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  • Rions un peu jaune

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    Un pays au bord de l'explosion sociale et des ministres très près de l'autisme...

    medium_breton.2.jpgjeudi 31 aout 2006, 13h53 Emploi: 250.000 emplois créés en 2006, dont 80% dans le privé, selon Breton

    TROYES (AP) - Révisant à la hausse les prévisions de Bercy, le ministre de l'Economie Thierry Breton a estimé jeudi que 250.000 emplois seraient créés en France en 2006, dont 80% dans le privé. Mais quels genres d'emploi ? Note d'Amaury

    "On estimait cette année que nous devrions créer de l'ordre de 200.000 emplois nouveaux. Je peux vous dire aujourd'hui que les prévisions désormais de mon ministère sont de 250.000 emplois" pour cette année, "dont 80% dans le secteur privé", a-t-il indiqué à l'issue du séminaire de rentrée du gouvernement à Troyes (Aube).L'a-t-il vu dans sa boule de cristal ? Note d'Amaury

    Le gouvernement est "sur la bonne voie peut-être pour atteindre les 8%" de chômeurs en 2007, a-t-il estimé.

    En juillet, le chômage est repassé sous la barre des 9% à 8,9%, soit 2.159.900 demandeurs d'emploi, selon les chiffres annoncés mercredi soir par le ministère de l'Emploi. AP

  • Télé UMP

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    medium_chazal.jpgOn le savait déjà mais hier soir c'était encore plus flagrant. La présentatrice du journal de TF1, Claire Chazal, qui a certes au moins comme qualité d'avoir "une jolie gorge" en "une" de "Voici" chaque été, contredit et reprend François Hollande sur le projet du PS en alignant des arguments que l'on croirait tous dictés par Villepin ou Nicolas Sarkozy. Selon elle, qui doit bien connaître la situation économique des déshérités, "la croissance reprend", "il y a eu 100 000 emplois" de créés etc...

    A-t-elle entendu parler des SDF de plus en plus nombreux, des RMistes dont la masse grossit un peu plus chaque mois et des chômeurs en fin de droits ? Évidemment, la gauche n'a pas de solution miracle ou de potion magique mais la droite et la gauche sur le social, ce n'est pas bonnet blanc et blanc bonnet. Il y a peu de personnes de gauche qui rêvent de déréglémentation totale à part Strauss-Kahn qui est de droite. A ce propos, à la "lepénisation" des esprits" on devrait ajouter la "libéralisation" des esprits...

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  • Autofiction de SF

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     "Dieu est mort. On a retrouvé sa carcasse dérivant dans l'espace du côté d'Alpha en 2019." (p 59 de l'édition "J'ai Lu" de Message de Frolix 8)

    medium_trilogie.jpgCette trilogie est en fait une tétralogie qui comprend "Radio Libre Albemuth", en fait l'ébauche des trois oeuvre suivantes, "l'Invasion Divine", "SIVA", "la transmigration de Timothy Archer". Ces romans, où Dick se défait complètement de sa filiation avec Van Vogt, partent pour une bonne partie de l'inspiration de l'expérience "mystique" de Philip K. Dick telle qu'elle est rapportée par Robert Crumb dans une courte bande-dessinnée. Remontée d'"acide", véritable expérience théologique, complète mystification, Dick lui-même ne lève pas le voile. Résumons en quelques mots car c'est complexe : l'Empire romain n'a jamais fini, Dick est en communication avec une intelligence qui n'est pas terrestre, il a des visions, phosphènes roses ou flamboyants, entend d'autres paroles dans les chansons de certains groupes. L'Amérique de Nixon est un état policier, et la société américaine tend vers le fascisme par nature. Notre monde n'est pas vraiment réel et une entité supérieure, Dieu ou des extra-terrestres, le dirige et a pour notre monde des desseins que nous ne pouvons pas vraiment comprendre. On peut également supposer que l'auteur de la trilogie est un falsificateur à la mode oulipienne, il dit des choses, en prétend d'autres, et se moque du monde. Ou pas. Peut-être aussi, tout simplement, que cette trilogie ne fait que raconter la vie de Philip K. Dick, celui-ci étant persuadé d'être mort en même temps que sa soeur jumelle. Je pense aussi que cet écrivain échappe aux classifications. Il est hors des cadres.

    Dick dit aussi que les années soixante ne sont pas terminées, en un sens, elles se termineront avec lui, à sa mort...

    Titre : La trilogie divine | Auteur : Philip Kindred Dick | Editeur : Denoël

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  • Les cauchemars des vers géants

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    medium_dick.jpgDans ce roman de Philip K. Dick, délicat à trouver excepté sur le net et chez les bouquinistes, la terre est menacée par une invasion d'aliens vindicatifs. Cela pourrait donner lieu à un roman classique de SF paranoïaque de l'âge d'or, mais voilà nous sommes chez Phil Dick. Les extraterrestres sont ici une race de vers géants venus de Ganymède. Ceux-ci forment en fait un esprit collectif doté de pouvoirs étranges, dont la précognition - phénomène qui fascinait l'écrivain car selon lui engendré par la schizophrénie. Ils ont des yeux dotés de longs cils et sont aidés dans leur vie quotidienne par des "larbs", race humanoïde également de Ganymède, qui suppléent à leur absence de membres. Sur terre, la résistance s'organise du Tennessee où l'on vient de mettre à jour une cache d'armes spéciales. Les résistants sont en majorité afro-américains et sous l'autorité de Percy X, leur leader charismatique. Les armes spéciales sont des machines qui matérialisent les cauchemars. Les mauvais rêves ainsi créés sont sensés ne pas être vraiment réels mais ce n'est pas exactement le cas et bientôt les machines à illusions apparaissent comme un nouveau danger.dans ce livre une bataille épique qui réunit des scouts, des machines à laver, les créatures de la firme "Universal", des singes, des marchands de glaces et les vers géants dont le général collectionne les maquettes d'avions en plastique...

    Titre : Les machines à illusions | Auteur : Philip Kindred Dick, Ray Nelson | Editeur : 10/18

    Site officiel de PKD (en anglais)

    Un site français totalement dans l'esprit de l'auteur

  • Hommage à Winston Smith

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    Je choisis l'extrait ci-dessous car ce que l'on nous présente comme modernisation de la langue actuellement conduit au résultat indiqué par Orwell.

    Page concernant l'auteur de 1984 

    La langue
    "C'est une belle chose la destruction des mots" p. 78
    "La langue ne serait plus en état de permettre la moindre pensée indépendante de la vérité officielle" p. 51

    medium_winston.jpgRetour sur 1984
    On devrait éviter de cantonner ce roman à un genre, roman de Science Fiction et fable politique que l'on a cantonné un peu vite à la simple dénonciation des totalitarismes de son époque (1948), ce qui en atténue singulièrement la portée, alors qu'il s'agit de beaucoup plus que ça, comme souvent on limite "Rhinocéros" à celle du nazisme.

    Ces oeuvres ont une portée bien plus universelle. Ce que n'imaginait pas Orwell c'est que "Big Brother" serait accepté avec le sourire. Il y a une dictature de l'uniforme, d'une beauté stéréotypée voire inhumaine. Celles et ceux qui revendiquent un droit à la différence ne le font que pour se retrouver en communautés tous pareils : par ethnies, origines, goûts sexuels, etc.
    La sexualité devient une sorte de gymnastique hygiénique indispensable pour se défouler mais sans aucune autre raison d'être, ou presque.

    La première des subversions dans "1984", c'est la relation amoureuse de Winston Smith. Actuellement, les caméras sont partout, et même réclamées, pour surveiller quand on ne se laisse pas filmer pour de l'argent. Il est étonnant de voir à quel point la servitude est vite acceptée. La fête n'est qu'un exutoire, un exutoire que le pouvoir adore. Celui-ci pousse d'ailleurs à la culture du "même". C'est pour cela que l'on peut critiquer certaines organisations qui ne remettent pas spécialement en question cet esclavage jamais remis en question, l'esclavage du désir sans cesse insatisfait, du savoir uniquement perçu comme un empilement d'informations que l'on se garde bien d'analyser.

    Titre : 1984 | Auteur : George Orwell | Editeur : Gallimard

  • "Ploucocratie" suite - Typologie rapide de ploucs (ceux qui m'énervent le plus)

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    medium_charlie.jpg- Le(a) plouc(e) qui vote plusieurs fois à la "Star Academy" en explosant sa facture téléphonique et qui oublie d'aller le faire quand le destin de son pays est en jeu.

    - Le(a) plouc(e) qui se balade dans la rue les yeux rivés sur son portable comme si celui-ci indiquait le Nord.

    - Le(a) plouc(e) qui ne peut s'empêcher de jacasser devant un superbe panorama gâchant la contemplation que l'on pouvait en avoir, les ploucs n'aiment pas le silence et n'aiment pas réfléchir.

    - Le plouc qui resserre son étreinte autour des épaules de sa copine quand un regard trop insistant vient à se poser sur elle tel le mâle néanderthalien protégeant son "bien".

    - Les enfants de ploucs (même si ce n'est pas entièrement de leur faute) élevés à la médiocrité, contents de leur médiocrité, ne respectant que la force brute et l'arbitraire, fiers de leur ignorance.

    - Le(a) plouc(e) qui me dit avec un grand sourire : "on pensera bien à eux" ou "en union de prières, hein !" et oublie de faire un don soit-il minuscule pour aider les chrétiens d'Orient (ce genre de ploucs s'habille en Cyrillus).

    - Le(a) plouc(e) qui, marchant devant ou à côté de vous, finit par marcher au pas, les ploucs se laissant aller à leur instinct grégaire en général.

    - Les ploucs qui n'ont aucune sensibilité aux arts.

    - Ces ploucs qui méprisent les "petites" gens.

    - Le plouc qui est depuis des années dans un pays étranger (Israèl, Palestine...) et n'essaie même pas d'apprendre un seul mot de la langue des habitants de ce pays...

  • Un extrait de "Plume" d'Henri Michaux

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    Il paraît que je ressemble beaucoup à Plume (je me vois aussi en Bérenger, celui des pièces de Ionesco) selon un des commentateurs du blog : "smith-garcia". En lisant ce texte, je me suis dit que finalement sur certaines choses, il n'a pas tout à fait tort. 

    Cette incessante mobilité -doublée d'une intense mobilisation- est le plus efficace remède que Michaux ait trouvé à sa vulnérabilité, à son insatisfaction et son défaut d'être. L'homme, tel qu'il nous le présente (sous les espèces de son héros Plume, par exemple) est une créature précaire, sans appuis, sans identité, livrée à l'aléatoire, jetée brusquement dans le monde où elle n'a pas sa place assurée, où elle doit sans cesse réapprendre à vivre, où il lui faut se protéger contre des forces adverses, se préserver de ses propres démons, et résister à la tentation de céder et de dormir. 

    Plume voyage

    medium_michaux.jpgPlume ne peut pas dire qu’on ait excessivement d’égards pour lui en voyage. Les uns lui passent dessus sans crier gare, les autres s’essuient tranquillement les mains à son veston. Il a fini par s’habituer. Il aime mieux voyager avec modestie. Tant que ce sera possible, il le fera.

    Si on lui sert, hargneux, une racine dans son assiette, une grosse racine : « Allons, mangez. Qu’est-ce que vous attendez ? »

    « Oh, bien, tout de suite, voilà. » Il ne veut pas s’attirer des histoires inutilement.

    Et si la nuit, on lui refuse un lit : « Quoi ! Vous n’êtes pas venu de si loin pour dormir, non ? Allons, prenez votre malle et vos affaires, c’est le moment de la journée où l’on marche le plus facilement. »

    « Bien, bien, oui… certainement. C’était pour rire, naturellement. Oh oui, par… plaisanterie. » Et il repart dans la nuit obscure.

    Et si on le jette hors du train : « Ah ! alors vous pensez qu’on a chauffé depuis trois heures cette locomotive et attelé huit voitures pour transporter un jeune homme de votre âge, en parfaite santé, qui peut parfaitement être utile ici, qui n’a nul besoin de s’en aller là-bas, et que c’est pour ça qu’on aurait creusé des tunnels, fait sauter des tonnes de rochers à la dynamite et posé des centaines de kilomètres de rails par tous les temps, sans compter qu’il faut encore surveiller la ligne continuellement par crainte des sabotages, et tout cela pour… »

    Bien, bien. Je comprends parfaitement. J’étais monté, oh, pour jeter un coup d’œil ! Maintenant, c’est tout. Simple curiosité, n’est-ce pas. Et merci mille fois. « Et il s’en retourne sur les chemins avec ses bagages.

    Et si à Rome, il demande à voir le Colisée : « Ah ! Non. Ecoutez, il est déjà assez mal arrangé. Et puis après, Monsieur voudra le toucher, s’appuyer dessus, ou s’y asseoir. C’est comme ça qu’il ne reste que des ruines partout. Ce fut une leçon pour nous, une dure leçon, mais à l’avenir, non, c’est fini, n’es-ce pas. »

    « Bien ! Bien ! C’était… Je voulais seulement vous demander une carte postale, une photo, peut-être… si des fois… « Et il quitte la ville sans avoir rien vu.
    Et si sur le paquebot, tout à coup le Commissaire du bord le désigne du doigt et dit :
    « Qu’est-ce qu’il fait ici, celui-là ? Allons, on manque bien de discipline là, en bas, il me semble. Qu’on aille vite me le redescendre dans la soute. Le deuxième quart vient de sonner. » Et il repart en sifflotant, et Plume, lui, s’éreinte pendant toute la traversée.

    Mais il ne dit rien, il ne se plaint pas. Il songe aux malheureux qui ne peuvent pas voyager du tout, tandis que lui, il voyage, il voyage continuellement. »

    Henri Michaux - Plume

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  • Les blagues sur le physique

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    medium_botero.jpgIl est certain qu'actuellement le politiquement correct va tellement loin qu'un médecin ne doit plus dire à un gros qu'il est gros. Par contre, on peut se moquer du physique et en particulier des personnes obèses. Étant donné que ces gens ne répondent absolument pas aux critères physique que proposent la pub (critères physique totalement virtuels il est vrai puisque chaque image est retouchée de toutes façons), et qu'ils peuvent être un exutoire facile à la culpabilité inavouée que notre société a de vivre dans l'abondance, au moins pour quelques uns. Cela ne veut pas dire que les gros ne doivent pas se soigner ou faire des régimes, mais les blagues qui les concernent semblent de plus en plus totalitaires et impitoyables. De toutes façons, un gros qui maigrit reste un gros de part cette absence totale de compassion, pour les autres et pour lui. C'est une des manies significatives des boutures de nazillons qui font fleurir un peu partout sur le Net leurs blogs et autres sites sans autres arguments pour attaquer un homme ou une femme politique que de railler son physique. Je viens de lire une de ces "bonnes" blagues sur un site "satirique" concernant Dominique Voynet (je laisse le lien pour que chacun se fasse une idée).

    Pour se consoler, et comme disait ma grand-mère : " de toutes façons, il vaut mieux faire envie que pitié...".

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  • "Ploucocratie"

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    medium_bidochon.jpg

    (voir photo : Robert Bidochon n'est pas forcément un modèle de plouc)

    On est toujours le plouc d'un autre, moi-même j'apprécie des plaisirs tout à fait ploucs comme grignoter un cornet de frites à Lille devant la gare, manger des moules face au port de Barneville en les accompagnant d'un petit muscadet, écouter des chansons à la con, le dernier tube pour midinette ou regarder un film que les cinéphiles distingués n'évoquent qu'en se bouchant le nez. D'ailleurs, ce n'est pas forcément un comportement plouc que tout cela, mais peut-être encore plus snob que de se pâmer devant la denière oeuvre coûteuse et absconse d'un créateur de "projets" ou d'"happennings" à la mode (on ne parle plus d'artiste, çà c'est plouc). Le plouc est en fait un médiocre qui aime sa médiocrité et son esclavage, souvent il se vante d'être bien vu de son patron ou de sa crémière. Le plouc n'aime pas que l'on connaisse un peu plus de choses que lui dans certains domaines, il se sent alors attaqué dans ce qu'il croit être sa virilité. Le plouc n'est pas automatiquement un franchouillard ou un "beauf", ce peut être un bobo, car une autre caractéristique du plouc est que son univers s'arrête à son nombril.

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  • Histoire écologiquement significative

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    A part çà, il n'y a aucun changement climatique prévu sous nos cieux : "Tout va très bien, madame la marquise..." 

    jeudi 24 aout 2006, 10h24

    Découverte d'une baleine morte échouée dans le chenal du port de la Rochelle
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    LA ROCHELLE (AFP) - Une baleine morte d'une vingtaine de mètres a été découverte jeudi matin échouée dans le chenal menant au port de la Rochelle, a-t-on appris auprès de la brigade nautique de la gendarmerie.

    Le cétacé sans vie a été découvert vers 06H00 lorsque des gendarmes de la brigade nautique assuraient la sécurité d'un paquebot de croisière en cours d'accostage. Les lumières du bateau ont révélé un objet flottant sur l'eau, que les gendarmes ont d'abord identifié comme une coque de navire retournée.

     

    La baleine, qui représentait un danger pour la navigation dans le chenal, a été conduite par un bateau du port de commerce dans une cale de mise à l'eau au port de pêche, a indiqué l'adjudant Frédéric Taymont, commandant de la brigade nautique de La Rochelle.

     

    Le Centre de recherche sur les mammifères marins (CRMM) a été alerté. Il est exceptionnel que des baleines viennent s'échouer dans la région.
  • L'amour et la société

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    medium_KB.jpgUne personne de mon entourage reçoit régulièrement les confidences d'une "célibattante" de mon àge, qui se plaint de ne pas rencontrer d'hommes intéressants. Mais comme beaucoup de femmes et d'hommes de sa génération, elle veut tout et son contraire : que l'autre la mette en valeur, flatte son ego, soit esthétiquement comme les canons de beauté de la société le réclame, selon elle l'amour ne peut que suivre ensuite, tant pis s'il y a quelques moments difficiles auparavant. Cette jeune personne a dans son entourage d'autres jeunes femmes dans son genre subissant les violences d'un compagnon répondant à tous les critères mais incapable d'attention ou de gentillesse, une autre devant supporter les diktats d'hommes encore très immatures. J'en ai tiré un temps comme un goût de revanche, ne répondant pas du tout aux canons actuels de la beauté ou d'un statut social permettant de rivaliser avec d'autres, combien de femmes du même style ais-je connues me trouvant extrêmement gentil, cultivé, attentionné mais incapable d'aller plus loin que ce que les préjugés ambiants ne permettent. Après quelques années et quelque réflexion, je trouve çà pathétique finalement.

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  • "Pensées" - poème d'Henri Michaux glané sur Poezibao

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    medium_Michaux.jpgPENSEES

    Penser, vivre, mer peu distincte ;
    Moi – ça – tremble,
    Infini incessamment qui tressaille.

    Ombres de mondes infimes,
    ombres d'ombres
    cendres d'ailes.

    Pensées à la nage merveilleuse,
    qui glissez en nous, entre nous, loin de nous,
    loin de nous éclairer, loin de rien pénétrer ;

    étrangères en nos maisons,
    toujours à colporter
    poussières pour nous distraire et nous éparpiller
          la vie.

    Henri Michaux, Plume, précédé de Lointain Intérieur, nouvelle édition revue et corrigée, Gallimard 1963, p. 88.


    Henri Michaux dans Poezibao :

    Bio-bibliographie d'Henri Michaux, extrait 1, extrait 2, extrait 3, extrait 4, extrait 5, extrait 6, extrait 7, lien vers un court documentaire en ligne, extrait 8,


    index de Poezibao 

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  • Autofiction ou roman de Stephen King ?

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    medium_Beel.jpgHumpty Dumpty sur son mur, comme les jumeaux Tweddle Dee et Tweedle Dum ne comprennent rien à la logique ou prétendue telle d'Alice. Pour eux, c'est sa vie qui est une fiction, une illusion, tout cela est question de point de vue. Ce que nous croyons réel dans notre société est également une fiction - statut social, fric, apparence, le Bien et le Mal - autant sinon plus que les péripéties qu'imagineraient un romancier aussi talentueux soit-il car tout ce que nous persuadons d'être réel n'a en fait aucune base solide.
    Ce n'est pas non plus vraiment une autofiction, du moins pas au sens francophone du terme, car le Brett Easton Ellis du roman n'est pas celui du monde réel et il y a certainement beaucoup de lui aussi dans Patrick Bateman qui traverse toute son oeuvre. J'ai plutôt l'impression que l'écrivain a livré ici un roman "dickien" ou un peu dans la manière de Don DeLillo, d'une certaine manière. C'est la réalité toute entière qui est autofictionnalisée.

    Les premières pages du livre retracent l'avènement d'un personnage qui ressermble à Brett Easton Ellis tel que l'on voudrait qu'il soit, un excentrique trash rassurant qui en fait n'a jamais été un adepte réel de "Sex, Drug and Rock n'Roll". On pourrait se demander ce qu'est la raison ? Est-ce de se contenter de peu ou de risquer beaucoup ? Ce n'est pas si simple. Je crois que Ellis a toujours été raisonnable finalement, une sorte de moraliste moderne sans être un moralisateur, quelqu'un de lucide sur la médiocrité humaine, comme Bateman que cela pousse à une cruauté sans limites, cruauté qui ne choque personne autour de lui.
    En fait, l'auteur de ce livre ne fait que nous tendre un miroir, ses romans ne se limitent pas à tel ou tel thème bien précis mais vont beaucoup plus loin...

    Titre : Lunar park | Auteur : Bret Easton Ellis | Editeur : Laffont | Thème : Littérature anglo-saxonne sorti en 2005

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  • Steevy et la culture

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    medium_steevy.4.jpgSteevy Boulay, l'ancien pensionnaire du "Loft" - celui qui a le mieux réussi - est critique littéraire, si j'ose dire, pour Laurent Ruquier dans l'émission : "On a tout essayé". C'est un autodidacte qui a certes du mérite mais il n'a pas lu énormément pour l'instant et n'est pas un exemple de profondeur. Il est de ceux qui s'exclamerait devant un tableau abstrait qu'un enfant de cinq ans ferait pareil. Quand il est confronté à un intellectuel, personne n'ose le contredire sous peine d'être pris pour quelqu'un de prétentieux ou pontifiant.

    Ruquier, l'animateur de l'émission, le montre un peu comme la voix de la majorité silencieuse qui n'a jamais ouvert beaucoup de livres avant mais peut en parler quand même et ne veut surtout pas "se prendre la tête" comme dit Steevy lui-même. Les spectateurs peuvent ainsi s'identifier à Steevy. Il fait de même sur Paris Première avec d'autres collaboratgeurs qui contredisent souvent un critique qui a pourtant un jugement acéré et beaucoup d'acuité mais qui est plus exigeant, Eric Naulleau.
    C'est en fait deux conceptions de la littérature qui s'affrontent : se divertir sans se poser de questions qui risqueraient de remettre en cause des certitudes, la littérature n'étant pas considérée comme "sérieuse", ou s'élever intellectuellement, ou faire preuve d'un minimum d'ambition. La littérature n'est bien sûr pas réservé aux spécialistes mais il faut quand même réfléchir un peu avant de livrer une opinion.

    NB/ Il a aussi cette manie grotesque de traiter de "bobo" toute personne qui fait preuve d'un tant soit peur de nuances dans son jugement ou de raffinement intellectuel...

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  • Rentrée

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    medium_rue.jpgHier, j'ai senti combien mon désir nouveau de changer de vie est dur à tenir, il y a comme des pesanteurs qui me tirent toujours vers le bas. Rien que le fait d'aller à la messe de la cathédrale d'Evreux a fait vaciller ces nouveaux objectifs : ambiance glaciale, des gens que l'on voit depuis des décennies qui disent à peine bonjour, des chants que personne ne chante, et l'on parle beaucoup de joie et d'accueil comme pour compenser son incapacité à les mettre en pratique. Je n'irai donc plus à la messe à cet endroit. J'y sens le vent glacé de l'indifférence aux autres. Quoique l'on veuille faire, l'on se heurte à un mur d'inertie de personnes qui ne reconnaissent qu'un statut social ou la force. Finalement, la plupart des médriocres préfèrent même qu'on les regarde avec mépris qu'avec gentillesse car ils se méprisent eux-mêmes. Un médiocre est quelqu'un qui ne veut pas s'élever un tout petit peu spirituellement ou intellectuellement, un médiocre ne pense qu'à lui et confond souvent culot et courage, invective et polémique.

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  • "Paix" fragile au Liban - dépêche AFP

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    lundi 21 aout 2006, 10h41
    Liban: toujours fragile, la trêve entre dans sa deuxième semaine
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    BEYROUTH (AFP) - La trêve qui a mis fin à 34 jours de guerre au Liban est entrée lundi dans sa deuxième semaine, mise en péril par l'absence d'une force internationale que l'Onu tente sans succès de constituer pour consolider la paix le long de la frontière israélo-libanaise.

    Depuis l'opération commando lancée samedi par Israël en territoire libanais contre le Hezbollah, dont les combattants occupent toujours le terrain en dépit d'un mois d'offensive militaire, le ton est monté entre l'Etat hébreu et le ²Liban qui s'accusent mutuellement de violer le cessez-le-feu.

     

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    Le Liban a lui tenté de rassurer la communauté internationale qui hésite à envoyer des troupes pour participer à la future force internationale, en l'absence de règles d'engagement précises et de garanties de sécurité.

    Son ministre de la Défense Elias Murr a promis dimanche de poursuivre pour trahison toute personne qui violerait le cessez-le-feu pour tirer des roquettes sur Israël, allusion au Hezbollah, à la fois parti politique et puissante organisation armée qui refuse de désarmer dans l'immédiat comme le réclame pourtant la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l'Onu.

     

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    Cible de l'offensive israélienne déclenchée le 12 juillet, la milice chiite a tiré en un mois de guerre 4.000 roquettes sur le nord d'Israël depuis le sud du Liban, sans être mise en déroute.

    La résolution 1701 a permis un arrêt des combats, effectif depuis le 14 août, mais sans véritable cessez-le-feu.

     

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    Une semaine plus tard, plusieurs de ses dispositions essentielles sont toujours lettre morte, dont la création d'une nouvelle force internationale, avec des effectifs de 15.000 hommes et un mandat élargi, le désarmement du Hezbollah et la levée du blocus israélien sur le Liban.

    Seul le déploiement de 15.000 soldats libanais dans le sud du pays, fief de la milice chiite, a pu commencer le 17 août.

     

    Mais Israël, qui a entamé il y a une semaine le retrait graduel de ses troupes, a prévenu qu'il ne céderait la place dans le secteur frontalier qu'après l'arrivée d'une force internationale, afin d'en éloigner le Hezbollah.

     

    "Nous allons continuer à empêcher l'armée libanaise de se déployer à moins de deux kilomètres de la frontière avant le déploiement d'une force multinationale", a déclaré le ministre de la Défense Amir Peretz. "Nous ne permettrons en aucun cas au Hezbollah de s'approcher de la frontière".

     

    Certaines autres dispositions de la résolution, comme l'appel à Israël à cesser ses opérations militaires "offensives", sont sujettes à interprétation.

     

    L'Etat hébreu avait ainsi expliqué que l'opération de samedi dans l'est du Liban visait à "empêcher des livraisons d'armes au Hezbollah de l'Iran et de la Syrie", et ne constituait donc qu'une riposte à "une violation" libanaise de la résolution 1701, qui prévoit un embargo sur la fourniture d'armes au Hezbollah.

     

    L'opération a été qualifiée de "violation" de la trêve par le secrétaire général de l'Onu Kofi Annan, alors que l'organisation n'est toujours pas parvenue à rassembler les éléments d'une avant-garde de 3.500 hommes qu'elle veut envoyer dans le sud du Liban avant le 28 août.

     

    Seule la France a envoyé 200 hommes en appui aux Casques bleus de l'actuelle Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), révisant à la baisse ses ambitions alors que l'Onu comptait sur elle pour fournir l'ossature de la force.

     

    L'actuelle Finul, déployée au Liban depuis 1978, compte 2.000 soldats.

     

    Une réunion des pays membres de l'Union européenne sur leurs contributions à la Finul renforcée est prévue à Bruxelles cette semaine, probablement mercredi. Mais de nombreux pays, redoutant de tomber dans un guêpier, hésitent à s'engager militairement sur le terrain et exigent un mandat clair de l'Onu.

     

    Le Premier ministre israélien a souhaité dimanche que l'Italie joue un "rôle primordial" au sein de la force multinationale, mais a refusé toute participation de pays n'ayant pas de relations diplomatiques avec l'Etat hébreu.

     

    Dimanche, Israël a annoncé qu'il poursuivrait ses opérations militaires au Liban pour empêcher les fournitures d'armée au Hezbollah, et s'est dit prêt à un "second round" des hostilités.

     

    "Nous allons examiner ce qui est apparu comme un échec. Nous allons tout mettre sur la table, car notre devoir est de nous préparer à un second round", a dit Amir Peretz.

     

    La récente offensive, qui a coûté la vie à près de 1.300 personnes au Liban et à plus de 150 Israéliens, et provoqué d'énormes destructions au Liban, n'a pas permis à l'armée israélienne de venir à bout de la résistance du Hezbollah, et a gravement ébranlé le gouvernement.

     

    Pour la première fois, un général israélien a reconnu dimanche que le commandement avait fait preuve "d'arrogance" au cours de la guerre, alors que de plus en plus de réservistes dénoncent la conduite des opérations.
  • Déclaration de Shimon Pérès à Javier Solana

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    medium_pere.jpgQuand Javier Solana, espagnol d'origine, est venu en Israèl, Shimon Pérès, prix Nobel de la Paix, normalement travailliste donc pas forcément la moitié d'un imbécile, lui a déclaré qu'il ne pouvait se rendre compte vraiment de la situation n'ayant pas connu le terrorisme dans son pays, donc l'Espagne (qui a subi et subit encore les attentats de l'ETA ou d'Al Quaida). Voilà une anecdote qui illustre parfaitement la conception que certains israèliens jusqu'au boutistes se font du monde et leur autisme concernant le règlement des accords de Paix au Proche Orient. Rappelons qu'après la guerre au Liban, seule une solution concrète à la question palestinienne permettra d'éviter maintenant la contagion islamiste.

    J'ai déniché l'histoire gràce à Brave Patrie, excellent site satirique.

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  • Le désespoir

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    medium_des.jpgJe repensais hier à Elodie suite à une conversation avec une de mes soeurs. Je l'ai aimée longtemps en étant certain que je pourrai la sauver, l'aider à être vraiment elle-même. Elle m'aurait également soutenu car nous étions, et serions certainement toujours, complémentaires. Elle m'a avoué un jour qu'elle voyait bien que j'avais des idéaux et que j'avais la foi, les belles choses que je lui proposais de vivre mais que tout çà ce n'était pas pour elle car elle ne s'en sentait pas digne, que ce n'était pas pour elle, qu'elle préférait continuer à vivre comme avant. Rétrospectivement cela me fait froid dans le dos pour elle car c'est toucher vraiment ce qu'est le désespoir absolu, croire que non pas la vie ne vaut rien mais qu'elle n'a aucun sens, que le Bien n'existe pas et a laissé la place depuis longtemps au mal, que la grandeur, le courage, la beauté dont l'être humain semble capables ne sont que des illusions. Cela dit, je crois que j'attendrai aussi longtemps qu'il le faut sinon je serai un menteur...

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  • La montée à Jérusalem "cinquième extrait du journal"

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    medium_Jeruslame.jpgOn monte vers Jérusalem, on monte toujours dans la Ville qui est construite sur un mont de 800 mètres. On monte au Calvaire, on monte vers la ville occidentale. Il n’y a pas un instant de répit, la ville n’en accorde pas.

    La vie est marquée par tout les évènements religieux, de Pâques à l’Aïd. Chacun s’observe et s’épie. Tout le monde possède la Vérité.

    On dira souvent de Jérusalem que c’est une ville “trois fois sainte”. De là, une image d’oriflammes flottant au vent sur des créneaux formidables, de guerre sacrée, semble s’imposer. Chaque personne, un peu plus si elle est croyante, s’approprie la ville. On ne peut comprendre cette région du monde sans pénétrer le domaine de la foi. Elle imprègne tout, y compris le paysage.

    La  ville est hérissée de minarets, de toute taille et de toutes sortes, de clochers de tout style. Il apparaît que les lieux en eux-mêmes sont plus importants pour les juifs et musulmans que pour les chrétiens, en théorie, pour qui c’est la prière des croyants qui sanctifie un endroit. Autant de croyances, autant de caissons étanches. Peu de personnes cherchent à communiquer entre elles, chacun détient la seule et unique vérité.

    L’ignorance est également tangible tout en n’étant pas le monopole de la ville. Les juifs, et certains chrétiens, ont peur des pétards de fin de ramadan, forcément un signe d’agressivité, tandis que certains musulmans semblent croire que l’Islam a toujours existé.

    medium_Jerusalem2.jpgLe dernier soir du Ramadan, une femme israèlienne de religion juive, dans sa voiture climatisée, nous arrête devant la Porte de Damas, elle a peur. Elle ne vient jamais par ici. Elle demande s’il y a des militaires. Elle ignore les coutumes de gens qui habitent tout près d’elle.

     La plupart des pélerins d’Occident ignorent qu’il y a des chrétiens orientaux dans d’autres rites que romain et que ceux-ci sont rattachés à Rome aussi, ils traversent la ville en aveugles. Ces rites sont surtout considèrés comme des survivances folkloriques pour les guides touristiques.

    Les préjugés entre communautés, nés des croisades, des guerres, des voyages, ont la vie dure. Les arabes sont agressifs, voleurs, menteurs et fourbes, les juifs sont intellectuels, arrogants et commerçants, les chrétiens arabes sont considèrés comme des complices plus ou moins avoués de l’Occident et d’Israël.

    Aux types de caractère, l’on superposera des types physiques, le nez aquilin et la bouche lippue des juifs, les yeux et cheveux noirs et le regard farouche des arabes en général.

    “Il a bien le type !” entend-on souvent.
    Quel type ? Qui considère encore l’humanité comme un cheptel avec les différents types de bête ? Les étalons, les bêtes de labour, les vieilles carnes ...

     La génétique a prouvé qu’il ne saurait y avoir de transmission physiologique des types de caractère. C’est le groupe social qui forge les idées préconçues.

    medium_Jerusalem3.jpgLes superstitions demeurent, les phénomènes naturels sont souvent assimillés à des manifestations divines, comme l’éclipse du 11 Août ou la sécheresse. L’ignorance des populations et le défaut de formation, dû d’ailleurs ici à l’Intifadah en grande partie, permet à une hiérarchie souvent tout aussi ignorante de conserver son emprise sur les croyants. Bien qu’il soit clair qu’un vernis de rationnalité, comme en Occident, n’empêche nullement, par exemple, les horoscopes de fleurir dans la majorité des journaux.

    Interpréter les phénomènes naturels ou politiques comme des signes divins n’est qu’une réaction à l’impuissance devant les évènements, la pauvreté ou les humiliations. La souffrance est toujours aussi difficile à comprendre, et accepter.

    Alors peut-il y avoir une rencontre, voire un dialogue ? Au niveau d’une certaine élite, il paraît plus facile bien qu’il ne faille pas se leurrer.

    Les spécificités des deux religions sont pourtant connues l’une de l’autre. l’Economie du Salut chrétien, l’Islam pouvant être condidèré comme l’état de nature de l’homme. La religion musulmane serait une religion naturaliste.

    Une autocritique est nécessaire pour les deux parties pour aboutir à la reconnaissance mutuelle. Pour certains, ce dialogue présente le risque d’aboutir à un syncrétisme vague qui pousserait à l’abandon des identités des deux religions.

    Les obstacles sont surtout d’ordre séculier et politique, le passif de l’Occident vis-à-vis de l’Orient, la cristallisation des haines raciales, des xénophobies, mais aussi les difficiles relations des églises orientales avec les musulmans et le souvenir des persécutions ottomanes, des humiliations subies comme le statut de “dhimmi”, c’est-à-dire de citoyen de seconde zone.

    Tous les hommes de bonne volonté de chaque côté aboutissent à la nécessité absolue du dialogue entre les religions qui, seul, peut conduire à résoudre la majorité des conflits actuels, par exemple en Bosnie. Certains comme Léonard Swidler, annonce la nouvelle ère du “dialogue global”, qui, même s’il en fait la critique a des aspects très “New Age”.

    Cependant, ce dialogue global paraît effectivement la seule solution, dialogue entre les différentes composantes chrétiennes, dialogue entre les religions, même dans les régions oû cela semble impensable.

    Les stéréotypes, entretenus de chaque côté, sont également des éléments déterminants de l’incompréhension, l’occidental vu comme valet de la superpuissance américaine matérialiste et athée, l’Islam confondu avec le fondamentalisme, l’arabe avec un terroriste en puissance ou le bouc-émissaire du mal-être d’un pays comme en France.

    Ces archétypes naissent de la méconnaissance réciproque de chaque culture. Très peu d’ouvrages arabes sont, par exemple, traduits en anglais et on distingue en Islam comme une peur de la modernité et la nostalgie d’un passé glorieux révolu, l’une engendrant l’autre. L’étude de la culture musulmane, dont la langue arabe, pour un chrétien, et chrétienne pour un musulman, dont la lecture des Evangiles, est la seule ouverture au dialogue possible.

    Mais le dialogue pourrait enlever aux dignitaires des prérogatives qui leurs sont précieuses, une parcelle de leur pouvoir. L’incitation à la haine ou au cloisonnement, même larvée, permet de mieux contrôler les croyants. L’intolérance n’est pas un mur indestructible.

  • Un homme libre

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    medium_sol.jpgAprès avoir effectué plusieurs années de purgatoire littéraire, Soljénitsyne ressort des placards où l'avaient rangé ceux dont il dénonçait les hypocrisies et compromissions selon eux obligatoires avec les pires dictatures du XXe siècle. L'auteur de cette autobiographie, qui ici se raconte plus que dans les autres livres, parle plus de lui et de sa famille, de ce qu'il a vécu avec eux, de ce qu'ils ont soufferts ensemble, a lutté contre le nazisme et contre le communisme non seulement stalinien mais également celui qui l'a suivi en Russie, malgré une certaine détente sous un certain "Monsieur K.". Il a lutté contre les mensonges véhiculés par les laudateurs du régime soviétique et depuis la chute du mur et certaines de ses déclarations, on le rangeait bien facilement parmi les réactionnaires nostalgiques de l'empire russe et de l'orthodoxie triomphante. Il a lutté contre lui-même, contre la nostalgie de sa terre. Il aurait pu se laisser faire après tout et rester chez lui, mais le prix lui semblait trop élevé à payer.

    Certains allèrent même jusqu'à soupçonner ses intentions lors de la rédaction de "l'Archipel du Goulag". En effet, le mur tombé, on allait pouvoir continuer à consommer en toute tranquillité, sans se poser de questions sur le lendemain, sur s'intéresser au sort des plus pauvres, des plus mal lotis de la planète, sans se soucier de l'équilibre écologique. Mais il fallut que l'écrivain continue son rôle d'empêcheur de tourner en rond, d'emmerdeur qui essaie de pousser ses congénères à plus de réflexion et moins de docilité devant n'importe quelle idéologie, voire quand bien même celle-ci serait l'espèce d'humanitarisme "light" qui sévit actuellement dans nos contrées. Malheureusement, l'intelligence est moins confortable que l'insouciance irraisonnée. Et la réflexion anihilie les certitudes faciles.

    Cette autobiographie le prouve encore une fois, l'auteur en est bien un homme debout, sans compromis, qui donne du courage pour affirmer ses opinions. Il rêve de gouvernement mondial pourtant, d'une fraternité étendue à toute l'humanité sans contrainte arbitraire, sans idéologie dogmatisée. Il le croit malgré tout possible et garde de l'espérance. Il me fait irrésistiblement penser à Bernanos quant à sa foi. Ils sont de la même eau. Leur foi n'est pas une idéologie moralisatrice ni un paravent permettant de se donner bonne conscience : comme prier avec forces gestes ou gesticulations, chanter extatiquement puis continuer de supporter les pires compromis avec le monde qui nous entoure, comme ces croyants qui "ont le coeur sec et les tripes molles", ou comme encore tous ceux qui se laissent aller à des émotions d'une impudeur folle à al télévision, mais n'ont finalement pas plus de coeur que les autres. Or, Soljénitsyne est toujours scandalisé par le mal, celui qu'il a connu dans les camps, et qui est à la fois la destruction méthodique de l'humanité des êtres humains et un attrait irrésistible pour le néant, en toute connaissance de cause, par le mensonge et par l'hypocrisie.

    Titre : Le grain tombé entre les meules, tome 1 | Auteur : Alexandre Soljénitsyne | Editeur : Fayard paru en 2005

  • Se souvenir du Liban - article de Sahkti

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    La page de Sahkti sur Zazieweb

    medium_liban4.jpgCet ouvrage est un recueil de textes, la livraison de gardiens de la mémoire, des écrivains qui ont décidé de raconter et de témoigner. Ces auteurs sont Yves Laplace, Carole Fréchette, Mohamed Kacimi, Jean-Yves Picq, Joseph Kodeih, Florent Couao-Zotti, Eric Durnez, Robert Marinier et Koffi Kwahulé. Ils ont tous passé, en 2000, un mois à Byblos en résidence d’écriture, y ont écrit des pièces de théâtre basées sur le Liban d’après-guerre et son histoire à sauvegarder.

    A leur arrivée, ces écrivains ont été frappés par la vie actuelle au Liban, les avenues voyantes et bruyantes, la beauté à couper le souffle du paysage contrastant singulièrement avec le côté kitsch des nouveaux parvenus, le tape-à-l’œil des vitrines des boutiques de luxe et les murs encore marqués par les impacts des balles. Un pays avide de modernité et de joie de vivre, s’ébrouant trop souvent dans le superficiel au risque d’y oublier l’histoire et les souvenirs.
    Ces neuf écrivains ont rencontré beaucoup de gens, de témoins, anonymes ou institutionnels. Ils se sont confiés pour mission de maintenir les souvenirs vivants, de raconter le Liban, de faire en sorte, en apportant leur modeste pierre à l’édifice, que chacun conserve en mémoire les traces indélébiles d’un conflit interminable et construise l’avenir du pays sur des bases stables et profondes.

    "Liban, Ecrits nomades" est un ensemble de nouvelles racontant le Liban.
    "Beyrouth Illuminations" de Mohamed Kacimi ressemble à une enquête, une collation de coupures de presse, de clichés et de souvenirs, un combat pour que personne n’oublie que tout le monde se souvienne des camps de palestiniens oubliés là-bas, au milieu de nulle part, victimes d’une guerre dont plus personne ne veut entendre parler. Place au futur et à la vie… mais pas à n’importe quel prix. La mémoire est salutaire pour apprivoiser les craintes et les hommes.
    Le silence se transforme en détresse sous la plume de Yves Laplace et son "Kennel Club". L’histoire de gamins qui vivent dans une ancienne usine de savon noir, qui y mènent la vie de jeunes adultes, se transforment en petites frappes, organisent des combats de chiens et draguent les filles. Des mômes sous tensions habités par la violence de la guerre, soucieux de jouer les grands, zappant complètement le monde de l’enfance par envie de se brûler trop vite les ailes dans les strass et les paillettes d’un bonheur futile et éphémère. Tristesse et désespoir d’une jeunesse qui se cherche, qui refuse de vivre sur les bases d’un passé guerrier et préfère agir comme si elle n’avait plus de mémoire.
    Des témoignages vibrants et violents d’une grande utilité.

    Titre : Liban, Ecrits nomades (1 et 2) | Auteur : Collectif | Editeur : Lansman paru en 2004

  • Blogs libanais sur la guerre avec Israèl

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    Bloguer sous les bombes 

    medium_BCurtis_AP.jpgAu Liban, pendant la guerre et depuis la "fin" de celle-ci, ont surgi des blogs qui décrivent le quotidien de ce petit pays  martyr sous les bombes. Sur la plupart, un dialogue s'est d'ailleurs instauré avec des internautes israèliens :

    Moghtarebeen

    War on Lebanon

    The human province

    Ramzi Blahblah

    Rrizk

    Lien permanent Catégories : Blog
  • Article de Norden Star sur le Liban

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    medium_civil.JPGA ce lien, Nordenstar, on trouvera un excellent article sur la guerre au Liban, excepté la dernière considération sur la "grandeur" de Chirac en politique extérieure, remarque dispensable à mon sens. Enfin, le ton de l'article est un peu trop militant, il y a des morts des deux côtés. Je crains qu'être trop partisan ne revienne à servir la soupe au Hezbollah.

  • Israèl : le dernier rempart contre l'Islam ?

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    medium_liban.3.jpg

    (photo : frontière entre Israèl et le Liban) 

    Au stand de l'Oeuvre d'Orient à Paray le Monial, un monsieur, dont l'opinion était heureusement minoritaire, m'a soutenu qu'il ne fallait pas donner d'argent aux chrétiens d'Orient pour les aider car de toutes façons, l'argent allait au terrorisme et que les arabes "sont tous pareils", des "terroristes" qui "vous balancent des bombes à la figure" dés qu'ils en ont l'occasion. Ce même monsieur affirmait également qu'il fallait défendre les israèliens qui sont "le dernier rempart contre l'Islam". Pour beaucoup de personnes, on ne peut pas discuter, on ne peut pas argumenter, l'Islam est l'ennemi d'où qu'il vienne et la seule solution est l'affrontement, même si certains parmi eux regrettent du bout des lèvres le massacre d'innocents ou les "dommages collatéraux" : "il y en a toujours pendant les guerres" diront-ils en vous traitant ensuite de naïfs. Justement, parlons des chrétiens d'Orient, souvent en Terre d'Islam, ceux-là sont méconnus et igonrés des occidentaux, alors que c'est de là-bas que viennent la plupart de nos principes que l'on soit croyant ou pas, alors que ces chrétiens maintenant l'héritage de l'Église des origines connaissent mieux que personne les portes à entrouvrir pour favoriser le dialogue au lieu de l'affrontement en encourageant par exemple l'éxégèse du Coran qui mettrait fin à des années d'intégrisme. Mais il est plus simple de laisser tout cela de côté, de surtout l'oublier et se précipiter vers la guerre ou plutôt de serrer les fesses en attendant un probable "Munich".  

    Lien permanent Catégories : Article
  • Portrait d'une libanaise rapatriée : Claudia Aboumoussa

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    medium_images.18.jpegClaudia Aboumoussa, 38 ans, médecin pédiatre franco-libanaise. Installée à Beyrouth en 2001 après des études en France, elle vient d'être rapatriée avec ses trois filles.
    De guerre lasse
    Par Laeïla ADJOVI
    QUOTIDIEN : Samedi 5 août 2006 - 06:00
    A entendre Léa, 10 ans, on croirait une joyeuse balade en mer. «On s'est fait plein d'amis sur le bateau, et on a même rencontré Michèle Alliot-Marie.» La fillette fonce dans sa chambre, rapporte un petit appareil photo numérique et exhibe fièrement les preuves. Pour sa mère, Claudia Aboumoussa, ça semble moins idyllique. «On a été rapatriés à bord de la frégate militaire Jean-Bart, le 23 juillet. Au début, je ne voulais pas partir, mais je ne voulais pas faire subir ça à mes enfants.» 
    «Ça», ce sont les bombes. Les angoisses nocturnes. Les explosions toutes proches. Et la vision d'une ville maintes fois reconstruite, mais encore en ruines. Claudia Aboumoussa, médecin pédiatre dans la banlieue de Beyrouth, appartient à cette génération de Libanais qui connaissent bien la guerre. Six depuis l'indépendance en 1943. «J'avais 7 ans quand la guerre de 1975 a éclaté», dit-elle. C'est une jeune femme belle, bien mise. Elle parle avec calme du chaos qui se prolonge dans son pays. Enfant, elle avait déjà l'habitude d'entendre pleuvoir les bombes. «Ça faisait partie de notre pain quotidien», sourit-elle. Ses petites dents font penser à celles d'un enfant. Rire malicieux. Sous la frange ordonnée de son brushing, son regard brun se fait tantôt moqueur, tantôt sérieux et triste. «Mon père a été tué en 1982 sous les bombes israéliennes.  Ce n'était qu'un civil innocent qui a refusé de quitter son commerce. Il est mort d'un éclat d'obus juste devant la porte. Ça n'a pas empêché sa boutique d'être pillée.» Quand c'est arrivé, Claudia était loin, mise à l'abri par sa mère, avec ses trois frères et soeur.
    Aujourd'hui, c'est également avec sa mère qu'elle loge provisoirement dans un grand appartement, à Tours. Ambiance de vacances en famille. Les trois filles de Claudia, Léa, Sarah et Julie, écoutent leur mère en roulant des yeux espiègles. Trois générations de Libanaises en exil. C'est dans ce même appartement que la mère de Claudia a trouvé refuge, en 1987, fuyant la guerre. Claudia, l'aînée de quatre enfants, était la seule à rester au pays avec ses grands-parents. «J'étais en troisième année de médecine, et il n'y avait pas d'équivalence. Je ne voulais pas tout reprendre à partir de la première année», explique la jeune femme.
    En 1990, elle bénéficie d'un accord entre l'université de Tours et la faculté de médecine de l'université Saint-Joseph, à Beyrouth. Parcours classique dans la bourgeoisie francophone et chrétienne, la jeune Libanaise vient achever ses études en France. Pendant les dix années qu'elle passe entre Tours et Paris, elle retourne tous les ans au Liban pour les vacances.
    C'est là qu'elle veut vivre, élever ses enfants, exercer son métier. Avec Joseph, l'étudiant en médecine, également franco-libanais, qu'elle rencontre à Tours et avec qui elle se marie, elle rentre au pays. «Léa avait 5 ans, et les jumelles 3 ans.» Là- bas, tout leur sourit. Après le retrait des troupes israéliennes du sud du territoire, les Libanais croient au renouveau. «C'était le rêve. Les Libanais rentraient chez eux, les Arabes investissaient dans le pays. On était sûr que le Liban allait redevenir la Suisse du Moyen-Orient.» Le rêve se poursuit jusqu'en 2005, quand les militaires syriens évacuent à leur tour, après l'assassinat de Rafic Hariri et les manifestations pro et antisyriennes de la «Révolution du cèdre». «C'était l'indépendance 2005, raconte-t-elle en riant, on croyait enfin à un pays libre.» Dans ce contexte favorable, le couple Aboumoussa devient popriétaire de son cabinet médical, dans la banlieue de Beyrouth.
    Mais très vite les choses se gâtent. Les incursions du Hezbollah se multiplient. Jusqu'à l'étincelle. Les trois soldats de Tsahal tués, les deux autres capturés par la milice chiite. «On sentait qu'Israël n'allait pas laisser passer ça. L'angoisse montait. Au cabinet, les gens affluaient pour faire vacciner leurs enfants et vérifier que tout allait bien.» Bientôt, le ciel s'embrase. Les bombes, le chaos, l'exil. Ressortissants étrangers évacués, populations en fuite. En moins d'un mois, plus de 800 000 personnes sont déplacées. A Beyrouth, plus d'aéroport, plus de pont. Les routes défoncées par les obus sont les seules échappatoires. Claudia baisse les yeux. «Israël a dit qu'il était temps d'en finir avec le Hezbollah, mais c'est plutôt avec le Liban qu'ils sont en train d'en finir.» 
    Pour cette chrétienne au discours souverainiste, les autorités libanaises sont aussi fautives. «Nous avons un bon Premier ministre, commence-t-elle. Mais je n'attends plus rien de ce gouvernement "euthanasique" qui n'a pas été capable d'assurer la sécurité des frontières, ni de désarmer la milice, ou de protéger la souveraineté du pays. Je n'attends plus rien. Ce gouvernement n'est qu'un pion dans un jeu qui le dépasse. » Si elle condamne le Hezbollah, qui selon elle ne trouve de soutien qu'auprès de la population chiite, elle subordonne le désarmement à l'évacuation totale du Liban par les troupes étrangères.
    Et l'ONU ? Après le massacre de Cana, les attaques récentes contre des bâtiments de l'organisation montrent que les Libanais commencent à perdre patience. Claudia soupire. «C'était débile. J'avais honte.» Elle fait un geste vers la télévision, qui a déversé les images de foule en colère. «Il ne faut pas attaquer les seules personnes qui peuvent nous aider», déplore-t-elle. Et de remercier la France, «un des seuls pays à agir pour le Liban». 
    Claudia Aboumoussa est solidaire de la cause des Palestiniens, «qui souffrent tous les jours». Mais c'est la paix qu'elle réclame avant tout. «La Syrie et l'Iran doivent cesser de faire leur guerre chez nous. Ce n'est pas notre guerre, répète-t-elle. Nous, les Libanais, on veut juste un peu de paix. Même juste trente ou quarante ans. Dès que l'on commence un peu à se poser, ça recommence. C'est comme une malédiction.» Léa grignote un biscuit à la framboise. «Comme si la région était maudite», ajoute la petite.
    La jeune mère aimerait un jour aller faire du tourisme en Israël, «et que les Israéliens puissent venir [au Liban]» quand la paix sera revenue. En attendant, c'est à Tours que les vacances se passent. Une grande partie de la famille est restée au Liban, mais le mari de Claudia a pu venir les rejoindre dimanche dernier. Le couple a décidé d'emmener les enfants à Disneyland Paris. Claudia veut pouvoir s'amuser avec eux, même dans cette situation de détresse. Comme quand, à Beyrouth, les bombes se rapprochaient, et qu'après avoir rassuré et mis à l'abri les filles elle jouait avec elles à compter les explosions. «1,2,3,4, et c'est fini!» 
    Tout en répétant que ses enfants ne vivront pas la guerre, la jeune Franco-Libanaise garde l'espoir d'un retour au pays d'ici à la fin de l'été. Léa doit entrer en 6e à la rentrée, Sarah et Julie en CM1. Elles ne sont inscrites dans aucune école en France. «On espère toujours pouvoir rentrer à temps, dit Claudia . Si ça se calme avant la fin du mois, elles pourront faire leur rentrée comme prévu.» La grand-mère n'y croit pas. Assise dans son fauteuil, elle agite la tête, résignée. «Là, franchement, tu rêves.» 
    photo Bruno Charoy
    Claudia Aboumoussa en 9 dates 23 octobre 1967 Naissance à Beyrouth. 1990 Arrivée en France. 1994 Mariage avec Joseph Aboumoussa, à Beyrouth. 1996 Naissance de Léa. 1998 Fin de l'internat, début de la pratique de la médecine. Naissance de Sarah et Julie. 2000 Obtention de la nationalité française. 2001 Retour au Liban. 12 juillet 2006 Début des frappes israéliennes. 23 juillet 2006 Rapatriement vers la France.
    lien vers les portraits de libération

  • Dureté apparente

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    medium_images.16.jpegDans un film comique des années 50, d'après un scénario de Giono, Fernandel, devenu immensément riche, est propriétaire d'un journal dont il change les habitudes. Il ne veut plus que des bonnes nouvelles, que l'on parle des trains qui arrivent à l'heure, du positif partout dans la vie en laissant de côté ce qui va mal, qui rend triste, car réfléchir sur le monde rend forcément plus triste ou plus amer, au moins dans un premier temps, après à soi-même de réfléchir sur ce que l'on peut tirer de ses désillusions.
    Et puis il y a ceux, comme Clémence Boulouque, au physique brûlant d'héroïne bernanosienne, qui préfèrent analyser ce qui va mal dans notre société, non pas pour se focaliser sur le négatif mais pointer les dérives et les questions brûlantes, ainsi que le fait l'auteur de ce roman. Ce livre qui montre un salaud comme on en rencontre partout certes n'est pas cruel, c'est le monde qui l'entoure et ce que l'on doit faire pour s'élever dans notre société qui rend dur et froid, qui est cruel, insensible aux autres, aux conséquences de ses actes, même s'il y a peut-être des hommes d'affaires sensibles aux petits oiseaux ? Il n'est pas exactement cynique : comment le définir dans un monde où la morale n'existe pas ? On ne peut pas l'accuser d'un mal faisant référence à une notion inconnue pour lui, ou renconnaître que son parcours lui donne le droit de mal se conduire et l'accuser d'être dur.
    Cela montre l'importance de la littérature, complètement inutile aux yeux d'un chasseur de têtes, complètement gratuite, sauf en cas de complexe culturel social, ou d'ostentation sociétale ; cela montre aussi l'importance de choses aussi futiles, à première vue, que les macarons, qui font fait l'objet d'un autre livre de Clémence Boulouque. On aurait tort de la comparer à Beigbeder ou Easton Ellis, avec qui elle ne partage que les thèmes, elle a su développer de livres en livres une identité propre toute en intelligence et sensibilité, celle qui permet de ressentir aussi -maheureusement- la sottise ou l'insignifiance qui nous entoure, et de la transformer en autre chose.

    Titre : Chasse à courre | Auteur : Clémence Boulouque | Editeur : Gallimard sorti en 2005

    Lien permanent Catégories : Livre
  • Le Mal

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    medium_images.13.jpegJe me lève, je ne peux vraiment plus dormir, l'insomnie s'impose. Je range machinalement les feuilles qu’il y a sur mon bureau. Sur l’une d’elles, il y a la photo d’une petite fille yougoslave d’une infinie tristesse, d’un infini désespoir. Elle est un de ces petits qui subit toujours le mal, pour moi elle pourrait être l’unique justfication de l’urgence de s’aimer, d’aimer les autres.
    Elle a un regard tellement perdu cette petite. Le bleu de ses yeux devient déjà dur. Bientôt, elle ne se souviendra plus que de la haine.

    Bosniaque ? Croate ? Serbe ? Des étiquettes. Rien qu’une petite fille qui souffre.

    Ce qui domine chez de nombreux écrivains c’est la conscience de “l’Autre” dans notre monde, celui qui rôde, qui tourne et retourne autour de nous, au fond de notre âme en grondant, montrant les crocs, prêts à nous déchirer, le Mal.

    On n’y croit plus au Mal. On le prend pour une justification de la stabilité de la société. Aussi.

    Ce qui domine aussi, c’est que du plus profond du désespoir, il reste toujours un peu d’espérance.

    Il arrive de prendre conscience du Mal en notre monde en de plusieurs occasions, cette perversité étalée à la Une, ces enfants torturés dans leur chair et dans leur âme en première page, ces femmes humiliées et méprisées en Afghanistan, cette mère qui tient son enfant dans ses bras parce qu’elle ne peut plus le nourrir, pendant que les pays riches crèvent d’ennui dans leur graisse alors qu’ils leurs suffiraient d’un geste à faire pour sauver au moins quelques vies, mais ce geste ; ils ne le font pas , englués dans leur égoïsme, la satisfaction instantanée de leurs désirs et leur frilosité morale incroyable.

    “Rien à foutre !”

    Le Mal rôde. Il n’a même pas à choisir, il n’aurait que l’embarras du choix. Les proies sont consentantes.

    Comme ses enfants qui devraient vivre un peu avec les autres, et qui restent devant un écran aussi violentesqu’un stroboscope des heures durant, ces gens qui s’abrutissent de danses bientôt barbares, techno-barbares, fondus en un grand tout, croyant oublier leur mal de vivre et leur manque de hauteur en oubliant qui ils sont, se donnant une fausse euphorie à coups de produits chimiques, ectasy, amphétamines etc....

    On rêve sur les Eden en éprouvettes.

    On nous parle de communication tout le temps, la planète deviendrait un “village global”, certes un message envoyé de Paris est transmis instantanément au bout du monde. On confond outils et progrès des consciences. Elles en sont toujours au Moyen-Age.

    Cependant, on ne s’est jamais aussi peu parlé dans les rues, dans le métro, dans les bus, partout. On n’a jamais aussi peu communiqué en fait.

    Les yeux baissés, ou alors relevés, dirigés vers le plafond du wagon. On n’a pas envie de parler. La médiocrité acceptée, les blessures suppurent encore.

    Observez cette femme ou cette homme qui regarde pour la dix-millième fois le plan du trajet au-dessus de la porte du train pour ne pas croiser le regard du voisin, ne pas voir l’autre qu’ils veulent à tout prix ignorer.

    Lorsqu’ils sortent du wagon, ils marchent au pas cadencé, au pas de l’oie. Deux ou troi êtres humains marchant ensemble finissent toujours par ressembler à une armée en ordre.

    Il est beaucoup trop facile de croire que le Mal est extérieur à soi, de croire que l’on y peut rien, mais trop souvent on le laisse pénètrer, rôder sans cesse à l’affût d’un mot blessant, d’un jugement hâtif, de tout nos manques.

    L’Enfer ce n’est pas les autres. L’Enfer c’est soi-même.

    Il y a un rêve que j’ai fait de temps en temps , un rêve terrifiant, de celui dont on voudrait bien se réveiller.J’étais dans le couloir d’une vieille maison, une grande maison de religieuses à Montmartre pleine de cachettes, de recoins sombres. J’étais suivi par quelque chose de terrible, d’extrêmement mauvais derrière moi, je prenais peur et me mettais à courir.

    Je courais à perdre haleine, le couloir n’avait pas de fin, quand je vis une porte sur le côté, j’entrais. Il y avait un lavabo d’une repoussante saleté et un miroir au-dessus, je ne voulais pas regarder mais une irrésistible envie m’y forçait, je vis mon visage, mais horriblement déformé par la haine.

    Tout le monde peut se faire avoir.

    Il m’est souvent de prendre une carte et de compter tout les points de conflits, de compter tout les pays oû la Liberté n’est qu’une illusion au nom de religions, d’idéologies mortifères ou de la soif de pouvoir de quelques hommes, de leurs utopies meurtrières, comme ces dictateurs qui tuent pour “purifier” le corps social, qui éliminent ceux qui vont contre les idées du parti unique et inique, quelque soit la cause qu’il défende.

    Seulement la Liberté, seulement la Vérité. Il y en a qui ricanent déjà, mais il faut bien qu’il y ait une vérité.

    En passant sur les quais de Seine, on remarque les boutiques de marchands d’antiquités qui vendent des meubles de prix, des tapis magnifiques qu’on leur achète pour prendre une petite part d’exotisme. Cet exotisme, ces merveilleux tapis aux nœuds faits à la main, c’est autant d’enfants de trois ans, cinq ans qui crèvent de l’aveuglement des riches, aveuglement volontaire et assumé, qui crèvent de la bêtise d’une religion ou d’une idéologie.

    Toujours la livre de Chair, ceux qui n’ont rien fait. Le Septième Cercle inférieur, celui de l’Enfer, le vrai, pas celui des clercs.

    C’est la pire tyrannie qui soit, celle de l’argent, celle de la matière qui domine tout, de la satisfaction de besoins créés qui sont une course vers l’abîme, la tyrannie des pulsions destructrices, pas du désir, dont l’homme avait cru s’affranchir en particulier depuis les philosophes grecs. Elles reviennent en force. La haine en tête.

    Il n’y a pas de relativisme des civilisations , toutes ne se valent pas.

    Il n’y a pas de relativisme des Valeurs , toutes ne sont pas égales.

    La Vérité, le saviez-vous ?. En fait, Les intégristes, les idéologues, les salauds en général détestent.

    Le Mal est trop souvent présent aussi dans l’Église, au cours des siècles, que ce soit l’Inquisition, les moines trop gras, les aumôniers marins bénissant les navires négriers, comme les pasteurs en pays protestant. Les curés de village espagnols célèbrant la messe pour les pelotons d’éxécution pendant la Guerre civile, les enfants subissant une discipline absurde chez les jésuites.

    Il y a aussi les enfants enfermés de Mea Shearim, le quartier juif ultra-orthodoxe de Jérusalem, les femmes humiliées. On ne compte pas les viols les soirs de mariage, la progéniture dégénérée. On rase les villages alentours au bulldozer. Le mot “palestinien” n’est pas dans la Bible, disent-ils. Cela justifie la mort et le chagrin des plus faibles.

    Encore le Mal, l’aliénation, on détruit l’humain, les gosses endoctrinés, jusqu’à la mort, comme en Iran ou en Afghanistan. Le muezzin appelle à l’anathème et à la mort tout les vendredis. 0n compense l’humilitation par le rejet.

    On chasse des familles entières, on tue sans poser de questions. Parce que l’autre est né et qu’il est différent de moi.

    Le pseudo-rationalisme continue ses ravages, de choses qui nous auraient choquées chez les nazis, nous les acceptons tout de go comme progrès décisifs de l’humanité.

    La conscience humaine est la même partout et vivre quasiment nu n’empêche nullement la violence ou la sottise, y compris chez les enfants ; Maupassant disait qu’il n’y a rien de plus cruel qu’une bande d’enfants dans une cour de récréation.

    Pourquoi toujours sommes-nous si prompts à la haine et si lents à aller vers les autres ?

    Les ombres s’éteignent peu à peu sur les murs. Je ferme les yeux, je pense à elle. Je rêve, je divague peut-être. J’erre parmi les débris de mon subconscient.
     

     

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  • Une nouvelle romantique de Victor Lherbinier sans titre

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    medium_images.14.jpegJe l’aimai tellement, je l’aime encore. Je ne l’avais plus vue depuis cinq ans, j’avais des nouvelles de temps en temps. J’étais parti loin de Paris pour changer de vie, voir autre chose, oublier, être moi–même aussi, une croisade personnelle.

     Le téléphone sonne dans ma chambre, c’était hier soir, c’était il y a une éternité, l’ami qui est au bout du fil a du mal à parler :

    –Elle est morte, dit–il dans un souffle.
    –Non, ce n’est pas vrai, ce n’est pas possible. Je n’ai même pas pu la revoir.

     Mon ami reste silencieux.

    –Comment cela a–t–il pu se passer ?
    –Un accident de voiture.

     Le monde s’écroule par pans entiers autour de moi. Le néant se referme.

    –Si tu veux parler, je suis là.

     La voix sortant du combiné est ténue. Je l’entend à peine.

    –Rappelle–moi si tu en besoin.
    –Je l’aimais tant, tu sais.
    –Ne reste pas seul cette nuit. Ne fais pas de bêtise.
    –Laisse–moi maintenant.

     Il raccroche. Je n’arrive pas à pleurer.
     Je suis comme une coquille vide, j’ai l’impression de ne plus rien ressentir. La nuit est tombée depuis longtemps. Je sors sous la lune blafarde en ville. Il n’y a plus âme qui vive dans les rues, seulement les chats qui fouillent les poubelles, se battent entre eux, font l’amour. L’un d’eux miaule en me suivant, il réclame des caresses. Il me remercie en ronronnant de plaisir. Je m’assied sur les marches d’une des églises de la ville, le chat sur mes genoux.

     Nous nous aimions mais nous n’avions pas su éviter nos égoïsmes, nos lâchetés, nos peurs. Progressivement, nous nous étions éloignés l’un de l’autre. Maintenant, il était trop tard, elle était morte.

     Je vois soudain de l’eau couler sur les pavés de la rue, un flot qui transforme la rue en rivière. Le chat a peur, je sens ses griffes rentrer dans mes jambes. Puis le flot se calme, l’eau continue à couler, lisse comme un miroir dans lequel se reflète le lampadaire au coin de la rue.

     Le chat considère avec méfiance ce nouvel état de la rue, il décide de rester sur les marches. J’entends un bruit de rames. Une barque apparaît en haut de la rue. J’entends aussi les halètements d’effort de l’homme qui manie les rames. Un fanal est accroché à la poupe de l’embarcation.

     L’homme qui est dans le bateau est habillé comme au XVIIème siècle. Il me fait penser à un veilleur de nuit de Shakespeare, il a l’air à moitié fou. Ses yeux roulent dans ses orbitres. Il marmonne quelque chose dans une barbe qui pousse de manière anarchique.

    –Vous voulez la retrouver ? me lance–t–il de manière brusque.
    –Retrouver qui ?
    –Mais, vous le savez bien voyons. Tu me prends peut–être pour un fou ou pire pour un idiot ? Je préfèrerais être fou, c’est plus facile, les fous comprennent mieux.
    –J’aimerais bien la retrouver mais c’est impossible.
    –En théorie, mais il y a des précédents.
    –Qui êtes–vous ?
    –Je suis Charon, un passeur, le passeur de ces rives, je ne suis plus sûr de mon nom, tu sais, je suis beaucoup plus vieux que tu ne le crois, tu ne peux pas t’imaginer mais je pense que c’est mon nom parce que c’est celui que tout le monde me donne. Je fais mon travail depuis une éternité.
    –Oû m’emmenez–vous ?
    –Pourquoi poses–tu toutes ces vaines questions ? Ce qui t’arrive n’arrive que très rarement.
    –Mais elle est morte, on ne peut pas la rejoindre, il n’y a qu’une seule manière, radicale, mais pas une barque.

     Il me regarde avec tristesse, il se penche vers moi :

    –Non, petit, ce n’est pas encore ton tour. Ne fais pas çà, ta vie ne t’appartient pas, pense à ceux qui t’aiment.

     Je sens les effluves de son haleine putride sur mon visage. Il sourit, d’une bouche édentée, avec un clin d’œil :

    –Je sais comment y aller, tu vois. Et puis de toutes façons, tu n’as plus nul endroit oû aller.

     Il me prend par le bras et me fait monter dans la barque. Il se remet à ramer. Nous remontons les rues désertes, il y a encore des chats sur les marches des porches des maisons, des oiseaux sur les fils électriques pendant entre les immeubles. Un enfant pleure quelque part. Nous sortons des remparts de la vieille ville, la barque se dirige vers la vallée de la Géhenne. La rivière se fait torrent, et nous précipite vers une ouverture creusée dans une tombe dans laquelle les flots s’engouffrent.

     Les ténèbres s’épaississent. La barque touche quelque chose de dur avec un bruit mat. Le passeur prend le fanal à l’arrière de la barque.

    –Nous sommes arrivés, n’aie pas peur, tu ne restes pas, enfin je l’espère pour toi. Tu ne restes pas encore je crois. Mais tu reviendras plus tard, un peu plus tard.

     Il repart en arrière, il rit tout seul. Il s’esclaffe de ce qu’il vient de me dire.

     Des milliers de téléviseurs empilés les uns sur les autres, de toutes tailles et de toutes sortes forment une énorme pyramide grossière dont je ne vois pas le sommet sur la rive oû nous avons abouti. Je sens une main légère sur mon épaule. C’est elle. Elle sourit gentiment. Je la serre contre moi.

    –Je suis venu te chercher. Tu ne peux pas me laisser. Je t’aime tellement.

     Les téléviseurs s’allument alors tous en même temps. Je me sens éperdu d’amour. Nous sommes enfin réunis.

    –Tu m’aimes ? dit–elle.

     Elle a un visage tellement triste. Elle me montre l’un des écrans ...

     Le jeune arabe refuse de montrer sa carte d’identité au flic militaire qui joue, comme négligemment, avec la longue matraque qu’il a au côté droit :
    –Je crois qu’il nous ment, dit–il avec gourmandise à son collègue.
    –Tu crois ?
    –C’est un sale arabe, un menteur quoi.
    –Oui, un menteur. Il va falloir être ferme.

     Le jeune type s’énerve, il a peur aussi :

    –Bon ? Vous me laissez passer, mon patron m’attend pour le travail.

     Les deux flics spéciaux en béret vert en souriraient presque, il vient juste de dire ce qu’ils attendaient. Le premier lève sa matraque et frappe sur la tempe, comme avec une batte de base–ball. Du sang jaillit. Sur le crâne, le bois de la matraque fait un bruit de pastèque trop mûre qui éclate.

     Dans la rue, les gens commencent à ramasser des pierres, les deux militaires ont le doigt sur la gâchette de leur M–16. Des hommes avec un bout de pavé à la main hésitent. On entend les sirènes d’autres voitures, les renforts qui arrivent, la cavalerie somme toute. Les deux flics emportent le jeune qu’ils ont frappé en le traînant jusqu’à un des véhicules. Il perd une des tennis qu’il a aux pieds.

    Porte des Lions, Jérusalem, Juin 1999.

     L’écran s’éteint. Elle se tourne vers moi :

    –Tu sais, le jeune palestinien qu’ils ont frappé en aurait fait de même s’il avait été de l’autre côté. Il les hait aussi.

     Je reste silencieux. Elle me regarde un peu avec pitié. Elle porte une étrange écharpe rouge autour du cou, d’un rouge transparent comme celle du pauvre disciple de Wang–Fô. Je la prends dans mes mains, le tissu en est d’une finesse incomparable.
    –Pourquoi as–tu cette écharpe ?

     Elle ne répond pas, les téléviseurs montrent tous son image, puis seulement sa bouche.

    –J’ai autre chose à te montrer si tu le souhaites, disent les lèvres sur les milliers d’écrans.

     L’image montre une plage paradisiaque. Le soleil éclaire encore la baie. Les bateaux et les jonques font encore plus “carte postale”, le spectacle est superbe. Mais ce ne sont pas les bateaux qui intéressent les trois hommes dans le taxi mercédès qui file au cœur de la ville alors que la nuit descend. Ce sont des bars un peu “spéciaux” pour “amateurs”...

    –Pas plus de quinze ans chacune, leur a dit le chauffeur qui touche une commission sur chaque client. Il a un grand sourire qu’il étire à loisir. Il faut bien survivre, il ne se sent pas du tout coupable.

     Ce sont deux hommes d’affaires américains et un français. Ils ont tous les trois un début d’érection. L’un d’eux se sent un peu mal à l’aise. Les gamines qu’ils vont baiser ont l’âge de ses filles. Mais, se dit–il, il fait une bonne action, elles peuvent manger grâce à lui.

     Le bar est recouvert de glaces, les adolescentes s’agitent sur un podium, certaines sont nues, la plupart ont un maillot de bain qui ne cache pas grand–chose. Bien sûr, des néons de différentes couleurs clignotent un peu partout.

     Bientôt, les trois hommes sont assaillis par une nuée de jeunes filles. Ils boivent beaucoup. Ils font l’amour, ils font comme si. Une des nymphettes les jambes écartées au dessus d’un des types qui la besogne péniblement, continue à sourire mais son regard est vide. Elle pense à son village, à ses parents qui l’ont vendue. Elle les hait. Elle hait ce type entre ses cuisses.

    Bangkok, Centre–ville, Juin 1999.

     Il ne reste que la date sur l’écran qui scintille. Je m’assois par terre. Elle se penche vers moi, me met doucement la main sur l’épaule :

    –La haine présente partout, la bêtise, la cruauté faite aux plus petits, aux plus faibles, l’hypocrisie, la violence pour rien. Voilà ce qui est le lot commun des hommes.
    –Mais il y a l’Amour, qui sauve tout cela, qui sauve les gens.

     Encore une fois, elle me sourit gentiment, avec compassion :

    –Oui, il y a l’Amour, le pauvre Amour. Des petites filles humiliées et blessées. Le pur Amour.

     Tous les écrans montrent de la “neige”, puis se rallument sur une rue de Paris. Des passants marchent devant une église. Deux mendiants sont devant à quêter, à demander quelques pièces. Les gens passent indifférents. Il y en a un troisième étendu de tout son long, inconscient, un bras semble montrer l’entrée de l’église, il est en train de mourir. Les gens continuent de passer, ne regardant pas, ne s’arrêtant pas, ceux qui regardent ont un air de dégoût, pourtant c’est un homme, un être humain, qui meurt sous leurs yeux.

     A l’entrée de l’église, il y a une cage de verre, il y a une dame d’un certain âge, elle a une couronne de cheveux blancs et de fines lunettes qui lui donnent un air de bonne grand–mère, un bon sourire et une petite croix en bois autour du cou. Un monsieur qui est entré dicute avec elle avec animation et lui montre le corps étendu devant l’entrée. La dame se lève et regarde, elle a l’air effrayée. Elle décroche le téléphone.

     Des policiers arrivent. L’un d’eux prend les bras de l’homme étendu, l’autre les jambes, ils le mettent dans la fourgonnette de police à même le plancher. Ils n’ont pas une parole de réconfort, pas un mot de simple compassion. Ils vont ensuite vers les deux autres mendiants qui ont commencé à rassembler leurs affaires :

    –Allez, ouste, vous faîtes peur à la dame et aux gens qui viennent ici, vous puez de trop en plus.

     Les deux malheureux ne protestent pas, ils comprennent, ils sont en dehors maintenant. Ils voudraient bien revenir au sein du monde des “gens normaux” mais ne le peuvent plus. Ils s’en vont plus loin là oû ils n’encombrent pas le regard des gens.

     Puis l’image passe sans transition aux mêmes rues la nuit. Un homme dort au–dessus d’une bouche de chaleur du métro. Il n’y a plus personne qui passe. D’autres personnes sont étendues sur des cartons dans devant des halls d’immeubles – fermés– sous des porches de maison.

     Elle continue à regarder en me disant :

    –Tu vois, tout le monde s’en fiche, ou presque. Pourtant, ce n’est pas difficile à résoudre. Il suffirait de peu de choses que personne n’est prêt à faire.
    –Pourquoi me montres–tu tout çà ?

     Elle ne répond pas et me dit :

    –Tu te souviens de çà : “Je suis dans chacun de ces petits...”.C’est dans l’Évangile, non ?
     L’image change encore. Une petite place, la sortie du métro. Décembre. C’est moi devant les bancs de la place des Abbesses à Montmartre. Je me rappelle, il n’y avait plus de feuilles aux arbres, il faisait froid, mais le soleil était un soleil d’été.

    –Tu m’as attendu longtemps.

     Nous montons tout les deux vers le sommet de la butte. Elle est encore plus jolie que dans mon souvenir. Je me souviens tellement bien de ce jour lumineux.

    –Tu croyais m’aimer. C’était seulement le désir. Je t’aimais et tu ne le savais pas.

     Sur l’image, c’est toujours moi à Montmartre mais seul.

    –Tu es revenu souvent après. Pour me retrouver, pour retrouver un fantôme. C’est toujours quand il est trop tard que l’on apprécie ce que l’on a perdu. Irrémédiablement. L’Amour. Personne ne s’est jamais demandé combien aimer quelqu’un peut faire oublier tout le reste, toute la haine, tout l’égoïsme, toutes les blessures infligées aux petits. Les totalitarismes, de toute sorte, détestent les amoureux. Qui s’en soucie? Tout le monde l’oublie.

     Je me relève, je la prend dans mes bras, je pleure mais il est trop tard.

    –Non, ce n’est pas irrémédiable, tu peux revenir avec moi. Je t’aime, je t’ai toujours aimé, dés le premier regard.

     Elle sourit du même sourire un peu triste qu’elle a depuis le début et m’embrasse. Je pleurs de bonheur, du bonheur d’être avec elle, de l’embrasser en la serrant dans mes bras, du bonheur enfui. Je voudrais que ce baiser dure éternellement. Mais tout s’évanouit sous mes yeux.

     Je me retrouve devant mon bureau, le téléphone à la main. Mon ami vient de raccrocher. Elle est morte. Je pleure amèrement mon Amour perdu, la douleur me semble infinie.

     Je voudrais la rejoindre.

     Pourquoi est–il toujours trop tard lorsque l’on pleure ce que l’on a perdu ? Pourquoi faut–il toujours l’absence pour se rendre compte de ses sentiments ?

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