens d'après la Deuxième Guerre Mondiale, il m'a fait penser quant à moi à un Huysmans joyeux, capable de fantaisie. C'est surtout, loin de toutes influences, dont il s'est dégagé, un livre très personnel qui suit plusieurs personnages dans leurs tribulations à travers Paris, trois hommes qui s'improvisent détectives gràce à leurs fortunes, deux femmes qui sont de leur vie, deux Marie-Madeleine. Cyril Grosse fait ressortir autant les actes les plus quotidens de manière poètique mais sans que cela ne soit que de l'anecdote. On sent bien sa passion du théâtre et de la mise en scène car ici chaque geste des personnages a son importance symbolique. Il faut se laisser faire, entrer dans son univers, ce qui est facile. Il m'a suffit de lire quelques mots pour l'entendre me raconter cette histoire.

Titre : Le peintre | Auteur : Cyril Grosse | Editeur : Cahiers de l'égaré (Les)

14:11 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature | |  Facebook

Je suis en colère

medium_orage.jpgCe matin, je me suis réveillé tout à fait calme mais en colère, pas une colère nerveuse d'impulsion, une colère très calme, très tranquille; Je ne supporte plus ma vie. J'ai absolument besoin de changer d'air et m'y emploie au maximum mais j'ai l'impression de me battre contre des moulins à vent. Je suis en colère contre celui que j'étais il y a quelques années, naïf, persuadé de la bonté du monde entier alors qu'il en était la dupe. Il pensait que la vérité profonde des personnes rencontrées était ce qui suffisait chez eux et que la vanité sociale n'avait aucune importance alors que pour la majorité, excepté quelques moissonneuses ou commentateurs de blog, c'est fondamental. Je me sens un peu comme Charlie Gordon dans "Des fleurs pour Algernon" qui découvrent la bêtise assumée et les compromis mesquins des personnes dites "normales". 

Je suis en colère car il faudrait que je sois docile mais je ne peux pas m'y résoudre, je ne peux pas me résigner à un sort professionnel qui ne m'apportera pas l'équilibre. Certes, un individu ne se réduit pas à sa profession mais je ne souhaite qu'un tout petit peu de confort matériel, le strict minimum; Comme je suis croyant, je prie, je passe du temps devant l'Eucharistie dans la chapelle de la Vierge de la Cathédrale d'Evreux, chez moi ou même dans le car en allant vers Gisors mais parfois la colère est trop forte et je me sens trop faible pour espérer, je me sens complètement isolé. Aller su mon blog ou sur celui des Moissonneuses me permet de voir que je ne suis pas seul et que d'autres pensent à moi.

 

13:30 Publié dans Article | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Blog, Société, Littérature | |  Facebook

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